Un article paru dans le journal Le Monde du 5 avril, est ressorti du tas que je conserve dans une pile « à lire ».

Il s’intitule « Ado-adultes le grand malentendu« , et s’appuie sur un sondage Ipsos santé.

Nous croyons tous qu’un ado, c’est forcément en crise, que ça ne veut plus entendre de conseil des adultes, que ça ne se sent bien qu’avec ses pairs.

Et bien on se trompe complètement.

Plus de la moitié des jeunes souhaiteraient nourrir plus d’échanges avec les adultes

92% des jeunes comptent prioritairement sur leur mère pour les aider à devenir adultes
75% sur leur père
58% sur leurs amis

alors que 75% des adultes pensent que les adolescents comptent d’abord sur l’aide de leurs amis

Bon un peu lourd à porter pour les mères, je trouve, mais bon, on est encore utile !

La place du père semble contribuer au bien-être des ados :
83% des jeunes qui se sentent bien citent leur père comme modèle
contre 57% des jeunes éprouvant un mal-être

Donc bonne nouvelle pour les pères : ils sont utiles aussi !

Les adultes ont tendance à être plus pessimistes sur le moral des adolescents qu’ils ne le sont eux-mêmes. Près de trois quarts pensent que les jeunes sont mal dans leur peau contre 25% des interessés !

Donc en fait nous avons tendance à noircir le tableau.

Nous interprétons ce qui n’est que mouvement d’humeur, recherche de limites, prise de nouvelles marques, comme des symptômes de mal-être, alors que ce n’est qu’une recherche d’autonomisation.

Ils demandent plus de liberté, mais sont désemparés si on la leur donne.  » Si vous dites à votre enfant, c’est toi qui décides, vous l’insécurisez. Les adolescents ne sont pas des individus qui ont 15 ans, ils ont à la fois 8 ans et 25 ans. Ils ont besoin à la fois de l’affection donnée à un enfant et de la liberté d’un adulte » Face à ces fluctuations affectives et d’humeur, l’adulte se doit de rester stable, et de tenir un cap.

C’est quelque chose que j’ai déjà lu. Les adolescents ont besoin de se heurter à nos refus, ils ont encore besoin que des limites soient posées. Et nous ne leur rendons pas service lorsque nous accédons à leurs demandes sans discussion.

Notre pessimisme viendrait de notre inquiétude face à l’avenir, à la crainte que la vie ne soit plus difficile pour nos enfants qu’elle ne l’a été pour nous. Nos enfants sont en attente d’un modèle que nous ne sommes plus en mesure de leur proposer car nous-même trouvons l’avenir incertain.

J’avoue que cela correspond à une de mes interrogations sur ce que nous transmettons à nos enfants. Entre la crise économique, la détérioration des conditions de travail pour beaucoup de gens , les bouleversements climatiques prévus, difficile d’être optimiste, confiant en l’avenir comme ont pu l’être les générations précédentes. Et il est assez normal que nos enfants ressentent nos incertitudes.

Par ailleurs, le sondage démontre que contrairement aux idées reçues, si les jeunes communiquent beaucoup « virtuellement » via les réseaux sociaux, ils communiquent encore plus par « rencontres physiques avec leurs amis ».

Bref les ados, c’est pas ce qu’on croit, et ils en vont pas si mal que ça (peut-être plutôt mieux que nous finalement ??!!) Donc ne nous faisons pas de trop de bile pour eux et faisons leur confiance.

Ce sondage a été réalisé à l’occasion du 8e forum sur l’adolescence de la fondation Pfizer qui s’est tenu le 4 avril à Paris, et dont on trouvera quelques échos ici.

On y trouvera un résumé des attentes des ados vis à vis des adultes :

Ce qu’ils attendent des adultes
• De la bienveillance : c’est-à-dire un regard positif et aimant
• De l’autorité : les adultes doivent leur donner des règles, des repères mais aussi leur montrer l’exemple
• Du soutien : celui-ci est à la fois psychologique car ils ont besoin d’être encouragés et « supportés » au sens premier du terme, et à la fois matériel
• De la critique : les adolescents refusent tout angélisme et attendent des adultes une posture critique et exigeante pour les aider à devenir eux-mêmes adultes

Ce qu’il faut, selon les adolescents, pour créer des conditions favorables à la transmission intergénérationnelle
• Un respect mutuel
• La liberté de choisir l’adulte qu’ils veulent être
• Le temps : une histoire passée/une relation à construire
• Un climat de confiance
Ce sont donc les parents qui leur paraissent les plus légitimes pour transmettre, avec les amis. La qualité des relations qu’ils entretiennent avec leurs professeurs ne leur semble pas de nature à permettre à ces derniers de jouer un rôle significatif en matière de transmission – autre que de savoirs, naturellement.

Ce qui brouille, selon eux, les rapports entre les générations
• Les différends, les désaccords
• La surprotection de certains adultes (notamment les parents) vis-à-vis des adolescents
• La mauvaise image, voire la peur, que les adultes ont des plus jeunes
• L’excès d’exigence, la pression des adultes qui voudraient des adolescents « parfaits »
• Une certaine supériorité, voire un mépris, dans la manière dont certains adultes s’adressent aux adolescents
• Le manque de temps des adultes qui, en conséquence, ne partagent pas assez de moments avec les adolescents ou n’en manifestent pas le désir…

On retrouve bien des thèmes dont nous débattons ici : leur faire confiance, les respecter, prendre le temps de  passer de bons moments ensemble, éviter la pression…

Phypa