Et si on parlait de la mort à nos enfants ? – Mini-débriefing

J’ai souvent entendu, et remarqué quelquefois, que les enfants ont un rapport plus simple à la mort que les adultes. Est-ce parce qu’ils ne comprennent pas ou parce qu’au contraire, ils sont plus sages ? Ce n’est jamais si simple, cela dépend du caractère de l’enfant, de son vécu et bien entendu, de son âge. Je ne peux m’empêcher de citer Isabelle Filliozat dans Au coeur des émotions de l’enfant :

Selon son âge, le mot mort ne représente pas tout à fait la même chose. On dit que les enfants n’acquièrent l’idée de la non-réversibilité de la mort qu’aux alentours de neuf ans. Ce n’est pas une raison pour leur raconter des fadaises.

Ce n’est jamais une bonne raison de raconter n’importe quoi aux enfants de toute façon. Mais en ce qui concerne la mort, ce peut même être dangereux. Je continue ma citation :

Les enfants savent, sentent. Il est inutile de leur cacher quoi que ce soit. Si vous le faites, d’une part, ils risquent de paniquer, d’autre part, ils peuvent perdre leur confiance en vous. Quelque chose de caché, de secret, fait bien plus de mal que quelque chose qui peut être dit.

Les psychologues le savent maintenant de façon certaine, la vérité fait toujours moins mal. Toujours, même si elle est très douloureuse à entendre.

Expliquez-lui bien (…). Les enfants se sentent facilement responsables de tout ce qui advient à leur entourage.

C’est ce dont témoigne Maman Dragon à partir du livre La petite soeur de Virgile d’Edwige Planchin, l’histoire d’un petit garçon dont la soeur est morte avant même de naître. L’idée est d’expliquer la mort à Virgile, de l’aider à faire le deuil de cette soeur qu’il n’a jamais connu et de pouvoir avancer. Ne rien dire serait pire. On le sait, les tabous causent énormément de mal. Laissons l’enfant comprendre ce qu’il peut comprendre et l’accompagner pour le reste du chemin.

Sauterelle Box, en nous parlant des peurs de l’enfant (la mort serait, selon l’article qu’elle cite, dans le « top 5 »), montre qu’il nous faut être attentif et ne jamais se moquer. Si la peur est utile (pour la survie de l’espère au départ et pour le développement de la confiance en soi), elle doit être entendue. Il n’y a certes pas que la peur de la mort qui occupe l’enfant mais cette peur, nous l’avons aussi. Il nous est donc plus difficile de rassurer nos enfants. Pourtant, c’est un bon début pour en parler et faire en sorte que ce ne soit pas un tabou.

Pour commencer, il faudrait les aider à faire la différence entre le réel et l’imaginaire, comme l’explique MissBrownie, notamment dans les films. Il n’est pas facile pour un enfant de faire la part des choses. Je serai d’avis de ne pas montrer de choses trop violentes (où les acteurs meurent en particulier) avant un âge bien avancé, quand il sait vraiment faire la différence. Et encore. Moi-même parfois je suis très affectée en regardant un film, je devrais m’interdire de regarder, je crois ! Bref, MissBrownie propose de faire comme pour les contes, ajouter une formule avant le film, une autre après pour revenir dans le réel.

Il y a de nombreuses façons d’accompagner nos enfants, de nombreuses idées pour les aider à surmonter leurs peurs. La première est d’écouter nos propres peurs, de chercher à les surmonter. Nous aurons toujours peur de quelque chose. Nous ne pourrons jamais échapper à la mort de nos proches, nous ne pourrons jamais nous y préparer. Mais nous pouvons en parler, lui donner une place pour mieux l’accepter.

En ce qui concerne la mort, je crois que, si nous pouvons aider nos enfants, nous avons beaucoup à apprendre d’eux. Ecoutons-les !

Clem la matriochka

7 réflexions sur “Et si on parlait de la mort à nos enfants ? – Mini-débriefing

  1. Merci beaucoup d’avoir accepté de prendre en charge ce mini-débrief sur un sujet difficile dont j’espère qu’il donnera lieu à d’autres contributions sur les VI…
    Merci aussi d’avoir fait l’effort de nous donner à lire cet extrait de Filliozat très éclairant!!!

  2. Un excellent livre pour enfant à ce sujet, écrit par une collègue à moi : « à quoi ça sert de vivre si c’est pour mourir à la fin ? »

    une excellente façon de parler de la mort aux enfants … et de parler du coup aussi des plaisirs de la vie ;-) …
    A lire !

  3. Ah, j’arrive après la bataille…. (c’est ma première contribution aux VI).
    J’ai perdu ma maman lorsque mon fils avait 6 mois, cela faisait 9 mois qu’elle était malade. Nous l’avons accompagnée jusqu’au bout, et mon fils a vécu ce tragique moment avec moi, in utero, d’abord, puis jusqu’à ces 6 mois.

    Le problème, lorsque l’on est confrontée à la mort elle même, n’est pas tant de gérer son enfant, mais sa propre douleur. nos enfants absorbent tout, et on a beau s’échiner à tenter de les préserver en étant le plus transparent possible, ou en parlant ouvertement, en l’amenant voir la personne à l’hôpital, tant que la maman (ou le papa) est submergé de tristesse, de douleurs, tant que l’adulte est encore dans le deuil, les répercussions sont inévitables….

    • peut-être est-ce justement quand on s’échine à les préserver qu’on crée des le plus de répercussions.

      Les enfants sentent très tôt qu’il y a un sujet profond, inquiétant et très tôt ils se posent des questions. Essayer de prendre sur soi et les préserver ne peut que les inquiéter davantage : quel est donc ce sujet tellement inquiétant que mon parent n’ose même pas me dire ce qu’il ressent à ce sujet ?

      Les enfants sentent notre émotion ; tenter de la cacher, de faire comme si on ne la ressentait pas est angoissant aussi pour eux. Là encore cela ouvre pour eux la question : « qu’y a-t-il là de si dangereux qu’on ne veuille même pas m’en parler ? ».

      La mort fait partie de la vie ; être triste de la mort de qq est normal, légitime et sain. Prendre le temps de pleurer ce qu’on a perdu est important. Les enfants ont besoin pour affronter les deuils et les tristesses futurs de savoir que c’est une réaction saine et normale … et ils le comprendront d’autant mieux qu’ils auront vu leurs parents le vivre de cette façon.

      Sandrine

      • J’ai employé le terme « préserver » a mauvais escient. Ce que je voulais dire, c’est que, même si il est unanimement reconnu qu’il faille en parler à l’enfant (ce que j’ai fait quand elle allait partir, quand elle est partie et aujourd’hui encore, quand je la pleure) les conséquences et les séquelles n’en sont pas moins là.

        Je pense que c’est notre propre deuil qu’il faut faire en premier lieu. Un an après, j’ai encore du mal à regarder une photo de ma mère sans pleurer…. Pourtant, je pense qu’il est important de lui montrer des photos de sa grand mère, en lui expliquant que c’est elle qui est partie quand il était bébé, t qu’on va voir certains dimanches au cimetière. Pour qu’il fasse le sien, de deuil, mais aussi pour que cette absence, quelque part se concrétise dans sa tête.

        Mais avant d’avoir la force de faire ça pour lui, il faut que d’abord, avoir la force de faire ça pour soi même et pour son propre bien être. C’est en ça que c’est une problématique bien plus compliquée qu’on ne le pense.

        Parler de la mort à son enfant oui, mais….
        Faut-il amener un bébé voir sa grand mère dans le coma en soins palliatifs ?
        Faut il qu’il fasse son dernier « au revoir », alors que sa grand mère est sur son lit de mort ?
        Faut il amener un bébé à un enterrement ?

        Voici, très concrètement, les questions que l’on se pose dans ce cas là. Ce n’est pas seulement la mort en tant que concept, mais la mort comme réalité.

      • Je pense que les enfants ont surtout besoin d’entendre notre émotion, notre tristesse. Ils n’ont pas forcement besoin de « voir » concrètement et physiquement. Ils sont très lucides sur la mort, même petits.

        Ce qui les déstabilise, c’est plurot le fait que nous n’arrivions pas à parler de cette emotion qu’ils sentent en nous, pas la mort elle-même ;-).
        Ce dont l’enfant a besoin, c’est d’entendre que les émotions ressenties autour de la mort sont légitimes et humaines, pas une explication sur ce qu’est la mort.

        Accepter d’être triste d’avoir perdu sa maman et le dire à l’enfant – qu’on est triste, pas que la mort c’est ceci ou cela, c’est aussi le tranquilliser sur sa propre tristesse future.

        mais c’est souvent difficile parce qu’on a peur de les angoisser par rapport au deuil alors qu’en réalité, en faisant ça, on les arme pour affronter les deuils.

  4. Pingback: Le deuil chez les enfants | Les Vendredis Intellos

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