Pourquoi j’ai dit ça ?

Je vous propose de partager un extrait du livre de Isabelle FILLIOZAT  « Au coeur des émotions de l’enfant » qui m’a interpellée.

En effet bien souvent nous avons des exigences vis à vis des enfants, sur les choses à faire tout de suite, les aliments, qui si on y réflechit bien n’ont pas d’autre justification qu’une sorte de réflexe conditionné de notre part.

Exemple :

 »  » Margot, Adrien, allez, on y va. » … je suis à côté de la voiture et les enfants ramassent des marrons sur le trottoir. Ils font semblant de ne pas entendre et continuent leur quête : 

« là regarde, celui-là c’est pour moi !

– Tiens, je t’en donne un dans ta poche »

Je commence à sentir l’énervement monter… quand je me pose la question : « pourquoi diable est-ce que je désire tant qu’ils montent en voiture tout de suite? » Par ce que je l’ai décidé ainsi ? Quelles sont mes raisons ? Nous sommes dimanche, je suis seule avec eux, j’ai décidé de leur consacrer cette belle journée. Il est midi, c’est vrai, la faim ne semble pas les tenailler… Pourquoi donc courrir ? Quelle différence y a-t-il entre ramasser des marrons sur le trottoir, jouer au square, ou faire un tour de manège ? Pourquoi ne pas les laisser à leur plaisir sur ce trottoir ? En plus ça ne coûte rien ! Nous sommes finalement restés une bonne vingtaine de minutes à ramasser de très beaux marrons tout lisses et très brillants »

En lisant ce passage, j’ai eu comme une impression de déjà vécu.

Me revient en mémoire une fin de promenade par un après-midi d’été. Les enfants en avaient assez. nous avions fait le tour d’un étang qui s’était révélé plus long que prévu. Puis à un endroit, la berge était ombragée, nous avons eu envie d’aller au bord de l’eau. Les enfants ont trouvé un petit radeau fait d’une planchette, d’un bout de bois avec une ficelle. Mon premier réflexe « laissez ça, arrêtez de ramasser des trucs par terre ». Puis finalement, ils dégagent ce petit radeau bricolé, le font flotter, … et je les laisse s’amuser environ 1/2 h de plus avec, heureuse de leur plaisir, dans cette pause de fraîcheur au bord de l’eau.

Autre situation :

« La première fois que Margot a désiré manger sa glace en entrée, je me suis entendue dire « Non, la glace est un dessert, on la mange en dernier ». Alertée par le caractère automatique de ma réponse, je me suis posé la question « pourquoi je dis cela ? »  (…) Si nous mangeons du sucré en fin de repas, c’est parce que nous voulons manger alors que nous n’avons plus faim. Pour pouvoir encore manger, il nous faut tromper notre organisme…C’est un usage culturel, une habitude agréable pour la plupart d’entre nous, mais réflexion faite , ce n’est pas très sain . J’ai donc donné sa glace à ma fille.Elle a ensuite très bien mangé tout son repas. Depuis elle mange de temps en temps un fruit, une glace ou un gâteau avant les pâtes ou les haricots verts, mais c’est de plus en plus rare au fur et à mesure qu’elle grandit et respecte naturellement les usages qu’elle voit autour d’elle. » (…)

« En tant que parent, je suis responsable de la santé de mon enfant, mais aussi de sa socialisation. On peut expliquer à un enfant que c’est une convenance sociale, une habitude culturelle, mais il est important de ne pas mélanger les deux enjeux, en assenant par exemple qu’il est nocif pour sa santé de manger le dessert en début du repas.

Il est évident qu’il ne serait pas sain pour un enfant de ne manger que des glaces. Si la glace est trop copieux, l’enfant peut ne pas avoir envie de ses légumes…

N’allez pas vous imaginer que je suis en train de vous conseiller de donner leur dessert à vos enfants en début de repas. »

Je ne rejoins pas tout à fait Isabelle FILLIOZAT sur la gestion du sucré, car ce qui compte surtout c’est la vitesse d’assimilation du sucre qui sera plus lente en fin de repas qu’au début. Mieux vaut donc ne pas s’habituer trop au sucre et en manger un peu en fin de repas.

Mais sur le principe, en effet, pour un enfant qui mange par ailleurs de façon équilibrée, et a de grosses dépenses énergétiques d’enfant, ma foi, pourquoi se cristalliser là-dessus ? D’autant plus qu’en général, si on laisse faire l’enfant, il finit par se plier à l’usage de la famille de lui-même, ce qui est préférable à y être forcé sans raison.

Dans le même chapitre elle donne l’exemple vu dans sur un lieu de vacances de parents qui imposent à leur enfant un cordon bleu plutôt qu’une saucisse qui lui faisait envie, et là, on frise vraiment l’absurde.

Mais si on n’y prend garde, je crois qu’il nous arrive à tous d’imposer des usages qui n’ont pas forcément de raison autre que notre habitude ou nos réflexes conditionnés appris de notre propre enfance.

Et Isabelle FILLIOZAT de conclure ce chapitre par :

« On ne peut pas tout savoir. Mais quand nos enfants font des demandes, pourquoi ne pas les écouter et nous poser la question  : 

POURQUOI JE DIS CELA ? »

Et c’est ainsi que je laisse mon fils allègrement manger du ketchup avec ses frites au Mac Do  (on y va assez rarement, et après tout c’est son plaisir) ou avec ses haricots verts (pour faire passer), ou encore tremper divers aliments dans son verre de coca d’apéro du week end.
Mais par contre quand à la fin d’un repas au Mac Do, je l’empêche de manger le sachet de mayonnaise comme on suce un berlingot de lait. J’ai mes limites :-D !!

Un autre point sur lequel nous ne cédons pas : pas d’écran tant que les devoirs ne sont pas faits.

Et toi ami lecteur, quelles limites poses-tu ? Et pourquoi dis-tu cela ?  ;-)

Phypa

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9 réflexions sur “Pourquoi j’ai dit ça ?

  1. Merci Phypa : tu donnes envie de lire ce livre ! J’ai déjà réfléchi à pas mal de ces idées pré-concues, mais je suis certaines d’en avoir encore pas mal d’autres sans m’en rendre compte alors il va falloir que je lise ce livre ;)

  2. Je suis une fan de Filliozat et tu montres bien l’un de ses principes que l’on retrouve dans tous ses livres : s’interroger sur nos réactions en tant que parents. En se posant cette petite question « pourquoi je dis ça/fais ça », on se détend un peu plus en tant que parent et surtout on apprend à se dégager de l’éducation que nous avons nous-même reçus enfant, en coupant un peu avec un certain automatisme dans la répétition des mêmes schémas.

  3. Pour l’histoire du sucré, je garde toujours une place dans mon ventre pour finir par du sucré ;)
    Je détesterai finir sur du salé :) Mais comme je veux le savourer, je m’arrête de manger avant satiété et pourtant je dis à mes enfants « Pourquoi tu n’as pas mieux mangé à table si maintenant tu veux un dessert ? Tu m’as dit que tu n’avais plus faim !? »
    Mais mes enfants ont eux aussi le droit de faire comme moi.

  4. Merci beaucoup Phypa pour cette contribution!! Moi aussi cet extrait m’a fait beaucoup me questionner… Je me demande même si on n’en avait pas déjà parlé sur les VI… mais j’ai un trou de mémoire?? Madame Sioux peut être???
    Bref, pour ma part, je trouve que l’anecdote que Filliozat raconte à propos des marrons nous fait prendre conscience de toutes ces choses que nous disons par fatigue et par automatisme.. Je trouve ça très sain de s’interroger sur les bases, les valeurs qui sous tendent les règles que nous demandons à nos enfants de respecter…
    Sans compter que l’adaptabilité dont on fait preuve pour proposer à nos enfants des alternatives, des adaptations sans finalement lâcher sur l’essentiel me semble très sécurisant pour eux… une façon de montrer que les cadres imposés ne sont pas des carcans mais des repères aidants…

    Ketchup pour faire passer les légumes, on a fait!! Mouillettes au coca, on a fait aussi!! On a aussi beaucoup lâché sur l’harmonie des couleurs en matière d’habillement.. l’essentiel est que les habits soient adaptés à la saison et à l’activité…!!Sinon comme chez toi, les intransigeances ont trait aux écrans quelqu’ils soient, à la participation à la vie de la maison, au respect et à la non violence dans les paroles et les actes…

  5. J’adore, c’est passionnant ! Les enfants ont déjà tant de frustration à gérer, pourquoi leur en imposer quand elles ne sont pas nécessaires… Et se rendre compte peut-être au passage de tout ce qu’on s’impose à nous-même qui n’est pas forcément nécessaire ??

  6. Pingback: Règles et transgressions (mini-débriefing) « Les Vendredis Intellos

  7. J’ai lu Filliozat, et le même exemple des enfants jouant avec les marrons m’a vraiment frappée et amenée à réfléchir sur ma propre façon de fixer des limites.
    J’ai fait longtemps l’effort d’analyser le pourquoi de mes réponses/réflexes et d’apprendre à être plus souple sur ce qui pouvait l’être, mais je vois une limite pratique à cet exercice : ce qui est possible avec un enfant devient très vite totalement ingérable avec deux, trois ou plus. J’ai conscience que les limites que je pose sont souvent synonymes de frustration pour mes enfants, mais je dois jongler avec le rythme propre de chacun, ses envies etc. ce qui me pousse à adopter pour la bonne marche de la famille des décisions imposées par l’intérêt collectif.

  8. Pingback: Questions autour de la « parentalité positive  et autres notions du même genre {Dossier thématique + bibli des VI} | «Les Vendredis Intellos

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