Les couples homosexuels et l’accès à la parenté – Partie 1: L’adoption

Le 13 mars 2012, le Parlement Européen adoptait une résolution sur l’Egalité entre les femmes et les hommes dans l’Union Européenne.

Selon l’article 7, le parlement :

 Déplore que certains États membres aient adopté des définitions restrictives du terme «famille» afin d’éviter d’avoir à garantir une protection juridique aux couples de même sexe et à leurs enfants; rappelle que, conformément à la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, la législation de l’UE s’applique à tous, sans discrimination fondée sur le sexe ou l’orientation sexuelle

La question du droit à fonder une famille pour les couples homosexuels est donc au cœur de l’actualité.

Le droit de fonder une famille est une liberté fondamentale, inscrite en tant que telle notamment à l’article 16 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, et de l’article 12 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentale. Le désir d’enfant, rappelle Eric Dubreuil dans son livre: Des parents du même sexe (Odile Jacob, 1998), est une souffrance que connaissent les couples homosexuels autant que les couples hétérosexuels:

Le désir d’enfant n’est pas moins fort chez un homosexuel que chez un hétérosexuel. De ce fait, l’homosexuel doit avoir les mêmes droits qu’un hétérosexuel, par rapport à cela […], un homosexuel doit pouvoir se marier s’il le veut et avoir le droit d’avoir des enfants s’il le désire. (p. 80)

Dès lors, pourquoi refuser l’accès à la parenté aux homosexuels? Les raisons sont différentes selon que l’on parle d’Assistance Médicale à la Procréation (AMP) ou d’adoption. J’aimerais aujourd’hui aborder dans un premier temps l’adoption.

Il existe deux types d’adoption, chacun soumis à des conditions spécifiques : l’adoption plénière supprime le lien de filiation entre l’adopté et sa famille d’origine en lui substituant un nouveau lien de filiation avec l’adoptant. L’adoption simple laisse coexister ces deux liens de filiation, mais le parent biologique perd l’autorité parentale, sauf s’il est le conjoint marié à l’adoptant.

En France, l’accès à l’adoption plénière est strictement encadré: les adoptants doivent remplir certains critères (d’âge, de situation socio-familiale..) et obtenir l’agrément des services sociaux (délivré à la suite d’une enquête sociale) attestant de leur aptitude. Aux termes des articles 343 et 343-1 du Code civil, l’adoption peut être demandée par une personne seule ou par un couple marié, mais pas par un couple uni par un PACS ou en concubinage : elle est donc fermée aux couples homosexuels qui ne peuvent pas se marier. Un homosexuel ne peut pas non plus adopter l’enfant de son partenaire par le biais de l’adoption simple, parce que, n’etant pas mariés, cela aurait pour conséquence la perte de l’autorité parentale par le parent biologique, ce qui a été jugé contraire aux intérêts de l’enfant.

Outre les raisons d’ordre religieuses ou morales, ou reposant sur les «valeurs traditionnelles  de la société » » (qui à titre personnel me semblent dépassées aujourd’hui), l’objection majeure à l’adoption par les couples homosexuels est liée à la fonction primordiale de l’adoption, qui est de donner une famille à un enfant qui n’en a pas. L’intérêt de l’enfant est supérieur à celui des parents, les droits de l’enfant viennent supplanter le « droit à l’enfant ». Car la question se pose de savoir quelles seraient les conséquences, pour l’enfant, d’être élevé par un couple homoparental.

Pour les adversaires de l’adoption par les couples homosexuels, se pose d’abord le problème de la compétence parentale, en particulier pour les couples d’hommes. De plus le bien-être de l’enfant pourrait être menacé, puisqu’il serait placé dans un contexte socio-familial «anormal». Enfin, et c’est sur ce point que les discussions sont les plus houleuses, le développement psychique et de l’identité sexuelle de l’enfant seraient compromis par l’absence d’altérité sexuelle du couple parental.

La compétence parentale

Deux hommes ou deux femmes seraient-ils moins compétents qu’un couple homme – femme pour élever un enfant ? Je pense qu’il faut d’abord écarter la thèse sexiste qui consiste à dire qu’un homme serait moins à même d’élever un enfant qu’une femme, et relever l’hypocrisie de cet argument puisque l’adoption est permise à une personne seule… [1]

En termes de rôle parental, pour simplifier à l’extrême la pensée freudienne, la mère serait celle qui transmettrait la capacité d’attachement et d’amour alors que le père transmettrait le respect des règles sociétale (l’interdiction de l’inceste étant la première de ces règles[2]). On aurait vite fait d’en conclure qu’un enfant élevé par deux femmes serait incapable de respecter les règles de la société alors qu’un enfant élevé par deux hommes ne pourrait s’épanouir affectivement. Mais ce serait oublier que ces rôles sont des rôles symboliques : L’altérité sexuelle n’aurait en fait pas d’influence du moment qu’une « triangulation psychique » est possible. C’est ce que dit Geneviève Delaisi de Parseval:

Le fait que le couple soit composé de deux personnes du même sexe n’est pas un obstacle à l’épanouissement de l’enfant, dès lors qu’il y a un couple et que ce couple a accompli le travail psychique de ce qu’on appelle, en psychanalyse, la parentalité. L’enfant a besoin de deux parents afin que la triangulation psychique puisse se structurer, mais il n’est pas nécessaire que les deux parents soient un homme et une femme.[3]

Si tant est qu’il est possible de mesurer la réussite des parents dans leur mission d’éducation, il semble que les recherches menées par les organismes chargés de la protection de l’enfance[4], montrent au contraire que  les familles homoparentales sont tout  aussi qualifiées que les familles « traditionnelles ».

L’argument de l’instabilité du couple homosexuel est souvent brandi. Là encore, je pense que l’argument est de mauvaise foi. Car il repose sur le fait que les couples homosexuels ne peuvent se marier ou avoir des enfants pour sceller leur union, ce qui est justement leur revendication! L’argument selon lequel les hommes seraient moins stables car moins fidèles sexuellement que les femmes me semble un simple cliché sexiste, qui a d’autant moins de valeur que les couples hétérosexuels sont à 50 % composés d’hommes… Enfin, l’hétérosexualité du couple n’est pas une garantie de sa stabilité ou de sa longévité, loin de là.

Ainsi, pour moi,  les couples homosexuels, autant que les couples hétérosexuels, peuvent offrir à leur enfant toutes les clés de la réussite de leur vie future, en termes d’affection, de sécurité, de confort et de stabilité, et d’apprentissage des règles de la société.

Le bien-être de l’enfant

Il me semble que les enfants aspirent à être comme les autres, et que dans les cours d’écoles les différences peuvent faire l’objet de stigmatisations (en tout cas c’est ce que je ressentais personnellement!). Dans ce cas, est-ce qu’avoir deux papas ou deux mamans pourraient être pour l’enfant une cause d’isolement ou de moqueries par leurs camarades?

Je crois que sur ce sujet, les mentalités ont drastiquement changé en 20 ans.

Dans les années 1990, l’image de l’homosexualité, en particulier masculine, a énormément souffert de l’épidémie de SIDA : La maladie et les modes de contaminations étaient méconnus, la peur de la contagion plaçait les homosexuels dans une situation suspecte. C’est l’objet du film Philadelphia, dans lequel Tom Hanks campe un avocat licencié puisqu’il est homosexuel et séropositif. Aujourd’hui, même si on est loin d’avoir vaincu la maladie, elle est mieux traitée et surtout mieux connue, et il semble que les couples homosexuels ne sont plus systématiquement identifiés à des malades du SIDA.

En parallèle, s’est opéré un début d’acceptation sociétale de l’homosexualité. Toute une série de mesures ont été mises en place afin de lutter contre les discriminations basées sur l’orientation sexuelle[5].

En Europe, si la France fait encore partie des pays conservateurs, l’ « homoparentalité » est reconnue légalement Allemagne, en Belgique, au Pays-Bas, au Danemark, en Espagne, au Royaume Uni et en Suède (l’adoption d’enfants par des couples homosexuels y est possible sous certaines conditions).

La télévision peut parfois être le reflet de ce qui est acceptable dans une société. Or dans les séries télévisées, les parents homosexuels ont fait leur apparition, d’abord dans les séries s’adressant particulièrement à un public homosexuel, telles que Queer as Folk , ou The L Word, puis progressivement dans d’autres séries comme Six Feet Under, Friends, Brothers and Sisters, Glee, Desperate Housewives, ou encore Modern Family

Il me semble donc qu’aujourd’hui, un enfant qui aurait des parents homosexuels souffrirait moins de cette « différence ».

Par ailleurs, si le bien-être des enfants est le but recherché, ne faudrait-il pas prendre en compte les conditions de vie parfois terribles des enfants en attente d’adoption ?

Le développment psychique et l’identité sexuelle de l’enfant

Pour certain, l’identité sexuelle de l’enfant se construirait sur le modèle de la sexualité des parents. Selon la psychanalyste Claude Halmos [6]:

La différence des sexes permet enfin à l’enfant de construire son identité sexuelle. Pour ce faire, il s’identifie au parent du même sexe que lui à deux niveaux :

– En se sentant  » homme  » ou  » femme  » comme son père ou sa mère se sentent  » homme  » ou  » femme « . C’est difficile pour une petite fille de se sentir heureuse d’être une fille si sa mère est malheureuse d’être une femme.

– Et en « découvrant » l’autre sexe au travers de ce qu’il sent du désir de son parent du même sexe pour cet autre sexe. Aimer les femmes ne sera pas facile pour un garçon si son père n’aime ni sa mère ni les autres femmes. Devenir un homme  » comme son père  » ne sera pas aisé pour lui si la mère méprise cet homme et les hommes en général ou si – inconsciemment – elle se prend elle-même pour un homme.

De plus, l’enfant a besoin que le parent du même sexe que lui l’accompagne et le soutienne dans le chemin vers son identité : pour ne pas avoir peur des femmes, un garçon a besoin d’un « compagnonnage viril » avec un père qui le rassure.

Cependant, ce point de vue est loin de faire l’unanimité. L’étude Patterson par l’American Psychological Association[7] a par exemple montré que l’orientation sexuelle des parents n’a pas d’impact sur le développement des enfants qui ont des résultats comparables à ceux des couples hétérosexuels.

De même Geneviève Delaisi de Parseval affirme [3] :

Le devenir du petit humain relativement à la question de sa sexuation d’une part, de ses choix d’objets amoureux d’autre part, excède largement, et c’est heureux, le cadre familial proprement dit. Soutenir que le destin sexué d’un enfant, à savoir les formes que prendront sa manière d’être «homme» ou «femme», avec telle ou telle sexualité, serait voué à la confusion face à des parents du même sexe, revient à ignorer ceci : à savoir que la construction de l’«identité» sexuelle est toujours un trajet compliqué, jamais achevé de toute façon, et qu’elle se bricole à partir de d’ingrédients pêchés ici et là, dans la famille et hors de la famille, les traits dits «masculins» ou dits «féminins» pouvant être soutenus par des femmes autant que par des hommes. Ce qui permet un processus souple et ouvert d’identification, qui n’enferme pas le sujet dans un personnage figé et incapable de liens d’amour, c’est précisément que l’identification ne se produise pas en bloc, à la totalité (imaginaire) d’un modèle paralysant tout mouvement psychique. On ne voit donc pas non plus en quoi le fait que le couple parental soit un couple dont les partenaires sont du même sexe empêcherait un enfant de se construire tout à fait normalement, c’est-à-dire d’une façon ouverte et mobile. De même, le devenir homo ou hétérosexuel d’un enfant est le fruit également de trajets compliqués, qui ne reproduisent pas mécaniquement la sexualité des parents, même si, et c’est vrai pour toute situation, il en traduit, en une élaboration imprédictible, quelque chose. Comme chaque histoire humaine en témoigne singulièrement.

En France, pourtant, la position est encore l’opposition ferme à l’adoption. Pour l’adoption plénière, si certaines décisions sont venues censurer le refus d’agrément fondé sur l’orientation sexuelle, l’agrément ne peut être forcé par le juge et semble être systématiquement refusé dès lors que le candidat (célibataire!) affiche son homosexualité. Ce qui en pratique contraint les homosexuels à dissimuler leur relation avec leur partenaire. Pour l’adoption simple, dans une décision du 15 mars 2012, la Cour Européenne des Droit de l’Homme a confirmé que les décisions françaises refusant au partenaire d’adopter l’enfant de son partenaire n’etaient pas discriminatoire.

Ce sont les droits des enfants qui fondent cette position. Mais pour moi, cela semble incohérent. Parce que concrètement, certains enfants sont élevés par des couples homosexuels, qu’ils aient été conçus d’un premier lit, que l’un de leurs parents ait pu les adopter en tant que célibataire, ou encore que l’un de leurs parents ait suivi un parcours d’AMP. Alors, un de leurs parents est privé de droits à leur endroit, il ne peut leur transmettre d’héritage ou bénéficier d’un congé paternité, par exemple. Les familles sont parfois contraintes par l’administration à vivre dans le secret, voire le mensonge avec la dissimulation de la relation homosexuelle. Et dans le cas où il arriverait quelque chose au parent légal, on peut refuser la possibilité à l’enfant de continuer à vivre avec son autre parent. Je ne vois pas en quoi cela protège les intérêts de l’enfant. Et j’espère que cet article 7 sur une notion plus ouverte de famille aura pour effet en France d’amorcer un changement.

Drenka


[1] Voir à ce sujet le point de vue de François de Singly, Blandine Grosjean, « La famille ne déclenche plus de guerre : interview de François de Singly, chercheur au CNRS », dans Libération, 25 mars 2002

[2] Sigmund Freud, Totem et tabou (1913), Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2001

[3] Accès à la parenté, assistance médicale à la procréation et adoption, rapport final de Terra Nova sur la bioéthique, présidé par Geneviève Delaisi de Parseval (psychanalyste) et Valérie Sebag-Depadt (juriste), 2010

[4] On peut voir à ce sujet les réflexions de la Ligue américaine pour le bien-être de l’enfant (Child Welfare League of America) ou l’Académie américaine de pédiatrie (American Academy of Pediatrics)

[5] Voir par exemple à ce sujet : Combattre la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, Les normes du Conseil de l’Europe, juin 2011.

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36 réflexions sur “Les couples homosexuels et l’accès à la parenté – Partie 1: L’adoption

  1. Merci pour cet article.
    Je me souviens à la fac, en cours d’Espagnol, avoir trouvé super qu’ils aient autorisés l’adoption aux couples homosexuels et surtout logique qu’ils remarquent que leurs enfants grandissaient aussi bien que les autres.
    Le point sur la construction de la sexualité me parait curieux: comment peut-on dire qu’un enfant se construit sur le modèle de ses parents puisqu’il y a des enfants homosexuels qui naissent de parents hétéro?
    Ensuite, comment peut-on continuer à se baser sur des idées archaïques quand on a la preuve dans les autres pays qu’elles ne sont pas valident?
    Mais encore plus, combien de couples hétéro divorcent ou se trompent, combien ne s’occupent pas bien de leurs enfants etc.?
    J’espère moi aussi que cet article 7 fera évoluer les choses en France.

  2. Je ne veux pas dénigrer les autres contributions, mais celle-ci me semble d’une rare pertinence, tant dans sa construction que dans ses conclusions. C’est une question qui concerne la sécurité juridique d’un nombre croissant d’enfants et de parents, qui vivent aujourd’hui dans une espèce de clandestinité juridique. Tous les arguments plaident en faveur de l’adoption, d’autant plus qu’il s’agit d’une réalité croissante que l’on ne peut plus ignorer.

    L’actualité judiciaire récente a démontré que nous étions dans une espèce de « grand n’importe quoi juridique » (nous le sommes de toute façon, tant la justice aux affaires familiales est délabrée), avec deux jugements pratiquement concomitants à Paris et Nancy. Les deux cas concernent des couples de lesbiennes.

    A Nancy, deux femmes ont ainsi élevé un enfant commun pendant dix ans (que la mère sociale n’a donc pas pu adopter), puis se sont séparées. Pour des raisons que j’ai du mal à comprendre (mais ce n’est pas l’apanage des couples homosexuels – c’est une grande tradition féminine), la mère biologique a voulu écarter son ex-compagne et la justice a entériné cette double exclusion. C’est complètement irrationnel, choquant et destructeur, d’autant plus que la justice est toujours rendu au nom de l’intérêt de l’enfant.

    A Paris, le couple s’est séparé sans heurts particuliers et la mère biologique a souhaité que l’enfant continue à voir ses deux parents. Le tribunal a homologué l’accord. Une résidence alternée a donc été mise en place. Malgré la séparation, l’enfant continuera à voir ses deux parents.

    L’insécurité juridique est donc totale. Selon votre lieu de résidence, vous serez jugés différemment. On voit bien également que le parent biologique dispose d’un véritable droit de véto sur l’autre parent et qu’il peut utiliser l’enfant comme moyen de pression.

    Sans faire de prosélytisme, cette question s’inscrit malgré tout dans les programmes politiques de la plupart des candidats de gauche (proposition 31 de François Hollande par exemple). Nous sommes donc dans l’actualité.

    J’ajoute enfin que l’ouverture de l’adoption aux couples homosexuels fera nécessairement avancer la cause de la résidence alternée. En cas de séparation en effet, il ne sera plus question de sexe, mais de qualités éducatives. En Belgique par exemple, les lois sur l’ouverture de l’adoption aux couples homosexuelles et le renforcement de la résidence alternée ont été votées en même temps.

    Merci encore à Drenka pour cette très belle contribution.

    • Merci!
      En effet, j’ai oublié le point capital du cas de la séparation et de ses conséquences, tant pour l’enfant que pour le parent qui n’a aucun statut légal vis-à-vis de l’enfant. Je vous remercie d’avoir réparé cet oubli.

  3. mais pas par un couple uni par un PACS ou en concubinage. Donc non seulement, les homosexuels, puisqu’ils n’ont pas accès au mariage (alors qu’un certain nombre le souhaiterai) mais également les hétérosexuels, qui refusent le sacro-saint mariage n’ont pas accès à l’adoption?
    En gros, faut rentre dans le moule d’un pays formaté par des siècles de catholicisme j’ai l’impression? (Je n’ai rien du tout contre les catholiques, mais je trouve que dans un pays laïc, chacun devrait être libre de choisir de se marier ou non (ce qui n’est pas le cas puisque les homosexuels n’ont pas accès au mariage…) et d’avoir des enfants, hors mariage ou dans le cadre du mariage.
    Il y a beaucoup d’hypocrisie de la part du pouvoir sur le sujet (mariage des homosexuels et adoptions par des couples homosexuels) en France.

    • Il me semble que les catholiques n’ont pas le monopole du mariage! Le mariage est défini par le code civil et on ne peut pas, en France, se marier à l’église sans être passé devant le maire avant – mon Anglais de mari avait trouvé que cela tuait le suspense…
      Il est certain que conditionner l’accès à l’adoption au mariage est conservateur. Mais il me semble qu’on peut choisir de donner au mariage la valeur qu’on entend, et que si on ne croit pas au mariage alors il s’agit d’un simple bout de papier. Qu’un couple hétérosexuel peut choisir de signer, une « petite » concession compte tenu de l’enjeu, alors qu’un couple homosexuel ne dispose pas de ce choix.

  4. Bravo Drenka!!!! C’est une splendide contribution!!! (je l’ai déjà dit mais je le répète!!!) Je t’avoue même que j’étais à deux de te faire passer en Guest!!! ;) Tu as mis tes talents d’avocate merveilleusement au service de notre communauté et je t’en remercie sincèrement!!!
    Je n’ai rien à ajouter sinon que j’attends la suite avec beaucoup d’impatience!!!

    • Merci beaucoup!
      Attention, je ne parle pas en tant qu’avocate! Ce n’est absolument pas ma spécialité!
      Le sujet me touche simplement parce que dans mon parcours AMP, j’ai croisé le chemin de couples homosexuels avec qui je me suis parfois liée d’amitié, et parce que la question d’avoir des enfants se pose en ce moment chez certains de mes amis homosexuels.

  5. L’article évite soigneusement d’aborder le besoin de s’identifier à un parent de même sexe que soi. Il parle d’identité sexuelle, mais il n’y a pas que ça dans la vie… j’ai perdu ma mère à même pas 15 ans, j’ai eu mes premières règles à 17 ans et n’ai pu en parler à personne (ni de l’événement ni de mon inquiétude car mes copines les avaient depuis longtemps) car les hommes ne savent pas ce que c’est (pardon hein, mais c’est la vérité).
    Je ne parle même pas de l’absence totale de possibilité de m’identifier à un « modèle », de parler de choses typiquement féminines autrement qu’avec des copines de classe aussi immatures que moi, d’imaginer mon propre vieillissement sans avoir vu comment ma mère aurait vieilli. Ni de partager ma grossesse, faire mon travail de changement de rang en lui gueulant dessus parce que je ne serais plus la fille mais la mère. Etc.
    Quant à ma petite soeur, 1 an à la mort de notre mère, elle n’a aucun modèle féminin et se construit donc sans savoir ce qu’est une femme. Mon père se laisse avoir aux modes « soutif à 9 ans, maquillage à 10 » parce que les copines le font donc elle demande. Bien sûr des mères cèdent aussi à ça, mais leur fille a alors pour modèle une mère , un adulte (plus ou moins équilibré mais adulte quand même), et non pas une lolita du même age qu’elle. Ca fait une tres grande différence dans la vie.
    Il n’y a pas que l’identité sexuelle qui se construit avec le parent de même sexe et celui de sexe opposé. Il y a l’identification ET la différenciation qui se jouent avec ET contre lui. Indépendamment de compétences, pas plus développées chez des hétérosexuels que chez des homosexuels on est d’accord.

    • Quand vous dites que l’article « évite soigneusement », j’ai l’impression que vous accusez l’auteur d’avoir éludé volontairement une question centrale, ce qui ne me semble pas être le cas. Le billet de Drenka n’est pas une thèse de doctorat et ne peut traiter tous les aspects de la question.

      L’identification est importante dans le processus de construction de l’enfant, mais votre remarque me semble légèrement hors sujet.

      1) Vous montrez tout d’abord que, malgré votre drame personnel, une construction peut se faire.

      2) La question est surtout de savoir si notre droit doit s’actualiser pour prendre en compte l’évolution de la société, qui continue d’avancer en laissant de côté de plus en plus de parents et d’enfants.

      • Zen zen zen cher Maxime!!! Ici, il n’y a ni notes ni évaluations ni questions idiotes ni hors sujets!! Je ne dis pas par là qu’on ne doit pas chercher la pertinence et la réflexion mais que leur définition peut s’entendre dans le respect du point de vue de chacun!!
        Alors, je vous en prie, continuez de prendre par aux débats, c’est toujours stimulant et agréable, mais temporisez vos jugements… ils sont inutilement blessants…:-)

        • Zen zen zen chère Madame Déjantée. Si j’ai blessé quelqu’un, c’est bien involontaire et je le regrette.

      • Votre commentaire montre que nous ne nous connaissons pas. Sinon vous n’avanceriez pas de telles inepties.

        Quant à faire évoluer la loi, l’argument du « ça se fait ailleurs » ou « ça existe dans les faits » n’en est pas un. De nombreux états autorisent des tas de choses sans que.nous ne les copiions (nous n’appliquons pas la charia, nous n’autorisons pas la vente de nos organes). Et de nombreuses situations existent dans les faits sans que la loi ne doive pour autant les autoriser (polygamie, trafics).

        La question n’est pas de savoir s’il faut légaliser une pratique qui existe, mais de savoir s’il est vraiment dans l’intérêt des enfants de pouvoir être indifféremment élevés dans des familles heteros ou homos (la nature n’ayant pas permis la reproduction entre deux personnes de même sexe, c’est une vraie question et pas une simple lubie de politiciens ou de religions).

        La justice dite familiale en France est une vaste blague qui aurait bien besoin de se poser des questions avant de céder aux modes, aux appels démagos… et de parler au nom d’enfants pour repondre aux intérêts des adultes.

        Mais puisqu’il est encore question de militer, comme sur d’autres billets, je vous laisse militer.

        • Je ne m’aventurerai pas sur le domaine de la justice familiale que je connais peu et mal… Le fait que ces dispositifs existent ailleurs, plus que d’être à eux seuls « légitimant », ne permettent-ils pas de réaliser des études, de prendre la mesure des problèmes éventuels que cela soulève, de mettre en place les remédiations adéquates, bref d’anticiper quoi??!

          • Et donc de ne plus s’interroger puisque des études disent que… ? Les études disent tout et son contraire sur tous les sujets et dans tous les domaines.
            Elles ne doivent pas ou ne devraient pas empecher de se poser des questions, aussi incongrues semblent-elles quand on milite (mais la question de l’identification ne me semblait pas si étrange…).

            • Loin de moi l’idée de dire que la question de l’identification est étrange, ni même qu’une étude valide une fois pour toute un dispositif!! Mais au contraire que l’étude sur de large population doit nous permettre d’avoir un regard plus net sur les enjeux et problématique et nous permettre de prendre des décisions en meilleure connaissance de cause… Ceci étant, à l’heure actuelle, je n’ai pas du tout l’impression que ce soit cette méthodologie là qui soit privilégiée au niveau décisionnaire… l’opinion publique et les diverses influences pèsent à mon avis plus que les réflexions quelqu’elles soient…

    • Alors non, je n’ai pas soigneusement évité la question, c’est un simple oubli…
      Merci de soulever ce point qui est très important; il me semble d’ailleurs aussi compliqué du côté des couples hommes que du côté des couples femmes parce que l’absence d’attirance sexuelle pour le sexe opposé pourrait éventuellement être perçu comme un dégoût par un adolescent de ce sexe?
      Mais je crois que la situation d’un deuil est radicalement différente: Le décès d’un parent survient et laisse le parent survivant pas toujours préparé à faire face à ces questions tout en gérant en parallèle sa douleur et celle de ses enfants, sans compter la logistique.
      Alors que dans le cas d’une adoption, il me semble que l’on peut s’y préparer. Je n’ai pas vérifié mais il me semble que par exemple, dans le cadre des procédures d’agrément, les pays voisins s’assurent que le couple bénéficie du support de sa famille, et que l’enfant aura un référent du sexe opposé dans son entourage proche (pour un couple d’hommes, une tant ou une grand-mère par exemple).
      En tout état de cause, il me semble que juridiquement, cet argument ne peut pas à lui seul être utilisé pour refuser l’accès à la parenté aux homosexuels, dans la mesure où l’accès est ouvert aux célibataires, pour qui le problème se pose aussi.

      • Je ne dis pas que c’est un argument et j’ai la même réserve pour les adoptions par des célibataires. D’ailleurs il faudrait aussi rappeler qu’adopter est compliqué, pour pas avoir l’impression de donner un droit facile d’accès à certains et pas aux autres.
        Quant à un membre de la famille, personne ne sait comment la vie va évoluer et je ne suis pas d’accord avec cette « assurance ». La famille, à moins de vivre dans un monde merveilleux, c’est rarement le meilleur interlocuteur pour s’identifier.

        • Malheureusement je ne crois pas qu’il y ait de solution miracle ou d’assurance tous risques en matière d’adoption ou de parentalité. Mais je comprends parfaitement votre point de vue et le respecte.
          Mon avis différent est bien entendu subjectif et basé sur mon expérience personnelle: l’infertilité, une famille étendue et extrêmement soudée (je vis dans un monde merveilleux! D’ailleurs c’est mon oncle qui m’a dessiné un utérus, et expliqué le mécanisme des règles, j’étais en vacances chez ma grand mère!), deux adoptions parmi mes cousines, l’une mauricienne, l’autre roumaine, donc un aperçu des conditions des enfants en attente d’adoption, et enfin des liens avec des couples homosexuels qui sont de merveilleux parents.

  6. Quel article intéressant, bravo! J’adore voir des débats s’ouvrir sur les vendredis intellos ;) Vaste sujet en tout cas et très délicat… Moi ca ne me choque pas et en Angleterre c’est autorisé, maintenant je peux comprendre la question de l’influence que cela peut avoir sur les enfants mais les concepts éducatifs sont tellement différents selon les pays et on tellement évolué « depuis que le monde est monde » où et quand les enfants étaient le plus épanouis et se sont développés en des adultes heureux? Je ne sais pas… Je conclurai en bottant en touche: avec une anecdote galvaudée dont je ne me lasse pas : à l’une de ses patientes qui lui demandait comment être une bonne mère, Freud aurait répondu : « Quoi que vous fassiez, vous ferez mal. » Alors, famille monoparentale, famille homoparentale, famille recomposée…

  7. Comme le dit Maître Eolas, qui y a récemment consacré quelques articles, que je vous recommande (www.maitre-eolas.fr/post/2012/03/07/Soyez-le-juge-aux-affaires-familiales-(JAF)), « le juge aux affaires familiales (l’ancien juge aux affaires matrimoniales) est celui dans le bureau duquel vous avez le plus de chances de vous retrouver au cours de votre vie ».

    La justice aux affaires familiales est notre boussole consciente et (le plus souvent) inconsciente, mais elle est, comme toutes les autres juridictions d’ailleurs, en très mauvais état et très différente d’un tribunal à l’autre (le résultat varie d’un extrême à l’autre selon que vous êtes jugé à Paris, Lyon, Nantes ou Clermond-Ferrand).

  8. Je crois que pour toutes les formes de famille, pour tous les modes de filiation « il faut tout un village pour élever une enfant ».
    C’est important pour les enfants d’avoir d’autres modèles que les parents (même si nous on a parfois du mal avec ça ! ;-))
    Dans nos parcours de vie, nous avons tous des choses pour lesquelles nous nous identifions à nos parents, et des choses pour lesquelles nous ne voulons pas leur ressembler.

    En ce qui concerne la présence d’au moins un référent du sexe qui n’est pas présent dans le couple, il y a toujours la possibilité de trouver un parrain ou une marraine , de faire un baptême civil , si on n’est pas croyant.

    Toutes les familles sont imparfaites, et c’est tant mieux, sinon ce serait un réel étouffement pour nos enfants.

    Je ne crois pas que des parents homosexuels soient statistiquement plus mauvais parents que d’autres.

    Dans le cas d’un enfant adopté, qui a déjà eu un début de vie difficile et a souvent connu de nombreuses ruptures, lui imposer une insécurité juridique est particulièrement idiot.

    Le seul bémol que je vois est la faible estime de soi qu’a souvent un enfant adopté, et son immense fragilité au regard d’autrui, qui le conduit à rechercher à tout prix l’apparence de la normalité. Il est important d’être fort et bien entouré.

    Mais en comparaison avec la vie que ces enfants auraient s’ils n’étaient pas adoptés, la plupart du temps, l’intérêt supérieur de l’enfant, c’est de trouver un ou des parents… et toute la famille, les amis qui vont avec.

    • Merci beaucoup pour ce commentaire que j’aurais pu ecrire mot pour mot!
      Cotoyer mes cousines adoptees m’a permis de voir qu’en effer la normalite etait encore plus importante pour elles. Elevee par une maman qui ne voulait pas lui imposer une religion, elle lui a reproche de ne pas l’avoir fait, alors que ses cousins sont vaguement catholiques et baptises! Une autre fois, voulant bien faire, on lui a offert une poupee noire… Qu’elle a jete avec rage a la figure de sa mere! Voila qui corrobore l’anecdote de Freud citee plus haut!

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