« Diet mom » made in US

Encore un article qui fait peur sur une mise à la diète américaine, lu dans le magazine du Monde, il y a quelque temps, « Trop de gras, pas de chocolat »

Le sous-titre « Pour avoir raconté comment elle a mis sa fille de 7 ans à la diète forcée, une mère newyorkaise a suscité l’indignation de ses compatriotes. Mais vient de signer chez un éditeur … »

Dans un article intitulé  » Weight Watcher » et publié dans le numéro d’avril du magazine Vogue US, cette mère de famille conte le parcours du combattant qu’elle a mené pour que sa fille de 7 ans, Béa – 1,34 m,42kg -, retrouve la ligne.

Jusque là rien de répréhensible, c’est assez normal que des parents cherchent à résoudre un problème de surpoids de leur enfant.

Mais c’est la méthode qui a choqué :

Quitte à lui faire vivre un enfer. Elle explique qu’elle n’a pas hésité à diminuer ses portions de moitié, à bannir les desserts, et même à la priver de dîner si elle estimait que le déjeuner servi à la cantine contenait trop de calories. Voire à lui arracher son chocolat chaud des mains car le serveur du café était incapable de fournir avec précision la valeur énergétique de la boisson.

Et cela a fait le buzz :

Dans les jours qui ont suivi la sortie du magazine, la Toile s’est enflammée et les médias se sont déchaînés. Sacrée  » la femme la plus égoïste « , Dara-Lynn Weiss est devenue, aux yeux du public, une abominable marâtre prête à sacrifier ad vitam l’équilibre alimentaire de sa fille pour satisfaire ses délires de mondaine new-yorkaise.

La semaine suivante, la maison d’édition Random House, flairant la bonne affaire (aux Etats-Unis,30 % des enfants sont en surpoids et 17 % sont obèses), a  relancé la polémique en annonçant qu’elle lui avait fait signer un contrat.

Médecins, nutritionnistes, journalistes se sont ensuite déchaînés.

Mais comme le souligne l’article, ce qui est surprenant, c’est cette surmédiatisation d’une Mère, comme si les américains se cherchaient un modèle.

Après la Tiger Mom (« la mère tigre « )et la French Mom, la Diet Mom (« maman régime ») occupe le devant de la scène médiatique. Le New York Times, qui compare Vogue à un « temple du trouble alimentaire », parle d' »une approche moderne de la parentalité » (entendez, à la schlague).

Lan dernier, dans L’Hymne de batallle de la mère Tigre (Gallimard), vendu à l50OOO exemplaires, Amy Chua, mère de famille d’origine chinoise, vantait les mérites d’une éducation à la dure.

Quelques mois plus tard, Pamela Druckerman, installée à Paris, faisait l’apologie des méthodes d’éducation strictes, à la française, dans Bringing up Bébé (non traduit, voir M du 18 février 2012).

Il y a en effet une similitude entre ces trois types  mères érigées en modèle, c’est la contrainte imposée à l’enfant, une sorte d’aspiration au retour d’une autorité perdue.

J’avoue que je ne connais pas assez le mode de vie aux Etats Unis pour en dire quoi que ce soit, mais cela me paraît un peu simpliste, et aux antipodes des approches éducatives que nous discutons ici.

Curieusement, c’est toujours de la mère qu’il s’agit. C’est elle qui contraint l’enfant « pour son bien ». C’est elle qui prend la situation en main. Dans ces histoires, je n’ai pas remarqué qu’on parle du père.

Bon alors pour ce qui est du régime, dans la famille Phypa, le modèle ne marcherait pas très bien, parce que c’est Mr Phypa qui va faire les courses au marché, et qui nous concocte des cocottes de petits légumes bio.

Et c’est Mme Phypa (honte à elle) qui emmène de temps en temps les enfants au Mac Do le mercredi.

Je ne sais pas trop comment cette enfant est arrivée à 1,34 et 42 kg à 7ans ( ce qui en effet semble correspondre à une obésité pour un enfant de 7ans)

Une chose est sûre, l’avoir laissé grossir, puis lui faire faire un régime sévère, ce n’est pas lui donner de bonnes habitudes de vie. Mais l’article ne dit pas grand chose des circonstances de cette histoire, ni si un médecin a été consulté.

Et les régimes, s’ils font la une des magazines en ce moment, n’ont pas la cote auprès des diététiciens (voir cet interview sur franceinfo )

Chez les Phypa, la philosophie ce serait plutôt, manger  un peu de tout raisonnablement, et un peu de sport régulièrement. Et surtout le plaisir de goûter de nouvelles saveurs, de partager les saveurs qu’on aime, se retrouver et parler aux repas. Je crois que c’est au moins aussi important que le contenu des assiettes.

( voir alimentation, santé ou plaisir, faut-il choisir ? » )

Et si nos enfants conservent ces habitudes, nous aurons l’impression d’avoir rempli une partie de notre mission :-))

A noter aussi l’approche de slate qui se demande pourquoi il est si compliqué de traiter l’obésité des enfants, et qui déplore cette dictature de l’apparence qui conduit une mère à mettre une émotivité déplacée là où il faudrait juste traiter le surpoids.

C’est bien là le paradoxe de cette préoccupation envahissante de l’apparence qui pousse à des conduites déséquilibrées génératrices de … surpoids.

Phypa

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4 réflexions sur “« Diet mom » made in US

  1. Je trouve tout ça si triste… Mais je ne suis pas objective. Obsédés par l’approche quantitative de la diversification : xg de légumes, xg de viande, xg de gras,… On avait perdu le plaisir de manger en cours de route. Il a fallu donc qu’on se « réeduque ». Alors je ne suis pas prête de faire faire un régime à ses enfants. Je suis complètement d’accord qu’il vaut mieux promouvoir une bonne hygiène de vie, de faire du sport,… et comme pour tout cela doit passer par l’exemple donné par les parents !

  2. Merci beaucoup Phypa d’avoir traité ce sujet cette semaine ! Comme tu le soulignes dans l’article, comment cet enfant est-il arrivé à ce poids-là ? Faire subir cela à un enfant malgré qu’il soit en surpoids relève de la torture et renforce l’impossibilité de l’enfant à écouter ses besoins, sa satiété ou sa faim. La mère toute puissante qui fait souffrir l’enfant pour son bien… Elle le dépossède d’une chose essentielle : savoir écouter ses besoins. C’est elle qui sait pour lui.
    Ce sujet me touche particulièrement car j’ai été mise au régime étant petite pour des raisons de santé. J’ai ressentie une grande injustice : pourquoi me privait-on de ce qui était autorisé sans limite avant ? Mon poids était dû à une suralimentation et à une trop grand richesse calorique. Ma mère nous forçait à manger, à finir nos plats, à nous resservir. Elle nous a désappris à écouter notre faim.
    Aujourd’hui, comme ma soeur, je me retrouve avec des problèmes d’alimentation. Avant anorexique, puis presque boulimique, je n’ai jamais su écouter mon corps et ses besoins… Au-delà des besoins corporels, cela met en danger l’écoute de ses propres besoins dans sa vie pour être heureux.

  3. Pingback: à l’écoute des enfants : un peu, beaucoup, pas du tout ? {mini-débrief} « Les Vendredis Intellos

  4. Merci pour ce billet qui me touche beaucoup.
    Ma mère est obsédée par le poids, pour elle, ses enfants, son mari… Elle est médecin mais dans sa vie privée elle ne peut pas accepter ce qu’elle considère comme du laisser-aller: que ses enfants ou elle-même grossissent. Nous ne sommes pas maigres, mais enfin nous sommes loin d’être gros au sens médical du terme – c’est seulement esthétique (avec genre une IMC à 22!).
    Moi je refuse de transmettre la frustration de la nourriture à mon fils, donc dans une certaine mesure, j’essaie de le « Zermatiser », pas d’interdiction, pas de forcage a finir l’assiette. Nous mangeons équilibrés, et il y a certains principes (pas de boissons sucrées chez nous par exemple), mais nous aimons le chocolat, et donc s’il veut du chocolat quand nous en mangeons il en a. Et j’ai constaté que si je lui donne carré par carré en gardant la tablette dans ma main, il voudrait en manger 3 fois plus que si je mets la tablette sur la table en disant: prends-en tant que tu en as envie! Ca commence la, la frustration, pourtant il n’a même pas encore 2 ans.
    Alors évidemment, il y a un équilibre à trouver parce que si jeune, on ne sait pas bien ce qui est bon pour soi, et ma mêre est très inquiète que je lui laisse trop de lattitude.
    Et pour le moment il ne mange pas beaucoup, mais s’il devient glouton je sais déjà que pour moi il sera compliqué de le restreindre parce qu’en tant que maman j’ai du mal à ne pas penser nourriture = amour! D’où peut-être la difficulté de bannir l’émotivité en matière d’alimentation?

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