Le temps de la parentalité, un temps à contretemps

Alors que le joli mois de Mai et ses nombreux jours fériés nous permettent de profiter davantage de moments en famille, je viens aujourd’hui vous parler d’un dossier publié dans Confluences et qui s’intitule « Le temps de l’enfant« . L’article qui sert d’introduction au dossier sera le sujet de mon billet de ce jour, « Le temps de la parentalité, un temps à contretemps« .

« Certains discours véhiculés aujourd’hui sonnent comme de véritables sentences du « juste temps »: « Un bébé doit faire ses nuits à trois mois », « Allaitez-le 15 minutes toutes les 4 heures », « Tu le prends trop souvent à bras, il va devenir difficile », « Maintenant que tu vas rentrer à l’école, tu es un grand garçon qui ne fait plus pipi dans son slip », etc. »

Celui ou celle qui n’a jamais entendu l’une des phrases qui précède peut immédiatement faire glisser son curseur jusqu’au bas de ce message afin de se manifester…

La société dans laquelle nous vivons actuellement est sans cesse en mouvement, tout change rapidement, nous vivons dans une ère du jetable, du consommable, du tout et tout de suite. L’auteur de l’article de référence, Brigitte Dohmen (Psychologue spécialisée en périnatalité et en haptonomie périnatale) , cherche à démontrer comment notre époque exerce une influence sur la parentalité, de la conception à la naissance de notre enfant.

« Le temps que cela prend de « tomber enceinte » est devenu une anomalie qui la fait sentir différente des autres (donc anormale) et crée de l’incompréhension et de la souffrance. Ce temps de latence est refusé. »

Dans ce contexte d’immédiateté, la femme aurait tendance à penser qu’une fois la contraception arrêtée, la grossesse devrait arriver tout de suite et, lorsque ce n’est pas le cas, penserait forcément à une anomalie de son corps.

Il n’y a plus le temps d’attendre et les progrès de la médecine étant davantage à la portée du plus grand nombre, les techniques de procréation médicalement assistée soigneraient alors « des couples impatients et sans pathologie ».

Au-delà de l’opinion de l’auteur sur cette question, je pense que notre société est en partie responsable de la necessité actuelle de ces méthodes mais qu’il est trop facile de généraliser ainsi le sujet car bien d’autres facteurs sont à prendre en compte avant d’établir cette affirmation

L’auteur aborde la question de l’horloge biologique de la femme en montrant qu’aujourd’hui elle ne prend plus le temps d’interrompre sa carrière pour se consacrer à sa maternité, craignant ainsi une dévalorisation professionnelle. L’âge moyen du premier bébé pour une femme ne cesse de reculer et se trouve aujourd’hui après 28 ans.

Suivant le même rythme, le temps de la grossesse ne serait pas davantage respecté.

« À l’heure actuelle, la société et les impératifs de sa vie professionnelle ne l’autorisent plus à se couler dans le temps de la grossesse. Elle doit continuer à fonctionner comme si elle n’était pas enceinte, faire oublier qu’elle l’est, rester performante, être dans l’agir plutôt que dans l’être. »

En Espagne, le congé maternité est de seize semaines, tout comme en France. La différence se trouve dans le fait que la femme peut choisir du moment où commence son congé maternité, sachant que des seize semaines, six doivent être prises après la naissance. En ce qui me concerne, pour ma première grossesse je me suis arrêtée à 38 SA et je me suis parfaitement reconnue dans ces quelques phrases de l’auteur. Pendant plus de huit mois j’ai eu l’impression de devoir en faire bien davantage qu’en temps « normal » pour prouver que la grossesse n’était pas une maladie et que cela n’affectait pas mon rendement professionnel. Autour de moi, j’ai rarement perçu cette soi-disant considération de la femme enceinte. Tout cela est tellement paradoxal! D’un côté on est extrêmement surveillée médicalement, comme si le futur de l’humanité en dépendait (ou presque) . D’un autre côté, il nous faudrait agir comme s’il n’en était rien…

Et puis neuf mois, c’est tellement long pour ce monde dans lequel tout devrait aller toujours plus vite! Alors on voit des accouchements programmés, déclenchés avant l’heure, parfois pour des raisons médicales, certes, mais souvent pour des raisons de « confort ».

Mon expérience de primipare en a fait les frais. On m’a fait croire que pour le bien de mon bébé il fallait induire la naissance avant la DPA alors que j’ai découvert par la suite qu’il s’agissait uniquement du bien de l’agenda du gynécologue qui s’évitait ainsi un dérangement pendant son week-end… Je n’ai rien osé dire, j’ai fait confiance à celui qui avait suivi toute ma grossesse, j’ai cru qu’en professionnel de la santé qu’il était, il souhaitait évidemment le meilleur pour nous deux… L’induction d’un accouchement peut être un véritable traumatisme, pour la mère comme l’enfant, même si comme beaucoup ont eu la manie de me dire :  » Te plains pas, au moins ça n’a pas fini en césarienne. »

« Actuellement, l’accouchement est devenu un acte médical, géré comme une pathologie qu’il n’est pas, contrôlé et orchestré en fonction des besoins de l’équipe et des horaires du médecin. Il est la plupart du temps déclenché et rythmé artificiellement, anesthésié et contrôlé sans respect de la physiologie ».

Mais après une naissance où le rythme de la femme et de l’enfant n’ont pas été respecté, comment peuvent se passer les débuts de la parentalité? Que sommes-nous en train de transmettre à ce bébé qui a grandit dans notre ventre et que l’on a déjà examiné sous toutes les coutures avant même de le rencontrer?

« On le pèse, le mesure, on l’aspire, on le pique, bref un accueil individualisé et chaleureux! Bienvenue dans le monde. Monde à l’envers qui accueille avec si peu d’humanité celui qui sera notre futur ».

Le progrès, la science, la technologie, tout avance tellement vite que nous avons peut-être trop facilement tendance à oublier que ce rythme n’est pas naturel. Nous ne savons pas toujours écouter nos propres désirs lorsqu’ils vont à l’encontre de ce qui est décrit comme la norme actuelle.

Une mère ordinaire

10 réflexions sur “Le temps de la parentalité, un temps à contretemps

  1. On ne sait effectivement plus prendre le temps de prendre le temps, l’exigence du tout tout de suite, d’aller vite, bébé doit aller vite il devrait marcher avant 10 mois, être continent peu de temps après etc… sous peine de se faire traiter de feignant (vécu grrrrr!!!), ça me fait souvent rager.
    Je ne peux pas m’empêcher de bondir en lisant les propos sur l’aide à la procréation accessible à tous qui permettrait de satisfaire les impatients, et la société permettrait cela, pour avoir vécu la très très longue attente (je ne parle pas de quelques mois mais de 2 années) puis les examens qui prennent encore beaucoup de temps, puis le recours ultime FIV long et semé d’embûches, non franchement je ne crois pas que n’importe quel impatient voudrait vivre ça pour aller plus vite! Et je l’espère profondément tous les centres PMA sont éthiques et refusent de se mettre au service d’une quelconque exigence de l’impatience de la société quand beaucoup de couples ont vraiment à lutter…

    • C’est pour cette raison que je n’ai pas souhaité développer davantage l’opinion de l’auteur (que je ne partage pas sur ce point là) car il est évident que lors d’un recours à la PMA, il est (selon moi) évident que l’on ne s’adresse pas uniquement à des personnes impatientes mais réellement à des personnes qui ont besoin de la science et des techniques actuelles pour avancer dans leur projet de devenir parents. Merci de nous faire partager ton avis et ton expérience!

  2. Merci pour cette participation qui me fait revivre mes instants trop court de ma grossesse trop vite passée… Je me suis moi même retrouvée à travailler deux fois plus pour prouver que ma grossesse n’avait changé en rien ma façon de travailler. Je l’ai par la suite regretté

  3. car je me suis retrouvée arrêtée avec des contractions 1 mois avant la fin et je me suis sentie tellement isolée que j’ai trouvé cher payé ce manque de considération surtout dans le milieu de la santé où j’exerce… Je rêve d’un monde où les choses évoluent et où nous aurions le temps de nous consacrer à nos changements et à la découverte de ce petit être nouveau sans en confier l’éducation à des nounous pour que nous puissions retourner au « boulot » !!!

    • Je ressens parfois ce que tu dis au sujet d’un monde qui pourrait être différent mais je suis victime de tous ces préjugés d’aujourd’hui qui ne voient plus aussi facilement qu’une mère se consacre exclusivement à sa famille… Pourtant nous n’avons qu’une vie et ces choix devraient pouvoir se faire sans cette pression de la société dans laquelle nous évoluons!

  4. Côté temporalité, les affreux ont ouvert de grands yeux quand je leur ai avoué que je ne savais pas quand la Brioche naîtrait… en ce moment j’ai même envie de faire comme si je ne connaissais pas la date du terme théorique…

    • Ces derniers jours peuvent sembler à la fois tellement mais en même temps tellement précieux… Les derniers instants avant de découvrir celui ou celle que l’on a imaginé pendant tout ce temps!!

  5. Pingback: Le temps du devoir d’enfant {mini-débrief} « Les Vendredis Intellos

  6. Comme Chocophile, j’ai bondi aussi!
    Je ne pense même pas que ce soit une question d’éthique, la PMA, ca prends du temps… Je veux dire que même si un couple s’inquiète au bout de 12 mois au lieu de 24, il y aura la premiêre consultation, puis sûrement 3 mois de monitorage des cycles, puis les bilans de fertilité avec chaque examen qui a un timing particulier du cycle, donc étalé sur plusieurs cycles (pis tant qu’à être infertiles bin autant avoir des cycles de 3 mois de long hein, comme ça y a plus de suspense!), puis une fois qu’on a les résultats, faut parler du traitement. Peut-être une opération pour remédier à l’endométriose, une trompe bouchée ou un problème avec le monsieur… Sinon, si c’est inexpliqué, peut-être 3 mois avec du clomid… Les 24 mois on les atteind vite …
    Dans mon cas, au Royaume-Uni, j’ai consulté après 12 mois mais enfin j’ai eu ma FIV 18 mois après la première consultation, parce qu’outre qu’on dépend du rythme de son corps, il y a une telle demande pour ces traitements qu’entre le premier RV avec le généraliste et le spécialiste en fertilité il y a généralement 6-9 mois d’attente. Et même chose avec la FIV, une fois qu’on a tenté les inséminations et qu’elles ont raté, dans le meilleur cas il y a encore 9 mois d’attente avant le premier RV FIV.
    Et quand bien même un couple consulterait au bout de 6 mois, il est bien évident qu’un médecin doit être RASSURANT au lieu d’ajouter de la pression, et dire qu’il n’y a rien d’alarmant avant 2 ans d’essais. Mais il ne faut pas oublier l’ampleur de la menace, la taille de l’épée de Damoclès : Peut-être qu’on ne pourra pas avoir d’enfant! C’est pour ça que dans mon article, quand Winckler parle de couples « trop pressés », et quand dans ton article Brigitte Dohmen parle de couples « impatients », ça me heurte. C’est pas être pressé, moi si on m’avait dit « de manière certaine tu auras un bébé, juste il faut attendre 3 ans, OK, três bien. Mais là on est dans une situation d’incertitude qui est insupportable…

    Ceci dit, je suis d’accord avec ta conclusion, et à refuser d’écouter son corps, son rythme (par dévotion pour son travail par exemple), on en paye parfois les conséquences… Quant à monitorer les performances / progrès de nos petits, argh.

    • Je n’ai pas vécu l’épreuve de la PMA mais j’ai une amie de longue date qui souffre d’endométriose et qui a vécu plusieurs fausses couches durant les dernières années. Son parcours est terriblement difficile, des rendez-vous qui se comptent par dizaines chez des spécialistes, des réponses parfois différentes d’un cabinet à l’autre et toujours cette incertitude que tu évoques, de savoir si au bout du tunnel il y aura l’issue tant attendue… Cette amie est actuellement enceinte de trois mois et je prie pour que cette grossesse arrive à terme…

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