Education sexuelle : les recommandations de l’OMS

Chose promise, chose due : voici donc la suite de notre programme sur l’éducation sexuelle avec les recommandations de la branche Europe de l’OMS.

Lors de mon premier article j’avais mis en forme de boutade une tirade de Cyrano de Bergerac sur le baiser. Et bien sans le savoir, j’étais tout à fait dans l’esprit des recommandations qui considèrent que l’éducation au respect, aux relations humaines font partie de l’éducation sexuelle, et qu’il ne s’agit pas seulement de connaître le fonctionnement biologique du corps et d’avoir le mode d’emploi des contacts de muqueuses.

Le document dont je vous propose un résumé est en anglais et fait 60 pages.

Pourquoi l’OMS a-t-elle rédigé ces recommandations ?

Suite à un certain nombre d’études, menées sur les 53 pays couverts par le bureau européen de l’OMS, il est apparu nécessaire de définir un standard éducatif valable pour l’Europe qui permette de donner aux jeunes à la fois une information scientifique correcte, et « les compétences pour les utiliser« . Il s’agit aussi de contribuer au développement d’attitudes respectueuses, ouvertes pour aider à la construction d’une société équitable.

traduction approximative de :

« Furthermore, this document is intended to contribute to the introduction of holistic sexuality education. Holistic sexuality education gives children and young people unbiased, scientifically correct information on all aspects of sexuality and, at the same time, helps them to develop the skills to act upon this information. Thus it contributes to the development of respectful, open-minded attitudes and helps to build equitable societies. »

Construire une société équitable, c’est aussi s’adapter à la mondialisation, aux migrations de populations issues de cultures différentes, à la portée des nouveaux medias tels que internet ou les smartphones, limiter la propagation du SIDA, éviter les grossesses précoces, prévenir les abus sexuels des enfants et des adolescents, être vigilant aux changements de comportements sexuels observés chez les jeunes .

Les objectifs sont larges, et l’introduction fait comprendre combien le rapport au sexe est déterminant dans la vie sociale, et finalement si on se place du point de vue des dirigeants d’un pays, assez stratégique pour une certaine paix sociale, et le développement d’une société harmonieuse.

La nécessité d’une éducation officielle et d’une éducation informelle

On a tendance à opposer l’éducation à l’école ou dans la famille. Selon l’OMS, les deux sont nécessaires et complémentaires.

« During the process of growing-up, children and adolescents gradually acquire knowledge and develop images, values, attitudes and skills related to the human body, intimate relationships and sexuality. For this, they use a wide variety of learning sourcesThe most important ones, particularly at the earlier stages of development, are informal sources, including parents, who are most important at the youngest ages. »

« Tout au long de leur développement, les enfants et les adolescents, acquièrent une connaissance, et développent des images, des valeurs, des attitudes et des compétences en lien avec le corps humain, les relations intimes et la sexualité. Pour cela ils utilisent une large variété de sources d’apprentissage. Les plus importantes, particulièrement aux tous premiers stades de développement sont les sources informelles, incluant les parents, qui sont le plus importants au premier âge »

En effet ce n’est pas au lecteur assidu des VI qu’on apprendra que  dès le plus jeune âge selon la façon dont on le manipule, le contact qu’on a avec lui, l’enfant prend conscience de son corps, de la différence avec le corps de sa mère .

L’accès à une information scientifique correcte impose l’intervention de professionnels.

Mais il faudrait qu’ils dépassent la seule intervention pour résoudre des problèmes.

« Clearly, formal education hardly “forms” human sexuality, and the role of sexual educators tends to focus on problems (such as unintended pregnancy and sexually transmitted infections – STI) and how these can be prevented »

 » Clairement, l’éducation  officielle « forme » à peine à la sexualité humaine, et le role des éducateurs  tend à se focaliser sur les problèmes (tels que les grossesses non désirées, les maladies sexuellement transmissibles -MST) et comment s’en prémunir. »

Les grandes lignes des recommandations 

Après des considérations sur l’historique de l’éducation sexuelle délivrée dans les différents pays européens, et la mention de différentes études réalisées durent la dernière décennie (pp 11- 16), sont délivrées quelques définitions (p17).

Je ne retiendrai que la définition soulignée par l’OMS de la sexualité :

« Sexuality is a central aspect of being human throughout life and encompasses sex, gender identities and roles, sexual orientation, eroticism, pleasure, intimacy and reproduction. Sexuality is  experienced and expressed in thoughts, fantasies, desires, beliefs, attitudes, values, behaviours, practices, roles and relationships. While sexuality can include all of these dimensions, not all of them are always experienced or expressed. Sexuality is influenced by the interaction of biological, psychological, social, economic, political, ethical, legal, historical, religious and spiritual factors.

« La sexualité est un aspect central de l’être humain tout au long de la vie, et comprend le sexe, l’identité de genre, et les rôles , les orientations sexuelles, l’érotisme, le plaisir, l’intimité et la reproduction. La sexualité s’expérimente et s’exprime par la pensée, les fantasmes, les désirs, les croyances, les comportements, les pratiques, les rôles et les relations. Alors que la sexualité peut inclure toutes ces dimensions, elles ne sont pas toutes expérimentées ou exprimées. La sexualité est influencée par l’interaction de facteurs bilogiques, économiques, politiques, éthiques, légaux, historiques religieux et spirituels »

Voilà une définition rédigée dans le plus pur style des documents officiels de la communauté européenne ! Et cela a quelque chose d’assez savoureux. Mais personnellement j’adhère assez à ce concept humaniste qui intègre la sexualité comme une partie importante de chaque être et de sa vie sociale.

P21 sont exprimées les lignes directrices des recommandations  (oui enfin !)

– la sexualité est  une part centrale de l’être humain

– toute personne a le droit d’être informée

– l’information « informelle » n’est pas adaptée à une société moderne
si l’information dans la famille est importante, les jeunes eux-mêmes souhaitent d’autres sources d’information lorsqu’ils arrivent à la puberté.

– les jeunes sont exposés à de nombreuses sources d’information
qui ne sont pas toutes pertinentes, parfois dégradantes (comme la pornographie sur internet)  dont il est important d’enseigner le décryptage.

– il est nécessaire de promouvoir la « santé sexuelle »
(je n’ai pas vraiment trouvé d’expression satisfaisante en français pour traduire « sexual health »)
c’est d’ailleurs sous l’angle de la santé publique, avec l’arrivée du SIDA que les campagnes d’éducation sexuelle ont été mises en oeuvre.

p29-30,  sept recommandations sont décrites plus précisément :

– faire participer les jeunes

– privilégier une approche interactive

– concevoir un programme continu à tous les âges, car le développement de la sexualité se poursuit tout au long de la vie

– avoir une approche multi-sectorielle alliant l’école, des partenaires tel que des services de santé, des centres de conseil, ainsi qu’un approche pluridisciplinaire (pas uniquement la reproduction humaine en cours de biologie, hein, tout le monde a compris !! Et encore un petit coup de « vive Cyrano ! »)

– des contenus adaptés selon l’âge, le genre, l’orientation sexuelle, la culture, etc ,…

– en coopération avec les parents et la communauté, par exemple en informant les parents avant les cours à l’école

– basée sur la réceptivité de genre  ( « gender responsiveness » , pas très facile à traduire !!), c’est à dire adaptée à chaque genre, ce qui suppose des temps séparés filles / garçons.

p31 on trouve aussi des recommandations sur les compétences des éducateurs.

Et à partir de p33 des matrices par âge qui exposent les connaissances et compétences à acquérir.

Les différents âges du développement de la saxualité sont décrits p 24- 26 :
0-3 ans , 4-6 ans, 7-9 ans, 10-15ans, 16 – 18 ans.

Les matrices comprennent :
en colonne : information, compétence, attitude
en ligne : développement corporel et humain, fertilité et reproduction, sexualité, émotions, relations et style de vie, sexualité santé et bien-être , sexualité et droits, aspects sociaux et culturels déterminants. (voir exemple extrait dans l’image ci-dessous)

Les dernières pages sont consacrées à des références bibliographiques et des sites internet de référence.

Ils s’agit donc d’un document assez complet sur le sujet.

D’un coté cela a quelque chose d’un peu inquiétant de voir les comportements humains théorisés et faire l’objet de programmes politiques au niveau européen.

Si cela reste très théorique, le travail de l’OMS a le mérite de mettre à disposition une synthèse des connaissances de la communauté scientifique, de proposer une approche qui intègre les points de vue sociologiques et psychologiques.

Je n’ai pas lu en détail les matrices, mais cela peut être intéressant de voir ce que chacun de nous peut en tirer, et quels compléments plus concrêts et pratiques nous pouvons proposer en application.

Phypa

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19 réflexions sur “Education sexuelle : les recommandations de l’OMS

  1. Merci de ton article, c’est vrai que cette présentation estampillée OMS n’est pas spécialement glamour, mais je la trouve réfléchie. Et d’après ce que je vois et ce que j’entends dans mon entourage (et surtout au boulot…), il y aurait de quoi décréter l’éducation sexuelle grande cause nationale !

  2. Mais c’est hyper intéressant cet article !
    Je suis en train de me rendre compte qu’il manque au moins la moitié des items pour Progéniture, 3 ans et demi. Je me sens à la fois complètement à la ramasse et soulagée de pouvoir y remédier avec ce document pour me guider.

    Merci !!

    • J’avoue que je n’ai pas encore potassé en détail les matrices, mais je pense qu’il y a encore de quoi neuroner

  3. En effet c’est passionnant!

    Pas toujours facile d’enseigner les « do and don’t » (je regarde les skills pour les toddlers), genre ne te touche pas le zizi devant tante Hortense, tout en ne faisant pas du zizi une zone « honteuse »… Moi qui suis super relax sur le sujet (tout le monde chez moi se promenait a pwal, il n’y avait pas de loquet à la salle de bain), et qui pensait bien faire en la jouant « pas de tabou », et bin parfois cela mets mes copines mal a l’aise quand on parle de zizi avec mon fils… Et qu’il est « explicite » dans ses demandes… De pas de tabou à pas de pudeur, compliqué de trouver la limite, je trouve.

    • Chaque personne, chaque famille a sa perception du corps et de la pudeur. Et justement en plus de la compréhension des aspects purement biologiques, il est important de comprendre les émotions qui vont avec, les siennes et celles des autres. Oui je suis d’accord avec toi c’est compliqué, et en plus je crois que ça évolue toute la vie!

  4. Merci sincèrement de cette synthèse d’un document que peu d’entre nous auraient eu le courage d’attaquer!!!
    Moi je la trouve juste idyllique cette vision… je trouve qu’elle répond extrêmement bien aux questions qui avaient été soulevées dans les commentaires à tes précédents billets sur le sujet (notamment la question de la responsabilité parentale, et aussi la question du « comment ne pas aller au delà de leurs attentes/les choquer).
    Je retiendrai donc en particulier: le commencement dès le plus jeune âge, l’approche interdisciplinaire, la complémentarité des approches informelles et scolaires, la non centration sur les problèmes et le respect des croyances/ aspects sociaux et culturels de chacun…
    Je me désespère juste que ce problème ne soit pas attaqué à sa juste valeur (encore une fois, je repense à ce rapport sur l’hypersexualisation, où je trouvais l’évocation de l’éducation à la sexualité vraiment trop confidentielle alors qu’elle est à mon sens un levier primordial!!)

    • J’avoue que j’ai été surprise du contenu au regard du langage (très typique des instances internationales).
      Après, il faut voir les applications concrètes.

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  10. Cher Phypa ,tu te trompes sur le sens de gender,il ne se limite pas à la différence garçon/fille mais il désigne le choix d’orientation que le garçon ou la fille sera censé(e) choisir!
    Ce que je trouve inacceptable dans cette affaire -et je l’ai écrit ailleurs- c’est la volonté de suppléer toute éducation traditionnelle et parentale par un ensemble de normes établis par un collège d’experts.C’est lorsque la science dicte et ordonne que nous savons que nous sommes en dictature.La gouvernance universelle,appuyée par la techno-science ne laissera aucune place à la pensée individuelle,et regardera bientôt les convictions et/ou les questionnements personnels comme des loisirs à remiser dans la sphère privée.Etes-vous donc des esprits aussi peu libres pour ne pas vous insurger?
    André

    • J’ai en effet peut-être mal interprété « gender responsiveness », mais dans l’ensemble , je trouve que ces recommandation laissent justement une grande place à la pensée individuelle, et au droit à chacun de s’épanouir .

    • Le genre (en français, « gender » c’est genre, hein), ce n’est pas un grand fourre-tout, c’est une notion développée en science social qui désigne un domaine d’étude tout entier. Le genre, c’est une identité sociale, par opposition au sexe, qui est une donnée biologique. Il n’y a pas par essence de » féminité » ou  » masculinité » venant avec les chromosomes XX ou XY, mais un apprentissage, tout au long de la vie des comportements socialement attendus d’un homme ou d’une femme. Les chromosomes font le corps, mais la société fait l’identité. Si l’on regarde les normes de comportement des hommes et des femmes, et les qualités attribuées aux deux genres à travers le monde et les époques, on voit que les critères et les définitions diffèrent largement d’une société à l’autre. Voilà.

      Dire que la biologie ne suffit pas pour définir ce qu’est le genre féminin ou masculin, et que les différences autre que physique entre les deux sont culturellement construites, ça ne veut pas dire qu’on choisit son identité. Personne n’a jamais soutenu cela. Non, non, j’insiste, personne, aucun chercheur spécialiste des études de genre n’a soutenu une chose pareille. L’identité d’une personne est en partie façonnée par la société (c’est le sens de « culturellement construite »), et on ne peut échappé au conditionnement social, c’est la base même de la vie en société. C’est même l’objet d’étude des sociologues et des ethnologues que d’étudier comme sont instituées, perpétuées, transmises, ces différentes normes, comme elles s’imposent à l’individu et cadre sa vie. Comment aussi ces normes sont hiérarchisées et organisées en système perpétuant des rapports de domination.

      Par contre, cela veut dire que l’on n’est pas condamné à se conformer aux stéréotypes de genre, et que ne pas y coller parfaitement ne fait pas de vous moins un homme ou une femme si vous sentez comme tel. Par exemple, je suis une femme. Mais contrairement aux clichés, j’ai horreur de faire le ménage et d »ailleurs, je ne le fais jamais, j’ai un excellent sens de l’orientation, et je lis très bien les cartes, j’adore bricoler, je domine mes émotions, je peux parfaitement avoir de l’autorité. Je ne me sens pas moins femme pour autant. Mon compagnon pleure devant les films et les belles musiques, fait super bien la vaisselle, ne s’est jamais battu, est absolument incapable de se repérer dans l’espace et de penser en 3D, il n’en est pas moins un homme, même s’il s’écarte des stéréotype masculin.

      Cela veut aussi dire que l’on peut faire évoluer ces normes, pour pouvoir vivre dans une société où chacun s’épanouit comme il est.

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  13. Très bon l’article. Mais j’aurai bien souhaité l’OMS prend en compte l’éducation sexuelle des jeunes dans le contexte culturel et religieux aussi afin de touché tout le monde entier surtout l’Afrique.

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