On le sait, nous, les Français, on est des pros pour râler. Pester contre tout à longueur de journée est notre sport national favori.
En matière d’éducation, pas d’exception. Et ce n’est pas aux VI que l’on va dire le contraire : le système est bien, mais peut mieux faire.
Pas de zéro pointé, non, juste un petit avertissement pour mauvaise conduite. On peut dire que ça papote un peu trop et que ça a du mal à se concentrer sur l’essentiel : le bien-être de l’enfant.

L’école, pour le moment, je ne la vois qu’au travers du prisme des VI et des personnes qui ont déjà leurs enfants scolarisés.
Pour le moment, je suis loin de toutes les interrogations quotidiennes et autres éventuelles prises de tête avec l’instit.
Pour le moment, ma Zouzou va à la crèche. Et elle est heureuse d’y aller.
Pour le moment, il y a minimum 2 encadrant pour 15 enfants.
Pour le moment, ces personnes ont du temps pour ma Zouzou, pour s’adapter à elle, pour m’écouter dans mes préoccupations de maman.
Au mois d’août, cela devrait être les derniers jours de crèche.
1 mois plus tard, ma Zouzou sera plus vieille de 30 jours.
Désormais ils seront 30 pour une instit et une ATSEM.
Rien que ça, ça ne me plaît pas, ni pour ma Zouzou, ni pour l’instit.
Je sais qu’à partir de ce moment-là et jusqu’à la fin de la scolarité, la règle sera « qui aime l’école la suive ».

Je me plains (déjà !) alors que je n’y suis pas.
Mais, c’est comment ailleurs ? Est-ce vraiment mieux qu’en France ?

Dans un extrait du Courrier International du 3 juin 2010, un article parle du modèle allemand. Qui regarde d’un air très envieux la France. Enfin surtout les allemandes : ben oui, à 3 ans, nous, les Françaises qui râlons, nous pouvons mettre nos enfants à l’école madame, et reprendre le travail. Ben oui. Même que les petits Allemands ont moins d’heures de cours que nos enfants qui cumulent 5 mois et demi de vacances (non ? à la louche hein, en tout cas plus que les 5 semaines allouées à leurs parents). Donc sur la forme, on est pas si mal finalement. Réjouissons-nous même, parce que l’école à 3 ans et les heures de cours peuvent vite être de l’histoire ancienne. Si une proposition de loi visant à instaurer la scolarité obligatoire non plus à partir de 6 ans mais de 3 était en pourparlers en novembre dernier, cela ne plaît pas à tout le monde. Un certain Luc Châtel (vous le remettez ?) serait juste… contre, puisqu’il est partisan du développement des jardins d’éveil, structures privées – et donc payantes hein – qui accueilleraient les 2-4 ans, une suite logique à la campagne de suppressions de poste dans l’éducation nationale. Et là, tout de suite, en lisant ça, on aime notre école, on a envie de la chérir, de la poupougner. Ben si je te dis que notre cher ministre de l’éducation nationale veut réduire les cours et mettre plus de sport dans le programme, à l’image du système allemand, t’en penses quoi ? Moi perso, je détestais le sport. Pas assez ludique. Aujourd’hui, ça va mieux. Mais je garde encore quelques traumatismes du collège, avec ses heures de gym (pour lesquelles j’étais nulle), d’athlétisme (pour lesquelles j’étais nulle), de cross (pour lesquelles j’étais triple nulle). Les heures de sport hebdomadaires me suffisaient amplement. Et puis, c’est quoi cette histoire que tous les enfants doivent faire du sport ? Ne pouvons-nous pas laisser la possibilité aux enfants de faire autre chose, ce pour quoi ils sont doués, ce qu’ils ont envie de faire, comme les arts, ou tout simplement le jeu ou, mieux, l’ennui ? Leur laisser le choix d’être différents quoi.

Il n’y a pas d’école idéale, c’est sûr (enfin, peut-être une école montessorienne ?). Mais il y a des choses sur lesquelles on ne peut pas revenir, comme la gratuité de l’école, qui est vécu comme un vrai soulagement par les parents puisque le mode de garde avant l’école est payant et peut peser lourd dans la balance économique du foyer.Et dans le moral des mères. Le congé parental dure 3 ans. Pas 4. Ni 5. Les gens qui n’ont pas les moyens de payer 1 an dans un jardin d’éveil, ils font comment ? On garde les femmes à la maison bien comme il faut ? Derrière de tels changements, on touche plus qu’à la simple éducation de nos enfants mais aussi à la liberté des femmes, ou même à l’accessibilité de l’éducation… Derrière un tel changement, le remaniement même d’une société. Imaginez, des enfants gardés à la maison qui rentrent en CP à 6 ans et des enfants gardés à la maison faute de moyens : n’y aurait-il pas une légère différence ? Tout le monde n’a pas les moyens d’éveiller son enfant comme il le voudrait ni de dispenser des journées aussi bien animées qu’à la maternelle. Ainsi, on irait tout droit vers une différence entre les classes sociales, dès le primaire. Mon regard paraît extrême, mais à mon sens il n’y a qu’un pas pour que l’école bascule du mauvais côté de la force.

Surtout que du côté du fond, c’est pas joli joli. On le sent dans les VI : l’école ne laisse pas forcément les personnalités s’exprimer mais formate à grand coup de règles de conduite et de classe en surnombre les enfants pour qu’ils obéissent… et soient donc dans le moule. Une jolie manière de contrôler les futures adultes de demain. D’ailleurs, dans un autre extrait du Courrier International du 28 avril 2011, un journaliste danois n’y va pas avec le dos de la cuillère : manque de remise en question du professeur, autorité trop prégnante, mais surtout aucune chance donnée aux enfants issus de milieux défavorisés, par cœur favorisé au détriment du sens critique, plein-pouvoir des enseignants… Un constat… consternant et qui me semble assez vrai. L’ouverture d’esprit n’est pas vraiment le credo de l’école. Il ne faut pas outrepasser les lignes mises par l’éducation nationale : le programme officiel, rien que le programme officiel. Quant au mythe du lissage des différences entre les milieux sociaux, on se fourre le doigt jusqu’au coude, voire à l’épaule. Ceux qui font les grandes écoles sont toujours des hommes, issus en majorité de milieux favorisés. Même si la tendance est à l’ouverture sociale, en pratique, le changement ne semble pas encore en cours si j’en crois ce que l’on peut lire ci et là.

Donc il n’y a pas d’école idéale, c’est sûr, mais ce n’est pas une raison pour s’en contenter. On peut l’inventer, sans forcément la copier sur nos voisins, juste l’adapter à nos enfants, à la vie, la vraie. Et ce n’est pas dans les Vendredis Intellos qu’on vous dira le contraire…

Kiki the mum