La liberté des femmes.
Vaste sujet.
Sujet passionné.
Sujet éminemment personnel : ma mère a été retiré de l’école à 12 ans, a élevé ses frères, a été interdite de quitter le domicile pour faire toute étude que ce soit. Elle avait juste le droit de trouver un mari pour quitter sa famille. Elle a été sacrifiée, parce que c’était une fille.

Sujet universel, et sujet français…

1944 : droit de vote donné aux femmes.
1965 : les femmes peuvent travailler sans demander l’accord à leur mari.
1975 : la loi qui autorise l’IVG est votée.

Des dates qui comptent entre autres pour nous, les femmes françaises.
Des dates qui scellent des acquis.

Quoique.
L’IVG, 37 ans après, se retrouve tristement sur le devant de la scène. Menacé, ce droit primordial de la femme à disposer de son corps est aujourd’hui menacé. En ligne de mire : sa gratuité contestée pour cause de crise budgétaire, un argument avancé par une candidate à la présidence de la République, une femme en plus.. quelle honte. Un argument qui fait tristement écho au déremboursement des IVG de confort annoncé par son compère le vice-président du FN, Louis Aliot. C’est A La Mère Si qui évoque cette remise en cause de la gratuité de l’IVG à l’occasion de la Journée de la femme. Un sujet qui est plus grave qu’il n’y paraît car derrière l’excuse de la coupe budgétaire, se trame une menace plus insidieuse. A l’instar des Pro-Life aux Etats-Unis, certains groupes font pression en France et ailleurs pour la vie à tout prix… au détriment de la vie même de la mère. Depuis que la femme a droit à la contraception, il me semble que l’homme a oublié d’assumer les conséquences de l’acte d’amour. Car oui, si une femme tombe enceinte et ne désire pas l’enfant, il y a aussi un homme en cause. Ce que je veux dire, c’est que cela est dangereux de faire peser sur les uniques épaules de la femme la responsabilité de cette vie que l’on choisit de ne pas donner, cette vie créée avec un homme donc, mais dont les conséquences sont bien vécues souvent seule, et dans la culpabilité. Avoir droit à disposer de son corps, oui, vivre cela seule, non. Mon petit doigt me dit que si une loi obligeait par exemple les hommes à reconnaître leur enfant non voulu conçu avec une femme, je pense que cela créerait un plus grand tolé que cette question de l’IVG menacé. Mais cela n’engage que moi.

Car, soyons honnête : même si les femmes prennent de plus en plus de place parmi les hauts postes, le monde reste dirigé par des hommes. Franchement. Sans faire ma chienne de garde (que je ne suis pas du tout). Ces hommes qui nous dirigent par exemple, qui sont censés être instruits, ils servent un discours suranné et éculé. Prenons l’exemple d’un certain Nicolas S. qui parle des grandes surfaces qui sont ouvertes le dimanche (le sujet n’a rien à voir certes) à l’occasion d’un débat sur TF1 lundi soir. « Les grandes surfaces ce n’est pas nous qui avons décidé de les généraliser. C’est les français, ou plus exactement les françaises : il y a 85 % des françaises qui travaillent, elles ont plus le temps de faire leurs courses en choisissant le centre-ville et parfois elles font, une fois par semaine, elles vont faire les courses ». Ben voyons, c’est facile. J’ai été juste choquée par ces propos. C’est à cause des femmes, qui travaillent en plus, que les supermarchés ouvrent le dimanche. Et en plus, selon lui, la France a réussi le tour de force de permettre aux femmes de travailler une fois mère. Vraiment ? A quel prix ? A coup de travail à temps partiel et de salaire de misère ? A coup de mise au placard ? De salaire moins élevé que son collège mâle ? A coup de centaines d’euros passés en frais de nounou par manque de place en crèche ? Ou même à coup de poste abandonné par la femme pour élever son enfant, une solution moins coûteuse financièremement… mais pas pour sa liberté. La femme est sacrifiée sur l’hôtel de la maternité. Homme ou femme, nous n’avons pas les mêmes chances sur le marché du travail, surtout quand on est parent. Notre bulle à nous entre dans le vif du sujet avec son billet « Un enfant ? Cela va poser problème ». Les discriminations pendant la grossesse seraient en constante évolution. Et après aussi. Quand on est femme et mère, on a plus de cerveau, c’est bien connu. Alors qu’en vrai, on devient des pro de l’organisation, de la gestion. On devient multitâche. On est l’employé idéal. J’en suis persuadée. D’autres femmes aussi d’ailleurs.

Bref, oui je m’emporte, oui je dépasse peut-être les bornes, on a la chance d’être en France, oui on a des droits précieux, mais restons vigilantes. Encore. Toujours. La liberté se gagne, mais pas pour toujours. Un retour en arrière est bel et bien possible. Qui dit qu’un jour, on ne renverra pas les femmes à la maison parce qu’elles prennent des places sur le marché du travail ? La phallocratie est bel et bien toujours présente, d’actualité, insidieusement, à travers des grossesses vécues sous pression en entreprise, une pression constante pour être une mère parfaite. Une atteinte à notre liberté qui se fait de manière moins frontale : c’est peut-être là qu’est le danger.

Kiki the mum