Extrait – « Comme un roman » – Daniel Pennac

Première participation depuis longtemps ! Et je reviens en force avec un sujet sur l’apprentissage de la lecture, Un travail effectué il y a deux mois environ que je voulais partager avec vous !

C’est un extrait de l’ouvrage de Daniel Pennac « Comme un roman ».

 Si, comme on le dit, mon fils, ma fille, les jeunes n’aiment pas lire  – et le verbe est juste, c’est bien d’une blessure d’amour qu’il s’agit  – il n’en fai incriminer ni la télévision, ni la modernité, ni l’école. Ou tout cela si l’on veut, mais seulement après nous être posé cette question première : qu’avons-nous fait du lecteur idéal qu’il était ces temps où nous-mêmes jouions tout à la fois rôle du conteur et du livre ?

L’ampleur de cette trahison !

Nous formions, lui, le récit et nous, une Trinité chaque soir réconciliée ; il se retrouve seul présent, devant un livre hostile.

La légèreté de nos phrases le libérait de pesanteur ; l’indéchiffrable grouillement des lettres étouffe jusqu’à ses tentations de rêve.

Nous l’avions initié au voyage vertical ; il est écrasé par la stupeur de l’effort.

Nous l’avions doté de l’ubiquité ; le voilà pris dans sa chambre, dans sa classe, dans son livre, dans une ligne, dans un mot.

Où donc se cachent tous ces personnages magiques, ces frères, ces sœurs, ces rois, ces reines, ces héros, tant pourchassés par tant de méchants, et qui le soulageaient du souci d’être en l’appelant à leur aide ? Se peut-il qu’ils aient à voir avec ces traces d’encre brutalement écrasée qu’on appelle des lettres ? Se peut-il que ces demi-dieux aient été émiettés à ce point, réduits à ça : des signes d’imprimerie ? Et le livre devenu cet objet ? Drôle de métamorphose ! L’envers de la magie. Ses héros et lui étouffés ensemble dans la muette épaisseur du livre !

Et ce n’est pas la moindre des métamorphoses que cet acharnement de papa et de maman à vouloir, comme la maîtresse, lui faire libérer ce rêve embastillé.

— Alors, qu’est-ce qui lui est arrivé au prince, hein ? J’attends !

Ces parents qui jamais, jamais, quand ils lui lisaient un livre ne se souciaient de savoir s’il avait bien comprisque la Belle dormait au bois parce qu’elle s’était piquée à la quenouille, et Blanche-Neige parce qu’elle avait croqué la pomme. (Les premières fois, d’ailleurs, il n’avait pas compris, pas vraiment. Il y avait tant de merveilles, dans ces histoires, tant de jolis mots, et tellement d’émotion ! Il mettait toute son application à attendre son passage préféré, qu’il récitait en lui-même le moment venu ; puis venaient les autres, plus obscurs, où se nouaient tous les mystères, mais peu à peu il comprenait tout ! absolument tout, et savait parfaitement que si la Belle dormait, c’était pour cause de quenouille, et Blanche-Neige pour raison de pomme…)

— Je répète ma question : qu’est-ce qui est arrivé à ce prince quand son père l’a chassé du château ?

Nous insistons, nous insistons. Bon Dieu, il n’est pas pensable que ce gosse n’ait pas compris le contenu de ces quinze lignes ! Ce n’est tout même pas la mer à boire, quinze lignes !

Nous étions son conteur, nous sommes devenu son comptable.

— Puisque c’est comme ça, pas de télévision tout à l’heure !

Eh ! oui…

Oui… La télévision élevée à la dignité de récompense… et, par corollaire, la lecture ravalée au rang de corvée… c’est de nous, cette trouvaille…

PARTIE 1

Ce texte me parait actuel puisqu’aujourd’hui, l’enfant subit beaucoup de pression de la part des parents et de l’école : il est demandé d’avoir du resultat, du chiffre et de l’efficacité. S’il a compris ou non, l’important étant d’avoir les bons résultats, le sésame requis pour avoir la tranquilité.

Le ressenti de l’efnant vis à vis de l’apprentissage n’est que trop peu pris en compte, l’école est collective, donc les bases de l’apprentissage sont les mêmes pour tout le monde : méthode syllabique ou globale, peu importe, c’est la maîtresse qui décide.

A contrario, la lecture est très importante pour les parents : dès deux ou trois ans, il n’est pas rare qu’un enfant ait une bibliothèque personnelle faisant la fierté des parents. Malheureusement, les enfants ne bénéficient pas réellement de suivi personnel, ils vont entendre, écouter et rêver les histoires contées par la maitresse ou leur mère et se retrouvement seuls face à leur ouvrage littéraire.

De nos jours, les parents eux même ne lisent plus : soit par manque de temps, soit par manque d’intéret. Les parents qui n’aiment pas lire sont-il capables d’apprendre efficacement la lecture à leur enfant ?

Pouvons nous faire en sorte de les réconciler avec la lecture afin que celle ci soit un réel plaisir pour les parents et les enfants.

Prendre le temps d’apprendre, là est la clé. N’oublions pas que nous sommes les modèles pour les prochaines générations, à nous de faire les efforts et arrêtons d’accabler les enfants qui ont soif d’apprendre, oui, mais à leur rythme.

Schyn

5 réflexions sur “Extrait – « Comme un roman » – Daniel Pennac

  1. Ravie de te revoir parmi nous!!! J’avais entendu parler vaguement de ce livre de Pennac mais n’ai jamais pris le temps de le parcourir.. merci de nous le faire découvrir!!!
    Si je me souviens bien, cet auteur a un passé de cancre dont il a su à la fois tirer parti et tirer les leçons pour les futurs éducateurs…
    Je file découvrir la suite chez toi!!!
    (N’oublie pas si tu as 5 minutes de catégoriser ton article sur le blog co afin qu’on le retrouve plus facilement!!! Et si tu peux faire un lien vers ta partie 2 en particulier (en plus ou à la place du lien vers ton blog en général) je suis sûre que ceux qui tomberont cet article dans qq semaines t’en seront gré!!)

  2. J’avais étudié ce livre au bac Français!

    Personnellement il me semble que mes parents m’ont donné envie de lire (si on admet que l’éducation a quelque chose à voir la-dedans, car mon frère qui a reçu la même éducation n’est pas un lecteur!):
    – en me lisant beaucoup, beaucoup d’histoires (j’etais a la limite de l’anorexie, il fallait raconter des histoires pour me faire manger!)
    – en imposant un couvre-feu, ce qui donnait a la lecture un petit gout d’interdit, il fallait lire a la lampe poche sous la couette!
    – en me lisant ou en me racontant le debut d’un livre qu’ils avaient aimé: Il fallait que je sache la suite!

    • Ah oui, le couvre feu ! Et quel plaisir transgressif que de continuer à lire sous les couvertures avec une lampe de poche (je me souviens notamment de Croc Blanc puis Le vieil homme et la mer, dévorés à 8-9 ans en une seule nuit…)
      Pour ma part, je ne remercierai jamais assez mon père d’avoir continué à me lire des histoires le soir alors même que j’apprenais à lire et peu à peu était capable de lire seule. je compte bien faire pareil avec mes poulettes.

  3. Pingback: De l’accompagnement des apprentissages de nos enfants « Les Vendredis Intellos

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