Alors, instinct maternel ou pas ? [mini-débriefing]

Chers lecteurs, si vous cherchez une réponse définitive à cette question, vous allez être déçus. Je ne crois pas qu’il y en ait. Sur ce sujet (comme bien d’autres d’ailleurs), les avis sont très partagés.

Petit tour d’horizon (un poil provocateur) des différentes opinions. Il y a :

– les inconditionnels d’une autre époque comme Victor Hugo : « L’instinct maternel est divinement animal. La mère n’est plus femme, elle est femelle. »

– les détracteurs comme Eliette Abécassis : « Le bébé est une invention de la modernité, il a surgi avec les couches et le savon spécial bébé.  Il est devenu force économique en même temps que force psychologique. Une femme peut tout à fait s’accomplir sans avoir d’enfant: l’instinct maternel est un mythe moderne. »

– les indécis comme moi : « Personnellement, je ne sais pas où me situer, c’est vrai qu’il est difficile de faire la part entre le naturel et le culturel. Je sens comme un instinct maternel, mais je ne vais pas faire une théorie de mon expérience. »

Ce n’est pas aussi simple que ça. On peut ranger certaines opinions dans plusieurs catégories, selon le sens que l’on donne à l’expression « instinct maternel ». Au cours des siècles, le discours dominant a changé, on l’a nié puis on lui a rendu un grand pouvoir sans jamais vraiment donner à la femme un beau rôle, comme l’expliquent Geneviève Delaisi de Parseval et Suzanne Lallemand dans L’Art d’accomoder les bébés (dont j’ai déjà parlé ici) :

« On pourrait croire que, à la fin du siècle dernier comme au début du nôtre [XXème siècle, NDLR], cette absence d’instinct pouvait être connotée positivement. L’héroïsme nie l’instinct de vie, la chasteté volontaire, l’instinct sexuel ; ces traits qui étaient à l’époque, sinon encore à la nôtre, socialement valorisés. Mais force nous est de constater que le « bon » instinct maternel était néanmoins requis, et que son absence rabaissait la femme au rand infra-animal. (…)Vient ensuite la période de « laïcité » du maternage, durant laquelle la problématique de l’instinct s’efface pour laisser place aux nécessités du savoir : alors, la femme est certes dénaturée, mais nul ne dira si elle l’est plus que son compagnon masculin, ou s’il est vraiment mauvais qu’elle le soit. Enfin, ressurgit l’instinct sous une forme inversée : après avoir montré, et déploré son absence, les spécialistes nous assurent de sa réalité. On peut les remercier de ce cadeau inattendu, mais on peut aussi s’en étonner, et examiner le contenu de leur aveu tardif ; ne véhiculerait-il pas une représentation de la femme moins flatteuse qu’il n’y paraît ? (…)

Peu importe que l’on inverse les signes affectés à l’instinct maternel, qu’on les juge négatifs ou positifs ; la femme y perd toujours, puisque, dans le premier cas, on la relègue à un rang inférieur à l’animal, et que, dans le second, on la rive à des activités, socialement moins appréciées que celles de ses partenaires masculins, qu’elle seule, paraît-il, peut mener à bien. »

Ce long extrait pour vous montrer que cette question a longtemps été discutée et n’est toujours pas réglée. Aujourd’hui encore, cette expression est décortiquée, critiquée ou expliquée dans de nombreux domaines (biologie, sociologie, philosophie, politique,…) comme le montre le billet de Drenka pour les Vendredis Intellos de la semaine dernière : « Elisabeth Badinter vs Sarah Blaffer Hrdy, instinct maternel ou pas ? ». Elle tente de réconcilier les deux auteurs en montrant ce qu’elles ont commun. Il est intéressant d’aller au-delà de la simple affirmation : la première est contre, la seconde pour. Tout dépend de ce qu’on entend par « instinct maternel » et de ce qu’on veut faire de cette définition. Je vous mets ici la conclusion du billet :

Pour chacune, la relation mère-enfant et l’épanouissement de l’Amour maternel dépendent du soutien apporté aux mères par leur entourage. Et cela inclut un soutien dans les actes au niveau de la cellule familiale et au niveau institutionnel, mais aussi un soutien d’ordre moral qui consiste à proposer aux femmes un choix éclairé, et à respecter ce choix, quel qu’il soit.

Ce choix, les femmes ne l’ont pas toujours et encore moins les femmes enceintes (ou les mères) comme l’explique MumAddict qui s’insurge contre une loi discutée en Ukraine pour sanctionner les femmes enceintes qui fumeraient. Elle ne s’insurge pas contre la nocivité de la cigarette, bien entendu, mais contre la stigmatisation des femmes enceintes, comme si elles n’étaient pas capables de faire un choix conscient :

Ce qui me dérange dans cette mesure c’est que l’on mette ainsi les femmes enceintes dans une case bien à part. Pourquoi partir dans la répression alors que l’on pourrait mettre en place une “vraie” campagne de prévention ?? Et surtout, un accompagnement solide pour celles qui décideraient d’arrêter le tabac.

Là encore, il est question de soutien à la femme enceinte, à la jeune mère et non de jugement. La réaction d’une mère dépend en grande partie de l’aide qu’elle reçoit et des réactions de son entourage, je crois que c’est que je retiens (qu’on accepte l’idée d’instinct maternel ou non).

Et sinon, que pensez-vous de l’instinct paternel ?

Clem la matriochka

Une réflexion sur “Alors, instinct maternel ou pas ? [mini-débriefing]

  1. Merci beaucoup de ce mini-débrief!!! Et mille excuses d’arriver si tard!!! Merci pour toutes ces recherches et analyses complémentaires que tu as apportées au sujet, passionnant en l’occurrence!!!

    Concernant ce qui est dit sur l’instinct maternel dans l’Art d’accommoder les bébés et pour reprendre mon propos dans mon mail pour les mini-débriefs… Je trouve ça absolument saisissant de dissocier l’instinct maternel (entendu comme bon sens) et l’instinct maternel (entendu comme amour inconditionnel primordial) et de nier le premier (en tant qu’animal dégénéré, incapable donc de contribuer instinctivement à sa survie et à celle des siens) tout en glorifiant le second…

    Pour moi, le bon sens n’a rien d’un montage biologique inné (à part si on considère que le raisonnement déductif est un montage biologique inné) et, bien heureusement, tout le monde peut s’en servir (c’est même recommandé face à certains pédiatres! ;) ) mais il est complètement distinct de ce qui est généralement entendu sous le terme « instinct maternel » finalement assez ésotérique dans sa description…Reste pour moi, le phénomène de l’attachement dont nous avons souvent parlé, qui comprend très probablement une composante biologique (celle qui nous fait dire qu’un petit animal est forcément « mignon ») mais ce phénomène n’est heureusement pas propre aux femmes!!!

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