Les modes se font et se défont. Le monde de la maternité n’y échappe pas. Les différences mouvances grandissent, s’éteignent très rapidement relayaient par les médias et tout particulièrement par internet. Le monde maternel actuel est inondé d’idées liées au maternage, au retour au naturel, à l’éducation non violente, aux méthodes Montesorri, Dolto. Il faut donner le meilleur à son enfant, tout repose sur les épaules de leurs parents. En parallèle on voit émerger des « mères indignes » et fières de l’être. Dans l’article des Mères à bout de nerfs publié sur le site Sciences Humaines par Catherine Halpern, l’auteur nous propose quelques pistes de réflexions pour comprendre d’où vient ce phénomène.

  • La montée en puissance du maternage :

    Dans un livre qui souleva de vifs émois, Le Conflit. La femme et la mère(Flammarion, 2010), Élisabeth Badinter pointait le risque d’un retour en arrière sous couvert d’un retour à la nature. Lait maternisé, petits pots industriels ou couches jetables sont l’objet d’opprobre tandis que l’on vante l’allaitement à la demande ou les couches lavables. De plus en plus d’études scientifiques entendent réhabiliter le concept d’instinct maternel, déplore-t-elle.

    Le retour à la nature est un phénomène qui est monté en puissance ces dernières années. On nous parle de développement durable, d’énergies propres, d’impact environnemental, de trou dans la couche d’ozone, de réchauffement climatique, d’agriculture bio, etc. La maternité n’a donc pas échappé à la tendance et c’est aussi sûrement qu’elle a commencé une nouvelle mutation. On remet en cause tout ce qui vient de l’industrie :

    • Il faut faire les petits pots de son enfant, qui plus est avec des aliments bio. Les petits pots industriels habituent les enfants à des goûts artificiels, et les mettent présence de produits chimiques.
    • Les couches jetables polluent énormément que cela soit en amont ou en aval de leur utilisation. Les couches lavables on refait leur apparition, plus modernes, plus esthétiques, en plus d’être plus écologiques et plus économiques.
    • l’allaitement est ce qu’il y a de meilleur pour son enfant, il n’est pas « normal » de donner à son enfant un lait créé artificiellement à partir d’un lait qui est produit à l’origine pour des bébés d’autres espèces. Cela devrait être réservé à des cas très particuliers.
  • Théorie de l’attachement :

Forgée par le psychanalyste John Bowlby après la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte où de nombreux enfants ont été séparés de leurs parents, cette théorie fait de l’attachement continu et stable à une personne qui prend soin de lui (care-giver) un des besoins primaires du bébé, indispensable à son bon développement émotionnel et social.

[…]

Les mères sont désormais culpabilisées car elles craignent de créer des « carences affectives ». Elles sont persuadées que l’avenir de leurs enfants est entre leurs mains et qu’à ce titre elles doivent tout faire pour eux. Quoi qu’il leur en coûte.

Je trouve qu’on baigne vraiment dans cet état d’esprit. L’avenir de nos enfants se joue dès les premiers jours, voir dès la grossesse. En cas de problèmes psychologiques chez l’adulte on se tourne vers l’enfance pour dénouer le problème. L’éducation passe par l’exemple, il faut montrer le meilleur de soi pour le bien de notre enfant.

  • Puérocentrisme :

    Les experts, les psychologues en particulier, en ne s’attachant qu’à l’intérêt de l’enfant, jouent un rôle important dans la culpabilisation des mères. Le « puérocentrisme » qui s’est instauré dans nos sociétés menace la « cause des femmes », leur émancipation et leur épanouissement. S. Garcia interroge notamment la construction par Françoise Dolto d’une « cause de l’enfant ». Elle montre l’ambiguïté de cet héritage qui a permis de rompre avec des pratiques éducatives autoritaires et rigides, mais au prix de l’assignation des femmes à leurs devoirs de mères d’abord et avant tout.

    Les enfants sont placés au centre de toutes les attentions. Sans tomber dans le piège de l’enfant roi, il faudrait être à leur disposition, à leur écoute pour mieux les aimer, mieux les comprendre, mieux les stimuler et les aider à grandir. La femme passe au second plan par rapport à la mère. L’auteur précise également que le poids de tous ces changements repose sur les mères. Les pères ne sont pas autant sollicités.

 

Je rajouterais que les règles d’éducations sont sorties de la sphère familiale. Avant, on lavait son linge sale en famille. Les référents en terme d’éducation étaient les aïeules, les membres d’une même communauté. Maintenant, on estime nos mères et grands-mères beaucoup trop éloignées de notre réalité. La référence est recherchée dans les livres, sur internet, auprès d’experts extérieurs, neutres, émotionnellement non impliqués. Ces références nous montrent la voie à suivre dans le meilleur des mondes, si on a aucune contrainte extérieure, pour faire de nos enfants de meilleurs adultes.

On demande également à ces mères de rester des femmes belles, aimantes, à l’aise dans la société. Il faut aussi qu’elles restent performantes dans leur travail.

On voit bien la pression subie par les mères, elles veulent le meilleur pour leurs enfants. Elles veulent être toujours à fond et irréprochables dans tous les domaines. Elles sont à leur disposition des solutions parfaites à chacun de leur problème. Mais elles sont impossibles à appliquer toutes en même temps et en couvrant tous les domaines. Même en se concentrant uniquement sur l’aspect « mère » des femmes, être une mère qui allaite (éventuellement tire son lait au travail), nourrit son enfant des petits pots maisons bio, utilise des couches lavables, reste à l’écoute de son enfant pour repérer ses périodes sensibles pour apprendre les choses, verbaliser et expliquer à l’enfant tout ce qui l’entoure, organise son intérieur en fonction de son enfant, tout cela prend beaucoup de temps. on n’a pas besoin de rajouter la nécessité de prendre soin de soi pour se sentir bien, ni d’être reposé et disponible pour son travail pour voiur que cela est impossible.

Les femmes se laissent souvent deux choix :

  • Soit elles en font encore plus pour tendre vers l’idéal de la mère, de la femme et éventuellement de la travailleuse. Elles risquent alors le burn-out.
  • Soit elles partent dans la direction inverse : elles se déclarent mères indignes et fières de l’être.

L’auteur ne développe pas beaucoup de solutions pour faire bouger les choses.

Alors quelles solutions pour aider les mères ? Rien de bien miraculeux. Favoriser les aides institutionnelles bien sûr, mais surtout diminuer la pression sociale sur les femmes qui favorise leur culpabilisation et faire évoluer les représentations sociales des hommes pour les amener à davantage s’investir dans leur parentalité. Bouleversement qui ne se fera pas en un jour. Pour l’heure, reste aux femmes à essayer vaille que vaille de tenir le coup et d’éviter la crise de nerfs…

Je ne crois pas que les femmes soient impuissantes face à la situation. Elles ne pourront pas changer les choses sans les aides extérieures (comme les aides institutionnelles, l’entourage, les entreprises), mais elles peuvent commencer par faire le vide autour d’elles. Il revient à chaque femme de :

  • faire la part des choses et le tri dans toutes les informations qu’on nous donne.
  • accepter qu’on ne peut pas être tout le temps au top dans tous les domaines.
  • s’écouter pour connaître ses priorités.
  • véhiculer une image réaliste de la maternité avec ses hauts et ses bas auprès des autres et tout particulièrement des autres mères ou futures mères.
  • demander de l’aide plutôt que de se laisser déborder.
  • d’être à l’aise avec ses choix sans penser à l’avis des autres (bien sûr mon enfant serait mieux nourri exclusivement de nourriture bio et maison, mais cela me demanderait trop d’investissement en temps que je préfère consacrer à me détendre pour être mieux disposé par la suite).
  • et de lâcher prise.

 

Pour ma part, ce qui est décrit dans cet article me parle beaucoup.

Il est entendu qu’elles doivent être les plus heureuses du monde, comblées par d’adorables bambins, aimants et souriants. Pourtant des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour noircir le tableau idyllique. Les mères se rebifferaient-elles ? Des témoignages, des enquêtes, des fictions brisent le tabou et disent leur épuisement, la culpabilisation dont elles sont victimes, leur solitude, le poids des normes sociales, la dépossession de soi…

Encore enceinte de Lise, j’ai fait connaissance de cet éternel sentiment de culpabilité. C’est d’ailleurs surprenant, mon premier article sur ce blog parle de cet éternel sentiment de culpabilité : Coupable ! Je me rends même compte que je pourrais compléter cette première liste à l’infini. Je pense avoir fait du chemin depuis même si aujourd’hui je me sens au bord de l’épuisement.

Aujourd’hui, je suis fatiguée par 6 mois de nuits trop entrecoupées. Je suis toujours en quête d’une certaine perfection. J’aimerais qu’on me dise parfois que je fais du bon travail avec mes enfants, que j’en ferais des adultes équilibrés et bien dans leurs souliers. J’aimerais leur transmettre ce qu’il y a de meilleur chez moi et chez mon mari, j’aimerais qu’ils soient parfaits. Est-ce que ce n’est pas ça le problème de fond ? Ne veut-on pas être des parents parfaits pour avoir des enfants parfaits ? Est-ce qu’on aura l’impression d’avoir rempli notre mission que quand nos enfants seront parfaits ? Mais nos enfants ne seront jamais parfaits et nous non plus. C’est donc une recherche vaine.

Ce n’est pas pour cela que je tomberais dans l’excès et me proclamerais « mère indigne ». Je déteste ce terme tourné à la dérision . En s’auto proclamant mère indigne c’est un peu, pour moi, comme nier le fait qu’il y a des mères qui ne devraient pas l’être. Elles sont rares mais elles existent. Les faits divers  sont là pour nous le rappeler. C’est aussi se dire que comme on ne peut pas être parfait autant se laisser aller et ne pas faire d’effort.

J’aspire donc à n’être que la mère de mes enfants (ni parfaite, ni indigne). Je suis de plus en plus détachée du regard des autres à l’exception de celui de mon mari et de mes enfants. Je suis blessée quand ils me renvoient une image négative de moi-même et j’y puise l’envie de m’améliorer. Je n’ai aucune culpabilité à l’idée de travailler, de laisser mes enfants à leur grands-parents quelques jours (et à m’en sentir soulager). Ça n’empêche pas les gros coups de fatigues, les gros coups de ras le bol et les baisses de moral, mais je crois que quand je suis dans de bonnes dispositions j’apprécie plus mes enfants pas si imparfaits. J’apprécie leurs facéties, leur capacité à inventer (y compris les bêtises), leur caractère (pas toujours facile), leur sensibilité…

Et vous, vous en êtes où ? Mères parfaites proches du burn out ? Mères indignes ? ou tout simplement mères ?
Madame Koala