« Non » ! Mais il le fait quand même…

Depuis plusieurs mois maintenant, certains mots et expressions ponctuent notre quotidien :

  • « non »,
  • « c’est dangereux »,
  • «c’est fragile »,
  • « ne touche pas ça Pti Tonique, c’est pas pour toi »,
  • « j’ai déjà dit que le four n’est pas un jeu !!! » [il joue pas à mettre la tête dedans hein (appelez pas le 119 tout de suite), juste à l’allumer en appuyant sur les boutons car le four est en bas dans notre cuisine – mais il peut pas l’ouvrir !],
  • « Pti Tonique, on ne marche pas sur les livres ! »,
  • « Arrête de taper sur le radiateur, tu vas casser ton jouet » (et aussi le radiateur accessoirement)
  • etc (je vous laisse compléter…)

Bref, heureusement, il y a aussi beaucoup de moments où on se marre, où on discute (si si) et tout, mais c’est sûr que les rappels des interdits sont monnaie courante.
Par moments, on est un peu excédés et les phrases du style « Mais je t’ai déjà dit qu’ON NE JOUE PAS AVEC LE FOUR !!! Tu le sais en plus !!!!!! »  finissent par sortir en même temps que notre patience s’amenuise. Oui, il le sait que c’est interdit, puisqu’après avoir allumé le four, il pointe le doigt dans sa direction en disant « non non non !!! » et qu’il s’en va en courant et en rigolant quand on s’approche (d’ailleurs, il est trop mignon quand il fait ça !!!).

Il le sait MAIS il le fait quand même. Pourquoi ?

La réponse, je l’ai lue il y a quelques temps, quand Pti Tonique avait 10 mois et que je découvrais « J’ai tout essayé » d’Isabelle Filliozat. Je sais que l’enfant comprend l’interdit, qu’éventuellement même, il reproduit le geste à ne pas faire en même temps que l’on explique l’interdit, pour nous montrer qu’il a compris de quoi nous parlions.

Mais il réitère l’action défendue parce qu’il n’a pas encore la capacité de retenir sa main/son pied/sa tête [quand je dis la tête, je pense aux mini bouts qui aiment bien donner des coups de boule et se marrer ensuite – vous en avez pas des comme ça, vous ?].

En effet, la capacité d’inhibition n’arrive que tardivement chez l’enfant. Tardivement à notre goût en tous cas. En attendant, on peut avoir l’impression que l’enfant nous provoque, notamment lorsque l’on constate, comme l’exemple de Pti Tonique ci-dessus, que l’enfant a parfaitement mémorisé l’interdit – ou en tous cas la réponse de ses parents (« NON ! ») en lien avec son action (« allumer le four »), mais comprend-il pour autant ce que l’on attend de lui (à savoir, ne plus allumer le four) ?

Dans le cerveau des enfants de moins de 4 ans, les zones des impulsions (agir, aller vers) et celles de l’inhibition (s’empêcher d’agir, stopper) ne sont pas encore bien connectées ! (page 48, chapitre de 12 à 18 mois)
[…]

Pour l’enfant, il s’agit surtout d’exercer sa coordination motrice. L’action le fascine. Il n’a pas encore la possibilité d’inhiber seul ses impulsions et est tout entier dans l’ici et maintenant de l’action. De plus, il n’a pas d’image mentale stable dans sa tête et ne réalise le résultat de ses actes que lorsque vous intervenez.

Si vous pouvez alors être tenté de croire que l’enfant sait qu’il fait une bêtise parce qu’il semble honteux [ou parce qu’il dit lui-même « non non non » en agissant dans le cas de Pti Tonique !], en réalité, à deux ans, même si vous l’avez grondé pour la même bêtise la veille, il ne s’en souviendra qu’après l’avoir faite.

Ce n’est qu’à partir de quatre ans qu’il pourra se sentir coupable en dehors du regard de l’adulte, c’est-à-dire qu’il aura intériorisé l’image du parent mécontent et percevra le lien entre ses actions et ce mécontentement.

Décrire ce que vous voyez est une bonne façon de prendre le temps de calmer votre émotion en découvrant la bêtise ! Le temps de définir votre objectif « Qu’est-ce que je veux enseigner à mon gamin ? » Et de choisir une option pertinente.  Puisqu’il n’a pas sorti les livres pour sortir les livres, mais pour exercer son habileté motrice, il adorera tout autant remettre les livres s’il y voit une occasion d’exercer ses compétences plutôt qu’une punition. Et pour éviter les bêtises, mieux vaut ne pas laisser un enfant de moins de quatre ans sans surveillance. Son cerveau ne lui permet ni de faire la différence entre bien et mal, ni d’inhiber ses impulsions à agir, et il y a tant de tentations… (pages 67-68 – chapitre de 18 à 24 mois)

 

Selon les expressions que l’on emploie pour formuler l’interdit, il y a aussi le problème de la négation, que le cerveau de l’enfant n’est pas en capacité de gérer avant environ 18 mois.

En interdisant, c’est comme si le parent donnait une consigne. L’enfant entend « ne mange pas ce bonbon » comme un ordre, « mange bonbon », et obtempère rapidement pour ne pas vous fâcher. La négation oblige à deux gestes mentaux : l’évocation, donc la construction d’une image mentale, puis la négation de cette représentation. Le petit enfant ne peut jongler ainsi dans son esprit.
[…] Vous lui simplifiez la vie en lui indiquant ce qu’il peut faire et non ce que vous ne voulez pas qu’il fasse. De plus, il vit dans le présent, inutile d’imaginer qu’il s’en souviendra longtemps. Et encore une fois, malgré son désir de vous faire plaisir, il ne peut encore inhiber ses impulsions à partir de sa seule décision.
(page 49-51 – chapitre 12 à 18 mois)

Au quotidien, l’application n’est pas toujours systématique. Si j’ai tendance à toujours commencer par une négation « ne tape pas sur le radiateur !! », je me reprends la fois d’après et lui proposant plutôt de poser le jouet sur la table et de prendre tel autre jouet pour faire ceci ou cela. Le détournement de l’attention vers une activité dont je sais qu’il l’apprécie fortement est la meilleure parade que j’ai trouvée pour l’aider à cesser sans entrer en opposition et à comprendre rapidement ce que je lui demande de faire. C’est assez basique et ça ne marchera pas toujours mais bon… on s’adapte sans cesse, n’est-ce pas ?

Ce livre, j’y reviens régulièrement, pour retrouver de bonnes raisons d’appréhender ces situations parfois fatigantes de façon sereine. Et je développe la parade du « détournement d’attention », de la suggestion d’effectuer une autre activité plutôt que de demander à mon fils d’arrêter ce qu’il fait – pourquoi arrêterait-il puisque dans l’instant, c’est bien ça qui l’amuse et qu’il n’a pas de meilleure idée en tête ?

Madame Sioux

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10 réflexions sur “« Non » ! Mais il le fait quand même…

  1. Merci pour ton article Madame Sioux, un autre grand classique à garder sous le coude et à relire ou feuilleter à chaque fois qu’on se sent démunis ou sur le point de craquer… ;) Reformuler n’est pas toujours évident, mais à force, ça devient petit à petit naturel… mais ça prend du temps de se délester de ses vilaines habitudes si ancrées par ce qu’on entend partout et notre éducation bien souvent aussi…
    En tous les cas, ce livre est facile d’accès et très pratique au quotidien avec les enfants de moins de huit, neuf ans…

  2. Il faut vraiment que je lise Filliozat !
    Merci pour cet article qui va surement aider beaucoup de monde à mieux comprendre nos enfants (et moi la première !)

  3. Merci beaucoup de ta contribution!!!! Bon bon, je me dis qu’il faut ab-so-lu-ment que je vous fasse un billet pour vous raconter la dernière bêtise irrésistible de PMH et GPL (oui, ils s’associent, histoire de..!)… pas vraiment dangereuse mais péniiiiiible!!!!
    Sur ce, courage avec vos affreux!!

  4. J’ai lu ici et sur ton blog, c’est vraiment passionnant. Merci de nous faire partager ces petites explications ! J’ai mis ce livre sur la liste des prochaines lectures !

  5. Il y a aussi une explication très intéressante à ce problème dans « Retrouver son rôle de parent » (dont j’avais parlé ici il y a un bail : http://www.poule-pondeuse.fr/2008/09/08/hold-on-to-your-kids-1/). Les auteurs expliquent que la capacité de gérer des émotions conflictuelles (« j’ai envie de manger le bonbon » vs « j’ai envie de faire comme papa/maman a dit » par exemple) vient progressivement avec la maturité psychologique. Ce n’est donc pas une mauvaise volonté de l’enfant mais une difficulté réelle de ne pas céder à la pulsion.

    • Merci pour cet article à garder dans un coin de sa tête pour accompagner au quotidien nos petits loups. C’est exactement ce que j’adore dans les VI. Moi j’en ai un qui adorer allumer et éteindre les lumières, continuellement.

      • @juliechall : Pti Tonique a aussi eu sa période « fan des interrupteurs » !! Maintenant, il est plus dans l’électroménager (amoureux de l’aspirateur, il aime aussi le robot culinaire et la machine à café, qu’il veut sans cesse toucher !)

    • J’en suis convaincue. Quelle que soit l’explication, il me paraît effectivement important de retenir que l’enfant n’est pas dans la provocation mais simplement qu’il n’est pas en capacité de retenir son impulsion naturelle… et je pense effectivement que ça s’acquiert avec l’âge, plus ou moins vite selon les caractères des enfants.

  6. Pingback: Règles et transgressions (mini-débriefing) « Les Vendredis Intellos

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