Le juste milieu de la parentalité

Suivant mon billet de vendredi qui parle du but de la parentalité, j’ai eu beaucoup de réactions quant à l’extrait que j’ai copié allant à l’encontre de la parentalité trop rigide. L’auteur de cet article étant partisan de la modération, elle avait relayé un article de Dr. Laura Markham « What’s Wrong With Permissive Parenting? » (Où sont les torts de la parentalité permissive).

Oui alors a priori aux US, il faut donner un nom à tout type de parentalité hein. Ici en France on a le maternage, on a les mères indignes et puis c’est un peu tout. Aux US ils ont donc labellisé la parentalité permissive où les parents disent « oui » à tout ou presque, dans le but de libérer au maximum l’individualité de leur bambin.

Ce qui a fait réagir les mamans à mon article précédent c’est que je dénonçais le concept de l’obéissance comme critère d’une bonne parentalité. Je maintiens mon point de vue que si des parents éduquent leurs enfants avec pour seul but qu’ils soient obéissants, ils se retrouveront avec des enfants, adolescents et adultes bien misérables.
Ce que je n’ai jamais voulu dire, par contre, c’est que l’obéissance est mauvaise. L’apprentissage de la politesse, les règles, les barrières de la vie, tout ça est une nécessité absolue pour découvrir ce qu’est la vie, justement. Mais il y a des façons de faire.

Est-ce par exemple nécessaire d’apprendre la politesse en toute fermeté? Moi je suis persuadée que je peux apprendre la politesse à ma fille en toute empathie. Je peux lui apprendre à ne pas toucher un radiateur en lui apprenant également POURQUOI. Les limites, les barrières, les obligations,… tout a une raison et je suis persuadée que d’apprendre les raisons de ces limitations de la vie est la seule façon d’apprendre de façon permanente aux enfants.

Je déteste les “il faut”. Dans la vie, “il faut” qu’une seule chose; c’est de vivre en aimant. Il y a des gens qui vivent sans payer d’impôts, sans mettre de chaussures ou sans dire merci. Mais nous vivons dans un pays où il est bien d’exprimer une certaine gratitude, où les chaussures sont nécessaires et où la majorité de la population paye des impôts. Et ces trois choses se font pour des raisons bien claires et nettes. Apprendre la fonction des choses et une des clés d’un bon apprentissage.

Si on passe de l’autre côté de la barrière, du côté où tout est permis, on trouve des enfants aussi déphasés que du côté des parents trop stricts. On m’a déjà reprochée que j’étais trop permissive avec ma fille et ça m’a beaucoup vexé car ce n’est pas le cas. Je lui permet juste de faire ses propres erreurs. Le plus dur a été d’arrêter de dire “ATTENTION” à chacune de ses caprioles. Lui permettre de se faire des bleus, de se salir, de courir en hurlant, de chanter faux,… est-ce que c’est une éducation trop  permissive ou est-ce que j’ai raison de penser que c’est une éducation sensée?
Personnellement, j’aime appliquer le dogme de ma mère: “plus ils sont salles, plus c’est signe qu’ils se sont amusés”.

Choisir une éducation trop rigide pourrait créer des adultes sans aucune volonté? Et bien de choisir une éducation trop permissive pourrait très bien créer autant voire plus de soucis.

Dans son article qui dénonce la parentalité permissive, Laura Markham développe certains points avec lesquels je suis autant d’accord que j’étais dans l’article sur la parentalité stricte:

1. Parents grant desires that should not be granted and have harmful consequences
Les parents cèdent au désirs des enfants auxquels il ne faudrait pas céder et qui ont des conséquences nuisibles
Veiller tard, par exemple, est nuisible à la santé d’un enfant.

2. The child’s desires are met at the expense of someone else
Les désirs de l’enfant sont réalisés au détriment d’autrui
D’un frère ou d’une soeur, d’un restaurant,… Un enfant qui a tous les droits développe des relations ambigues où tout s’organise autour delui. Les conséquences s’étendent dans les relations amicales mais également amoureuses. C’est la cause des étiquettes d’enfants “pourris gatés”.

3. The child learns that disappointment and sadness are intolerable
L’enfant apprend que la déception et la tristesse sont intolérables
Ou: comment apprendre un enfant (en devenir d’adulte) à tout faire pour éviter la déception et la tristesse et non à la gérer.

4. The child never learns to lovingly impose limits on herself
L’enfant n’apprendra jamais à s’imposer des limites même en toute douceur
L’auto-discipline, se poser des buts,… la parentalité sabote les accomplissements en général.

5. The child never learns that happiness is not derived from wish fulfillment
L’enfant n’apprend jamais que le bonheur ne vient pas uniquement de la réalisation de désirs
Cette personne ne passerait-elle pas sa vie d’envie en envie à la recherche du désir ultime en découvrant petit à petit que le bonheur lui échappe?

6. The child has a much harder time developing stable internal happiness
L’enfant a beaucoup de mal à déveloper un bonheur interne stable et durable
Le bonheur stable interne vient de de l’acceptation et de la compréhension de tout son soi, en incluant la tristesse, la déception et  la colère. En refusant d’apprendre à un enfant ne serait-ce que la déception, on refuse que l’enfant s’accepte totalement.

7. Kids need to know that their parents have a different role than they do, which includes keeping them safe
Les enfants ont besoin de savoir que les parents ont un rôle différent du leur, ce qui comprend entre autre que de préserver leur sécurité.
Interdir un enfant à sauter dans le vide… non?

8. Permissive parents make constant compromises about things that are important to them
Les compromis que proposent les parents sont toujours au détriment de choses qui sont important pour eux-même
Briser son intégrité parentale fait en sorte que la parentalité n’apporte pas beaucoup de gratitude. Autoriser un enfant à regarder la télé plutôt que de faire ses devoirs met en péril cette intégrité.

9. The permissive parenting style undermines the parent-child relationship
La parentalité permissive sabote la relation entre les parents et les enfants.
Lorsqu’un enfant n’a pas l’assurance que quelqu’un peut l’aider à se développer pleinement, il ne peut pas se connecter pleinement avec ce parent.

On sait que les américains aiment labelliser tout (jusqu’à la parentalité) et aiment définir tout, s’informer à chaque sujet, s’auto-proclamer expert au sujet de tout et de tout. Même le juste milieu entre la parentalité stricte et la parentalité permissive pourrait être défini, développé et analysé dans un livre d’aide aux parents. La parentalité parfaite ne serait-elle pas ailleurs que dans les livres? Personnellement j’ai trouvé la solution dans un des commentaires à mon dernier billet Vendredis Intellos.

La commentatrice Audabusson commente: “Je ne sais pas comment j’élèverai mon enfant, mais une chose est certaine, je veux bien vivre avec lui.”

La clé de la parentalité parfaite ne serait-elle pas, justement dans la vie avec l’enfant? Marcher à côté de lui pour être là au moment où il/elle a besoin de nous?
Ne pas marcher pour lui en le portant.
Ne pas l’attendre en le regardant marcher et découvrir en espérant qu’il/elle fera les bons choix.
Mais marcher AVEC lui/elle en vivant AVEC lui/elle.

Et BIM, ça change tout! La parentalité parfaite change selon le parent, l’enfant, la route, le pays de la route, les grands-parents à côté de la route, les obstacles de la route, les écoles, le corps du marcheur,…. et ne peut être trouvé sur un site, dans un livre ou chez autrui.

La parentalité parfaite: c’est VOUS!

Ilse 

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4 réflexions sur “Le juste milieu de la parentalité

  1. J’ajouterai que ce n’est pas l’obéissance en soi qui est foncièrement mauvaise, mais l’obéissance aveugle sans la compréhension , que cette compréhension soit acquise par l’expérience ou par la nécessité due à un danger immédiat et vital (traverser la route, par exemple, ou fuir un incendie sont des dangers immédiats vitaux qui nécessitent une obéissance absolue évidente pour tous).
    Dans tous les autres cas, l’obéissance ne devrait avoir lieu que par compréhension acquise par l’expérience et/ou la logique induite par l’expérience (je parle toujours du sujet, donc en l’occurrence de l’enfant, mais c’est valable pour tout le monde en fait). Pourquoi? Parce que si on obéit aveuglément sans savoir pourquoi (hors cas de danger dont je viens de parler) , on finira tôt ou tard par se mettre en danger ou par ne plus être cohérent parce que l’on n’aura pas compris pourquoi on faisait telle ou telle chose. Quoiqu’on fasse dans la vie, on devrait le faire avec compréhension (et donc en conscience)… sauf peut-être quand il s’agit d’art …

    Et les enfants ne sont pas trop petits pour comprendre la plupart des choses, il suffit juste de mettre ces choses à leur portée, en se mettant à leur place pour affiner ensemble notre compréhension du monde… Là seulement on peut obéir : parce que sait à quoi ça sert , parce qu’on sait que ce n’est pas arbitraire ni inutile, parce que c’est utile ou juste. Et les enfants ont horreur de l’injustice ou du gaspillage, alors cela leur parle !
    La politesse, par exemple, comme les limites sociales, ont le plus souvent une raison , et quand les enfants connaissent cette raison, ils comprennent simplement que l’appliquer, c’est juste et utile : plus besoin de menaces, de chantage ou de punitions quelconques après ça ! Et c’est tellement plus simple pour tout le monde!
    Entre vouloir expliquer avec des symboles trop complexes et inadaptés toutes choses à nos enfants et expliquer simplement avec leur vécu des choses qui peuvent les concerner, ce n’est pas pareil, et ça fait toute la différence, non!? ;)

  2. Merci beaucoup de ce retour sur ta précédente contribution!!! Je ne savais pas que tu avais eu des retours de ce type…! Je te rejoins assez sur l’idée que le fait d’enseigner aux enfants les comportements souhaitables (formulation que je préfère à l’idée d’obéissance, à mon sens beaucoup trop restrictive…) peut (et doit) se faire dans le respect de chacun, la collaboration et l’empathie… Pour le reste, je file chez toi!

  3. J’en ai profité du coup pour aller lire les commentaires de ta précédente contribution, que j’avais bien apprécié !

    Il y a un « écueil » dans lequel on tombe souvent je trouve, qui est de confondre le respect de l’adulte et le respect de la loi. Comme si l’adulte était forcément l’incarnation de la loi et inversement…(ce qui suppose que l’adulte soit irréprochable donc…)

    Très souvent qd je parle avec des personnes de mon entourage ou des collègues de respect de l’enfant, de coopération, etc… on me rétorque « ah oui, mais un enfant a besoin de limites aussi ». Comme s’il était impossible de concevoir les limites, le cadre, en-dehors d’une relation de domination de l’adulte envers l’enfant. Ce qui est assez curieux, c’est qu’entre adultes, le respect des règles ne nécessite pas ce genre de relation de domination (la plupart du temps….). Mais avec les enfants, il y a un pré-supposé que si on leur demande leur avis en quoi que ce soit, si on les laisse être acteurs, ce sera forcément l’anarchie… et généralement la conversation a vite fait de dégénérer sur le thème « aujourd’hui les parents laissent tout faire à leurs enfants, y a plus de respect ma bonne dame, blablabla…. »

    C’est dommage parce qu’on ne se laisse pas la possibilité d’essayer, ni même d’observer objectivement ce que cela peut donner. Par exemple mon conjoint, qui est prof des écoles, utilise depuis qq temps pas mal d’outils de pédagogie coopérative en classe, notamment par rapport aux règles de vie. Les enfants participent à l’élaboration des règles, à la résolution des conflits, et ils s’auto évaluent par rapport à leur comportement (enfin, je simplifie un peu). L’exposé de ce fonctionnement à ses collègues provoquent toujours des réactions sceptiques voire indignées : ce n’est pas aux enfants de dicter les règles, et si les enfants décidaient d’une règle qui n’est pas « bonne », ou de l’absence de règles ? Et est-ce qu’il n’a pas peur que les enfants sur évaluent leur comportement pour pouvoir bénéficier de plus de droits dans la classe ? Et qd mon compagnon explique que cela fonctionne plutôt bien, que les enfants sont capables eux-mêmes de comprendre la nécessité de poser des règles minimales de respect des uns et des autres, et bien on lui répond que c’est parce qu’il a une autorité naturelle !!! Ca nous fait doucement rigoler, mais en vrai c’est un peu triste…

    On dirait que c’est difficile d’avoir confiance en la capacité de nos enfants à comprendre l’utilité des règles, et à être capable de les respecter autrement que sous la contrainte ou la menace. A condition aussi de leur laisser le temps d’intégrer les règles, et de pas vouloir exiger un comportement parfait tout de suite ;-)

    Et cela me fait une transition vers l’autre chose qui me venait à l’esprit, c’est qu’on est dans une époque du « tout tout de suite » et qu’on supporte difficilement que cela prenne du temps à un enfant d’intégrer les règles, les conventions, etc.
    On voudrait que nos enfants aient déjà le comportement des adultes alors qu’ils ne sont que des enfants. On supporte mal les comportements propres à l’enfance (le bruit, la spontanéité, les émotions « brut de décoffrage »…) parce que ça dérange les adultes. Donc un enfant « bien élevé », c’est un mini adulte quoi, un enfant qui ne dérange pas, un enfant qui respecte toutes les contraintes des adultes tout en ne demandant pas à bénéficier de leurs prérogatives… Sauf que ce n’est pas vraiment possible !

    Et qd les règles ne sont pas respectées, on voit l’enfant comme « déviant » par rapport au cadre plutôt que comme « en cours d’apprentissage », ce qui n’est pas encourageant pour lui.
    Dans ma famille, j’ai par exemple essuyé beaucoup de reproches concernant les règles de politesse parce que je ne force pas mes enfants à dire bonjour/sil-vous-plait/etc (en revanche, cela ne signifie pas que je n’y accorde pas d’importance, donc je passe du temps à expliquer pourquoi c’est important, et à donner l’exemple). A l’époque mon ainée avait 2 ans, 2 ans 1/2 et s’est pris plusieurs fois en pleine figure qu’elle n’obéissait pas, et moi que j’élevais mal mes enfants. Aujourd’hui elle a 4 ans, et elle dit spontanément bonjour/au revoir etc. quasiment tout le temps, et pour moi ça a beaucoup plus de valeur parce qu’elle le fait en ayant compris à quoi ça sert, et pas juste parce que je lui demande de le faire. Il fallait ce temps pour que ça se mette en place (mais mon père reste persuadé que si je lui avais « serré la vis », elle aurait été polie beaucoup plus tôt…)

  4. Pingback: Et c’est qui le lion maintenant ? {Mini-débrief} « Les Vendredis Intellos

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