Sur le papier, la gynécologie et moi, on aurait dû être amies !
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J’ai une mère médecin, un grand-père maternel gynécologue-obstétricien (c’est même lui qui a mis au monde mes sœurs, en plus de quelques milliers d’enfants durant ses 40 ans de carrière), deux grandes sœurs et une multitude de cousines, et un goût certain pour la chose médicale. Ainsi entourée de femmes et de médecins, mes premières règles, la première visite chez un gynéco, l’usage de contraceptifs… tout aurait dû se passer le mieux du monde !
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Eh bien non. Ce serait oublier que les cordonniers sont les plus mal chaussés. Ce serait oublier qu’il est parfois difficile pour une jeune fille de parler de ces choses-là. Parce que je me suis tue, n’ai pas osé poser de questions, parce que j’ai cru que je devais me débrouiller toute seule, le parcours a été plus que chaotique. Parmi les mauvais souvenirs : la découverte des tampons hygiéniques, en pleurs enfermée à double tour dans la salle de bains, les douleurs que je tentais de faire passer à grand renfort d’aspirine (alors qu’il n’y a pas pire en période de règles !), de terribles mycoses non soignées par ignorance et peur d’en parler,  le parcours du combattant pour obtenir un rendez-vous chez un gynéco simplement pour avoir la pilule, et même une banale infection urinaire qui a dégénéré en pyélonéphrite me conduisant une semaine à l’hôpital ! Heureusement pour moi, dans ce parcours de la combattante, je n’ai pas eu à passer par la case avortement ou MST stérilisante. Malgré tout donc, j’ai eu le cul bordé de nouilles, si je peux me permettre !
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Des gynécos, j’en ai croisé pas mal avant de trouver le bon, ou la bonne plutôt (c’est un hasard, pour moi homme ou femme, ça n’aurait pas fait de différence). Mais avant ça, quel cauchemar… Je me souviens de ce vieux gynéco lyonnais qui s’était permis des comparaisons d’ordre anatomique entre mes sœurs et moi… Je me souviens des gynécos inexpérimentés de la Médecine Universitaire, aux gestes gauches et brusques, que quelques unes de mes copines fréquentaient un peu trop souvent pour cause de contraception mal maîtrisée voire de dépistage trimestriel du VIH… Je me souviens de celui du planning familial d’un quartier défavorisé de la banlieue lilloise, fréquenté par des punkettes à chien. Le premier à m’avoir parlé gentiment et intelligemment, se demandant vraiment ce que je faisais là ! Je me souviens, après le diagnostic du double cancer du sein de ma mère, d’une gynéco réputée des beaux quartiers parisiens, qui m’a traité comme la pire marie-couche-toi-là parce que je lui avouais avoir eu des rapports non protégés. Je me souviens de toutes ces fois où j’aurai préféré me déshabiller derrière un paravent, parce que pour moi se déshabiller devant quelqu’un est presque plus gênant que se présenter nue pour un examen médical…
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©ZIR
www.zir.fr


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Pourquoi je vous parle de ça ? Parce que grâce à Mme D, j’ai découvert récemment un guide intitulé La première consultation gynécologique, édité par l’excellente association Sparadrap. Et que cela m’aurait fait le plus grand bien de lire ça il y a quelques années. Pour ceux qui ne connaissent pas, Sparadrap existe depuis presque 25 ans et s’est donnée pour mission de guider et accompagner les enfants dans le monde de la santé :
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Des objectifs ambitieux
– mieux informer et préparer les enfants, les adolescents et leurs parents à un soin, un examen de santé, une hospitalisation
– favoriser une meilleure prise en charge de la douleur de l’enfant
– valoriser le rôle des proches lorsque l’enfant est malade ou hospitalisé
Une démarche originale
– reconnaître l’enfant comme un interlocuteur crédible
– concilier les besoins des familles et des professionnels
– dénoncer si nécessaire tout en proposant des solutions concrètes.
Des activités concrètes et innovantes
des documents pratiques illustrés pour informer 
enfants, adolescents, parents et professionnels
– un site Internet pour informer et conseiller 
enfants, parents et professionnels
– des formations et des projets pilotes pour les professionnels
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Si je parcours ce guide en me mettant dans la peau de la jeune fille que j’étais il y a 20 ans, voilà ce que je retiens, dans le désordre :
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– Un médecin généraliste peut parfaitement faire une consultation gynéco
(reste que la plupart d’entre eux s’y refusent malheureusement) et donc prescrire la pilule.
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– Tous les centres de planification et d’éducation familiale (CPEF) et le Planning Familial proposent des consultations. Certains proposent aussi des réunions d’information individuelles ou en groupe. Les consultations proposées par les CPEF et le Planning Familial sont gratuites pour les mineures.
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– Il est urgent de consulter en cas de problème (pertes colorées, démangeaisons, saignements inhabituels… ; en cas de rapport sexuel non protégé, pour dépister une éventuelle IST ; en cas de retard de règles… Au moment de prendre rendez-vous, il faut dire que c’est urgent et parfois insister auprès de la secrétaire.
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– Tu peux parler de tout ce qui te soucie, rien n’est ridicule ou bête. Le médecin ou la sage-femme ne se moqueront pas et ne seront pas gênés : ils ont l’habitude, c’est leur métier.
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– Rassure-toi, il n’y a aucune obligation à ce qu’une partie de ton corps soit examinée pendant la première consultation sauf si quelque chose ne va pas ou si tu le demandes.
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– La consultation de gynécologie c’est aussi le bon moment pour parler du corps, de ses changements, de la contraception et toutes les méthodes qui existent, de la sexualité (la première fois, la masturbation etc…)
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– Tu n’as pas “accroché” avec le médecin ou la sage-femme, tu as eu l’impression d’être mal à l’aise, d’être jugée ou mal conseillée, que l’on n’a pas pris le temps de t’écouter… Tu as tout à fait le droit de changer jusqu’à ce que tu trouves quelqu’un avec lequel tu te sentes à l’aise !
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– Dénuder certaines parties de son corps très intimes pour les montrer n’est facile pour personne ! Mais il n’existe pas d’autres moyens pour les examiner. En revanche, il existe des solutions pour se sentir plus à l’aise : on peut garder le “bas” pendant l’examen des seins et garder le “haut” pendant l’examen gynécologique.
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– L’examen gynécologique en lui-même n’est réalisé qu’après le début de la vie sexuelle et uniquement lorsque c’est nécessaire.
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Voilà ce document est bien plus complet que ça. Si vous même, lectrices, vous êtes mère de filles, je vous engage, vous encourage, vous supplie de lire ce guide et, le bon moment venu, de le glisser dans les mains de votre progéniture… Pour ma part, mes deux poulettes sont bien trop jeunes, mais je garde ce document précieusement ! Le seul défaut que je lui trouve c’est peut-être d’en dire beaucoup, de quoi effrayer certaines plus que les rassurer ? Si vous lui trouvez des défauts, n’hésitez pas à en faire part dans les commentaires ;-)
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Par contre, il est une question que je me pose et à laquelle je n’ai pas trouvé de réponse dans ce guide. Ceci étant, c’est une question de maman, donc c’est logique… Quand parler de tout ça à sa fille, si comme moi, elle n’ose pas en parler d’elle-même ? En général on dit que la première consultation doit précéder l’entrée dans la vie sexuelle (ah ben tiens, c’est pratique ça, comme si votre fille allait vous annoncer « maman c’est décidé, le 17 mars 2023 je couche avec Jérémie »…) Ne devrait-on pas commencer à se sentir concernée lors des premières règles, éventuellement en commençant par lui suggérer de parler de tout ça avec le médecin qui la suit ? Et puis comment réagir si elle nous demande la pilule à 15 ans parce que toutes ses copines la prennent déjà ? Perso, je suis plutôt opposée à l’idée de la pilule si jeune, surtout s’il n’y a pas de petit copain officiel depuis au minimum 3 mois, ça ressemble à blanc-seing pour ne pas utiliser de préservatif, or on l’oublie trop souvent, une relation sexuelle c’est bien plus que le risque de tomber enceinte (VIH, chlamydia et j’en passe…)
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Bon pour le moment ce n’est pas d’actualité, puisque mes poulettes n’ont que 6 et 2 ans, mais je compte bien ne pas faire comme ma chère mère qui, malgré tout l’amour que je lui porte et les qualités que je lui reconnais, ne pouvait pas plus mal s’y prendre en ce qui concerne ma rencontre avec la gynécologie ! À bon entendeur, rendez-vous dans quelques années…
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Miliochka
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