La Femme gelée, d’Annie Ernaux

Quand on nait fille dans les années 1940, et qu’on est élevée par ses parents sans contraintes domestiques, pour réfléchir, découvrir le monde et s’en délecter, sans spécificité de genre, quand on pétille au point d’être impatiente de grandir pour décoller, voir, lire les livres d’adultes, peut-on échapper à son destin de femme? Annie Ernaux raconte dans ce livre autobiographique comment, elle, s’y est soumise, laissée entrainer, sans résistance. Comment, années après années, le quotidien a pris le dessus jusqu’à l’étouffer, jusqu’à faire d’elle une femme gelée.

Annecy, il l’a découvert les mains dans les poches, tranquille, après son travail, tout l’espace était libre devant lui. Moi je ne connaissais que des rues à poussette et à courses, celle du boucher, du pharmacien, du pressing, des rues utiles. Quand le soir, rendez-vous de docteur, coiffeur, achat quelconque, je sortais seule et qu’il gardait le Bicou, je déboulais follement sur le trottoir comme une mouche à demi estourbie, il fallait que je réapprenne la marche d’une femme seule. Le dedans, l’appartement, il devait le porter en lui comme l’image détachée d’un refuge, pas comme celle d’un endroit à remettre toujours en ordre, qui vous saute dessus dès l’entrée, les paquets à ranger, le repas du petit à préparer, le bain. On n’habitait pas le même appartement en fin de compte. Lui il allumait une cigarette, il promenait ses regards sur la lampe douce, les reflets des meubles, il allait pisser dans la porcelaine étincelante, se laver les mains dans un lavabo rendu vierge tous les jours, il traversait le carrelage propre du couloir et lisait Le Monde dans le living. Il pouvait goûter son intérieur dans toute sa chaleur, s’y épanouir à l’aise, ce qu’on est bien chez soi. Il n’avait ni lavé, ni frotté, joué les fouille-merde dans tous les coins. Que le plaisir.

J’ai été élevé dans un petit village du Sud de la France. Souvent, les mamans ne travaillaient pas, et attendaient leurs enfants à la sortie de l’école avec un petit goûter bien emballé. Pas la mienne, elle est médecin, elle travaillait déjà tard le soir. Quand on partait en pique-nique avec l’école, les autres enfants avaient des sandwichs bien alignés, et des petits légumes dans des Tupperware (je ne sais pas pourquoi, j’en garde une obsession du Tupperware!). Pas moi, ma mère était un peu distraite et mes pique-niques, préparés à la dernière minute, quand on y avait pensé, étaient faits de brics et de brocs et provoquaient l’hilarité générale! Mais comme j’étais fière de ma mère ! Comme je ne comprenais pas les regards pincés des institutrices… Mon Père est marin, il était en mer une semaine sur deux mais le reste du temps, il battait à plate-couture cette bande de super mamans, arrivait avant elles à la sortie de l’école, passait à la boulangerie nous chercher des petits pains chaud, préparait de bons diners, et nettoyait tout après lui. La semaine où il était là, les lessives c’était lui. La vaisselle c’était lui. Les pipis de chien, pour lui. Les couches de ma petite sœur, aussi.  40 ans plus tard, une image du couple parental semblable à celle d’Annie Ernaux, donc: Celui qui fait, c’est celui qui a le plus de temps!

Et le même choc de la confrontation avec la réalité de la société ! La même impression que tout se fait insidieusement. J’aurais eu 20 en maths, mais on me retire des points parce que c’est écrit comme un cochon : «on dirait une copie de garçon » – chez moi c’est ma mère qui écrit comme un médecin alors que mon père est si appliqué. Plus tard, mon incompétence à faire le ménage, à voir la poussière, à repasser mes vêtements, à faire quelque chose de mes cheveux, un peu moquée par mes copines. Ma honte, déguisée en mépris pour les parfaites petites femmes d’intérieur. Mon chéri qui vit à l’étranger, et la décision qui est prise que ce serait moi qui le rejoindrait. C’est normal, je pense, il gagne mieux sa vie et ne parle pas français. Oui mais on ne peut pas être avocat en Angleterre avec un diplôme français, tant pis, il faut redescendre l’échelon social, ce qu’on ne ferait pas par amour. Le bébé qui naît enfin. La crèche presque aussi chère que mon salaire, ça ne vaut pas le coup que je retourne travailler! Et puis après 8 mois, besoin d’y retourner. Ça me coûte de l’argent mais enfin, j’en ai tellement envie. Aménager ses heures de travail, négocier un mi-temps, se lever aux aurores le matin pour pouvoir partir très tôt du bureau le soir. Commencer une seconde journée de travail à 17  heures, à la sortie de la crèche, le bain, le diner, tout ranger, étendre une lessive. Lui, il rentre très tard. Moi, fini ou pas fini, réunion ou pas réunion, à 16h30 je dois partir. Renoncer aux voyages d’affaires, aux promotions. Rester à la maison quand le bébé est malade. Et parler de mon travail comme de temps pris pour moi, comme si je travaillais pour me distraire, pour mon plaisir seulement.

Annie Ernaux ne critique jamais son mari: elle raconte l’évolution dans son couple, les changements quand elle devient mère, et comment elle a laissé faire, comment elle s’est finalement elle-même « encarcannée » (je copie l’expression de cette critique du livre par Périphérie).  Les préjugés genrés qui sont inscrit en nous par la société, ce carcan dans lequel nous nous enfermons sont décrits de façon chirurgicale.  Or, je crois que la résistance est d’autant plus compliquée à organiser si l’oppression vient de nous-même. Dans  cet article, Gaëlle-Marie Zimmermann affirme que la discrimination dans le milieu professionnel par exemple, ne vient pas seulement des ressources humaines mais des femmes qui s’imposent à elle-même de « concilier » vie familiale et vie professionnelle, là où les hommes n’ont rien à concilier du tout :

Les enfants ont un père, allez bosser

 Parce que, chères Lafâmes, vous pouvez geindre contre le système autant que vous voulez, vous pouvez protester auprès de la direction des ressources humaines et hurler à la discrimination en matière de « conciliation vie professionnelle / maternité« , vous pouvez même écrire des livres truffés de judicieux conseils, mais tant que vous ne prendrez pas le problème à sa racine, à savoir face à vous-mêmes et face aux pères de vos enfants, le fameux système qui vous met le nez dedans à chaque grossesse continuera de vous exploser à la figure en freinant votre progression professionnelle.

Arrêtez de vouloir « concilier », ce qui suppose des compromis que vous serez, dans les faits, seules à faire. Prenez-vous en main, résistez, oubliez vos états d’âme (ceux dont on vous a farcis la tête et qui vous font passer pour une petite chose bouleversée par la maternité, ce que vous n’êtes pas tant que ça) et si vous avez l’outrecuidante ambition de prétendre aux mêmes privilèges que les hommes (ce en quoi vous avez bien raison), cessez de chouiner et conduisez-vous comme eux : allez bosser.

Annie Ernaux parle quant à elle de ce leurre qu’est l’organisation, vertu féminine s’il en est:

Et puis quoi, c’est que tu ne sais pas t’organiser. Organiser, ce beau verbe à l’usage des femmes, tous les magasines regorgent de conseils, gagnez du temps, faites ci et ça, ma belle-mère, si j’étais vous pour aller plus vite, des trucs en réalité pour se farcir le plus de boulot possible en un minimum de temps sans douleur ni déprime parce que ça gènerait les autres autour.

Moi, ça m’arrange, je suis personne la plus désorganisée qui existe, mais maintenant, c’est comme ne pas savoir faire le ménage, je peux brandir ce travers comme une expression de mon féminisme. Hop là.

Je recommande en tous les cas ce livre parce que personnellement, il m’a aidée à prendre conscience des chaînes avec lesquelles je me suis moi-même ferrée, et donc en un sens je me sens mieux armée pour m’en libérer. Bien sûr, comme 40 ans nous séparent, ma situation est différente de celle d’Annie Ernaux en bien des points. Je suis toujours une souillon – où ça la poussière? Ca renforce les défenses immunitaires la poussière, non?  – Alors que lui, dès qu’il peut, se change en véritable fée du logis… Comme l’est toujours mon père, une semaine sur deux. Et même si le quotidien est parfois pesant, ma vie m’apporte chaque jour son lot de petits bonheurs et de grandes joies, qui pour l’instant ont le dessus. Mais je crois que je me suis quand même un peu trop reconnue dans ce livre!

Drenka

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22 réflexions sur “La Femme gelée, d’Annie Ernaux

  1. J’aime beaucoup, merci pour cet article, ton témoignage, ces réflexions… Je ne sais pas encore très bien quoi en dire mais je reviendrai peut-être un peu plus tard. :-)

  2. Bravo pour ce post Drenka (oui oui je suis devenue une fan inconditionnelle… ;-)

    Je commente alors même qu’il est 16h20, que je devrais bosser et que mon homme est parti chercher les poulettes à l’école et à la crèche pour les emmener au parc jusqu’à 18h. Une image idyllique ? N’empêche, à la maison, c’est moi qui nettoie, baigne, range, cuisine, remplis les placards, vais chez le pédiatre… tout en m’épanouissant dans mon boulot (que j’ai la chance de faire en free-lance). Tout comme le faisait ma mère, alors qu’elle travaillait elle aussi, médecin, avec 3 enfants. Alors je me reconnais aussi dans ce que tu racontes !

    Parfois je m’interroge sur ce que je transmets à mes filles, le bon et le mauvais, quant à ce défi de mener de front vie familiale et vie professionnelle (sans oublier ma vie de femme, de copine, d’amante, de geek, de paresseuse, de lectrice etc…) Quand je pousse mon homme à en faire un peu plus (quand je me fais violence pour lui faire confiance, pour le laisser faire différemment de moi !) je me dis aussi que c’est bon pour mes filles, pour ce que nous leur transmettons comme image du couple, de la place de la femme et de l’homme.

    Ma mère m’a appris qu’une femme pouvait (devait) avoir une vie professionnelle épanouissante et « successfull » au même titre qu’un homme, je lui en suis très reconnaissante, mais elle m’a aussi transmis l’idée que les femmes faisaient tout à la maison. Et ça, pour le coup, même si je ne lui en veux absolument pas (aurait-elle pu faire autrement à l’époque ?), je n’ai aucune envie de le reproduire avec mes filles. Et puis d’ailleurs, si j’avais des garçons, je penserais exactement la même chose !

    • Moi aussi, beaucoup de certains stéréotypes m’ont été transmis. Par exemple, ma mère c’était la douceur consolatrice, alors que mon père c’était la loi, par la cravache parfois, et on en avait peur! Ma mère m’aidait avec les devoirs de Français, de biologie, de dessin, mon père les maths et la physique et l’Histoire. Et puis quand tout le monde s’émerveillait (ou se révoltait) de l’implication de mon père dans les tâches domestiques, tout le monde trouvait ça absolument normal que ma mère fasse tout, toute seule (3 enfants, moi qui crois parfois mourir de fatigue avec un seul!), en plus de son travail quand il naviguait…
      Enfin quand j’ai dit que je voulais être marin, comme mon père, il m’a dit que c’était hors de question: « Sur les bateaux, comme femmes, il y a les femmes de marins et les putes! ». Bon mon métier c’est QUAND MEME cheffe des bateaux du monde, mais à terre!
      Mais enfin, quand je regarde autour de moi, je réalise qu’il n’y avait guère que moi pour qui les tâches domestiques n’étaient pas l’affaire des femmes. Et même maintenant j’ai de la chance parce que mon chéri fait quasiment tout (et bien mieux que moi).
      En revanche, s’il ne travaillait pas il le vivrait comme extrêmement dévalorisant!

      • Cheffe des bateaux du monde ? Wouaouh ! Ben là tu brises un stéréotype ! Et avec un homme qui fait quasiment tout à la maison en plus ?! Chapeau bas…
        Oui effectivement c’est histoire de transmission des stéréotypes me concerne beaucoup en ce moment, et j’essaye aussi d’impliquer mon homme, mais je crois qu’il a compris !
        Cheffe des bateaux du monde… tiens faut que j’en parle à mes filles…

        • Tu peux leur dire que c’est un très beau métier! On est entourée d’hommes et il faut savoir s’imposer (même si on a une toute petite voix et 20 ans de moins qu’eux!) et pis leur faire ravaler leurs stéréotypes et leur complète ignorance de comment ça marche d’avoir une employée femme, entre autres…

          (genre entendu au bureau par un de mes armateurs: « Ah non mais moi je veux pas de femmes, ca fout le bordel à bord après, du coup j’ai trouvé la parade j’ai mis une clause dans le contrat de travail qui interdit les grossesses. Est-ce que on peut ajouter une clause pénale, genre qu’elles devraient m’indemniser si elles se font quand même engrosser? » EUH NAN mon gars, on peut pas, pis faut enlever la clause du contrat aussi!! Aargh!)

  3. C’est marrant parce que c’est un sujet qu’on a bcp abordé avec mes copines et connaissances qui sont mères ces dernières semaines. Notamment la question du congé parental ou du temps partiel dans lequel certaines se sentent un peu « prises au piège » des tâches ménagères, parce que forcément, si tu es plus à la maison, c’est toi qui fais le ménage… (ou même si tu n’y es pas plus, c’est toi quand même…). Et c’est comme ça que le mercredi « pour les enfants » devient le pire jour de la semaine, entre courses, ménage, rdv divers à gauche et à droite, sans une minute pour simplement profiter d’être avec ses enfants.

    Ca laisse assez perplexe la féministe au fond de moi que les femmes ne se rebellent pas plus. Je sens souvent une certaine résignation par rapport à cet état de fait, voire de l’acceptation. C’est normal que monsieur ne se lève pas la nuit, parce qu’il travaille LUI (c’est vrai qu’être en congé mat’ avec un nourrisson de qq jours ou semaines, c’est le club med…). C’est normal qu’il ne prépare pas le repas / ne lance pas les lessives / ne prenne pas les rdv chez le pédiatre parce qu’il ne sait pas faire (c’est sur qu’il faut avoir au moins fait Polytechnique pour s’en sortir !)
    Et je ne sais jamais trop quoi dire aux copines qui viennent se plaindre auprès de moi d’être épuisées et pas soutenues par leur conjoint, parce que j’aurais très envie de leur dire de dire merde à leur cher et tendre, de leur filer le bébé et de se barrer loin pour qu’il voit un peu ce que c’est, mais que je sens bien que ce n’est pas exactement le conseil attendu…

    Un truc d’ailleurs qui me consterne, c’est que quand tu oses exiger la parité dans la répartition des tâches ménagères et éducatives, tu passes tout simplement pour une fille chiante. Mon père me rappelle régulièrement qu’il faudrait que je le sois moins, parce que sinon mon compagnon va se barrer. Il est cool mon père hein… le pire c’est que ça part d’un sentiment de sollicitude assez sincère, envers mon compagnon en premier lieu (le pauuuvre, je viens le chercher au milieu de l’apéro pour qu’il m’aide à coucher la marmaille), et moi-même également (sait-on ce que je deviendrais sans homme ?)

    Après, je sais que de mon coté, ça a été plus facile parce que je ne me suis jamais retrouvée en position de pseudo infériorité professionnelle par rapport à mon conjoint. Qd on s’est connu je travaillais (beaucoup) plus que lui, je gagnais (beaucoup) mieux ma vie que lui, donc il n’y avait pas de « tu es plus à la maison que moi » qui tienne. Et au passage, je n’ai jamais déconsidéré son boulot parce qu’il gagnait moins, ni demandé qu’il fasse des sacrifices au niveau de sa carrière pour privilégier mon propre boulot ou notre vie de famille…
    Aujourd’hui j’ai choisi de changer de métier pour avoir, comme lui, un boulot qui me permette de mieux « concilier » vie professionnelle et vie familiale. Parce que JE l’ai voulu et que je m’épanouis comme ça. Du strict point de vue organisationnel, j’aurais pu continuer mon ancien boulot à plein temps, puisque le boulot de monsieur lui permettait d’être suffisamment présent auprès de nos filles. Parce que ce que je fais maintenant m’intéresse. Parce que NOUS sommes heureux de profiter, ensemble, de nos filles qui grandissent (et pas de faire le ménage, mais bon faut bien le faire, alors on se partage le boulot … encore que, après avoir lu l’article sur le ménage, je me dis qu’on pourrait envisager la chose sous un autre angle !!!!).

    • Merci pour ce commentaire, moi aussi le sujet me travaille beaucoup parce que je suis un peu épuisée en ce moment donc il ne m’en faut pas beaucoup pour déborder parfois!
      Je suis complêtement d’accord avec toi sur le travail domestique, en plus ce sont des travaux de force, les mecs devraient mieux s’en sortir logiquement!
      Par contre, sur la carrière, je pense qu’il y a tout de même une limite au raisonnement de Gaëlle-Marie Zimmermann, parce que pour un homme demander plus de temps libre pour s’occuper de ses enfants, il me semble que c’est beaucoup moins bien accepté que pour les femmes (d’aiileurs je ne sais pas s’ils sont protégés autant que les femmes par la loi sur ce point). Dans mon cas, je pourrais difficilement juste me barrer un matin de gastro, ou même lui demander d’aller chercher le bébé à la crèche un ou deux soirs par semaine. Je pense que ça ferait beaucoup de mal à sa carrière, et qu’en contre-partie ça ne changerait pas grand chose à la mienne.

      • C’est pas faux ce que tu dis et c’est bien malheureux ! Mr utilise régulièrement des jours de congés ou de RTT pour garder notre fils quand il est malade (quand on le sait à l’avance, parce que s’il faut aller le chercher à l’arrache, c’est moi qui y vais, je suis plus prêt), pour assister aux rdv de suivi de grossesse, pour qu’on passe un peu de temps ensemble de temps en temps. Et bien il s’est pris des remarques/blagues de son supérieur ! En effet, il semblerait que ça fasse beaucoup plus vite du mal à la carrière d’un homme… mais en même temps, ça n’est pas une raison pour ne rien leur demander, sinon les mentalités n’évolueront jamais !
        Je rêve du jour où à l’entretien d’embauche, on se risquera aussi à demander (illégalement) à un mec, s’il a prévu d’avoir des enfants, parce qu’on sait qu’il risque ainsi d’être plus souvent absent ou de partir en congé parental ! (ah ah la bonne blague quand on y pense !!)

        • Oui c’est exactement mon dilemme- je veux pas lui nuire à mon chéri mais enfin, si je lui demande même pas, on est pas sorti le cul des ronces!

      • Encore une fois, je suis assez chanceuse de ce coté, mon homme est fonctionnaire, dans une branche très féminisée (prof des écoles), donc il a des congés enfants malades de droit.
        Là je suis en formation, donc c’est plutôt moi qui reste à la maison car moi je ne manque à personne si je ne suis pas en cours, et j’ai la possibilité de rattraper facilement, tandis que lui il lâche toute une classe.
        Mais dans mon ancien job, on faisait en fonction de nos contraintes : si j’avais une réunion hyper importante, il restait à la maison, si je n’avais rien qui nécessite absolument ma présence au bureau, je posais un jour (pas de jours enfants malades pour moi) même si je me faisais mal voir, pour éviter que ce soit toujours lui qui soit pénalisé dans son boulot (parce que bon même si les profs des écoles ont un quota de jours d’absence, ça leur fait prendre du retard dans leur boulot, les parents sont pas contents, etc.)

        Maintenant, je pense sincèrement que si les femmes s’y collent systématiquement pour ne pas nuire à la carrière de monsieur, les choses n’avanceront jamais ! C’est certes un peu facile de dire ça de ma position, mais n’empêche…
        Et c’est aussi aux hommes de revendiquer ce droit à être un peu présents auprès de leur famille… Personne n’est absolument tout le temps indispensable au bureau, faut pas déconner, et pour chaque mec qui s’absente c’est une femme qui ne s’absente pas, donc au global, ça revient au même pour le monde de l’entreprise… Je pense qu’on peut aussi faire entendre le message que oui, on prendra parfois des jours, mais qu’être deux à gérer en alternance permet aussi de faire en sorte de ne pas être obligé de s’absenter le jour où il ne faut vraiment pas.

  4. Merci Drenka pour cette participation qu’il m’a fallu digérer, comprendre, réfléchir avant de commenter.. car comme toutes elle m’a touchée. Elle met le doigt sur cet élément tellement important : nous sommes les bourreaux de notre propre liberté.
    Moi aussi je suis un brin féministe. J’ai vu ma mère rester à la maison et je me suis toujours dit « jamais ». Pourtant, aujourd’hui, même si j’ai créé mon auto-entreprise, je suis à la maison. Mais je vois l’entrée de ma fille à l’école comme, n’ayons pas peur des mots, une libération. J’ai besoin d’exister dans le travail, de réfléchir, de m’épanouir. Mais je veux aussi être là pour ma fille. A courir deux lièvres à la fois on se retrouve à prendre des décisions parfois qui vont à l’encontre de nos propres besoins.
    Je suis outrée par notre condition alors que nous sommes en 2012. Mais la société peut-elle changer si nous nous laissons enfermer gentiment sans rien dire ?
    Quant au sujet de la poussière et du ménage, ni moi ni l’Ours n’aimons nous y consacrer. Résultat : c’est moi qui m’y colle parce que je suis davantage là. Et il n’arrive toujours pas à voir que ma vie est souvent une succession de tache ménagère. Le compromis que j’ai trouvé : mes activités : 2 à 3 soirs par semaine, je m’échappe, rien que pour moi, et le laisse gérer… Bon, j’avoue, je fais à manger pour ma Zouzou avant de partir. Alors que je ne devrais pas. Allez, et si on lâchait prise ? :)

    • Merci pour ce commentaire.
      C’est dur parfois de lâcher prise!
      Moi quand je suis retournée au boulot, au début j’avais demandé à faire un jour à la maison avec le bébé. Bin j’ai vite abandonné! Déja il est impossible de travailler avec un bébé dans les pattes qui trouve ça inadmissible que tu sois dans la même pièce mais pas à sa disposition. Mais en plus, même avec un bébé à la sieste pour 2 heures, toujours des trucs à faire dans cette maison! Toujours un biscuit qui est venu s’écraser sur le tapis, un biberon renversé sur les draps, une lessive qui attend d’être sortie de la machine, de la viande qui doit mijoter longtemps à mettre à cuire… et à peine tu t’assois à ton ordinateur que tu peux être sûre d’entendre les grognements caractéristiques de la fin de la sieste! Efficacité ZE-RO. Du coup je suis d’autant plus admirative de ces femmes qui travaillent de chez elles!
      Pour les activités du soir, j’adorerais mais je me couche super tôt (j’ai le temps de lire une demi-page généralement!), et puis mon chéri rentre trèèès tard (quand il rentre!), donc c’est râpé pour moi…

  5. J’aime beaucoup ton article qui met bien l’accent sur les habitudes qui s’installent, les rôles dans lesquels on se retrouve coincées, sans qu’on l’ait vraiment voulu.
    Et en même temps c’est vrai que quelque part on le veut bien.
    Je suis plus circonspecte sur l’investissement professionnel, car je suis convaincue que l’efficacité professionnelle n’est pas proportionnelle au temps de présence.
    J’ai entendu récemment aux infos, et retrouvé dans un article du Figaro qu’on serait 22% plus productif en télétravail.
    http://www.lefigaro.fr/vie-bureau/2012/05/29/09008-20120529ARTFIG00388-teletravail-des-salaries-plus-detendus-et-efficaces.php
    Je pense qu’il y a une organisation du travail à améliorer pour mieux harmoniser vie de famille et vie professionnelle.
    Mais il y a beaucoup de préjugés à bousculer… et aussi savoir décrocher des tâches ménagères quand on est à la maison ;-))

    • Oui, la dernière phrase semble être mon problème, je ne fais absolument pas partie des gens qui sont plus efficaces à la maison parce que je suis facilement dispersée donc pour me concentrer il faut: Pas d’accès à Internet, pas d’accès à mon frigo, pas de tâche ménagère en vue, pas de bébé accroché à ma jambe de pantalon, et un relatif silence studieux!

  6. Pingback: Quand la société montre du doigt { mini-débrief} « Les Vendredis Intellos

  7. Merci. Pour cet article, pour le blog, pour cette sensation de ne pas être si seule que ça !!
    Maman depuis bientôt 5 mois, après un arrêt maternité plus long que prévu (à cause de mon p**** de dos, impossible de prendre le tram, le train et les pieds pour aller bosser !), et en congé parental, j’ai pourtant lu, il y a quelques temps (années) le bouquin d’Annie Ernaux. Je m’étais empressée de le fermer, un peu congelée par ce récit précis d’un enfermement. Je tombe sur cet article et j’ai re-froid dans le dos, mais pour ma pomme, maintenant !!Et j’en suis où, moi, de cet enfermement insidieux, d’autant plus difficile à stopper que j’y contribue aussi ? Je vis des moments super avec ma Pounette, je découvre une intensité relationnelle incroyable, sans me sentir dévorée pour autant par mon bébé (qui n’a que 5 mois, ce qui lui laisse encore le temps de se faire les dents !). J’ai un homme extra, qui se lève la nuit pour m’amener notre fille que j’allaite, qui adore la changer, lui donner son bain, qui lui lit des histoires avant qu’elle ne s’endorme (elle n’y comprend rien mais elle entend son papa et elle est bien). (Enfin je suppose, je n’y suis pas !) ? N’empêche, ma grossesse et la maternité, ou plus particulièrement ma sortie (temporaire) du monde du travail m’a beaucoup coûté. Je me sens un peu rétrécie, limitée. J’ai du mal à m’octroyer le droit de ne pas avoir préparé le dîner, ne pas avoir rangé la maison… Et encore, je me plains d’aise ! On a une femme de ménage ! Des problèmes de bassin et de dos, intervenus dès le 1er trimestre de ma grossesse m’ont contrainte à stopper le ménage, du coup, c’est mon homme qui s’y collait. Ou pas, vu qu’il bossait comme un dingue et du coup, c’est moi qui ne supportais pas quand c’était trop sale. Conséquence de l’équation pourrie dopée aux hormones de grossesse : engueulades maousses, hystérie pour moi, distance pour lui. Le choix de faire appel à une femme de ménage a peut-être bien sauvé notre couple !!! Choix reconduit après la naissance (j’ai moins mal au dos, mais j’ai un bébé en plus !) et re-reconduit pendant le congé parental, obtenu de haute lutte avec moi-même : je restais à la maison, je ne ramenais plus d’argent, je n’avais qu’un bébé à m’occuper, bin quoi, je pouvais bien tout faire à la maison, non ? Eh bin merde, non. Ca passait ric rac dans le budget mais j’ai pris un congé PARENTAL, pas un congé DOMESTIQUE ! J’ai déjà du mal à entendre hurler ma fille pendant que j’étends une lessive (je sais pas pourquoi, elle est super facile, elle pleure très peut, mais alors très souvent quand je suis à la cave, la tête dans le tambour… Mmmmh, y’a un truc !), alors je n’imagine pas pendant que je brique les escaliers !
    Bref, je raconte ma vie, mais je reviens à l’essentiel : merci de m’alimenter les neurones, et merci de rallumer ma vigilance quant à l’enfermement ménager ! A bientôt !

    • Merci pour ce commentaire.
      Moi aussi mon fils NE SUPPORTE PAS que j’étende la lessive qu’il s’empresse de décrocher… Il ne conçoit pas en fait que je puisse être dans la maison en train de faire autre chose que jouer avec lui!
      Et pour la femme de ménage, je crois que c’était ma motivation principale pour faire des études – En plein été à se lever à 6h du matin pour la prépa ou à 4h du matin en train de réviser pour un examen je me disais « bon c’est dur, mais au moins, j’aurai une femme de ménage ». Ahem.
      Sans rire, moi aussi, la maternité m’a comblée par certains côtés, mais vraiment beaucoup coûté par d’autres: Je l’ai déja payé très cher physiquement, et puis professionnellement, et socialement, la note est beaucoup plus salée que ce que j’aurais pu imaginer.

  8. J’ai trouvé votre article très intéressant, mais je dois avouer que je pensais que vous parleriez un peu plus du livre ! J’étais – personnellement – venue pour une recherche scolaire, et j’ai été un peu déçue …Cependant, les extraits sélectionnés sont très intéressants, je vous encourage donc à continuer ! Merci beaucoup !

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