Les comportements violents chez l’enfant

La violence des enfants, je ne l’aurais même pas imaginée il y a quelques années. Aujourd’hui, lorsque je raconte ce que j’ai pu voir ou vivre à mon entourage, on me répond encore souvent « quoi ? Si jeune ? » Et oui, certains enfants se montrent violents, dès le plus jeune âge. Mais comme nous l’explique Jean Dumas, l’auteur de l’article L’enfant violent : pourquoi, comment ? cette violence se manifeste de façon différente selon les âges.

Ainsi, « Elodie a 5 ans. Ses parents se plaignent qu’elle « mène la barque » à la maison, en criant, frappant ou mordant. Son enseignante observe des comportements semblables à l’école et ajoute qu’elle craint que l’enfant ne développe des difficultés d’apprentissage graves si ces comportements ne vont pas en s’améliorant.

Jean-Luc a 10 ans. Il a une longue histoire de violence à l’école et à la maison. La moindre provocation, réelle ou imaginaire, peut le conduire à des crises de colère extrêmes. Il crie et frappe alors jusqu’à ce qu’un adulte soit capable de le calmer. Jean-Luc a récemment renversé un pupitre contre un copain de classe, qu’il avait au préalable traité de « con » pour avoir refusé de jouer avec lui.

Renaud a un peu moins de 15 ans. Il est connu des autorités depuis deux ans pour actes de délinquance graves commis pour la plupart avec un gang d’adolescents plus âgés. Il a récemment été arrêté lors de l’attaque d’une épicerie à main armée. Il ne va pas régulièrement à l’école et a un retard scolaire important. »

Ces comportements divergent dans le temps, mais comme le rappelle l’auteur si rien n’est fait, ils peuvent conduire (dans de rares cas) à des actes extrêmes.

Qu’est-ce qui caractérise ces enfants aux comportements violents ? Il s’agit d’enfants qui testent sans arrêt les limites, qui sont constamment dans l’opposition. Par ailleurs, ils font preuve d’un manque de sens de l’humour certain, ils se montrent très susceptibles et acceptent peu la moquerie. Ils sont également peu patients et peu constants dans l’effort.  En effet, j’ai pu constater ces trois éléments chez les quelques enfants au comportement violent que j’ai rencontrés dans ma courte carrière de professeur. Ces enfants étaient dans la contestation, en permanence, ils prenaient mal la moindre remarque et effectivement faisaient preuve d’un certain manque d’humour (puisque tout était intensément vécu, ressenti comme une injustice permanente).

Mais on entend souvent dire que la recherche de limites est extrêmement commune chez les enfants et que penser de la phase d’opposition vers les 2 ans ? Bien évidemment, la crise des terrible two et plus généralement, une certaine forme d’opposition est tout à fait saine. L’auteur nous signale que ces enfants  » s’opposent pour s’opposer, s’acharnent pour avoir le dernier mot et se battent pour gagner ou ne pas devoir reconnaître la responsabilité de leurs actions. » Cette opposition prend alors des proportions bien plus importantes, comme si une grande partie des relations entre ces enfants et les adultes qui les entourent se basaient d’office sur cette question d’opposition.

Or créer en permanence le lien aux autres dans l’opposition c’est très coûteux en énergie, pour l’entourage mais aussi pour l’enfant en question qui risque alors de tout y perdre : son temps, sa concentration, ses envies, son affectivité s’embarquant ainsi dans un grand cercle vicieux.

Mais pourquoi cette violence ? Il semblerait que les facteurs soient multiples. Si une discipline inappropriée de la part des parents semble être un facteur important, il est loin d’être le seul ou de provoquer systématiquement des comportements violents. Comme le souligne l’auteur, sur cette question il s’agit davantage de facteurs de risque et de facteurs de protection, à manier avec des pincettes. Une étude portée sur des enfants vivants dans la banlieue de Londres, se concentre sur 5 facteurs : « les compétences non verbales faibles, discipline parentale inadéquate, casier judiciaire d’un parent ou des deux, pauvreté et famille nombreuse. » La conclusion de cette étude tend à montrer que ces comportements violents proviennent d’un cumul de risques et surtout qu’il n’y a pas de déterminisme social, ce qui je l’avoue franchement est rassurant !

Rassurant, oui, mais tout de même déstabilisant dans le sens où peu de choses peuvent réellement prémunir son enfant de ce type de comportement, faire de son mieux pour favoriser les facteurs de protection mais comme toujours mais sans aucune garantie. Pour ma part, j’ai la conviction profonde que la question du lien est essentielle. Une construction adéquate du lien à l’adulte, dès le plus jeune âge est primordiale pour favoriser l’épanouissement du petit. Si elle fait défaut dans la famille, les enfants peuvent toujours retrouver des repères auprès d’autres adultes, mais encore faut-il les rencontrer ces adultes, pendant son parcours.

Home Sweet Môme

Publicités

6 réflexions sur “Les comportements violents chez l’enfant

  1.  » Il s’agit d’enfants qui testent sans arrêt les limites, qui sont constamment dans l’opposition. Par ailleurs, ils font preuve d’un manque de sens de l’humour certain, ils se montrent très susceptibles et acceptent peu la moquerie. Ils sont également peu patients et peu constants dans l’effort. En effet, j’ai pu constater ces trois éléments chez les quelques enfants au comportement violent que j’ai rencontrés dans ma courte carrière de professeur. Ces enfants étaient dans la contestation, en permanence, ils prenaient mal la moindre remarque et effectivement faisaient preuve d’un certain manque d’humour (puisque tout était intensément vécu, ressenti comme une injustice permanente). »
    Il me semble que cela ressemble beaucoup à des troubles de l’attachement., à des enfants qui ne se sentent pas en sécurité et ne font pas confiance aux adultes, qui manquent aussi énormément de confiance en eux-mêmes.

    • Oui, c’est ce que je pense aussi. C’est pour ça qu’à mon avis la question du lien à l’adulte est très importante. Ce sont des enfants pour qui ce lien ne s’est pas construit dans la confiance et l’équilibre (où chacun prend une place « saine »).

  2. Merci beaucoup de ta contribution!! Je vous rejoins assez toi et Phypa sur la question des troubles de l’attachement…
    Pour moi, poser la question de l’enfant « violent » est finalement assez stérile… ceci n’étant pas un fait inné mais une conséquence d’une interaction inadéquate avec l’adulte…
    Quand je lis que ces enfants « s’opposent pour s’opposer, s’acharnent pour avoir le dernier mot et se battent pour gagner ou ne pas devoir reconnaître la responsabilité de leurs actions.” je me demande aussi quel modèle d’autorité ils ont pu avoir… l’autorité ne résidant pas dans le fait d’avoir le dernier mot, ni d’obtenir la capitulation de son adversaire…

    • C’est malheureusement une vision encore très véhiculée de ce doit être l’autorité. Mais effectivement, les valeurs éducatives véhiculées comptent énormément. J’ai rencontré des élèves qui me soutenaient mordicus que si on les embêtait ou insultait il fallait frapper, que papa avait dit de frapper. J’imagine qu’à la maison beaucoup de situations sont gérées sur ce même mode. Mais encore une fois, ces conditions n’expliquent pas tout.

      A titre personnel, je sais que dans une classe, quand je rencontre des élèves qui ont totalement perdu confiance en l’adulte, je peine encore à les rassurer, leur donner confiance en ce que je représente, tant j’ai du mal à comprendre leurs difficultés et parfois différences de points de vue. Comment comprendre que des enfants puissent dépenser toute leur énergie et force à tenter de frapper un autre enfant qui l’a mal regardé … ça me laisse parfois totalement démunie et ils le sentent, je me retrouve alors dans un cercle vicieux.

      • Tu as parfaitement raison, c’est pour ça qu’il me tient tant à coeur qu’on diffuse ce que peut être l’autorité respectueuse et constructive… parce que je suis persuadée qu’elle conduit généralement à un abaissement du taux de violence, d’un côté comme de l’autre…
        Je ne supporte pas l’idée qu’un enfant grandisse en rongeant son frein et se disant « un jour viendra où ce sera MOI l’oppresseur… »

  3. Pingback: L’attachement parents/enfants: un remède anti-violence, indispensable à l’autonomie ? [mini débrief] « Les Vendredis Intellos

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.