Drogue : s’informer

Après les chiffres publiés inquiétants révélés dans la presse début juin ( voir Nos ados et la drogue ), indiquant que la consommation de cannabis, d’alcool et de tabac a plutôt tendance à augmenter parmi les jeunes, après un aperçu des différents perceptions selon les cultures et les époques (voir drogues : un peu d’histoire) , où trouver de l’information ?

Je n’ai pas trouvé de livre récent dans les bibliothèques que je fréquente.

Je vais néanmoins citer pour les parents et ados un livre collectif de la Mission Interministérielle de la Lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT) :

« Drogues, savoir plus, risquer moins », dont voici une phrase d’introduction :

« La faiblesse des informations mises à la disposition du grand public a laissé place à des messages souvent contradictoires et inexacts. Cette situation a renforcé les malentendus, les inquiétudes et les peurs, mais surtout le sentiment d’impuissance face aux personnes qui consomment des drogues. Elle a encouragé des attitudes excessives et inadaptées variant trop souvent entre indifférence et dramatisation. »

On trouve une version actualisée de 2006 sur le site québequois Toxquebec.com :

Je suis complètement en accord avec l’idée de cet ouvrage : la prévention commence par une information complète et objective.

Le site de la Mildeca est aussi assez complet, sur les substances, la loi et le centre de prévention le plus proche.

On y trouve notamment un chapitre intitulé « ce que dit la loi »

Extrait :

« Les stupéfiants sont, en droit français, des substances vénéneuses dont l’usage, la détention, la culture, l’importation et la cession sont interdits ou réglementés. Cela concerne toutes les drogues illégales, l’héroïne, la cocaïne, le cannabis sous toutes ses formes, les champignons hallucinogènes, les amphétamines, le GHB, l’ecstasy, le LSD, la kétamine, etc., à ce jour, plus de 170 plantes et substances, mais aussi certains médicaments qui font l’objet d’une réglementation particulière, comme la morphine.

La législation française sur les stupéfiants (loi du 31 décembre 1970et loi du 5 mars 2007 dans ses dispositions concernant la lutte contre la toxicomanie) repose  sur trois principes : l’interdiction de l’usage, l’orientation de l’usager selon sa personnalité et son profil vers une réponse pénale, d’ordre sanitaire ou pédagogique, et la répression du trafic et des profits  à tous les niveaux. »

Pour ma part, j’ignorais qu’autant de substances étaient concernées.

Il est aussi rappelé que la consommation est interdite :

« . Qu’il s’agisse de cannabis, d’ecstasy, de cocaïne ou de  toute autre drogue illicite , l’usage est un délit pouvant être puni d’un an d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende (article L3421-1 du Code de la santé publique). »

Cette politique de répression de l’usage est très controversée, voir cet article du journal Le Monde : « Guerre à la drogue » un nouvelle politique est nécessaire pour la jeunesse du XXIe siècle » par Jean-Michel Costes, directeur OFDT (Observatoire français des drogues et des toxicomanies) 1995/2011, Jean-Pierre Couteron, président fédération addiction, François Paille, président FFA (Fédération française d’Addictologie), Michel Reynaud, président CUNEA (Collège universitaire national des enseignants d’addictologie).

 L’addictologie est reconnue comme une spécialité scientifique et médicale à part entière, et en 2006, un « plan addictions » initie une politique qui prend en compte les évolutions de la société du XXIe siècle. Mais dès 2007, l’addiction cesse à nouveau d’être une priorité gouvernementale. La diminution des financements s’ajoute au retour à « la guerre à la drogue »,  avec priorité à la répression des produits illicites alors que la prévention est lacunaire, peu efficace et focalisée sur l’information et les produits.

C’est sans doute ce qui explique qu’on a tant de mal à trouver des ressources récentes réellement tournées vers la prévention, comme on peut en trouver sur le harcèlement à l’école ou les jeux dangereux. Et malheureusement ce n’est pas efficace.

Résultat, la consommation de cannabis reste élevée et celle de cocaïne enregistre une forte progression tandis que les décès liés aux drogues illicites, en baisse au milieu des années 1990, repartent à la hausse. Il faut y ajouter une augmentation des consommations excessives d’alcool chez les jeunes et une reprise de celle du tabac. Tabac et alcool sont toujours responsables de 100 000 morts par an.

La politique de répression, obsédée par la volonté de « faire du chiffre », a démultiplié les interpellations d’usagers là où il aurait été préférable de se centrer sur les trafics. Les 120 000 interpellations annuelles pour usage, essentiellement de cannabis, font l’objet d’une réponse pénale quasi systématique, dont des condamnations de plus en plus nombreuses, mais sans arriver à endiguer le développement des usages, ni la monté de la violence.

Les auteurs de cet article,  prônent une approche plus tournée vers le soin et la réflexion sur l’évolution de notre société :

D’abord, la place prise par la notion d’addiction. Admise autant par les spécialistes que par le grand public, elle correspond à la perte de contrôle d’une consommation ou d’un comportement, à l’origine lié au plaisir, entrainant des dommages personnels, sanitaires et sociaux. L’organisation des soins est désormais structurée dans cette optique.

Ensuite, le caractère profondément addictogène de notre société : la culture consumériste pousse à l’intensité des consommations, à leur brièveté et à leur renouvellement rapide, dans une société de la performance et de l’excès.

Enfin, les crises économiques qui se succèdent génèrent exclusion et précarité, souffrance et humiliation, colère et rage que potentialisent et/ou atténuent des produits dont le prix et le marketing sont adaptés (canettes de 50 cl de bière à 11.8°, crack, médicaments détournés leur usage).

Il est clair qu’un débat complet et objectif est nécessaire.

A la réflexion, l’information sur les produits et leurs effets est nécessaire, mais insuffisante : il faut aussi une réflexion plus approfondie sur les phénomènes d’addiction.

Nous avons déjà beaucoup parlé ici des habitudes  médicales orientées d’abord vers la prescription de médicament, et assez peu vers la prévention et la prise en charge de soi-même.

Dans les derniers échanges que j’ai eus avec des enseignants, je suis frappée, par une sorte de passivité des enfants.

Par exemple , j’ai entendu un prof d’histoire géo raconter que ses élèves avaient râlé qu’on les emmène en sortie scolaire, plutôt que de rester en classe à copier les cours !!

Les enseignants du primaire expliquent que la majorité des enfants est incapable de résoudre un problème, genre ils font toutes les opérations possibles avec les chiffres de l’énoncé sans jamais chercher vraiment à répondre à la question posée. Je crois que cela témoigne surtout d’une maturité insuffisante.

Est-ce que finalement, nous ne les habituons pas trop à profiter de tout sans effort ? Les privant ainsi du goût de la conquête par ses actes des objets convoités ?

Et dans le même temps notre société a tendance à mettre les enfants dans des situations « au-dessus » de leur maturité ( hypersexualisation, téléphone portable, vie sociale trépidante, programmes scolaires surchargés et abstraits) …

On sent bien qu’au delà de l’exposition au produit, il y a à creuser dans les comportements que notre société induit.

 

Un autre phénomène à prendre en compte, l’augmentation permanente et exponentielle des nouvelles substances mises en circulation en Europe :

Voir ci-dessous le graphique extrait du rapport annuel 2011 de l’European Monitoring Center for Drugs and Drug addiction  (EMCDDA), un organisme chargé depuis 2005 de réaliser une veille sur les nouveau produits au niveau européen.

Et au regard des documents produits au niveau européen, le site de la MILDT apparaît (déjà !) un peu désuet.

 

A signaler aussi un livre destiné aux enfants de 9-13 ans,  de la collection Autrement junior intitulé « C’est de la drogue ! »

Ce petit livre permet d’expliquer ce qu’est une drogue : «  tout produit qui a une action sur le cerveau et le comportement »

Il aborde aussi la dépendance, l’histoire , les motivations, le coût.

Il date de 2003, mais est suffisant pour une première approche.

J’aurais aimé trouvé un petit livre illustré qui explique un peu mieux les dangers selon les différents produits, et les circonstances. Je ne crois pas que ce soit pareil de fumer un joint une fois avec des amis, que de rechercher toujours des sensations plus fortes ou une forme d’oubli en solitaire, par exemple.

Phypa

11 réflexions sur “Drogue : s’informer

  1. Merci beaucoup pour ton billet ! C’est une bonne présentation de ce problème de santé et de société. Je trouve très intéressante l’idée qu’il y a toute une réflexion à mener sur la société et pas seulement sur l’utilisation des drogues. C’est bien plus pertinent que la seule répression.
    Merci pour cet éclairage !

    • Oui Clem, je suis persuadée que dans le cas des addictions, la répression n’est pas la solution. Et si on était logique, il faudrait interdire aussi l’alcool, le tabac, le jeu, … et si on en croit Drenka, pas mal de plantes ornemantales !

  2. Et de mon côté, je tente de chercher un Guest pour nous commenter ces évolutions du rapport des jeunes aux stupéfiants et substances psychoactives…merci Phypa pour cet article!!

    • Je crois que le problème profond ce n’est pas tant tel ou tel produit que le besoin croissant d’en consommer. Oui ce serait intéressant d’avoir un avis expert.

      • Je vous tiens au courant quand j’en sais plus!!! De ton côté, toi qui a bien potassé le trucs… n’hésites pas à m’envoyer les points sur lesquels tu penses qu’il manque le plus d’infos ou les questions qui te semblent pertinentes car il est probable que je doive adopter la forme d’une mini-interview…

  3. Commentaire un poil hors sujet: dans mon jardin il y a des genêts (un poison qui peut provoquer une crise cardiaque si consommé), des pavots (dont on peut extraire de l’opium), des lauriers roses (TRES TRES toxiques), des delphiniums (toxiques), du lière (toxique), des digitalis (toxiques), de la rue (toxique et utilisée pour les avortements), du liseron (toxique), et sûrement que j’en oublie plein plein…
    Le nombre de substances interdites ne m’étonne pas du tout (quand on fait un peu des recherches on ne veut plus laisser son fils-benny-bouffe-tout dehors…) et en même temps tu m’apprends que la culture du cannabis est interdite ! Je me demande concrètement comment on fait pour classifier les plantes autorisées / interdites? En fonction de quel critères? Pas la dangerosité apparemment!

    • Oui je suis d’accord avec toi, il y plein de plantes nocives dont la culture est autorisée !
      La différence , c’est sans doute qu’on ne pense pas à fumer les genêts (du moins, je crois !)

      • Je ne sais pas, j’ai des copains qui ont fumé des coquelicots ou encore des peaux de bananes! haha, certains sont prêts à tout!

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