L’histoire de la vie de Maria Montessori a été riche en rebondissements de toutes sortes. Une des choses à laquelle Maria Montessori tenait le plus, c’est le souci de rendre sa pédagogie accessible à tous. Ses débuts se sont d’ailleurs déroulés dans le quartier très pauvre de San Lorenzo, avec des enfants de la rue, des enfants livrés à eux-mêmes avec qui tout était à faire.

Cela a résonné particulièrement chez moi, enseignante de l’école publique, pour qui proposer la même chance à chaque enfant est une valeur bien réelle et une des  fondations de mon choix de carrière.

Et pourtant, depuis que je me suis intéressée à la pédagogie Montessori, convaincue par son bien fondé, j’ai quand même vite déchanté devant l’ampleur matérielle de la tâche.

La fabrication a ses limites, j’en ai déjà parlé dans mon blog ; et de toute façon, le fait que chaque matériel ne travaille qu’une compétence fait aussi que le nombre de chose à posséder pour mettre en place une pédagogie efficace est très (trop) important.

Mes réponses ont été

– d’essayer de proposer des ateliers payants, mais le moins cher possible. Sachant que tout ce que je reçois financièrement est réinjecté en matériel… Cet atelier c’était aussi me permettre de pouvoir avoir plus de matériel à proposer !!

– de commencer avec peu de matériel en classe en utilisant aussi ce que j’ai acheté pour l’atelier et en finançant une toute petite partie avec mon budget classe…

Mais…

Les premiers pas concrets de future école me font bien prendre conscience de la difficulté de rendre la pédagogie Montessori accessible financièrement à tous les foyers, même si tout sera mis en œuvre pour…

Me former chez La Pédagogie Montessori Aujourd’hui est aussi un engagement en ce sens.  Agnès ne prône pas une pédagogie « pure », mais propose de l’adapter dans nos classes, de la rendre accessible comme M. Montessori s’est adaptée à son public d’enfants à San Lorenzo.

A nous de partir de l’observation de nos enfants en classe pour avancer avec eux. On peut imaginer que Maria Montessori vivant encore serait restée fidèle à sa manière de faire : observer et adapter l’enseignement en fonction de chaque enfant…

Et puis il y a cette idée de paix, qui a aussi été très importante pour la pédagogue. Quel endroit plus adapté, me disait récemment ma collègue M, que nos classes où les enfants de tous milieux sociaux se retrouve à jouer, à apprendre ensemble?

Alors cet article de rue 89 a été une bouffée de bonheur !!

On y lit qu’ATD quart-Monde par le biais du « pré-pivot » propose à des enfants la pédagogie afin de lutter contre l’échec scolaire.

Pivot pour donner goût. Pivot comme passerelle.

« Depuis un an et demi, l’association expérimente donc cette méthode, qui vient en renfort de l’école, avec une trentaine d’enfants les mercredis et les samedis. Ils viennent tous d’une famille défavorisée qui a connu l’errance et qui a été relogée dans la cité du « 116 ».

Au total, ce sont une cinquantaine de familles qui ont perdu un logement dans le passé ou qui n’en ont jamais eu. Des foyers blessés qui doivent se reconstruire »

L’expérience est partie d’une observation :

« La misère se transmet souvent de génération en génération. L’école pourrait casser cette chaine mais beaucoup d’enfants des familles très pauvres y sont en échec. C’est dur de travailler à l’école quand on s’y sent mal parce qu’on a honte de l’endroit où on habite ou honte de ses vêtements.

C’est également difficile quand les parents ne s’y investissent pas du tout parce que, étant jeunes, ils y ont trop souffert ou parce qu’ils ne peuvent pas aider leurs enfants à faire leurs devoirs. »

Pas besoin d’aller dans des quartiers-cités pour faire ce constat. Combien de fois des parents ont refusé un simple rendez-vous annuel avec moi, l’entrée dans l’école leur rappelant l’échec cuisant de leur propre scolarité ?! Cela fait des parents plein d’espoir, mais en même temps craintifs et méfiants avec ce moyen de s’en sortir !!

Alors nous avons d’une part des pressions « au secours aidez-nous » mais aussi des pressions « pfff, de toute façon c’est couru d’avance »…

Nous retrouvons dans la proposition d’activité beaucoup des composantes de la pédagogie : la liberté du choix d’activité, le mélange des âges,  le respect des périodes sensibles…

Et des premiers résultats : des progrès visibles à l’œil nu.

« Je vois des évolutions chez des enfants qui s’expriment de mieux en mieux. Il y a un petit garçon de cinq ans qui ne prenait jamais de crayons car il n’arrivait pas à les utiliser. Maintenant, il dessine tout seul. Il est fier de nous montrer ses requins et ses dinosaures. »

Bien entendu, il est toujours difficile de mesurer l’impact de ce genre d’actions. Les enfants auraient aussi appris à l’école ou dans d’autres milieux familiaux etc.

Cependant, la pédagogie y participe et joue un rôle important de révélateur, la proposition des activités au bon moment, elle permet des avancées concrètes dans les apprentissages scolaires mais aussi et surtout du point de vue de la construction de la personnalité de l’enfant.

D’ailleurs l’animateur le dit ici :

« Nous n’avons pas un objectif d’apprentissage mais plutôt un objectif de construction de la personne. L’enfant doit avoir l’estime de lui-même et bâtir sa relation aux autres.

Le but n’est pas d’obtenir un diplôme mais de devenir un homme construit, un citoyen engagé capable de prendre des décisions. A aucun moment il ne doit se sentir jugé, si ce n’est positivement. »

Que dire… mon cœur se gonfle d’espoir et de bonheur. Puisse cette expérience venir aux oreilles ou aux yeux de ceux qui ont du pouvoir de décision en éducation…

Que vive dans la durée cette expérience et qu’elle fasse des petits !

Anna des mouettes