Devenir Père: c’est grave docteur ?

L’article commence ainsi: « La place du père est parfois difficile à trouver pendant la grossesse ». Le décor est planté.

La place du père est un débat qu’on ne peut pas éteindre tant cette place est spécifique à chaque couple. Une place aussi difficile à trouver qu’à définir et c’est cette spécificité qui est à l’origine de ce débat, et réciproquement ?

Ce que j’essaie de dire, c’est que chaque père pourra vous raconter la place qu’il a occupé en tant de conjoint, mari, support moral et physique, partenaire à temps plein pendant la grossesse et ces mêmes papas pourront aussi vous expliquer la place qu’il occupe dans la famille en tant qu’entité masculine de référence pour leur enfant (car il ne s’agit pas ici de traiter la question du père-amant).

L’article de L’Express publié le 15 Juin dernier sert de point de départ à cet article. Originalité, c’est un homme sage-femme qui répond aux questions de futurs parents, en quête de réassurance pré-natale. Benoît le Goëdec, qui occupe cette fonction qui n’est ouverte aux hommes que depuis 1982 (oui, le métier de maïeuticien fête son 20ème anniversaire en France cette année, et personne n’en parle … !), se voit régulièrement questionné sur le fait d’exercer une profession historiquement plutôt féminine. Mais la réflexion du jour tourne plus autour de découvrir sa valeur ajoutée, son petit plus, qui fait qu’être accompagné par un homme pendant la grossesse et la naissance est aussi génial pour un homme.

C’est l’enfant qui vous fera devenir père à part entière

Alors voilà, je retrouve des questions que je me posais pendant la grossesse de ma femme. Je ne me sens pas encore papa, à qui puis-je en parler ? D’ailleurs ai-je vraiment envie d’en parler où est-ce un cheminement personnel ? Est-ce que devenir parent se vit à deux, entre sa femme et soi, et devenir père s’appréhende seul ? Est-ce mon rôle de couper le cordon ? Pour le symbole, parce que « c’est-comme-ça » ? Est-ce que je vais le trouver beau ? Comment je vais l’aimer ?

Je craignais surtout de rater le coup d’envoi, le moment où on le pose sur le ventre de la maman, de ne pas être au top pour le jour j. Et bien je n’étais pas du tout au top pour le jour j. Comme prévu.

Mais finalement, l’attente est bien souvent la raison de cette angoisse, de ces questions qui prennent des tournures hautement philosophiques qui n’ont peut-être pas vraiment lieu d’être. L’enjeu n’est jamais de devenir le meilleur père du monde mais d’être le meilleur père pour son enfant, pour sa famille. Chaque enfant et chaque famille étant différents, les conseils sont aussi difficiles à donner qu’à recevoir.

Le maïeuticien interrogé me parait tout a fait qualifié pour fournir les mêmes conseils qu’une sage-femme, naturellement. Son rôle est de rassurer, d’écouter, de parvenir à se mettre en situation de disponibilité émotionnelle. Une mission difficile, certes, mais qui reste malgré tout à disposition de la femme. Le rôle d’un maïeuticien ou d’une maïeuticienne n’est pas de rassurer, d’écouter l’homme.

En revanche, la question des espaces de paroles destinés aux futurs papas est également évoquée. Elle est très légitime. Doit-on laisser à l’homme-futur-parent, le choix d’exprimer ces craintes, ces angoisses ? Je n’en ai pas ressenti le besoin et mon opinion est que ce temps de parole est secondaire par rapport à celui accordé à la mère. Il n’est pas question de rogner sur le temps accordé à la mère au profit de celui destiné à l’homme. En revanche, il serait intéressant de savoir à qui s’adresser si toutefois l’idée de devenir papa venait à nous empêcher de dormir (je pense notamment aux grossesses multiples qui ont sans doute la faculté à multiplier par le nombre d’enfants le degré d’angoisse potentiel! Je précise que je parle en méconnaissance de cause, une supposition). Le contexte est important car je ne me voyais pas exprimer mes craintes aux cours d’accouchement de ma femme, par peur d’être jugé peut être.

Un peu de confiance, en soi et en l’autre

Vous deviendrez père de toutes façons. Il n’est pas question de le discuter. Votre femme est enceinte de 9 mois et un jour, sur la table d’accouchement, entourée d’un(e) obstétricien(ne), d’un(e) ou deux sage-femmes… disons que c’est très engagé, que toutes les conditions sont réunies !

Avec le recul, je pense que la confiance est centrale. Comme tout le monde, on a besoin d’être rassuré, on veut entendre les mots qu’on se répète dans la tête provenant de la bouche d’un autre, d’un ami, d’un professionnel, … tout ceci me semble plutôt naturel. Mais gardez en tête que vous êtes le seul capable de définir votre rôle de père. Ultra présent, papa poule (je déteste cette expression), papa qui rentre tard, papa qui donne le bain, papa qui fait à manger, etc… Trouver sa place devient naturel lorsque bébé arrive à la maison. Il y a quelque chose d’organique dans la parentalité, comme un morceau de soi dont on ne s’était jamais servi avant, mais qui est latent, à disposition.

Faites vous confiance car si vous et votre femme avez ce projet d’enfant, c’est surement que vous êtes assez fort pour le bercer dans vos bras. Et rassurez vous, un nouveau-né se satisfait d’amour et de soins, c’est relativement facile.

Père de famille

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10 réflexions sur “Devenir Père: c’est grave docteur ?

  1. C’est dommage parce qu’il n’y a pas le lien de la vidéo en question !
    Et sinon, j’ajouterai que devenir père ça ne se fait pas en une seule fois, en un seul jour, et que si on a la chance (l’envie ?) d’avoir plusieurs enfants, le fait d’être père évolue avec chaque enfant !
    Mais que pour ça, il faut que nous mesdames, laissions un peu plus de place à vous messieurs. Il faut qu’on apprenne à lâcher à la bride, à vous voir faire les choses différemment (et non pas « moins bien » !!) Et je le dis d’autant plus fort que moi, ça n’a pas été facile au début de le faire, et que du coup, ça n’a pas été facile pour le papa de trouver sa place…

  2. Merci pour ce point de vue masculin!
    Je dois dire que, durant ma grossesse, j’avais peur que mon mari n’arrive pas à exprimer ses peurs (du coup, je l’ai sans doute lourder avec mes questions à répétition. ^^’) ne sache pas trop où se placer (je lisait tellement d’histoires de futurs papa qui se sentaient mis de coté, qui ne trouvait pas leur place pendant la grossesse… bref…)
    Comme Milliochka, je dirai que devenir parent ne se fait pas en un jour, mais plutôt tous les jours. (c’est pas un scoop ce que je dis là… XD) et je dis bien « devenir parent » car c’est valable autant pour les mères que pour les pères. :)
    Et pareil, faut que nous, les mères, on apprenne à lacher du lest, à accepter que tout ne soit pas fait exactement que nous l’aurions fait (ben, oui, apprendre à ne pas trop faire de remarques qui peuvent être prises pour des critiques quoi…)

    (et euh… on peut avoir le lien vers la vidéo? siouplé? ;) )

    • La vidéo complète refuse de s’afficher… voilà donc l’article mis à jour avec un extrait et un lien vers la vidéo complète… sorry : (

  3. ben, moi j’adore quand les mecs se mettent à réflechir sur la parentalité. Merci, je trouve ton article tellement juste. Même s’il ne reflete que ton point de vue, il a une portée bien plus universelle. merci. je le fais lire à mon mec… et bienvenue.

  4. Merci pour cette article (un jeudi, mazette, quel rebel ce Père de Famille)!
    Chez nous, je n’ai pas l’impression que devenir parent a été plus une évidence de mon côté que du sien, et je n’ai jamais dû « lacher du lest » parce que jamais eu l’impression de mieux faire ou même faire plus vite.
    Pendant la grossesse je ne realisais pas plus ce que lui ce qui nous attendait et je n’ai pas eu l’impression qu’il se sente exclu. Il posait bien plus de questions que moi à l’hopital! (moi j’étais trop occupée à renifler).
    Bon la seule différence c’est que moi j’étais obligée de venir à l’accouchement – POURTANT SI J’AVAIS EU LE CHOIX HEIN, je l’aurais envoyé lui! (moi j’étais trop occupée à renifler)
    Après, moi j’ai pris 6 mois de congé parental, et lui 2 mois quand j’ai repris le travail: J’avais un poil plus d’entrainement peut-être mais je suis partie sans crainte (et sans rien expliquer, j’étais trop occupée à renifler). Je dirais qu’il a rattrapé mon avance en environ… 3 jours??

    Enfin comme tu dis, une fois qu’on est parent on est parent, contre toute attente ça vient assez naturellement – enfin certains sont quand même plus empotés que d’autres (GROS FOU RIRE au premier changeage de couche en 2h30, 8 couches et 465 bouts de cottons qui collent, saloperie de meconium) mais bon, de toute façon une fois qu’on est dans la galère, bin faut bien ramer, et à force on apprend…

  5. Merci pour ce point de vue !
    eh oui c’est toute une aventure des deux cotés ! Et avoir un point de vue de papa c’est précieux :)

    chez nous le papa prenait effectivement un peu trop de place à mon gout lors des rdv avec la sage-femme, si c’est à refaire je ferais certains rdv sans le papa pour me sentir libre de poser certaines questions de femme à femme.

    Après mon compagnon est devenu père au fil des années, surement pas dès le premier jour, tout comme moi d’ailleurs. Quand l’enfant nait, on est surtout le parent de son enfant intérieur, car on ne connait pas encore bien notre enfant. C’est tout un travail de s’apprivoiser, prendre confiance en soi… oui la confiance en soi est primordiale !

    Au passage, j’ai tiqué sur un truc : « un jour, sur la table d’accouchement, entourée d’un(e) obstétricien(ne), d’un(e) ou deux sage-femmes… »
    Euh, désolée, moi si c’est possible je n’accouche pas sur une table d’accouchement. La dernière fois c’était accroupie par terre (et à l’hôpital). Je n’aimerais pas accoucher sur une table du tout. Et je n’aime pas trop qu’on propage l’idée que c’est forcément sur une table d’accouchement, ni avec un obstétricien d’ailleurs. Beaucoup de femmes accouchent uniquement avec des sage-femmes ou maïeuticiens, qui sont tout à fait compétents quand il n’y a aucun souci. Et il y a aussi des femmes qui accouchent chez elles (ce qui donne d’ailleurs une place tout à fait particulière au père), ou en maison de naissance.

  6. Merci beaucoup de ta contribution et désolée d’arriver si tard!!!! Comme beaucoup, j’apprécie vraiment qu’un homme, un père, vienne témoigner sur ce moment bouleversant dans la vie des parents qu’est la venue d’un enfant!!
    Personnellement, je trouve ça triste que les hommes en soient réduits à refuser de s’exprimer de peur de rogner sur le temps de parole offert aux femmes!! Les femmes ont la chance (ou la malchance!!) de pouvoir prendre conscience de la naissance qui s’annonce grâce aux modifications de leur corps et de leur vécu, tandis que pour le père toute cette transformation se fait d’abord dans la tête: moi je trouverai ça vertigineux!!!
    Bref, plus concrètement, je sais que le sf chez qui Mr D et moi avons suivi les séances de préparation à la naissance pour Briochin organisait aussi des groupes de papa (avec des futurs papas et des tout jeunes papas) qui semblaient plutôt bien fonctionner (je dis semblait car Mr D n’a pas eu le temps d’y participer…)…
    Enfin, je serai ravie que tu nous pondes un article sur le métier de maïeuticien!!! QUE 20 ANS???!!!! c’est complètement dingue, et ça vaut bien qu’on y revienne!!! :-))

  7. Pingback: Plus d’un chemin pour devenir parent {mini-debrief} « Les Vendredis Intellos

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