Après un billet très généraliste sur la garde alternée en début de semaine, j’ai eu envie de confronter deux points de vue radicalement opposés, publiés tous les deux sur Le Monde.fr :
A qui profite la garde alternée ? De Bernard Golse, pédopsychiatre et psychanalyste
Favorisons la garde alternée dans l’intérêt de l’enfant, de Richard Walter, délégué SOS Papa Loiret, une association qui milite pour les droits et devoirs des pères
Les deux articles sont passionnants, et les arguments des uns et des autres compréhensibles. D’un côté, des pères s’opposent à se retrouver écartés de l’éducation de leurs enfants,  tout au moins du point de vue du temps passé avec eux, de l’autre un pédopsychiatre s’inquiète de la mise à l’écart de l’intérêt de l’enfant au profit de celui des parents.

Et puis, j’ai lu en détail une proposition de loi visant à favoriser la garde alternée en cas de séparation des parents, du 18 octobre 2011, et j’ai tenu à vous donner quelques extraits de l’introduction et à y réagir un peu vivement, tellement ce texte m’est apparu grossier, réducteur et nuisible au discours pro-garde alternée. Je vous invite à le lire en entier, ici ça aurait fait un peu long !

Le législateur a progressivement établi l’autorité parentale conjointe en 1987, puis en 1993, faisant une place concrète à l’idée de partage de l’autorité parentale au bénéfice des deux parents, mariés ou non, en couple ou séparés. Ce principe consacre l’idée selon laquelle il est nécessaire pour l’enfant de bénéficier de la présence de ses deux parents.

Non mais je rêve, c’est une grande nouvelle ! Mais le principe d’une séparation, c’est justement que tu ne veux plus vivre avec l’autre !

De plus en plus d’enquêtes sociologiques révèlent la multiplication de situations de mères ou de pères ayant perdu tout contact avec leur enfant à la suite d’une séparation de fait, de corps ou d’un divorce.

Est-ce que des pères qui laissent tomber leurs enfants de cette façon auraient été prêts à accepter et gérer une garde alternée, j’en doute. Et quelles enquêtes, quels chiffres ?

Alors que les séparations ne cessent d’augmenter, nous rencontrons nombre d’enfants qui rejettent un de leur parent sans raison apparente. Questionnés par des spécialistes, ces enfants ne parviennent pas à expliquer les causes de ce rejet, mais expriment des sentiments de haine à l’égard du parent vu comme « fautif », traduisant par là-même une grande souffrance.

Quel nombre d’enfants ? Ce sont les psys qui fournissent des stats ? Et je ne vois pas en quoi la garde alternée garantit une bienveillance des parents l’un envers l’autre, et en quoi elle prévient ce « syndrome ».

Les statistiques récentes soulignent que les enfants élevés principalement par un seul parent sont plus enclins à sombrer dans la délinquance que la moyenne.

Non mais c’est une blague ! Si vous divorcez, vos enfants deviennent délinquants, démontré par a + b … Et quelles statistiques ? C’est confondre familles monoparentales, dans lesquelles il n’y a jamais eu de 2ème parent, ou bien il y a eu un décès, et couples qui se séparent et continuent d’élever leurs enfants à deux, même un week end sur deux. Que disent les statistiques sur les couples séparés ou divorcés dont un parent a la garde et dont l’autre parent est présent ? Ils deviennent eux aussi des délinquants ?

De nombreux pédopsychiatres ont souligné la présence nécessaire des deux parents au quotidien, afin de préserver l’équilibre de l’enfant, en fonction notamment de son âge.
Certains spécialistes évoquent l’âge minimal de 2 ans et demi pour que la résidence en alternance profite à l’enfant.

2 ans et demi ??? Qui a dit ça ? Des spécialistes de quoi ? Mais c’est nier toute la psychologie de base, et j’ai du mal à croire que des pros tiennent ce discours (pourtant c’est le cas …)

Par ailleurs, une tribune cosignée par Serge Hefez, Responsable de l’unité de thérapie familiale à la Pitié-Salpêtrière et Jean-Pierre Olie, Chef du Service Hospitalo-Universitaire au Centre Hospitalier Saint-Anne, fut publiée dans Le Monde en novembre 2010 interpellant la société avec le titre suivant : Résidence en alternance, le débat peut-il s’ouvrir ?

Voici le lien vers cet article, qui invite surtout à se questionner, plutôt qu’à définir la garde alternée comme mode de garde par défaut : « La question n’est pas de généraliser la résidence alternée mais de remettre l’enfant au centre du débat »

La résidence alternée résulte d’un long cheminement du droit, des mentalités et de notre société. Aujourd’hui, 80% des pères assistent à l’accouchement, 70 % prennent leur congé de paternité. Les pères assument 40 % des taches éducatives et soins aux enfants alors que les hommes travaillent à plein temps dans 95 % des cas.

Et alors ? Et d’où viennent (encore) ces chiffres ?

Une enquête d’Études et Statistiques constate qu’en cas de désaccord, la résidence en alternance est rejetée dans 75 % des décisions définitives et deux fois sur trois pour les décisions provisoires. Inversement, cette enquête démontre qu’en cas de non-opposition de l’autre parent à celui qui souhaite la résidence alternée, le juge approuve dans la majorité des cas cette solution.
Selon les données du Ministère de la Justice, au cours de l’année 2009, seuls 21,5 % des divorces par consentement mutuel, et moins de 14 % de l’ensemble des divorces prononcés sur le territoire français, ont donné lieu à la résidence alternée pour l’enfant.

Dont une grande partie était peut-être d’accord sur le mode de garde …
On est un peu noyé dans les chiffres, dont les sources varient. Ce qui serait intéressant, c’est de savoir combien couples sont d’accord pour une garde alternée, et de prendre une peu de recul sur le « taux de réussite » : combien changent d’avis,  combien d’enfants deviennent délinquants (ah ah ah), mais un recul d’à peine 10 ans me semble un peu juste.

C’est pourquoi, il semble tout d’abord important de promouvoir la médiation familiale qui demeure aujourd’hui peu utilisée. En effet, même si le champ de la médiation a été considérablement étendu par la loi du 26 mai 2004, les résultats restent timides : en 2008, 4 857 mesures judiciaires ont été confiées à des médiateurs familiaux soit 5 % des conflits.

On pourrait compter les thérapies de couple, les thérapies familiales, les suivis au CMP des enfants, qui, même si elles ne rentrent pas dans un carde légal, participent à cette médiation.

En effet, la résidence alternée est difficile à mettre en place car une prime est donnée au parent qui y est le plus réticent.

C’est quoi, cette prime ? La pension alimentaire ?

Par conséquent, il nous faut être dissuasif à l’égard du parent qui prend le risque de rendre son enfant otage d’un conflit dont il est innocent. La prolongation des conflits familiaux a, sur le comportement de l’enfant, des conséquences importantes en termes de santé publique ou de défaillances scolaires.

C’est bien l’intérêt de la séparation !!!

Bon, je m’arrête là, j’aimerais juste que cette proposition soit lue, que chacun puisse donner son avis, et s’appuyer sur de vrais arguments. Je comprends la difficulté de décider de la meilleure solution pour les enfants après une séparation, mais je suis persuadée que ce genre de discours moralisateur et culpabilisant nuit au débat …

Elodie, du blog Conseils éducatifs