Pouvoir choisir et comprendre pour mieux accoucher [mini débrief]

Un petit débrief autour du thème de l’accouchement cette semaine, pour vous faire part de deux contributions différentes.

Tout d’abord celle de Clemlamatriochka, qui semble être arrivée fort à propos pour nous éclairer sur ce moment assez particulier de l’accouchement par lequel nombre d’entre nous passent – qu’il dure quelques secondes ou de longues minutes : la phase de désespérance. Ma sage-femme échographiste m’en parlait également ce matin sous le nom de « petite mort ». Ce moment où l’arrivée du bébé est imminente et où la parturiente a le sentiment d’avoir atteint le bout de ses capacités, exprime souvent le souhait qu’on la « laisse mourir » car elle ne se sent pas la force de fournir davantage d’efforts. Et bien nous apprenons que tout ceci est normal : il s’agit d’une sorte de « passage », comme pour annoncer qu’en effet, nous arrivons au bout du chemin, le plus dur a été fait et nous nous apprêtons à entrer dans un autre monde… Cet autre monde n’étant pas l’au-delà (sic) mais bien celui de la rencontre avec notre bébé et du passage au statut de parent (parent de CET enfant-là, même si nous en avons déjà d’autres). Un moment très très fort donc, qui annonce des émotions encore bien plus fortes mais aussi bien plus joyeuses.

De son côté, Mme Déjantée nous présente un ouvrage (récemment transmis au tout nouveau fond « livresque » des VI !) sur l’accouchement non assisté, intitulé « Accoucher par soi-même ». Outre la très intéressante comparaison de Mme Déjantée entre l’accouchement et l’ascension de l’Everest (en termes d’efforts à fournir et de qualité du guide/accompagnant) – d’ailleurs, ne dit-on pas qu’accoucher épuise le corps à peu près autant qu’un marathon ? (eh oui nous sommes toutes des sportives qui s’ignorent !) – on découvre dans ce qu’elle nous dévoile de ce livre une vision assez tranchée et parfois étrangement étayée du mode d’accouchement qu’il prêche, mais où les témoignages livrés sont particulièrement intéressants et touchants.

S’il est nécessaire que chacun(e) puisse trouver la façon de vivre cet instant puissant et magique qui lui convient le plus, j’ai le sentiment que ce choix sera toujours malaisé à exprimer (à justifier ?) à autrui. Parce qu’il tient à une multitude de petits facteurs très personnels : notre histoire, nos craintes (souvent irraisonnées mais pas moins légitimes), le type d’accompagnement que souhaite fournir notre compagnon, l’ouverture d’esprit et la prise en compte de notre personne par le personnel médical qui nous entoure,  … Ces choses font que le choix de l’une ne peut pas être meilleur que le choix de l’autre car il doit avant tout répondre à NOS besoins propres, nous sécuriser nous et nous être agréable pour que tout se passe au mieux.

Personnellement, j’ai encore du mal à expliquer aux gens pourquoi je n’aurai certainement pas de péridurale pour mon 2nd accouchement (prévu dans 2 mois). Il faut expliquer le contexte : que je ne refuse pas la péridurale en tant que telle mais que je souhaite un environnement me permettant d’agir de telle et telle façon, de voir ce que mon corps peut essayer de me dire en me mettant vraiment à son écoute, de comprendre le cheminement de mon bébé, d’être active avant tout. Bref, expliquer pour enrichir l’autre de notre point de vue, en essayant de mettre en avant ses propres émotions, sans se livrer totalement car cela conserve une grande part d’intime, sans heurter ses propres convictions et son histoire…

Pas toujours évident d’être soi – et de le faire savoir – sans que l’autre se sente remis en question dans ce qu’il est !

Madame Sioux

(désolée, j’ai peut-être un peu dévié du sujet initial…)

7 réflexions sur “Pouvoir choisir et comprendre pour mieux accoucher [mini débrief]

  1. Merci pour ce chouette mini débrief ! Intéressant car tu ne fais pas que résumer, tu enrichis.
    Ta sage femme (tiens, j’apprends au détour qu’une SF peut réaliser des actes d’échographie obstétrique !), ta SF donc a un certain sens de l’humour ! L’expression « petite mort » est en général plutôt réservée à la sensation qui suit juste après un orgasme… ;-) Ceci dit je viens de lire quelquepart que cette sensation justement serait, peut-être, due à une production d’ocytocine pendant le dit orgasme. La boucle est blouclée si j’ose dire !

    Par ailleurs, tu parles de ton choix de ne pas opter pour la péridurale pour ton prochain accouchement parce que tu veux être ACTIVE. En fait, l’un n’empêche pas l’autre, encore faut il « pouvoir choisir et comprendre pour mieux accoucher » comme tu le dis si bien !! Il existe plein de types différents de péridurale, et selon, certaines permettent de se lever, marcher pendant le travail, ressentir une certaine part de la souffrance (par ex soulager le début de travail avec des contractions inefficaces pour permettre à la maman de ne pas s’épuiser, puis ne plus agir pendant l’expulsion elle-même pour que la maman contrôle complètement), agir pendant les contractions ou au contraire ralentir bébé pour qu’il sorte tout en douceur etc… Le « problème » c’est que très peu de maternités proposent ces différentes péridurales et informent les femmes.

    Décidément, faut vraiment que je fasse ce post sur LES péridurales, promis à Mme D depuis quelques temps déjà… :-)

    • Merci pour ton long commentaire !
      Alors oui, certaines sage-femmes ont le diplôme d’ « échographistes » : assez peu par rapport aux médecins car ensuite, acheter la machine à échographie est un énorme investissement et que comme elles ne pratiquent pas les (énooooormes) dépassements d’honoraires des médecins échographistes, elles doivent mettre plus de temps à la rentabiliser !! Pour info, je ne l’ai découvert qu’à l’occasion de cette grossesse, parce que la SF qui me suit m’a conseillé d’aller voir cette autre SF qui fait des échos… (et fait faire des économies à ma mutuelle, en plus d’être super agréable et abordable pendant les consultations).
      Concernant la péri, je me doutais que certains penseraient ce que tu as écrit. Et c’est pour ça que c’est difficile d’expliquer et de se faire comprendre dans son ressenti, ses envies, etc, comme je le disais dans l’article !
      J’ai eu une péridurale pour mon fils : elle était très bien dosée parce qu’1h ou 2 avant l’expulsion, j’ai recommencé à sentir un peu les contractions, j’ai très bien senti mon fils qui poussait et j’ai pu pousser pour le délivrer tout à fait efficacement et rapidement. La péri idéale quoi ! Cela dit, péridurale = en général, protocole plus complexe avec monitoring en continu, prise de tension régulière, etc. Et comme tu le dis, si la maternité n’est pas équipée avec du super matos ambulatoire (y compris pour la péri), tu te retrouves clouée à la table d’accouchement, sur le dos et pas très « active » à mon goût…
      En réalité, j’ignore si ma première maternité possédait le matériel que tu évoques, permettant de se déplacer et tout, et s’ils allaient au plus simple avec le système que j’ai eu (perf dans le dos avec pompe qui vide le produit petit à petit, donc parturiente reliée à la machine en continu)… Je crois que c’est aussi une question de choix de la part de la maternité : quand bien même il y aurait le matos ambulatoire, ça nécessiterait peut-être davantage d’accompagnement à la future mère alors que là, avec 1 sage-femme pour 3 accouchements en cours comme je l’ai vécu, c’était sûrement plus simple que je sois « clouée » sur ma table.
      Bon, je dis tout ça mais sur le moment, j’ai très bien vécu mon accouchement hein (pas trop de douleur, un bébé qui sort sans problème et que j’ai senti passer, des suites de couches très acceptables), c’était pas aussi alarmant que ce que je raconte. Mais entre temps, j’ai lu d’autres choses, mes envies ont évolué… :-)

      • Merci pour ta réponse ! En fait je voulais juste lever un doute, et rappeler que « péridurale = femme inactive » est un faux adage même s’il est rare de trouver une maternité où ce n’est pas le cas. Enfin d’après ton expérience (qui ressemble à la mienne même si moi j’ai pu marcher, choisir ma position, ne pas être reliée en permanence à toute la machinerie) tu as eu une péri quasi idéale !
        Mais je comprends parfaitement ton choix. La lecture des VI depuis qques temps m’a fait évoluer sur cette idée de non-choix de la péridurale car toutes vous apportez des arguments tangibles et intelligibles (et non pas des vérités du genre « la péri c’est pour les chochottes » ou « moi je suis contre la médecine » que l’on peut lire sur certains blogs… vives les VI !)
        J’avoue moi-même avoir été tentée par un accouchement sans péri pour ma 2ème, mais après un faux travail de 36h (pareil que pour la 1ère) et l’épuisement qui allait avec, j’ai finalement demandé la péri à 6cm pour terminer la dilatation « tranquillement » et ensuite vivre pleinement l’expulsion (grâce à un dosage très subtilement maîtrisé, la péri ne faisait plus d’effet à ce moment-là !)
        Si un 3ème devait pointer son nez, peut-être serai-je à nouveau tentée ? ;-)

        • Je pense que c’est justement dans le cas de « travaux » (ça fait bizarre dans ce contexte de le mettre au pluriel !!) longs et particulièrement pénibles que la péridurale prend tout son sens : quand la douleur prend le pas, que l’on se fatigue et que l’on risque de ne plus être à même de « profiter » de la naissance à la fin.
          Bref, personnellement, je ne cherche pas à me passer de péridurale en soi mais juste à vivre les choses autrement, je veux apprendre à m’écouter et à ressentir la progression du bébé dans mon corps… on verra bien si tout ça est possible le jour J :-D

  2. Merci Madame Sioux pour ce très beau mini-débriefing… Même si tu as le sentiment d’avoir dévié, je me suis retrouvée dans ta conclusion ! En effet, il est difficile de partager, confronter nos envies, désirs, opinions sans faire penser à l’autre que ces choix sont les mauvais s’ils ne correspondent pas aux nôtres…

    • Exact, c’est là toute la subtilité d’exprimer son point de vue, ses sentiments… sans blesser l’autre ! Aaaah les relations humaines, c’est tout un art (mais un art enrichissant) ;-)

  3. Pingback: Porter et enfanter… en étant informée ! [mini débrief] « Les Vendredis Intellos

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