Des techniques pour gérer les disputes entre frères et soeurs

Suite et fin de notre dossier sur les jalousies et rivalités entre frères et sœurs, voici la seconde partie de notre résumé du livre du même nom d’Adele Faber et Elaine Mazlish. La première partie se trouve ici.

Vous y découvrirez notamment :

  • Le chapitre 5 « Frères et sœurs dans leur rôle » : Les effets négatifs des étiquettes que nous collons à nos enfants et les manières de les aider à s’en détacher.
  • Le chapitre 6  « Quand les enfants se disputent » : Les différents types de disputes, des techniques pour intervenir efficacement et une procédure de résolution de conflit lorsque le malaise est trop important.
  • Notre conclusion

5 – Frères et sœurs dans leur rôle

L’intellectuel, la maladroite, le mauvais perdant, l’indécise, le beau gosse, la chouineuse, le glouton etc… Autant d’étiquettes collées à nos enfants, de rôles dans lesquels ils risquent de se retrouver enfermés.

Ces « rôles » provoquent souvent des sentiments négatifs et peuvent engendrer des disputes. Ils affectent chaque enfant individuellement, mais affectent aussi les autres (frères et sœurs) et en fin de compte, leurs relations mutuelles !

Les rôles, les étiquettes, peuvent êtres attribués de 3 façons :

  1. Par les parents. Sans même nous en rendre compte, nous attribuons à nos enfants des rôles, des étiquettes… et nous le faisons même souvent devant eux. Qui n’a jamais dit, au parc ou à la sortie de l’école en discutant avec un autre parent alors que les enfants ne sont pas loin, quelque chose du genre « Mon grand, Léo, il est plutôt réservé, mais sa petite sœur, Lou, un vrai moulin à paroles ».
  2. Par les enfants, qui se donnent à eux-mêmes des rôles, « s’auto collent » des étiquettes.
  3. Par les autres enfants (frères, sœurs, copains etc.).

En faisant participer les participants de leurs ateliers, les auteurs mettent en avant les constats suivants :

En tant que parent, nous collons des étiquettes à nos enfants car :

  • Nous avons tendance à projeter nos propres faiblesses sur nos enfants.
  • L’idée d’avoir déchiffré la personnalité de chaque enfant nous est agréable
  • Nous attribuons à nos enfants des rôles différents pour que chacun se sente « spécial ».
  • Nous traitons nos enfants en fonction de leur rang de naissance (l’aîné est « responsabilisé », le petit dernier est « gâté » et protégé parce qu’il est le plus jeune).
  • Nous nous identifions à l’un de nos enfants en fonction de sa position dans la fratrie et de la nôtre lorsque nous étions enfants (Si j’était le cadet que ses grands frères embêtaient tout le temps, j’aurais tendance a systématiquement prendre la défense de mon plus petit contre ses aînés).

Les effets des rôles :

– Le rôle donné à l’un… détermine souvent celui de l’autre (l’enfant brillant / le moins brillant, le « monsieur propre » / le désordonné, la sainte nitouche / la terreur etc…)… créant généralement du ressentiment entre les frères et sœurs.

– Même des étiquettes qui nous semblent « positives » (mon grand, c’est « le cerveau de la famille ») ont des répercussions négatives sur l’enfant : non seulement la pression est mise sur lui (il doit maintenir son rôle, sa position de « cerveau »), mais la aussi elle créé un climat d’hostilité dans la fratrie, les autres enfants se sentant relégués à la seconde place.

– Il semble aussi qu’une fois le rôle attribué à l’enfant, celui-ci le joue à fond et finit par se l’approprier : « puisqu’on s’attend à ce que je sois « excité en permanence », autant l’être vraiment pour ne pas les décevoir ».

Remarque des auteurs : Les enfants ont aussi des dons naturels, et il est tout à fait normal de les reconnaître et de les encourager, mais il faut faire très attention à ne pas le faire au détriment des frères et sœurs en les excluant de ce domaine de compétence bien précis.
Par exemple, à trop appeler un de ses enfants le « musicien de la famille » on risque de décourager les autres a s’essayer dans ce domaine eux aussi, par peur de na pas être « à la hauteur ». Il est important de faire comprendre à ses enfants que « les joies de la musique, de la danse, des études etc… appartiennent à tout le monde, elles ne sont pas réservées à ceux qui ont des facilités particulières ».

Après avoir fait tous ces constats, les auteurs s’attaquent à un problème récurrent dans les fratries : le bourreau et la victime (victime qui n’est pas forcément le plus petit des enfants ;-)). Sous forme de BD, elles nous donnent un conseil qui permet de réagir aux comportements agressifs sans renforcer les rôles de bourreau et de victime : En cas d’agression d’un enfant sur un autre (entre frères et sœurs, au parc etc…), ne vous occupez pas de l’agresseur (« Tu as mordu ton frère parce qu’il ne voulait pas te donner son jouet, ce n’est pas bien, tu es vilaine ! »), occupez-vous plutôt de l’enfant auquel on a fait mal (« Elle t’a mordu, ho la la, ça doit te faire mal. Mordre c’est bon pour les animaux, pas pour les enfants. Il va falloir que ta sœur apprenne à demander ce qu’elle veut avec des mots, même quand elle est en colère. Viens, allons mettre de la glace sur ta main »).

Certains participants font alors la remarque que leurs enfants ont tout de même des caractères différents, qu’ils sont nés en ayant une « nature » différente l’un de l’autre : l’un est calme et doux comme un agneau alors que l’autre est très actif et souvent agressif. Les auteurs, d’accord avec ce constat, proposent de suivre le conseil qu’elles ont elles-mêmes reçu à l’époque du Docteur Haim Ginott : « Traitons nos enfants non pas en fonction de ce qu’ils sont, mais en fonction de ce que nous voudrions qu’ils deviennent ».

Nous pouvons faire cela autant en changeant notre façon de penser (en arrêtant de considérer l’enfant de la manière dont nous l’avons toujours considéré), qu’en exigeant de l’enfant qu’il se conduise autrement et en le rendant responsable de son changement de conduite.

Au travers de l’exemple (répandu) des rôles de la « brute et de la victime » et à l’aide de planches de BD, les auteurs nous donnent des pistes pour inciter nos enfants à changer, ou à se défaire d’un rôle négatif :

  • Pour la brute, au lieu de traiter l’enfant comme une brute, les parents peuvent plutôt l’aider à sentir qu’il est capable d’être aimable (« tu sais très bien comment obtenir ce que tu désires sans recourir à la force »), et aider ses frères et sœurs à le voir différemment (« Il sait aussi se montrer gentil et demander ce qu’il veut avec gentillesse »).
  • De même dans le cas de la victime, les parents peuvent lui montrer comment se défendre (« tu peux dire à ton frère : c’est mon jouet, c’est moi qui décide si je veux te le prêter ou pas »), et inciter ses frères et sœurs à le voir différemment (« pas la peine d’essayer d’entourlouper ta sœur Léo, elle est assez grande maintenant pour ne pas se faire avoir ») et même l’aider à se rendre compte de sa force potentielle.

Lorsque l’enfant a un problème sérieux, un handicap :

Les parents ayant un enfant touché par un handicap ont souvent tendance à le surprotéger… et du coup à moins s’occuper de ses frères ou sœurs « normaux », ou du moins à minimiser leurs besoins. Il en résulte souvent du ressentiment des enfants « normaux » à l’égard de l’enfant plus fragile.

Les auteurs préconisent de traiter tous les enfants comme des enfants normaux, même les enfants ayant de sérieux problèmes car ils peuvent faire bien plus que ce dont nous les pensons capables.

Toujours à l’aide d’un BD, elles font passer le message suivant : Au lieu de vous préoccuper des incapacités de l’enfant, préoccupez-vous de ses capacités : encouragez-le à persévérer, à croire en lui, à être fier de lui plutôt que de le surprotéger en le privant des activités qui risqueraient de le blesser (tant physiquement que moralement).

 

6- Quand les enfants se disputent


Comment intervenir utilement ?

Dans un premier temps, les auteurs, approuvent ce que la plupart des participants pensent : chaque fois que possible, ignorer les chamailleries des enfants leur permet d’apprendre à régler eux-mêmes leurs différends.

Il y a pourtant des situations où nous ne pouvons tout simplement pas les laisser se débrouiller tout seuls. A l’aide de BD, les auteurs nous font réaliser que les manières classiques d’intervenir dans les disputes ne font généralement qu’aggraver la situation :

  • Hurler un « arrêtez tout de suite » (les enfants se disent : « si j’arrête, c’est lui qui gagne »)
  • Chercher un coupable « qui a commencé » (le coupable « perd la face »).
  • Les culpabiliser et généraliser « vous devriez avoir honte, chaque fois que je viens vous voir vous êtes en train de vous disputer », « vous allez finir par me donner un ulcère ».
  • Prendre la défense de l’un des deux (l’autre ressent un sentiment d’injustice).
  • Les forcer à s’entendre ou à partager (l’un des deux est obligé de se plier et « perd la face »).
  • Punir les deux en confisquant l’objet de la dispute ou en les envoyant chacun dans leur chambre. La aussi ce comportement est souvent injuste envers l’un des deux enfants.

Elles nous donnent ensuite une « méthode d’intervention » plus saine, aussi illustrée par une BD (que nous allons tester et dont nous vous reparlerons) :

  1. commencer par reconnaître les griefs des enfants l’un envers l’autre. Ce qui a généralement pour effet de les aider à se calmer
  2. Ecouter la version de chaque enfant, avec respect.
  3. Reconnaître la gravité du problème.
  4. Leur montrer que nous avons confiance en leur capacité à trouver une solution qui leur convienne mutuellement. (il est possible de le leur en suggérer quelques unes).
  5. Quitter la pièce.

En utilisant cette méthode, les enfants se sentent respectés et apprécient la confiance que leur porte leur parent et son impartialité : aucun des deux n’a besoin de « céder face à l’autre ». Le fait de quitter la pièce freine laussi a tentation de « faire de la comédie » à l’intention du parent en continuant à pleurer/chouiner.

Quand la dispute tourne à la bagarre, les auteurs préconisent une autre méthode en 3 points :

  1. Décrire ce que l’on voit (de manière énergique, et à voix forte, ce qui les arrête généralement dans leur élan) : « Je vois deux enfants furieux, qui s’apprêtent à se mordre et à se tirer les cheveux ! ».
  2. Fixer les limites : « Il est absolument interdit dans notre famille de frapper, mordre et tout simplement de se faire du mal les uns les autres ».
  3. Les séparer : « vous avez besoin de vous calmer, chacun va dans sa chambre ».

Lorsque nous ne sommes pas sûrs de comprendre s’ils jouent ou s’ils se bagarrent vraiment, ne pas hésiter à le leur demander carrément.

Dans les cas ou c’est un jeu pour l’un, mais pas pour l’autre ; instaurer une règle qui stipule que « on ne fait semblant de se battre que si tout le monde est d’accord. Si l’un des deux n’aime pas le chahut, il faut l’arrêter ».

Il existe aussi des conflits « récurrents » entre deux enfants : « ma grande sœur me crie tout le temps après, comme si elle était ma mère », « mon frère reste toujours assis alors que moi je fais tout ; il dit que c’est normal parce que je suis une fille », « ma sœur m’embête jusqu’à ce que je finisse par la taper ; puis c’est moi qui me fait gronder », « quand mes parents ne sont pas là, mon frère me donne des ordres, et est violent avec moi si je ne lui obéis pas » etc…
Dans ce genre de situation, les auteurs préconisent d’utiliser une procédure de résolution de conflit (qui ressemble beaucoup à la méthode « sans perdants » de Thomas Gordon :

  1. Réunissez les personnes concernées et expliquez le but de la réunion : « il y a une situation qui provoque un malaise, nous devons chercher ensemble les moyens d’aider chacun à se sentir mieux »
  2. Expliquez à chacun les règles fondamentales : « nous allons écouter, sans vous interrompre, la version de chacun d’entre vous ».
  3. Mettez par écrit ce que ressent chaque enfant et ce qui le préoccupe. Lisez vos notes à haute voix pour vous assurer que vous les avez bien compris.
  4. Permettez à chaque enfant de réfuter la version de l’autre.
  5. Engagez chacun à suggérer autant de solutions que possible. Mettez par écrit toutes les idées, sans les juger. Laissez les enfants les commenter.
  6. Choisir les solutions qui conviennent à tout le monde.
  7. Organisez un suivi : « nous nous réunirons à nouveau la semaine prochaine pour voir si nous sommes tous satisfaits de la façon dont les choses se passent ».

En ce qui concerne les conflits de propriété :

Pour les auteurs, même s’il est important d’apprendre à ses enfants la notion de partage, il est tout aussi important de faire respecter le droit de propriété, qui est un principe qui défend les droits des deux enfants ayant un conflit.

Obliger un enfant à partager ne fait en effet que le pousser à s’accrocher encore plus à ses affaires… le partage forcé sape toute tendance à donner de bon cœur !

A l’aide d’une BD pour illustrer leurs propos, les auteurs montrent qu’il est possible, lors d’un conflit de propriété (un enfant qui ne veut pas prêter son jouet à son frère par exemple) de prendre parti tout en laissant la décision finale aux enfants : « C’est ton jouet et c’est à toi de décider, mais vous pouvez certainement trouver un arrangement entre vous ».

Quelques astuces pour encourager les enfants à partager :

  • Les rendre responsables du partage (« les enfants, quelle est la meilleure façon de partager le gâteau pour le goûter ? »)
  • En montrant les avantages du partage (« si tu lui donnes la moitié de ton croissant et qu’elle te donne la moitié de son pain au chocolat, vous profiterez tous les deux du croissant et du pain au chocolat »).
  • En laissant du temps pour que les choses mûrissent (« Lou te fera savoir lorsqu’elle sera prête à partager »)
  • En montrant notre satisfaction lorsque le partage est spontané (« Merci de m’avoir donné un morceau de ton gâteau, c’était délicieux »)
  • En donnant nous mêmes l’exemple.

Adèle Faber et Elaine Mazlish terminent ce chapitre en rappelant que « Notre règle de base, c’est d’essayer de ne pas intervenir, mais quand nous sommes dans l’obligation de le faire, c’est toujours avec en tête le désir de laisser les enfants reprendre le plus rapidement possible leurs relations mutuelles. C’est la meilleurs façon de les préparer pour le reste de leur vie ».

 

7 – comment faire la paix avec le passé

Dans ce dernier chapitre, les auteurs laissent la parole à certains des participants ayant été profondément impactés par les relations qu’ils avaient eu, enfant, avec leur frères et sœurs… mais ayant eu la force de renouer le dialogue, de se reconnecter l’un à l’autre une fois adultes, de se rapprocher pour se soigner et se guérir mutuellement.

 

Conclusion :

Ce livre a été une vraie révélation pour nous. Malgré le fait que nous ayons connu, l’un et l’autre, les avantages et les inconvénients de la fratrie, nous étions parfaitement démunis face aux disputes et chamailleries de nos deux plus grands : Léo et Lou.

Nous nous sentons bien plus « armés » à présent et avons même déjà constaté de nombreux changements dans leur comportement.

Si nous ne devions retenir qu’une phrase de cet ouvrage ce serait celle-ci :

« Plus on insiste pour que les enfants s’aiment, plus ils se détestent ! Plus on leur permet de se détester… plus ils s’aiment !!! »

Les supers parents

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5 réflexions sur “Des techniques pour gérer les disputes entre frères et soeurs

  1. Merci de votre contribution!!! Je suis heureuse que ce livre vous ait plu et que vous l’ayez trouvé utile… je l’ai personnellement trouvé très démonstratif et très complet… les pistes concrètes données aux parents permettent de trouver ses marques dans ce mode d’interaction qui peut sembler emprunté au premier abord mais dont les bénéfices sont réels quand on commence à le maîtriser!!

  2. Pingback: Questions d’ados {mini-débrief} « Les Vendredis Intellos

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