Le secret de famille, le poids du silence

Les membres d’une tribu, d’un clan, d’une famille, peu importe le nom qu’on lui donne, sont parfois liés par d’autres liens que ceux du sang.
Toutes les familles ont des secrets. La mienne n’y échappe pas. On imagine qu’en gardant le secret, on en préservera les membres, qu’on évitera les conflits, la honte. Mais qu’ils soient petits ou grands, ces non-dits, ces silences sont pesants.
Ce qui caractérise le secret de famille, c’est qu’il est partagé par d’autres membres de la famille, mais qu’on ne sait pas qui connaît le secret, qui est au courant de quoi, qui ne sait pas.
A partir de là, il est très facile d’imaginer toutes les conséquences que peuvent avoir ces secrets : quiproquos, gaffes, isolement, incommunicabilité, conflits entre les membres de la famille, répercutions sur les générations suivantes, etc.

Le secret de famille est le sujet principal du roman Un Secret, de Philippe Grimbert, dont vous pouvez lire le résumé ici.


Le narrateur, qui est aussi l’auteur, ne sait rien de sa famille : comment se sont rencontrés ses parents, ce qu’ils ont vécu pendant la guerre, ce qui s’est passé avant sa naissance. Il imagine donc un passé familial heureux, idéal.
Mais lui n’est pas heureux. L’enfant, maladif, chétif, est hanté par un passé qu’il ne connaît pas et ce vide s’exprime dans son corps, par un creux dans le thorax, sous le plexus : « Et je m’effarais de ce trou sous le plexus dans lequel aurait tenu un poing, creusant ma poitrine comme l’empreinte jamais effacée d’un coup. »
Mais tous les vides sont comblés le jour où Louise, la voisine et amie de la famille, à qui l’enfant puis l’adolescent se confiait, lui révèle un secret. LE secret : « Mais un à un les murs sont tombés, ces murs auxquels elle s’appuyait chaque jour, si peu sûre de sa force. » Et son corps guérit peu à peu, les vides se remplissent : « Mon apparence ne m’était plus une souffrance, je m’étoffais, mes creux se comblaient. Grâce à Louise, ma poitrine s’était élargie, le vide sous mon plexus s’était atténué, comme si la vérité y avait été jusque-là inscrite en creux. […] Pour autant je ne succombais plus sous le poids de ce silence, je le portais et il étoffait mes épaules.” Son corps si frêle et faible devient fort, l’adolescent souffreteux n’est plus rongé par les mensonges de ses parents : « Délivré du fardeau qui pesait sur mes épaule, j’en avais fait une force, j’en ferai de même pour ceux qui viendraient à moi. »
A son tour, il va garder ce secret, qu’on lui a transmis. Lui qui a souffert, jusque dans sa chair de ce silence, va en délivrer ses parents.

     Ainsi, comme le dit Françoise Dolto, « L’enfant a toujours l’intuition de son histoire. Si la vérité lui est dite, cette vérité le construit. »

     Le secret est dévastateur, il crée un fossé qu’il est difficile aux membres d’une même tribu de franchir, à cause des mensonges, des non-dits, de la culpabilité. On ne peut rien cacher à un enfant, il sent qu’il se passe quelque chose. On ne peut pas lui mentir, on le fait souffrir. Il faut briser le silence, abattre les murs qu’il construit pour que l’enfant grandissent sereinement.

Vous pouvez retrouver cet article ici.

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8 réflexions sur “Le secret de famille, le poids du silence

    • Ça ne doit pas être le bon lien! Mais je me souviens que tu en avais parlé!
      Chez moi il y a énormément de secrets, plus ou moins graves. Quand j’étais gamine, j’en ai fait des gaffes sans savoir. Si j’ai des enfants, je ne leur cacherai pas.

  1. C’est si juste … C’est une promesse que nous nous sommes faite lorsque nous attendions notre premier enfant, et jusqu’à présent aucun fardeau ne pèse sur les épaules de nos enfants, expliquer les choses simplement, pas d’explications à rallonge quand les choses sont trop dures ou complexes, juste alors répondre aux questions… Trouver les mots justes n’est pas toujours facile, mais c’est la vie, et c’est tout.
    Ne pas créer soi-même de secrets, de sous-entendus malsains et encore moins de mensonges, ça aide quand même pas mal pour être bien dans sa peau, et si nous parents sommes bien dans notre peau et notre tête, c’est plus facile pour nos enfants, non ?
    Merci pour cet article qui pointe du doigt un sujet souvent oublié ou laissé de côté…consciemment ou insconsciemment ;)

    • Merci pour ce commentaire très juste aussi. Ma mère a fait le choix de nous révéler les secrets, pour qu’on ne grandisse pas dans le mensonge. Mes oncles et tantes ont préféré garder le silence, du coup, enfant, je ne comprenais pas pourquoi moi je ne devais pas faire certaines choses et mes cousins en avaient le droit. Heureusement, ma mère a eu le même comportement que celui que tu décris, et on a très bien compris!

  2. bizarrement, alors que j’ai lu ce livre, je ne me souviens plus de ce passage. Les enfants ont des antennes! Kiki the mum avait aussi abordé se thème avec la psychogénéalogie. C’est passionnant. Merci de ton article et de cette belle référence littéraire.

  3. Mon père a grandi dans un mensonge jusqu’à ses 16 ans à propos de son père biologique. Ma mère nous a tout raconté afin que nous connaissions vraiment nos racines et histoires vers l’âge de 8 ans quand nous avons été assez grandes pour comprendre. Je pense qu’il ne faut continuer de cacher les secrets aux générations suivantes, les enfants le sentent, comprennent qu’il y a quelque chose de secret et je pense que ça perturbe beaucoup les enfants et puis les non-dits explosent toujours et souvent au mauvais moment

  4. Merci beaucoup de ta contribution!!!! Et merci à chacune des neuroneuses d’avoir pris les devants pour faire des liens avec les contributions passées sur des sujets proches!!!
    Les secrets de famille sont effectivement un sujet extrêmement importants, d’abord parce que leur résurgence en terme de symptômes chez les enfants a souvent été décrite de façon incroyablement forte… ensuite parce qu’au delà du secret qu’on a conscience de dissimuler combien de milliers d’autres évènements du passé de nos enfants dissimulons nous (ou nos parents ont-ils dissimulé pour nous) sans en avoir réellement conscience, par peur de souffrir, par envie d’oublier des moments pénibles, de tourner la page…et quelle conséquence sur les enfants?

  5. Pingback: Etre parent, en âme et conscience [mini-debrief] « Les Vendredis Intellos

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