Parents imparfaits : et alors ? {mini-débrief}

Être un parent parfait : un doux rêve – utopie serait plus juste – que quelques unes d’entre nous caressent (ben oui, qu’est-ce qu’on fait toutes là à nous remuer les méninges tous les vendredis hein ?).
La presse, la société nous pousse dans ce sens. Être mère, amante, femme, employée modèle, assurer ses 15 casquettes sans rouspéter puisque, après tout, on l’a bien voulu. Ben oui, notre libération, à nous, les femmes, faut bien qu’on l’assume hein.
Parfois même notre histoire personnelle nous pousse à idéaliser le rôle du parent, (et surtout de la mère) : « C’est juré, je ne ferais JAMAIS les mêmes erreurs que mes parents. »

Et forcément, c’est là que le bât blesse.
A vouloir bien faire, on peut se planter. Le mieux est l’ennemi du bien non ?
Et du coup, on culpabilise.
Le second prénom de la mère est culpabilité.
Nous SOMMES culpabilité.

Et cette semaine, Clem La Matriochka dit STOP ! (in the name of love) Et elle a raison ! On passe notre temps à s’auto-juger ! Et à culpabiliser ! Mais par pitié, arrêtons ! Car comme elle le souligne, à trop culpabiliser, on dénature même l’intérêt de l’existence de ce sentiment. D’ailleurs, est-ce normal de culpabiliser ? N’est-ce pas là la marque de l’éducation, de l’ancrage intense de dogme en nous ? Je me demande vraiment si ce sentiment si commun est finalement si naturel et ne constitue pas une invention de la société et notamment de l’église : le bien, le mal, le paradis, l’enfer, tout ça tout ça. Mais je m’égare. Quoi qu’il en soit, Clem La Matriochka partage avec nous les écrits de la non moins célèbre Isabelle Filliozat. Elle aurait écrit dans Il n’y a pas de parent parfait un paragraphe qui s’appelle « ne pas culpabiliser ». C’est bizarre mais je n’ai jamais remarqué ce chapitre dans mon « presque » livre de chevet. La culpabilité sans doute qui entrave mon discernement.

D’ailleurs, Notre Bulle à Nous finit de mettre à bas les tabous autour des joies de la maternité pendant la grossesse et au début de la vie du petite d’homme à travers le film « Un heureux événement », adaptation du roman éponyme d’Eliette Abécassis  : n’y a-t-il pas d’événement dans la vie d’une femme plus emprunt de l’obligation d’être heureuse et parfaite ? Y a-t-il un événement générateur de plus de culpabilité pour la mère ? Car on ne nous prévient pas du bouleversement incroyable que représente la venue au monde, dans notre monde, d’un petit être tant voulu. On ne nous dit pas que c’est dur, violent parfois, déroutant, déstabilisant, que l’on ne sera plus jamais la même. Mais surtout que c’est fatiguant, très fatiguant. Cela nous fragilise et fausse l’appréciation objective de notre parentalité. Julie se confie et nous fait part de son expérience, touchante, et presque universelle. Je me souviens moi-même des premières semaines, une fois le papa retourné au travail après 11 petits jours de congé paternité, à quel point j’ai pu me sentir seule, démunie et… incapable de gérer ce petit bébé correctement, « comme il faudrait ».
Et pourtant, si on nous le disait, le croirions-nous ? Avant d’avoir un enfant, j’ai lu un tas de livres portant sur la maternité. J’avais lu celui-ci d’Eliette Abécassis. J’en étais ressortie abasourdie, retournée et je n’avais… tout simplement pas compris le livre. Je le trouvais noir, obscur, négatif. Je ne pouvais pas le comprendre parce que je ne savais pas ce que c’était d’être mère. Je pense même qu’on ne peut pas le comprendre et ce, dans l’unique but de laisser la possibilité à l’humanité de se reproduire. Si on savait, je ne suis pas sûre que l’envie primerait sur la… terreur. La seule chose qui pourrait faire avancer le débat et le sentiment de culpabilité des mères et futures mères c’est juste d’arrêter de les regarder avec des yeux de chouettes sous LSD quand elles disent que c’est dur, qu’elles sont épuisées ou qu’elles ne se sentent pas bien enceintes. Peut-être ça pourrait aider.

Et puis au final, on le sait qu’on n’est pas parfait, et on finit pas se dire que c’est presque tant mieux : au moins, on laisse une chance à nos enfants de faire mieux que nous ! Car franchement, d’un point de vue psychologique, si les enfants ont besoin de parents solides, n’est-il pas bon pour eux de les voir un peu imparfaits, juste humains ? Comment pourraient grandir des enfants éblouis par la perfection de leurs parents ? Impossible de grandir et de se dire que l’on pourrait les égaler non ? (En tout cas c’est ce que je me dis… pour me déculpabiliser… tiens, revoilà la culpabilité !)

Et puis qu’est-ce qui nous fait culpabiliser aussi, nous, les parents un peu maso ? Ben de voir comment font les autres. C’est une règle d’or : ne jamais regarder comment nos voisins éduquent leurs mômes. JAMAIS ! Encore moins les pays voisins ! Pourtant C-cilou l’a fait et nous parle de la lubie des Allemands pour la célébration des anniversaires. Un article qui fait rudement culpabiliser (non, je plaisante). Mais en tant que parents, le moment de l’anniversaire est particulièrement important : pour l’enfant, une manière de montrer qu’il grandit et devient de plus en plus autonome, et pour les parents, qui se remémorent la larme à l’œil la naissance de leur enfant chaque année. En somme, un jour qui doit être parfait, fêté en famille ou entre amis. Une sacrée pression que l’on se met… Outre-Rhin, c’est pire : il y a presque des règles auxquelles on ne peut déroger pour célébrer un anniversaire. Finalement, nous, les Françaises, avons de la chance. Un poids en moins dans la déjà lourde besace de la culpabilité.

Enfin, Conseils éducatifs soulève la délicate question de la garde alternée, THE question qui fait débat… et qui a fait débat en ces Vendredis Intellos. De la culpabilité en veux-tu en voilà. Déjà, t’es parent, tu divorces, tu culpabilises : de ne pas donner un foyer uni à ton enfant, de peut-être le faire souffrir, de lui montrer l’exemple d’un couple désuni (rayer la mention inutile et compléter si besoin). Puis quand se pose la question de « qui garde les enfants », là, la culpabilité atteint des sommets. Il faut penser au bien de l’enfant et en même temps on ne peut pas se priver de son rôle de parent et priver l’enfant d’un de ses deux parents. Donc en plus de cette séparation très difficile à gérer, il faut faire un choix qui va être primordial pour le vécu de l’enfant dans cette séparation : culpabilité bonjour, que puis-je faire pour vous ? (Personnellement, la garde alternée par défaut dans un divorce permettrait juste de faire des économies à la justice en instaurant un mode de garde que peu de gens auront le courage de contester.) Et si les parents pouvaient décider, au moins des interlignes dans leur mode de garde ? Et si on pouvait imaginer que ce n’est pas la justice qui en déciderait, sinon un conseiller : dans justice, il y a une valeur de jugement, catalyseur à culpabilité. Dans conseiller… il y a conseil. Quand mes parents ont divorcé, j’étais en âge de choisir. De choisir si je préférais me couper un bras ou une jambe. Et au final, la garde alternée ne m’aurait pas non plus plu : après avoir vécu chez ma mère, j’ai préféré partir chez mon père. Cela était vital pour moi. Et puis le vrai débat, n’est pas sur le temps de garde de chaque parent, temps qui idéalement selon la justice devrait être égal, mais peut-être sur la qualité des relations entre père et mère. La justice devrait à mon sens travailler à l’entente des parents, ce qui sera profitable à l’enfant. Et puis, qui, dans la vie de couple encore uni, peut dire que la mère passe 50 % du temps avec son enfant et le père les 50 % restants ? Une question délicate qui mérite vraiment réflexion… et dont la réponse me semble propre à chacun, chaque histoire. Nul ne peut dire ce qu’il pourrait faire si cela lui arrivait en tant que parent ou comment il l’aurait vécu en tant qu’enfant.

Bon, on l’aura compris : la culpabilité ne sert à rien à part nous faire du mal. Elle ne fait pas avancer le débat. On est imparfait de toute manière, et alors ?

Kiki the Mum

4 réflexions sur “Parents imparfaits : et alors ? {mini-débrief}

  1. Merci beaucoup Kiki pour ce beau débriefing!! Tu as parfaitement synthétisé tout en mesure et en pertinence la diversité des points de vues très nombreux et riches qui se sont exprimés dans les commentaires de ces différentes contributions!! Merci aussi de nous avoir fait partager ton expérience et de nous avoir donné ton avis…
    Je suis absolument qu’il faille poursuivre sur les VI la réflexion sur la question du divorce, des modes de garde et de la famille recomposée… Nous ne tentons pas péniblement de nous extraire de la culpabilité qui pèse sur les mères pour que celle-ci s’en prenne à une autre catégorie de population!!!
    Quant à l’origine de la chose et l’influence de la culture judéo-chrétienne, je n’en sais rien, mais je chercherai bien un Guest! ;)

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