Ou comment être disponible tout en n’étant pas uniquement à disposition

J’ai eu le plaisir de découvrir ce qu’était le continuum récemment après l’envoi d’un extrait par Mme Déjantée (merci encore !), suivi très rapidement de lecture du livre entier. La liste des livres que je regrette de ne lire que maintenant est longue, et celui-ci en fait partie : « le concept du continuum, à la recherche du bonheur perdu » de Jean Liedloff.

Jean Liedloff a passé deux ans et demi dans la jungle d’Amérique du Sud observant (et pas seulement) des tribus ancestrales et authentiques, telles que les Yékwanas. Elle en a dégagé le concept du continuum supposant  que le continuum est la suite des comportements instinctifs que nous adoptons depuis notre naissance avec les gens et l’environnement qui nous entourent dont nous nous sommes, avec nos modes de vie occidentaux, dévoyés.

Une petite fille Yékwana

L’approche de la disponibilité dont doit faire preuve la mère m’a particulièrement touchée : Chez les Yékwanas, la mère ou la personne qui s’occupe du tout petit est parfaitement détendue. Elle vaque à ses occupations et son regard n’est en aucun cas rivé sur lui. Elle est cependant réceptive et disponible à chaque moment où son bébé revient vers elle. Elle n’interrompt pas ses préparations culinaires ou autres tâches, à moins qu’il ne demande toute son attention. Au petit qui cherche le réconfort, elle ne tend pas les bras mais l’accueille calmement dans sa totale disponibilité ou le place sur sa hanche si elle se déplace.

L’idée d’être à la fois disponible à 100% tout en réalisant ses activités d’adulte est proche de la révélation pour moi. Depuis ma reprise du travail, j’avais pris pour habitude de profiter des moments de sommeil de Miniglobetrotteur pour faire les corvées, afin d’être plus disponible quand il est réveillé et de jouer avec lui ou faire ensemble des tâches amusantes (selon moi) telles que de la pâtisserie. J’ai changé peu à peu ces dernières semaines cette approche et nous en trouvons tous les trois plus zen. Mon fils participe en fait à la plupart des tâches, demande à être à la bonne hauteur ou porté et à manipuler. Moi, je relâche la pression que je m’étais mise et m’abstiens des « je reviens vite jouer c’est promis » finalement incongrus.

Lorsqu’il se sépare du corps de sa mère, qu’il commence à ramper puis à marcher, elle n’interfère pas dans ses découvertes (elle ne le « protège » pas). Le rôle de sa mère est d’être disponible lorsqu’il accourt auprès d’elle ou lorsqu’il l’appelle. Ce n’est pas à elle de diriger ses activités, ni de le protéger des dangers qu’il pourrait très bien gérer seul s’il en avait l’occasion. Chaque mère doit faire confiance – autant qu’elle le peut – à l’instinct de survie de son bébé. L’enfant surprotégé et faible est un enfant chez qui la prise d’initiative a été constamment usurpée par une mère bien trop attentionnée.

N’intervenir que sur demande, mais alors intervenir réellement sans outrepasser le besoin exprimé par l’enfant. Selon les cas, nul besoin pour autant de stopper toute activité mais porter son enfant en continuant. Être « seulement » disponible induit pour le parent d’avoir et de montrer une confiance réelle dans les capacités de son enfant. Et le respect total de son rythme et de ses besoins. Ce qui me semble en revanche le plus difficile à appliquer, c’est de ne finalement pas solliciter de bisous ou de câlins, de n’en faire que lorsque l’enfant est demandeur. Probablement à cause de mon propre continuum dévié, non ?

Miniglobetrotteur

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18 réflexions sur “Ou comment être disponible tout en n’étant pas uniquement à disposition

  1. Ce livre doit être intéressant, ce n’est pas la première fois que j’en entends parler. En fait, avec un enfant, j’ai envie de dire qu’on est toujours sur son dos à anticiper ses moindres besoins (que peut être on lui crée du coup ?). A l’arrivée de ma deuxième, j’ai d’abord culpabilisé de la laisser plus souvent « dans son coin », mais quand je vois qu’elle n’en ait pas moins épanouie, et bien j’en arrive peut être à la même conclusion que dans ce livre.
    Effectivement, ma deuxième me semble plus autonome, a plus le désir de faire seule. Elle n’en est pas moins câlinée et aimée. Cela fait longtemps que nous avons remarqué que nos deux filles sont câlines mais différemment. La première veut bien recevoir des câlins, mais vient rarement en faire d’elle-même. La seconde s’impose pour faire un câlin et vient les chercher. Je mettais cela sur le compte de personnalités différentes mais finalement cela vient peut être, selon ce que tu nous dit, d’une différence dans leur éducation. Pour la première, nous étions à sa disposition, pour la seconde nous étions juste « disponible » si elle en avait besoin. On verra bien ce que cela donne par la suite !

    • Ce que tu racontes est très rassurant pour les primipares comme moi qui se demandent comment gérer avec moins d’attention disponible pour le deuxième. Et en effte, maintenant que j’y pense, j’ai souvent entendu des deuxièmes qu’ils étaient davantage autonomes, tout viendrait donc de là…

  2. Ce livre est un trésor à lire et relire… je pensais en faire un article mais c’est fait alors bravo ! ;) cet ouvrage est très riche de sens, à offrir à toutes les futures mamans et à tous les parents :)

  3. Ça a l’air génial ce livre!
    J’ai vraiment hâte de déménager, d’avoir une maison adaptée à Surprise pour pouvoir le laisser crapahuter en toute sécurité, parce que pour le moment, je ne peux pas trop appliqué ces conseils, vu l’agencement de la maison actuelle…

  4. Très bel article! Et finalement qui va dans le même sens que le travail d’Emmi Pikler, sur le développement moteur, dont je parlerai prochainement… super! merci beaucoup.

  5. Un livre fort intéressant ! C’est exactement la réflexion que je mène en ce moment : être disponible sans être à disposition, faire mes tâches quand ma zouzou est éveillée (elle m’aide !!) ne pas arrêter tout ce que je fais tout le temps pour uniquement jouer avec elle. Et..ça marche très bien.
    Quant aux câlins, quand je lui en demande, elle se gêne pas pour me dire non ^_^ Merci pour cette participation :)

  6. J’aime beaucoup cette façon de voir, et cela rejoint je crois ma façon de faire avec mon fils.
    Depuis qu’il rampe, je le laisse explorer l’appartement. On a sécurisé tout ce à quoi on a pensé (produits dangereux, électricité etc). Je garde un œil sur lui car j’ai tout de même peur d’avoir oublié quelque chose. Mais tant que ce qu’il fait ne lui fait pas courir de danger je le laisse faire. S’il tente de se lever après un objet qui bouge je le laisse faire, ou je reste juste pour parer ce qui me semble être un risque de chute vraiment douloureuse. Je me dis que comme ça il apprendra les choses sur lesquelles il peut compter pour se dresser.
    Il s’occupe très facilement seul alors tant qu’il ne demande pas, la plupart du temps je n’interviens pas.
    J’aime beaucoup cette idée de « bienveillance détendue ». Je crois que je vais mettre ce livre sur ma liste des lectures à venir. Merci de nous en avoir fait part :D

  7. Pingback: Les vendredis intellos : quelques billets qui m’ont plu cette semaine. « Ne crie pas !

  8. Merci de ton article!! Merci aussi d’avoir accepté de nous présenter cet extrait et ravie que le livre t’ait séduite!!!
    J’ai moi aussi trouvé cette façon d’envisager l’articulation entre respect des besoins de l’enfant et nécessités matérielles très intéressante…!
    Personnellement, je me suis beaucoup questionnée après avoir passé une après midi au parc avec les enfants: je les voyais monter, grimper, sauter, faire un tas de trucs relativement risqué sur le plan de la probabilité de chute… je les laissais faire parce que je m’estimais dans un lieu dédié à cela et protégé… et constatais que les accidents étaient très peu nombreux au regard de la quantité d’enfants présents et de la hardiesse de leurs explorations… Je me suis rendue compte que dans nombre de cas (là est la question de savoir les déterminer!!), les enfants étaient en mesure de connaître leurs limites et de ne pas se mettre en danger…Et qu’il ne servait à rien qu’à les entraver de chercher à être « à disposition » en permanence…
    Après, je pense qu’il y a beaucoup d’éléments contestables dans ce livre… J. Liedloff prétend d’une manière ou d’une autre présenter le fonctionnement « naturel » de l’homme au travers de son concept du continuum et du mode de vie de ces indiens… Il me semble que cela va assez à l’encontre des présupposés des ethnologues qui montrent justement que l’homme « naturel » n’existe pas… quand bien même il existerait des tribus inexplorées, il ne se trouve pas parmi elles… Elles font aussi partie de la « culture »…Bref, certains éléments m’ont laissée perplexe mais ses propositions éducatives méritent amplement d’être réfléchies!!!

  9. Oui encore une lecture intéressante, qui apportera quelques pistes à la question que je me pose aussi : comment être disponible pour répondre à ce qui est un réel besoin , mais ne pas se faire bouffer complètement ??

    Et la question de fond, comment concilier notre mode de vie occidental avec le soin des enfants ?? Tout un programme de société !

  10. Pingback: Artikeul-Roll pour les Vendredis Intellos > #1 « Sauterelle Box

  11. très intéressant ! par contre mon Numéro 3 pèse très très lourd et quand je le porte, je ne tiens pas très longtemps et j’ai un peu du mal à éplucher mes légumes avec lui dans les bras … je n’ai pas très envie de ressortir l’écharpe de portage qu’il s’empressera de vouloir quitter dés que je l’aurai installé …
    mais quand même, ça me fait écho

    • Je ne peux pas porter mon fils, alors j’ai adapté l’idée en faisant mon activité à son niveau (table basse par exemple) ou en le mettant à côté de moi dans sa chaise haute. Il manque le contact, mais on le trouve à d’autres moments, et ça fonctionne plutôt bien

      • Oui en effet le poids est à prendre en compte… C’est une bonne idée de se mettre plutôt à sa hauteur. Moi j’avoues quand je fais la vaisselle, je l’assois sur la machine à laver à côté pour qu’il voit, limite côté scéurité mais il reste assis très sagement, même encore maintenant…

  12. Pingback: Aider nos enfants à devenir ce qu’ils veulent devenir [mini debrief] | Les Vendredis Intellos

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