Etre femme, être mère, ça reste un combat [mini-debrief]

Les femmes d’aujourd’hui, dans nos sociétés, demandent à être respectées, à pouvoir travailler et être mères, à ne plus être cantonnées aux clichés de la mère-qui-fait-tout à la maison. En fait, les combats que nous menons aujourd’hui font logiquement suite à ceux menés par nos mères et nos grand-mères, bien qu’ils aient été autrement plus durs à mener à des époques où même le droit de vote n’était pas donné aux femmes et où l’IVG était un crime.

Aujourd’hui, penchons-nous sur les clichés hommes-femmes, sur le droit au respect et au choix (le droit de disposer de son corps, aussi) en matière d’accouchement. Et d’abord et avant tout au droit d’être mère et de travailler, ce droit tellement facilement bafoué dans un pays qui, officiellement, protège les salariées enceintes…

Kawine rappelle donc que l’un des premiers combats des femmes contemporaines est de pouvoir avoir un enfant sans perdre son travail. L’exemple choisi est celui des danseuses, profession dans laquelle déformer son corps est particulièrement mal vu et peut entraîner une rupture de contrat. Le droit d’avoir un enfant pour les danseuses de la compagnie de l’Opéra de Paris n’est d’ailleurs pas si ancien ! Ailleurs, tout dépendra de la hiérarchie. Mais de toute façon, elles craignent toujours de perdre leur emploi précaire : pour la plupart elles sont intermittentes du spectacle. Ce qui, comme les autres emplois précaires, ouvre difficilement des droits au congé maternité et au chômage si nécessaire.

Pour sortir de cet exemple précis, où la question du corps est au moins aussi sensible que celle de la précarité, combien de femmes ont été remerciées par leur patron quand celui-ci a appris leur grossesse et qu’il avait la possibilité de les virer légalement (CDD non reconduit, mission d’intérim qui prend fin, période d’essai ou, pire, faux plan de licenciement dans lequel on glisse la femme enceinte – au milieu des autres, on se dit que ça ne se verra pas qu’elle avait envoyé sa déclaration de grossesse la semaine d’avant) ? Je fais partie de ces femmes. Plus généralement encore, à combien de femmes pose-t-on cette fameuse question illégale mais quasi incontournable en entretien d’embauche : « Comptez-vous avoir un enfant dans les prochaines années ? »

Le combat des femmes pour avoir le droit d’être des mères actives est loin d’être terminé. Pour celles déjà en CDI au moment de la grossesse, la perte sera moindre (peut-être rien, peut-être un frein dans la carrière dû à l’absence longue de plusieurs mois). Mais pour toutes celles, nombreuses, qui sont des salariées précaires, c’est souvent le chômage.

Une fois enceintes et fixées sur leur situation professionnelle (ou pas), les femmes désirent aussi être entendues dans leur projection d’accouchement, de suivi de grossesse, de soutien. Certaines n’ont par exemple pas envie de se trouver cinq jours en maternité car elles font l’erreur d’être des primipares et que, du coup, le personnel médical (tellement qualifié en tout et tellement meilleur maman qu’elles) les considère comme des faibles malades à qui il faut donner des méthodes et un mode d’emploi de leur enfant. D’autres préfèreront ce soutien, parfois (même si trop rarement) humain et mesuré, et seront donc ravies de rester autant de temps. Mais pourquoi les premières n’ont-elles jamais vraiment le choix (si elles quittent la maternité contre l’avis du personnel, même si tout va bien et qu’elles se font suivre à domicile par une sage-femme libérale, elles seront l’objet d’un signalement aux services sociaux) ?

Ce combat-là, celui pour être libre, pour avoir le choix, commence à être entendu. Mum and wild nous parle ainsi du Programme d’accompagnement d’accouchement à domicile (Prado), actuellement expérimenté dans plusieurs départements. Il est encore discutable, sans doute, dans sa mise en oeuvre, mais gageons que cette expérimentation sera l’occasion de l’améliorer avant une généralisation souhaitable. Non pour obliger les femmes à rentrer chez elles plus tôt, ce qui est de toute façon déjà le cas dans les maternités plus regardantes sur le nombre de lits libres que sur les besoins des jeunes mères, mais pour donner le choix aux femmes. Car ce qui compte avant tout, c’est d’avoir le choix : rester en maternité ou rentrer chez soi avec un suivi par une sage-femme libérale. A titre purement personnel, j’aurais voulu avoir le choix, afin d’éviter d’avoir des envies de meurtre du troisième au cinquième jours de mon séjour.

Enfin, comment ne pas parler de ce combat qui commence à rencontre un certain écho : celui qui consiste à estomper les clichés sur les sexes et ce qu’on leur attribue. Femme, rose, ménage, repassage, couches, cuisine. Homme, bleu, travail, bricolage, ordinateur, journal (s’il est lettré), télé. Dès le plus jeune âge, nous influençons nos enfants. En témoigne ce père qui, en riant, disait qu’il achèterait bien un aspirateur à sa fille (de 10 mois) si elle marchait, mais certainement pas à son fils (de 6 ans) car ce ne sont pas des trucs de garçons. Voyons, voyons.

Phypa aborde ce souci des clichés en nous parlant d’un livret qui permet de voir comment les enfants sont conditionnés. Passionnant. Mais révoltant, parce qu’en effet on ne peut que se rendre compte que les clichés ont la vie dure malgré les combats féministes et une tentative de la part des nouveaux pères d’assumer plus de choses autrefois réservées aux femmes (tentative, ai-je dit, et ce n’est pas une erreur, j’en parlerai avec un article intéressant, ce vendredi si je le peux).

Il y a beaucoup de travail encore. Bien sûr les choses ont changé, bien sûr les combats féministes du passé nous offrent déjà beaucoup au présent. Mais il faut encore et toujours se battre.

Cécilie

3 réflexions sur “Etre femme, être mère, ça reste un combat [mini-debrief]

  1. Merci pour ce debrief’ sur un thème bien sensible. Sur un marché du travail aussi tendu, pas étonnant que ce soient les plus faibles qui trinquent… Dur d’être mère active en 2012. Je ne suis pas sûre que les femmes soient les seules à souffrir des stéréotypes ; sans doute beaucoup d’hommes ne se retrouvent pas dans les rôles que la société leur fait jouer. Raison de plus pour continuer ce combat !

  2. Merci beaucoup de ton débriefing!!! Ah je me doutais bien que ce thème était fait pour toi…mais je n’avais pas imaginé à quel point!!!!
    J’espère que nous évoquerons encore souvent ces différents éléments… les VI aussi sont un lieu de lutte, pacifique et respectueuse certes, par les idées certes, mais lutte tout de même!! ;)
    Encore Bravo!!!

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