Peur de se tromper

Je suis tombée sur « L’échec scolaire, comment l’éviter et le surmonter » de Marc Loret.

Ce n’est pas forcément un livre dont je recommande la lecture : toutes les formes de « dys » y sont détaillées, et ce classement des difficultés des enfants me laisse franchement très perplexe, tant je suis allergique aux « rangements dans des cases ». Cependant, la deuxième partie consacrée aux conseils pratiques pour lutter contre l’échec scolaire m’a plus intéressée.

J’y ai trouvé quelques extraits qui m’ont plu dans un chapitre intitulé « La confiance en soi, clé de la réussite » .

«  Pour apprendre dans des conditions favorables, il est nécessaire d’être confiant en ses capacités. »

« L’un des sentiments négatifs du manque de confiance est lié à la peur de se tromper.

Nombre d’enfantsqu’ils soient en difficulté ou non, présentent ce sentiment mitigé d’un manque de confiance avec la crainte de se tromper. Les « bons » élèves obtiennent généralement toujours de bons résultats. Leur confiance est affectée positivement. L’enfant en difficulté, lui, n’a pas grand chose pour se rééquilibrer. Il a des résultats qu’il considère comme médiocres. Ses copains, par association, lui ressemblent et appartiennent au clan des « nuls ».

Cette crainte de se tromper est souvent liée au système lui-même. L’école exerce une pression sur les enfants, par son système de d’évaluation, de notation, de course après le temps… L’apprentissage ressemble à un parcours du combattant où respirer se révèle difficile.

Les parents ont eux aussi leur part de responsabilité en attendant d’un élève qu’il ramène de bons résultats et qu’il ressemble à l’image idyllique du parfait écolier.

L’enfant subit la pression de tous les côtés, et s’il ne se sent pas capable de répondre à cette image, il perd confiance, n’a plus d’estime de soi, et la spirale de l’échec est à nouveau enclenchée.

« Errare humanum est, perseverare diabolicum : « il est humain (dans la nature de l’homme) de se tromper, mais persévérer (dans l’erreur) est diabolique »

Se tromper est naturel et récurrent à tout apprentissage.

C’est le message qu’il faut rappeler et répéter inlassablement.

(…)

Il faut accepter que l’enfant se trompe et lui renvoyer cette image d’acceptation pour qu’il se l’approprie. » 

J’avoue que depuis que mes enfants fréquentent l’école, je suis assez étonnée du nombre d’évaluations qu’ils font, et cela dès les petites classes du primaire.

Je suis encore plus effrayée lorsque je lis sur les blogs des témoignages de mamans inquiètes parce qu’on propose du soutien en moyenne section de maternelle .(alors même que l’enseignement n’est obligatoire qu’à partir de 6 ans !)

Et résonnent des propos déjà tenus ici par plusieurs d’entre nous : « l’enfant n’est pas une grande personne », « vouloir anticiper les apprentissages est dévastateur ».

J’avoue que je n’arrive toujours pas à comprendre comment on en est là.

Mais le fait est, dans notre société de performance, dont l’école est aussi un reflet, l’erreur est mal vue.

Pourtant, en réfléchissant à nos expériences de vie, est-ce qu’on n’a pas dans bien des cas appris de nos erreurs ?

Un autre extrait de ce chapitre m’interpelle encore plus :

« Tout le travail des partenaires est d’aider l’enfant à s’accepter tel qu’il est, à accepter ses erreurs, à accepter la comparaison avec les autres, accepter d’être différent »

Accepter ne signifie pas se résigner, bien au contraire.

Accepter c’est plutôt envisager l’erreur comme un levier , un moteur actif, réactif, synonyme d’avancée.

Oui c’est le passage « accepter d’être différent » qui a fait tilt.

Est-ce que nous ne sommes pas, alors que toute liberté semble acquise, dans une société extrêmement normalisatrice ?

Et si en fait le taux si élevé d’enfants qui se retrouvent à un moment ou un autre en difficulté  n’était pas en partie lié à ça ?  (dans notre coin c’est de l’ordre de 30% des enfants qui ont besoin à un moment ou un autre du Réseau d’Aide Spécialisé aux Enfants en Difficulté, et pourtant nous ne vivons pas dans une banlieue sensible)

Dès la maternelle, chaque compétence est en effet codifiée et doit être acquise à un âge donné.

Et comme le poursuit Marc Loret dans ce chapitre :

 » Au delà de l’école et des apprentissages, c’est tout l’enjeu de la personne qui se joue dans le manque de confiance. De très nombreux adultes reconnaissent manquer de confiance dans leur vie quotidienne.

Mon père était très exigeant… Mon instituteur se moquait de moi…J’étais de petite taille… J’était trop gros…Ta soeur a de meilleurs résultats que toi et elle est plus jeune. Bravo…

Qui n’a pas entendu ou vécu ces situations ? Le travail de confiance en soi est primordial à l’équilibre et à la construction de la personne en général, et pas seulement de l’élève à besoin. »

Je retiens donc ces deux idées :

  • cultivons le droit à la différence
  • on ne peut pas apprendre sans faire d’erreurs.

Phypa

 

6 réflexions sur “Peur de se tromper

  1. Phypa, je suis bien d’accord avec ton analyse. Nous vivons dans une société normalisatrice à l’extrême, où la compétition sévit dès le jardin d’enfants. Pas étonnant que l’erreur n’y ait pas bonne presse…
    L’an dernier, un élève de moyenne section m’a expliqué qu’il préférait gribouiller sa feuille parce que de toute façon « il ne savait jamais faire », ça m’a fait réfléchir ! Dans la classe de petite section de mon fils, il y a eu des évaluations dès le mois de décembre et je crois qu’ils proposent l’aide personnalisée dès la fin de l’année… Apparemment, ça ne rigole pas. En même temps, beaucoup d’élèves apprécient les moments plus individualisés et privilégiés qu’il peuvent avoir dans le cadre du RASED (ou plutôt ce qu’il en reste…) ou de l’aide personnalisée, car ils n’ont pas forcèment de tels moments chez eux.
    Il y a aussi un autre phénomène : des élèves moyens seront considérés ou non en difficultév par le prof selon le niveau général de la classe, ce qui explique que les trente pour cent d’appel au rased que tu as vers chez toi se retrouve aussi vers chez moi où la moyenne des habitants n’est pas très favorisée. Merci pour ton post en tout cas et ta façon d’insister sur les droits de se tromper et d’être différent !

    • Il y a deux aspects.
      Les instits ont de plus en plus de pression de la part des Inspecteurs de l’Education Nationale par rapport aux « sacro-saints » programmes… et à trop vouloir ne pas se faire embêter, ils renvoient cette pression sur les élèves et leurs parents… des évaluations à tout bout de champs, comme si l’apprentissage se faisait mieux avec des contrôles permanents… on apprend mieux si on a confiance, comme le répète Phypa dans ce chouette article.
      On ne peut pas apprendre sans faire d’erreurs… en effet, pour être plus exact, faire des erreurs, tâtonner, découvrir, expérimenter : c’est cela apprendre ! Créer des connexions neuronales ! Apprendre, ce n’est pas répéter mille fois le même exercice ou la même leçon, car si cela peut marcher sur du court ou moyen terme, cela n’est pas apprendre!

  2. Merci beaucoup de ta contribution!!! J’irai même plus loin que toi dans la vision de l’erreur: l’erreur n’est pas seulement inévitable au cours de l’apprentissage, elle est le SIGNE de l’apprentissage…Pour apprendre, nous avons besoin des rétroactions de l’environnement, nous avons besoin de voir les limites de nos raisonnements et de nos théories intuitives… en ce sens, un élève qui ne se tromperait jamais serait un élève qui aurait déjà acquis toutes les connaissances en jeu préalablement à l’enseignement, et qui, par conséquent, n’apprendrait donc rien… Ce que j’ai résumé maladroitement en trois lignes est grosso modo la vision de l’erreur telle que la formule Bachelard…. malheureusement, lui n’ont plus n’a pas diffusé tant que ça dans les rangs de l’éducation nationale!!!
    Dernier point auquel je pense en lisant tes propos concernant le sentiment de compétence/incompétence… Il me semble que l’école oublie totalement de développer chez les enfants tout ce qui a trait aux connaissances métacognitives… Par exemple, quand je travaille avec l’Anté-pré-ado je lui demande après la lecture de l’énoncé si l’exercice lui semble facile/difficile, s’il sait déjà quelles connaissances il va mettre en oeuvre pour répondre… et en fin d’exercice, je lui demande s’il pense avoir réussi ou non. Tout cela permet de prendre conscience de ses capacités d’autoévaluation et de ces processus de pensée qui à mon avis, son fondamentaux pour structurer la confiance en soi. Là encore, tout cela semble totalement étranger à l’éducation nationale…

  3. Pingback: De l’art d’enseigner… la vie {mini-débrief} « Les Vendredis Intellos

  4. merci pour cet article qui me parle très fort ! je l’ai relayé dans mon propre blog pour le partager du coup, je trouve ces méthodes tellement polluantes !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.