Le holding, une histoire de portage !

Le holding, concept connu ou inconnu ?

C’est un concept central en psychomotricité, et dans l’accompagnement quotidien de tout enfant, alors ça vaut bien qu’on en parle un peu !

Le holding est une notion développée par WINNICOTT, médecin et psychanalyste anglais. Ce médecin a travaillé énormément auprès de jeunes enfants et de leurs familles et a développé de nombreux concepts, qu’il a pu transmettre grâce à des livres, mais aussi dans des émissions radio etc.

Alors, le holding c’est quoi ?

Et bien en fait c’est le portage de l’enfant…mais pas seulement le portage physique; le holding englobe tout ce que le parent fait pour « porter » dans son corps, mais aussi dans ses pensées et ses émotions, son enfant.

  • Au niveau du portage physique, cela permet au bébé de se sentir contenu, maintenu, enroulé,  en bénéficiant du bercement, de la chaleur, de l’odeur et de la perception des battements du cœur  de son parent. Quand le portage est effectué par sa maman, le bébé retrouve des ressentis résonnant avec la vie intra-utérine.
  • Et au niveau du portage psychique,  on retrouve la disponibilité du parent ainsi que son attention focalisée sur son bébé et sur les besoins et  les émotions de ce dernier. Le parent s’émerveille des premiers gazouillis, encourage son bébé, admire toutes les premières fois, comprend ses pleurs. Le bébé sent alors qu’il compte pour son parent et cela lui donne la possibilité de se développer en tant qu’individu à part entière.

 » Porter un enfant se présente donc comme un savoir faire à la fois corporel et psychique, mais surtout comme un savoir être »*

Grâce à ce holding, le parent aide l’enfant à supporter et intégrer toutes les stimulations extérieures en en contrôlant l’intensité, en les filtrant, en les expliquant.  On retrouve bien là l’idée d’être attentif à la qualité de notre environnement et à son aménagement en fonction des besoins de Bébé et non de ceux de l’adulte (matériel de puériculture, rythme des acquisitions, contexte dans lequel on intègre Bébé etc.).

« Holder un enfant, c’est l’aider à progresser sans excès, ni carences de stimulations. »*

Ce portage corporel et psychique a pour conséquence de permettre à l’enfant de se sentir en sécurité et de se détacher progressivement de ses parents en toute confiance: l’enfant se rend compte qu’il peut être séparé corporellement de son parent et prend conscience progressivement qu’il n’est ni confondu ni collé à son parent, et qu’il existe comme une personne unique avec ses goûts, ses ressentis, ses pensées.

Le titre d’un ouvrage me revient et me semble bien représenter ce processus: « S’attacher pour mieux se détacher » ( La mise en place de l’attachement au parent est essentielle et permettra ensuite à l’enfant de s’autonomiser en toute sécurité, sans angoisse ni désorganisation).

A cela, Suzanne ROBERT-OUVRAY, (psychomot, psychologue, kiné, et j’en oublie…) ajoute des compléments :

« Le holding psychomoteur se définit comme un ensemble de manières d’être et de faire qui prend en compte tous les niveaux d’organisation du sujet : tonique, sensoriel, affectif, représentatif et langagier »*

Elle considère en effet que dans le holding, il faut prendre en compte l’organisation tonique et motrice du bébé, et insister sur l’aspect qualitatif du portage, de la relation et des soins apportés au bébé. Elle rapporte en effet, que beaucoup de parents ont dans les premiers temps peur de faire tomber (physiquement) leur bébé, alors que le risque principal est de le « laisser tomber », sur le plan psychique cette fois.

Dans le développement neuro-moteur du bébé, il existe trois facteurs  organisateurs de son développement corporel et psychique :

  • La posture d’enroulement:A la naissance, Bébé garde une posture d’enroulement sur lui-même, notamment par le fait que son dos est arrondi à cause d’un tonus faible, et que ses membres sont fléchis avec un tonus assez fort : On s’en rend bien compte notamment quand on regarde un nouveau-né , ou encore mieux quand on l’habille. Au niveau physiologique, l’enroulement est pour Bébé une position de confort et est donc à préserver  à tout moment : dans le portage, au moment du change, des jeux, et dans le sommeil avec la possibilité d’installer un cocon avec un drap enroulé sur lui-même que l’on passe sous les genoux de Bébé et autour de son corps. Cet enveloppement doit rester souple pour donner un maximum de confort, et de plus en permettant à Bébé de retrouver des limites palpables autour de son corps, on lui apporte un grand sentiment de sécurité.
  • L’axe de symétrie :

L’axe vertébral constitue un axe de symétrie corporel et la tête du bébé à la naissance se positionne dans cet axe. Dans les premières semaines, il est très important d’aider Bébé à rester dans cette continuité bassin-dos-tête  et pour cela de repositionner son bassin lorsqu’il est décalé. Pourquoi? Et bien, tout simplement parce que cette posture « axée » permet au bébé d’être disponible et d’utiliser des compétences, sinon entravées par la discontinuité axiale. En gardant son axe, Bébé se montre beaucoup plus relationnel et son regard se fixe mieux et explore mieux son environnement, sans parler de ses gestes qui peuvent s’organiser de manière beaucoup plus fluide.
De plus, la perception de cet axe permet  au  bébé  d’intégrer qu’il a deux hémicorps : en étant porté dans les bras de manière alternée, comme dans l’allaitement, le bébé intègre que de part et d’autre de cet axe corporel,  il a un coté de son corps appuyé contre le corps de son parent, et un autre coté avec moins d’appuis. Cette organisation corporelle lui permet de prendre des repères et de construire ensuite des repères au niveau de l’espace l’entourant.

Le principe de symétrie se retrouve également dans la réciprocité des regards avec le parent, l’enfant perçoit alors l’amour de son parent envers lui et cela est un élément fondateur de son désir de vivre. La qualité du regard que l’on porte sur un bébé/ un enfant est donc primordiale.

 » Le regard a un effet majeur sur la tonicité de tout le corps. Lorsqu’un bébé regarde sa mère dans les yeux, il construit son schéma corporel, il intègre son corps comme une  globalité vivante… L’enfant se sent alors exister dans tout son corps jusqu’aux orteils. »

  • La mise en place des coordinations:

 Après quelques mois, l’organisation neurologique et musculaire permet au bébé d’accéder à des mouvements de rotation et de construire ses coordinations motrices. Toutes ces compétences motrices qui évoluent et se complexifient sont en lien avec l’état psychique et  émotionnel du bébé: si le bébé se sent en sécurité, investi positivement, encouragé et félicité, il développe une motricité pleine de sens au niveau relationnel  et cette étape signe une ouverture du bébé aux autres personnes , et une différenciation entre lui et son parent.  Si par contre, le bébé se sent non accompagné, non investi, non important pour son parent alors sa motricité se développe de manière mécanique, sans plaisir, sans relation et sans développement de la connaissance de son corps.

Les apports de Suzanne ROBERT-OUVRAY sont intéressants, dans le sens où l’accent est mis sur le fait que tout ce que l’enfant fait comme « progrès » moteur lui permet en même temps de développer sa personnalité, sa gestion des émotions, sa relation avec ses parents et avec les autres personnes, sa gestion des difficultés rencontrées.

Cela permet de renforcer l’idée que l’enfant a besoin d’évoluer à son rythme, sans être pressé, sans devoir être performant, sans avoir pour mission ultime de valoriser ses parents… et que respecter ses besoins, ses désirs, son rythme lui permettra de construire une bonne base pour être  « bien dans ses baskets » tout au long de sa vie.

Source d’inspiration et citations : article « Porter un enfant, c’est un savoir être » de Suzanne ROBERT-OUVRAY, dans la revue « métiers de la petite enfance », n°59,  Juin 2000

Maman psychomot

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15 réflexions sur “Le holding, une histoire de portage !

  1. J’ai pratiqué le holding dit thérapeutique pour NuméroTrois: le serrer dans les bras afin de lui permettre de lâcher toutes ses tensions et le laisser pleurer de tout son soûl… J’ai alors appris et compris l’importance de ne pas « rejeter » NumDeux à l’école le matin quand il me demandait un énième câlin avant que je ne parte… Depuis, je me mets à genoux devant lui, il se réfugie dans mes bras, il prend sa dose pour la journée et je peux alors partir…

    • Oui, ce sont de bons exemples ! Par contre, le terme de « thérapeutique » me gêne un peu, on n’est pas là dans du soin mais plutôt dans une disponibilité aux ressentis de l’enfant;

      • Dans le cas de NumTrois, il s’agissait bien de thérapeutique, il devait évacuer de gros stress vécus in-utéro

        • ah ok, ça répondait à une situation particulière. Vu sous cet angle, bravo ! Tu as trouvé un très bon moyen de le rassurer et de l’apaiser.

  2. Merci pour cet article fouillé et passionnant, qui dépasse le simple concept du portage.
    J’aime beaucoup cette idée de holding, que probablement je pratique un peu sans le savoir ;-) Du moins c’est ce que je réalise en te lisant. Et ce que je retiens, c’est cette notion de portage psychique, de sécurité intellectuelle et pas uniquement physique. Je trouve que trop souvent, certains adeptes du portage ne mettent en avant que la notion physique, et que sous prétexte d’avoir bébé collé à soi toute la journée, font bien peu attention à la dimension psychique, voire la néglige totalement (contre moi plutôt qu’avec moi…). Je ne connais pas l’ouvrage « s’attacher pour mieux se détacher », mais quelle merveilleuse expression !!

    • Oui, la plupart des parents le pratiquent, sans le savoir. Le holding n’est pas une notion qui s’apprend mais qui se réalise naturellement pour la plupart des parents « suffisamment bons » comme dirait Winnicott ( les parents ne doivent pas être parfaits pour laisser la possibilité à l’enfant de penser qu’il peut faire différemment d’eux ! ).
      Winnicott l’a théorisé d’après son observation de toutes les relations bébé-parents qu’il a pu effectuer dans ses consultations .
      Je trouve ça passionnant que ce soit les bébés eux mêmes qui permettent quand on les observe, de prendre conscience des aspects fondamentaux de la relation à l’autre et de la construction de soi.

  3. Merci beaucoup de ta contribution!!! Comme Miliochka je suis très attachée à l’idée de « s’attacher pour pouvoir se détacher »… l’idée de laisser l’enfant faire les choses à son rythme, prendre le temps de construire sa sécurité, de remplir tous ses réservoirs affectifs… l’idée qu’on est plus fort lorsque l’on a respecté ses besoins émotionnels propres.. autant d’idées que tu développes fort bien tout au long de ce billet!! Bravo!

  4. « les parents ne doivent pas être parfaits pour laisser la possibilité à l’enfant de penser qu’il peut faire différemment d’eux ! » – Eh bien voilà qui est agr♪0able à lire!!
    Merci pour cet article!

  5. Merci pour ce billet très intéressant, il va parfaitement argumenter le portage auprès d’une maman de ma connaissance qui se posait des questions sur le comportement de son bébé si jamais elle la portait justement, merci !

    • Cool, et si cette maman cherche plus d’infos, j’ai commencé « une saga » d’articles sur le portage ( histoire, intérêts pour l’enfant et pour le parent etc.) sur mon blog (journalpsychomotricienne.blogspot.com) .
      Et il y a aussi le site de l’association française de portage des bébés (afpb.com).
      Merci de ton commentaire !

  6. Pingback: Mettre de l’eau dans le vin familial {mini-débrief} « Les Vendredis Intellos

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