Avoir un premier enfant, c’est comme se prendre un typhon alors qu’on est sur une plage de sable fin en train de se dorer la pilule au soleil : on le voit venir, on sait que ça va tout changer mais au final… On se fait surprendre.
Ce premier enfant nous transforme en parent, en famille.
Ce premier enfant, tant que l’on ne l’a pas vécu, on ne peut pas savoir tout ce qu’il va entraîner comme métamorphoses.
Histoires personnelles des parents, histoire de l’attente puis de la naissance de l’enfant, tout s’entremêle et s’entrechoque parfois pour faire surgir de nouvelles entités, de nouveaux rôles.
Pour faire court : on se prend une sacrée torgnole dans la tête. Celle qui déplace le cervelet… à jamais.

Et la tarte, je l’ai bien senti. J’en ai parlé plusieurs fois sur mon blog : côté fleur bleue et côté obscur de la force. Du coup quand Madame Sioux, qui assure l’intérim des VI cette semaine, a proposé de commenter un super article sur le soutien à la parentalité pour le premier enfant, j’ai sauté sur l’occasion. Pourquoi ? Non, pas pour pousser un énième coup de gueule. Enfin, pas seulement.

Clairement quand on a son premier enfant, si on n’a pas d’amis déjà parents ou de parents bienveillants et proches géographiquement, on se sent seul. Très seul. Et on peut facilement atteindre le fond du seau.
A la préparation pour l’accouchement, on parle de tout ce qui va se passer techniquement. Jusqu’à la naissance. On parle vite fait d’allaitement (!!). Tout ce qui est profondément humain, à savoir les émotions, n’est pas abordé. Le baby blues ? C’est normal, ça dure quelques jours. Et après ? Rien.

Quant aux soi-disant professionnels de santé qui pourraient aider, comment dire : ils mettent de l’eau au moulin de nos angoisses. Et pas qu’un peu. Pas un ne dit la même chose.

L’article sur lequel j’ai sauté est écrit par une psychologue clinicienne, paru dans le Journal des professionnels de l’enfance de sept/octobre 2010. Elle évoque notamment en guise d’introduction la fameuse blague le rendez-vous du 4e mois instauré il y a quelques années pour établir une relation avec le professionnel. Personnellement, le rendez-vous du 4e mois, j’ai rempli une feuille – dans laquelle j’ai quand même parlé de mon angoisse de mourir à l’accouchement – pendant que la sage-femme s’est absentée. L’Ours lui a à peine parlé : on l’y a peu invité. Une fois qu’elle est revenue, on a parlé 5 minutes. Voilà, super, j’ai eu l’impression d’être écoutée. Mais la sage-femme n’avait pour seul choix celui de s’absenter, compte tenu des effectifs présents dans la maternité et de la tonne de boulot qu’il y a à faire entre les femmes qui sont en salle d’accouchement, celles en salle de travail, les suites de couches, les cours de préparation à l’accouchement de groupe; les monitoring… On ne lui laisse pas le choix de faire autrement.

Et après l’accouchement… C’est pire pour de nombreuses jeunes mamans. L’auteur de l’article évoque l’ambivalence dans laquelle se trouve la maman. A la fois heureuse et faisant face à de grandes difficultés, tant la réalité d’une toute nouvelle parentalité est intense… et bien loin de l’image qu’elle en avait parfois.

« Les représentations de la maternité et du vécu des jeunes parents sont toujours idéalisées, les sites Internet couleur rose bonbon, et les médias montrent des bambins adorables et des mamans sveltes souriantes et actives. (…) »

C’est clair ! Une jeune maman en vrai, chez elle, elle n’est ni svelte ni souriante. Cernée mais pas souriante.

« Sur un plan symbolique et inconscient, les jeunes parents doivent faire face à des chamboulements assimilables à des traumatismes. »

Voilà, c’est clair : il y une sorte de « traumatisme » – même si ce terme est fort -, de forte impression de l’être humain au moment où il devient parent. La tarte qu’on se prend quoi. Après l’auteur parle d’une part inconsciente de nous-même qui considère le bébé comme étant responsable de notre perte d’insouciance, et qu’ainsi on lui en tiendrait rigueur… qu’on le veuille ou non. Je ne vois pas de quoi cette personne parle. Je trouve ça spécial comme théorie… Quand on choisit d’être parent, on s’attend bien à ne pas faire la fête comme avant et à ne pas continuer votre vie d’insouciant quand même  non ? Et cette responsabilité de l’enfant, il l’a ressent ? On l’exprime comment ? L’auteur lâche une bombe sans malheureusement y mettre des explications. Dommage…

« Au quotidien les risques dépressifs sont prégnants. Les jeunes parents sont fatigués, voire épuisés. (…) Lors de mes entretiens avec eux, ce qui revient souvent, c’est leur sentiment de n’avoir plus de temps : pour voir les amis, pour avoir des loisirs, pour penser à eux et aussi à leur couple qui pâtit, au moins au début, de ce petit intrus qui fait obstacle à la vie amoureuse. »

Oui voilà, le résumé des premières semaines de la vie d’un enfant… et de celles de parents. Enfin, parfois. Une visions un peu obscure tout de même. Et le mot « intrus »… Hum.

Elle évoque ensuite le rôle primordial que peut avoir les professionnels au début de la parentalité. En plein doute, on peut se tourner vers un professionnel qui, s’il n’y prend pas garde, peut nous enfoncer un peu plus. Comme le dit l’auteur, « il faut se méfier des conséquences incontrôlables de certaines paroles. »

« Dans cette période de plus grande fragilité psychique et émotionnelle, les parents perdent confiance en eux et en leurs capacités (…). N’étant plus capables d’écouter leur bon sens et déjà submergés de conseils, ils sacralisent la parole du professionnel, quitte à le suivre à la lettre. »

Je rajouterais, « parfois même en dépit du bon sens ». J’étais perdue à la naissance de ma Zouzou, comme de nombreuses mamans. Les professionnels que j’ai contactés pour mon allaitement ont anéanti mon allaitement. J’étais tellement pommée que j’ai appliqué à la lettre… sans réfléchir en me disant : »Eux ils savent, c’est leur métier ».

Les solutions pour aider vraiment proposées par l’auteur aux professionnels :
– « écouter, compatir, encourager sans minimiser les inquiétudes des parents, sans se présenter comme détenteur d’un savoir qu’ils n’ont pas ».
– « redonner confiance aux parents en leurs capacités (…) : ils sont ceux qui connaissant le mieux leur enfant et qui sont les meilleurs juges de son bien-être. »
– « savoir orienter. (…) Une étude de l’OMS a montré que des conseils entre parents sont souvent plus efficaces que ceux dispensés par les professionnels. Il est donc important que les professionnels s’approprient aussi cette dynamique, en connaissant et en pouvant orienter les parents vers des associations et des forums internet de qualité. »

Encore faudrait-il qu’ils aient du temps, les professionnels, pour ce temps d’écoute, et qu’ils le souhaitent. Et si les doulas avaient leur rôle à jouer là ?

Kiki the mum