Il est des métiers qui découlent tout naturellement de sa personnalité, qui « coulent de source » comme avait l’habitude de dire mon prof d’histoire au lycée.

Je suis devenue enseignante parce que j’aimais lire, que je me débrouillais bien en français, et qu’après mon bac L, il était naturel que j’entre à la fac et étudie les lettres.

Et à la fac en lettres, on forme au CAPES (Les concours du certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré, oui, je suis d’accord, ça en jette !!) alors j’ai tenté le CAPES de français. Mais le CAPES, c’est comme son nom l’indique, un concours, et les concours, c’est être meilleur que les autres… Disons donc que je n’étais pas meilleure que les autres =)

Cela dit, puisque il est de mon droit de me louer dans cet article qui est le mien, je pense que ce concours ne mettait pas bien en valeur mes capacités réelles, puisque j’ai obtenu 5,5/20 en roumain alors que je parlais cette langue couramment faut pas déconner !

Par ailleurs, on ne peut pas dire que je sois la plus motivée, après un stage en prépa (Oui !! J’ai suivi l’Elite pendant deux jours !!! le rêve de ma vie !!) et en collège et avoir été confronté aux échanges agressifs élèves-profs ainsi qu’à des échanges… peu nombreux en salle des profs, je me disais que finalement, je n’étais peut-être pas faite pour ça…

Je me suis découverte un amour de la polyvalence, aider les enfants plus petits, comme j’en avais eu en centre aéré, leur apprendre à lire, à compter, ça c’était chouette !!

Ayant déjà perdu une année avec un Capes raté, il était hors de question d’en rater un deuxième, le « plus beau métier du monde » recrutant toujours sur concours.

Me voilà donc inscrite en maîtrise (oui, je sais ce n’est plus comme ça qu’on dit. Pfff je me sens vieille d’un coup !), et à préparer le concours CRPE avec le CNED.

Bon, là il te faut une minute pour comprendre. Je t’explique.

Pour devenir prof en école publique, il te faut normalement passer un premier concours, qui va recruter des futurs candidats à un deuxième concours.

Oui, je sais, c’est tordu. Mais c’est comme ça que ça marche.

Bref, les heureux lauréats du premier concours ont l’immense privilège de fréquenter en avant première les bancs de l’IUFM, L’Institut Universitaire de Formations des Maîtres, avec des profs spécialisés dans la formation professionnelle, la formation de terrain. Enfin normalement.

Sur ces bancs ils apprennent heu… à répondre aux questions du second concours, avec quelques notions d’éducation en général. Je ne m’étendrai pas trop là-dessus, parce qu’en fait, moi je n’ai pas fait cette année là, alors je ne sais pas ce qui s’y passe =)

Ensuite, si tu as de la chance, tu as ton concours et tu entres dans l’IUFM de ton choix. Lors du dossier de concours, tu indiques en effet un classement des écoles existantes dans ton académie, et en fonction de ta place et de celles qui restent, on t’attribue une place.

Si t’as pas de bol, tu peux passer les cinq années suivantes à essayer de revenir chez toi. Sinon, tu t’installes définitivement ailleurs. C’est toi qui vois.

Bon comme rien n’est simple, il y a encore les « rattrapés ». Il s’agit de cette fameuse liste, la « Liste Complémentaire » sur laquelle il y a deux cent inscrits, les deux cent qui sont arrivés juste après ceux qui ont eu les dernières places au concours.

Et là, t’attends.

Soit tu ne t’es pas trop rétamé, et tu espères. Moi j’étais 68ème, et j’ai été appelée. Ouf. Il y a des années où ils prennent 50 personnes, d’autres 150. Cela dépend des postes à pourvoir.

Et hop, au mois de novembre, me voilà fraîchement promue Professeure des Écoles Stagiaire, prête à prendre un poste dans une école très rurale du Maine et Loire. Cooooooool !

Je me rappelle, j’étais en train de faire les vendanges (Coteaux du Layon, miam =) quand j’ai appris la nouvelle.

Passer des bottes et de l’imper et du dos courbé à la blouse et la craie, en voilà une expérience !

Mais non, je rigole ! Je n’avais pas de blouse. Les deux premiers jours, j’ai été nommée sur une école où une autre fille, liste complémentaire comme moi, mais elle nommée depuis septembre avait fait ses premières armes, elle m’a briefé sur la tenue de classe.

Franchement, en l’espace de deux jours, j’ai plus appris qu’en un an de formation ensuite. Si vous caftez que je vous ai confié ça, je nierai l’avoir écrit =)

 Image empruntée ici

S’ensuit une année à droite à gauche, nommée quelques mois à mi-temps ici, remplaçante là… Finalement, très formateur, mais aussi beaucoup dans l’urgence…

Un conseiller pédagogique (personne rattachée à l’Inspection qui s’occupe, comme son nom l’indique, de donner des conseils pédagogiques) te donne quelques clés.

Et puis l’IUFM. Mais si rappelle-toi L’Institut Universitaire de Formation des Maîtres.

La grande classe. Enfin, son nom en tout cas !

On arrive dans une salle, répartis par groupes d’une trentaine de profs stagiaires fraîchement promus (et fiers de l’être). Un formateur nous prend en charge : « Vous êtes dans une formation d’adulte » ai-je retenu.

Puis, quand on demande des papiers pour recevoir une indemnité de déménagement, ou de mutuelle pour les enfants, bref, quand on arrive avec des problèmes d’adulte, c’est vite compliqué.

Mon formateur, ancien prof d’EPS (l’éducation physique et sportive) mais plus en activité depuis… très longtemps, a donc été notre formateur référent. D’entrée de jeu, il ne m’a pas aimé.

Nous, les stagiaires qui venions du terrain, et qui arrivions avec des vraies questions, nous étions pénibles à remettre tout le temps en cause leurs beaux discours qui marchaient pourtant les autres années.

J’exagère, hein, il y en a des géniaux. Hommage à ce prof de littérature qui m’a fait aimer, adorer la littérature de jeunesse et qui m’a donné des vraies clés pour travailler avec les élèves !

Hommage aussi à ce prof de musique qui nous a appris à poser notre voix, outil de travail numéro un en classe ; se tenir debout sans se fatiguer, et autres astuces qui m’ont gagné un temps et un soin de soi précieux en classe et dans la vie !

On prépare un porte folio, résumé de nos trouvailles, quelques heures de planche et hop ! Facile quand on vient de la fac.

On monte des projets, on se promène dans la ville, on a l’après midi entière pour prendre des photos, ou des renseignements, qu’on a trouvé en un quart d’heure, et on finit à siroter un soda dans le bistrot du coin ou au foyer ou on se perfectionne au billard. J’en reparlais récemment avec des collègues : notre année d’IUFM, c’est l’année où on est devenu imbattable au billard.

Heureusement, il y a ces PEMF, profs des écoles maîtres formateurs , on les appelle, qui sont en classe à trois quart temps et à l’IUFM ensuite, et qui nous apportent des vraies réponses (quand ce n’est pas une bonne planque) et des outils pour démarrer. Ça, à mon sens, c’est une idée intéressante.

Et puis il y a les stages en école. Franchement, en dehors du fait que tu passes ton temps à travailler sur des fiches de préparation, des dossiers à n’en plus finir, c’est bien là que tu apprends, ainsi que dans les entretiens avec les profs qui passent te voir, quand cela est fait sérieusement, on t’aide à gérer ta classe.

Enfin, il y a le mémoire professionnel. J’ai travaillé pour ma part en m’appuyant sur ce que j’avais vu en deuxième stage, que j’ai effectué à Oxford, avec qui mon IUFM était jumelé. Cependant, bien que ce soit l’IUFM qui m’y ait envoyé, ils n’ont pas du tout apprécié mon constat. Les écoles en Angleterre ne sont pas gérées du tout comme en France, et les moyens mis à disposition sont nettement supérieurs. Ce n’était qu’un constat, je n’ai jamais eu l’intention pour de multiples raisons d’y travailler (ne serait-ce que parce que là bas, l’école est une mini-entreprise) mais on m’a expliqué qu’avec ce genre de comparaison (où ont-ils vu comparaison ?) mon mémoire était tout juste recevable. J’ai franchement été vexée de la soutenance qui ne m’a pas parue être le lieu d’un débat honnête et objectif, et d’être lâchée par mon directeur de mémoire, à qui je m’étais dépêchée de remettre mon document afin d’y effectuer des modifications si nécessaire, et qui ne m’avait rien dit !

Cette soutenance, ainsi que la soirée déguisée au foyer, marque la fin de mon année à l’IUFM.

Et puis, quelques années plus tard, ce scandale de fermeture des IUFM.

En effet, depuis peu, cette formation n’existe plus. Les locaux sont toujours là, ils accueillent les masters enseignants, différents selon les régions.

« Par exemple chez nous si 70 étudiants sont inscrits en Master 2 il y aura 70 étudiants à partir en stage donc 70 collègues auront un stage au PIF qui leur sont rémunérés 3000€ brut pour 2 fois 15 jours de stage en responsabilité en classe. Nous avions un an de salaires en PE 2 (la deuxième année de formation à l’IUFM) l’ancienneté comptabilise ce qui n’est pas leur cas car ils sont étudiants. Apres leurs masters ils ont le statut de Professeur des écoles stagiaires dans des classes et sont bien souvent brigades. (Comme on supprime des postes de brigade et cela ne se voit pas et seulement après ils sont titularisés c’est à dire bac+7 comme les médecins y en qui vont se poser la question deux fois). Ils ne se connaissent pas, ne se rencontrent pas entre eux puisqu’ils n’ont pas de lieu pour le faire, ils sont donc livrés à eux-mêmes. »

Témoignage de Mel, syndiquée au SNUIPP, syndicat enseignant.

Tout ça pour te dire que quand j’ai lu l’article « Pour reconstruire l’école de la République, défendre et transformer les IUFM » je n’ai pas su si j’allais en rire ou en pleurer.

Voyons un peu ensemble ce dont il est question.

Messieurs Sensevy, Chevallard et Lefeuvre posent le postulat d’un IUFM « Clinique de l’éducation ». « Notre thèse, c’est que l’invention des IUFM doit s’appréhender à l’instar de l’invention, au XIXè siècle, de la clinique médicale, ainsi que la décrite Michel Foucault. Quarante années après son émergence, Jean-Baptiste Bouillaud (cité par Foucault) pouvait affirmer « La clinique médicale peut être considérée soit comme une science, soit comme un mode d’enseignement de la médecine » (…) C’est là que le bât blesse, à notre sens, dans les critiques sans nuance portées contre les IUFM, parce qu’elles n’ont pas suffisamment aperçu la force des principes sur lesquels reposaient les IUFM, leur puissance heuristique, leur potentiel, la manière dont ils incarnaient l’idée républicaine, et se sont concentrées sur leurs faiblesses, réelles ou imaginaires, liées autant à la jeunesse de l’institution qu’à celle de l’opinion que l’on s’en fait. (…)

Il faut donc défendre les IUFM, et les transformer, pour que s’expriment plus pleinement leurs principes fondateurs. »

Image empruntée ici 
Des fois les chercheurs, c’est un peu ça…

Certes, l’idée d’un lieu où les enseignants-stagiaires puissent se retrouver me semble plus qu’indispensable. Toutefois, je ne suis pas chercheuse en éducation, et je pense qu’au-delà de l’idée républicaine, au-delà de « la force des principes » à exprimer, on peut peut-être juste repenser une formation plus concrète répondant aux besoins exacts des futurs professeurs des écoles.

« Les IUFM ont succédé, pour le premier degré, aux écoles normales d’instituteurs.

Dans cette transition historique, des savoirs et des capacités utiles ont pu disparaître, telle l’importance donnée à l’étude collective de leçons conçues par les élèves instituteurs et les formateurs, mises en œuvre par ces jeunes enseignants dans des classes de professeurs expérimentés et analysées a posteriori conjointement avec eux ».

Je pense qu’il faut se méfier de cette importance donnée à une leçon. J’ai appris à l’étranger que le système français s’appuie toujours sur un point précis, trop précis d’enseignement.

Il faut que je te dise que je suis partie étudier la littérature française à Iasi en Roumanie, et qu’en 4 mois de fac, j’ai eu le temps de lire, et de connaître toute la Recherche du temps perdu de Proust, d’étudier l’œuvre de Malraux et d’en lire quelques ouvrages, de travailler sur des poètes, des romanciers, de nombreux ouvrages de manière globale, et que j’ai plus appris en 4 mois quand 2 années et demi de DEUG et licence réunis. Nous français aimons faire dans le précis. Nous aimons étudier le Parti Pris des choses de Francis Ponge : Le Galet, Le Mollusque et la cigarette dont nous devenons des spécialistes, ainsi que Vendredi ou les Limbes du pacifique de Michel Tournier de la page 37 à 42 dont nous faisons un commentaire détaillé.
Ainsi va l’enseignement également à l’IUFM. A quoi bon étudier dans tous les sens cette fiche de préparation et constater ses défauts, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit, ou s’appesantir sur ce mot prononcé alors qu’il en eut fallu un autre…

Personne n’avait envie d’être filmé en classe pour recevoir des critiques, si positives soient elles, alors qu’on a pas eu de modèle de ce qu’on doit faire et qu’on a dû inventer d’après notre personnalité et ce que nous avons appris (dans les livres).

 Image empruntée chez Un cancre à l’amer

En fait, j’ai peut-être trop l’esprit dans mes livres de pédagogie Montessori, mais je me demande si des présentations toutes simples ne permettraient pas tout simplement de répondre à la formation des enseignants.

Cela a été expérimenté avec les Professeurs des Écoles Maîtres Formateurs qui reçoivent les stagiaires en observation dans les classes, c’est à mon sens plutôt bien vu (même si on n’est pas assez préparé à observer). Finalement, c’est de ces expériences que nous nous sommes inspiré, de ce que nous avons vu que nous avons construit nos premières leçons !

« Les deux transformations évoquées peuvent se résumer ainsi : pour améliorer la formation et la pratique des professeurs, il faut plus de pratique, et il faut plus de recherche sur la pratique. C’est dire qu’il nous faut construire une nouvelle alliance entre professeurs et chercheurs. Pour cela il nous faut penser la formation des professeurs au sein d’IUFM dans l’université, IUFM reliés entre eux par un programme de recherche en éducation, reliés aux lieux d’éducation que sont les écoles, collèges et lycées, et reliés aux laboratoires de recherche en éducation. »

Voilà que nous sommes d’accord : effectivement plus de pratique, et un lien étroit avec les découvertes des chercheurs, si ce lien peut être concret et pratique, de manière à progresser en tout efficacité.

J’ajouterais des temps d’échange, de partage, que ces lieux doivent être pensés. J’ai en mémoire des temps de partage de documents en anglais, avec fabrication de flashcards, apprentissage de comptines en anglais, en allemand.

Pour moi, voilà à quoi devrait ressembler un IUFM : des groupes de stagiaires qui fabriquent leur matériel (de manipulation, on ne se refait pas ;-) ensemble et immédiatement utile, en discutant des pratiques de classe et des différentes observations et expériences.

Il y a tant à apprendre, tant à voir, tant à confronter !!! Nous sommes des enseignants mais nous sommes loin de tout savoir !!!

Il y aurait même de quoi alimenter efficacement les animations pédagogiques de formation continue proposées dans notre métier et qui nous semblent tellement stériles…

En dehors de toute remise en question ou recherche personnelle, seule l’inspection, finalement, nous renvoie à notre pratique et intervient efficacement dans notre quotidien.

J’aurais aussi aimé avoir une formation sur toutes ces inquiétudes qu’ont les parents et qu’il faut gérer : un topo sur les différents dys-lexie/calculie/orthographie et j’en passe, comment s’occuper des enfants précoces, les enfants différents, ou tout simplement les enfants avec qui rien de ce qu’on propose ne marche ! Personnaliser les apprentissages, comment aider l’enfant à reprendre confiance en lui, comment résoudre les conflits au sein de la classe et différents modèles de Conseils d’élèves, et puis parce que moi, c’est toujours ça qui me passionne, comment ça se passe ailleurs, dans d’autres pays, ou ici, avec d’autres approches pédagogiques, dont bien sûr les pédagogies alternatives, afin d’enrichir sa pratique, d’évoluer, de se remettre en question avec et pour les élèves !!

Anna des mouettes