Education sexuelle : un tour d’Europe en 2006

La semaine derniere, dans mon article Education sexuelle : y a urgence  je vous avais promis une suite.

En faisant quelques recherches sur internet, j’ai pu constater, qu’il y avait une politique européenne de l’éducation sexuelle.

Je suis tombée sur une  étude qui a été financée par la DG Protection de la santé et des consommateurs de la Commission Européenne, et réalisée en partenariat par l’IPPF european network, le bureau européen de l’OMS et L’université de Lund. (le document complet en anglais au format pdf ici)

L’enquête a été menée sur 26 pays européens.
J’ai traduit une partie du résumé et des principales conclusions.
Cela date un peu aujourd’hui, mais l’intérêt essentiel est la comparaison des approches dans les différents pays.

Qu’est-ce que l’éducation sexuelle et quels en sont les buts :

En pratique la définition varie d’un pays à l’autre.
Différents termes sont utilisés à travers l’Europe « éducation à la vie de famille », « éducation aux compétences de vie », « éducation aux relations et à la sexualité ».

Selon les auteurs de l’étude, l’éducation sexuelle doit aider les jeunes à

– obtenir des informations précises
Sur leur droit à la sexualité et à la reproduction dissipant les mythes,  et l’accès à des ressources et services

– développer les compétences de vie
Sens critique, communication, négociation,  développement personnel, prise de décision, conscience de soi, confiance, assertivité, capacité à prendre des responsabilités, capacité à poser des questions et rechercher de l’aide, empathie

– entretenir des attitudes et des valeurs positives
Ouverture d’esprit, respect de soi-même et des autres, estime de soi positive, confort, attitude sans préjugés, sens des responsabilités, attitude positive envers leur santé sexuelle

 L’éducation sexuelle recouvre un large éventail de questions en lien avec les aspects physiques et biologiques de la sexualité, et les aspects sociaux et émotionnels.
Elle reconnaît et accepte chaque personne comme un être sexué et ne se résume pas à la contraception et à la prévention des maladies.
Un programme d’éducation sexuelle complet est adapté à l’âge et au stade de développement des groupes auxquels il s’adresse.

En pratique, l’approche en est différente selon les pays :

On imagine qu’elle pourrait être évoquée dans la plupart des cours à l’école et à tous les niveaux, ce qui est en fait rare en Europe.
La sexualité est surtout enseignée à travers les leçons de biologie.

Au Portugal, l’éducation sexuelle est abordée en biologie, en éducation religieuse, en géographie et en philosophie.

En Belgique, les aspects biologiques sont couverts en biologie, les aspects éthiques et moraux en Religion, et en philosophie.

Au Pays Bas, il y a un cours supplémentaire de « Société », au Danemark des cours de danois, en Estonie en Sciences Humaines.

En France, l’éducation sexuelle est surtout intégrée à une éducation à la santé, et occasionnellement en Instruction civique.

Le fait que l’éducation sexuelle soit unanimement intégrée aux cours de biologie reflète une approche essentiellement en lien avec la santé, et une faible prise en compte des aspects relationnels.

Les recherches montrent que les enfants sont assez critiques sur ce traitement purement biologique, et ressentent le besoin de plus d’aide sur les aspects émotionnels et sociaux des relations sexuelles.

Dans quelques pays d’Europe de l’Est, (Slovaquie, Pologne et Hongrie, par exemple) on utilise le terme de « Education à la vie de famille », ce qui reflète l’accent mis sur la structure sociale.

Dans d’autres pays de l’ancien bloc de l’Est et en Belgique, la notion de « genre » est introduite.

Le changement de nom pour l’éducation sexuelle traduit aussi les préoccupations du moment.

Par exemple, au Portugal, dans les années 90, à cause des inquiétudes liées au HIV, le « Programme de Développement personnel » a été rebaptisé « Programme d’éducation à la santé ».

A travers l’Europe, une large variété de méthodes d’enseignement est utilisée, depuis la classe formelle, l’éducation par les pairs, et depuis des supports conventionnels à des jeux, des CD-roms, et du théâtre. Dans certains pays internet est de plus en plus utilisé à des fins éducatives.

Néanmoins, une approche didactique reste commune alors que les enfants préfèrent des méthodes interactives.

La plupart du temps, l’enseignement est dispensé par les enseignants eux-mêmes. Il est évident que le recrutement et la formation des intervenants sont essentiels pour la réussite des programmes d’éducation sexuelle mais ce n’est en aucun cas universellement appliqué au sein des pays européens.

Parmi les pratiques intéressantes et efficaces : la visite hors de l’école dans des établissements de santé, l’intervention d’associations qui réalisent des séminaires sur la santé, organisent des réseaux entre pairs, des campagnes d’éducation publiques, et apportent des services de conseil.

Les dispositions mises en place ne dépendent pas seulement des pays, mais peuvent varier d’une école à une autre au sein d’un même pays.
Les approches peuvent être différentes en milieu urbain ou rural, et selon les convictions religieuses majoritaires au sein des populations.
Au Pays Bas et en Pologne, les pressions religieuses sont fortes, et l’éducation sexuelle à l’école rencontre une certaine opposition.
En France, en Allemagne, et au Pays Bas, l’accroissement des populations émigrées impose un effort accru pour aborder des questions en lien avec la diversité culturelle.

L’influence des médias est très variable d’un pays à l’autre.
Dans les pays scandinaves, la sexualité est en général traitée de façon positive.
Au Danemark, des chaines d’information nationales ont intégré gratuitement des programmes d’éducation sexuelle. Par contre au Royaume Uni, le traitement sensationnel des questions sexuelles dans la presse écrite a plutôt des effets négatifs sur l’éducation sexuelle.

Dans la plupart des pays, l’apparition du SIDA a obligé à mettre en œuvre des programmes d’éducation sexuelle

Les freins et les interrogations :

La plupart du temps c’est la culture religieuse qui s’oppose autant à l’éducation sexuelle, qu’à la mise en place de services de santé sexuelle.

Dans les pays tels que les Pays Bas ou le Danemark, l’éducation sexuelle est très largement acceptée.

Dans les pays à prédominance catholique, comme l’Irlande l’opposition est assez forte.

Dans les pays de l’ancien bloc de l’Est, comme la Pologne, la République tchèque ou la Slovaquie il y a un regain d’intérêt pour la religion catholique, en Allemagne, une opposition anti-choix d’inspiration catholique rend difficile la mise en pratique des cours d’éducation sexuelle.

Dans plusieurs pays des groupes de pratiquants musulmans s’opposent à l’education sexuelle telle qu’elle est couramment pratiquée.

Certains pays comme le Portugal, la Grèce ou l’Irlande ont choisi d’impliquer des associations religieuses dans la mise en œuvre de l’éducation sexuelle.

Il y a aussi débat sur l’efficacité des programmes d’éducation sexuelle.

Certains pensent que l’information permet aux jeunes de faire des choix de vie et de protéger leur santé.

D’autres craignent que l’éducation sexuelle ait des effets nocifs, comme précipiter le début de l’activité sexuelle.

Des études (dont Kirby, Laris and Rolleri, 2005) ont démontré que l’éducation sexuelle a des effets positifs :

– il n’y a pas d’augmentation d’activité sexuelle, ni de prise de risque

– les jeunes ont plutôt moins de partenaires sexuels

– une plus grande conscience des risques

– une meilleure communication avec les partenaires et avec les parents

Quelques indicateurs intéressants sur les 26 pays étudiés :

(cliquer sur le tableau pour le voir en entier)

La mesure relative de pauvreté est le coefficient de Gini .,une statistique qui compare les niveaux de revenus,  plus ce coefficient est élevé, et plus le pays est considéré comme inégalitaire. Les lettres entre parenthèses correspondent à différentes années d’estimation. ( a 1990, b 1994, etc …)
Bon c’est juste pour info. Je n’ai pas vraiment vu de corrélation avec les autres indicateurs.

 

(cliquer sur le tableau pour le voir en entier)

Dans ce 2e tableau, il est intéressant de voir que l’éducation sexuelle a été rendue obligatoire en 1968 en Allemagne, en 1970 au Danemark , en Finlande et en Autriche… et en France seulement en 1998 !

On voit aussi que les années 80-90 ont été marquées par les campagnes d’information sur le SIDA.

Quant à l’âge des enfants auquel l’éducation sexuelle commence à être prodiguée « age at which sexuality education offically begins – âge auquel l’éducation sexuelle commence officiellement », cela varie entre 5 et 14 ans, du moins officiellement, car en réalité « age when first received sexuality education – age auquel l’éducation sexuelle est reçue pour la première fois » , c’est plutôt entre 11 et 13 ans.

(Cliquer sur le tableau pour le voir en entier)

Dans le 3e tableau, on peut voir notamment le pourcentage de grossesses et d’avortement légaux chez les jeunes filles de 15-19ans.
Et c’est à ces chiffres qu’on peut se dire qu’il y a encore à faire.

En Bulgarie, le taux de naissance chez les 15-19ans est de 39%, et le taux d’avortement légal d’environ 18% dans cette même tranche d’âge, et il n’y a pas d’éducation sexuelle obligatoire.  A comparer avec l’Espagne, où le taux de naissance chez les 15-19 ans est d’environ 10%, le taux d’avortement légal d’environ 8%, et il n’y a pas d’éducation sexuelle obligatoire non plus, mais il y a eu des campagnes pour lutter contre les grossesses des adolescentes.
Dans ces deux pays l’information est très variable d’une région à l’autre. En Espagne, l’éducation est surtout apportée par la famille, les médias et les pairs.

En France et en Finlande, le taux d’avortement chez les 15-19 ans est de l’ordre de 14%, et en Suède de 24%.
Donc même dans des pays où il y a une politique d’éducation sexuelle, il y a manifestement des lacunes.

C’est l’état des lieux en 2006.

En 2010, la branche Europe de l’OMS publiait des recommandations sur l’éducation sexuelle à mettre en oeuvre âge par âge, en cohérence avec la maturité et le développement des enfants.

Cela s’est traduit par des recommandations mentionnées sur le site du ministère de l’Education nationale  mises à jour en novembre 2010 qui me paraissent assez vagues.

Ces recommandations de 2010 seront l’objet d’un prochain article…

Phypa

6 réflexions sur “Education sexuelle : un tour d’Europe en 2006

  1. Très interessant!
    Il me semble qu’il est compliqué de rendre obligatoire ce genre d’enseignement, et que si les ados n’ont pas envie d’ecouter il n’est pas sur qu’ils soient suivi d’effet! Quoiqu’a ma génération c’etait le boum du SIDA et que la distribution de capotes et les cours avec livres informatifs sur le virus avaient un franc succes!
    Je pense que ce qui est important, c’est que les ados puissent être écoutés / informés quand ils en ont besoin (et pas forcément que ca leur soit impose a un moment ou ils ne sont peut-etre pas prtes?) Que les filles n’aient pas forcemenent à passer par la case gyneco / toucher vaginal pendant que maman est dans la salle d’attente pour avoir acces à la contraception. Peut-etre que la disponibilité de planning familiaux est plus importante que l’education sexuelle obligatoire? En Angleterre ou le taux de grossesse des adolescents est desastreux, c’est surtout ce qui manque je pense.

    • Pour ce qui concerne l’écoute, je suis d’accord avec toi.

      En revanche, vu les rumeurs plus ou moins pertinentes qui peuvent circuler parmi les enfants de tous âges, une parole référente qui dit la même vérité à tous en même temps, ça peut être bien.

      En principe les programmes d’éducation sexuelle commencent dès la petite enfance.
      C’est d’ailleurs dans les recommandations de la branche UE de l’OMS dont je parlerai en fin de semaine.

  2. Merci beaucoup pour ce gros boulot de synthèse…!! J’ai l’impression en lisant les chiffres que comme bien souvent, les comparaisons entre pays sont difficiles et les liens de cause à effet quasiment impossible à discerner en dépit des très nombreuses variables… Ceci est regrettable car je crois comme toi à l’intérêt d’une éducation « sexuelle » bien intégré à l’enseignement et ce, dès les premières années d’école… Je me souviens avoir eu notamment vent il y a quelques années de programmes canadiens visant la prévention des attouchements sexuels dès la maternelle, un exemple qui illustre selon moi l’idée qu’il n’est jamais trop tôt pour accompagner la construction du respect de son corps et de celui d’autrui (d’où ma mise entre guillemets du terme « sexuelle »)…
    La question que soulève Drenka de savoir si les enfants et adolescents sont « prêts » à recevoir telle ou telle information se pose bien entendu, mais je serais prudente à qualifier trop hâtivement tel ou tel élément de savoir comme étant potentiellement choquant…
    Personnellement j’ai eu droit à la prévention SIDA en 6ème, nous n’étions même pas réellement au courant de ce en quoi consistait un rapport sexuel: nous sommes donc tous sortis persuadés qu’on attrapait cette maladie en allant à la piscine ou en touchant les barres de métro…avec je dois dire, la peur au ventre… Voilà selon moi, un exemple d’information malvenue…

  3. A propos des campagnes anti-sida, j’ai lu que les intervenants qui avaient réalisé les formations disaient après coup qu’ils y étaient allés un peu fort, tant la panique a été grande lorsque la maladie a été identifiée.

    Pour les liens de cause à effet, j’avoue que je n’ai pas examiné avec beaucoup de profondeur l’ensemble des chiffres.
    Et je pense aussi que les chiffres ne suffisent pas , mais le temps m’a manqué pour aller analyser les fiches de chaque pays !

  4. Pingback: De l’accompagnement des apprentissages de nos enfants « Les Vendredis Intellos

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