Poser des limites, la réflexion en amont

Parmi la multitude de tâches à accomplir, de comportements à adopter, de paroles à prononcer lorsque l’on a le voeu d’être un bon parent, une préoccupation principale semble sortir du lot : celle de poser des limites.

En effet, c’est semble-t-il ce qui est le plus attendu de nous autres les parents. Les grands-parents gagatisent, les oncles et tantes rigolent, mais nous les parents nous sommes là pour poser un cadre et des limites. Mon frère, m’a dit un jour qu’élever un enfant c’était lui apprendre à gérer sa frustration (qu’il connaitra toute sa vie par ailleurs), je suis d’accord. J’ai trop vu, dans mon métier des enfants souffrir de ces carences éducatives. Ils se retrouvaient alors, émotionnellement démunis, dans un environnement vaguement hostile à leurs yeux, et haut lieu de la frustration : l’école. Dans un monde idéal, l’école aurait les moyens matériels, humains et psychologiques d’offrir une instruction totalement respectueuse et humaine. Malheureusement, de mon point de vue on en est encore loin. C’est pourquoi, une partie importante du rôle des parents consisterait à aider son enfant à gérer sa frustration, en particulier dans la petite enfance, afin que par la suite il puisse vivre et expérimenter le monde sans trop souffrir.

Dans l’esprit de beaucoup, la tâche n’est pas si compliquée. Une mauvaise action de l’enfant engendre une punition qui permet de redresser le comportement de l’enfant. Point à la ligne. Combien de fois depuis que je suis mère, j’entends qu’il suffit de faire ci ou ça pour redresser une situation, comme si un enfant était l’ingrédient d’une recette qu’il suffit de suivre pour obtenir un beau gâteau. Oui, mais à un moment il faut bien trancher. Je suis pour le fait d’accompagner son enfant dans la gestion de la frustration en posant des limites oui mais tout en étant à son écoute. Où trouver le juste milieu ? Comment ne pas se tromper ? Telles sont les interrogations auxquelles je fais déjà face.

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Pour m’accompagner dans cette réflexion, j’ai commencé à lire Poser des limites à son enfants et le respecter de Catherine Dumonteil-Kremer de la formidable édition Jouvence. Elle explique très bien dans son introduction, son sentiment d’inaptitude, d’incompétence en tant que mère, ainsi que le poids du regard des autres, à la naissance de son premier enfant. Elle parle aussi de la réminiscence à son insu, de tous les sentiments et comportements qu’elle avait ressentis et supportés enfant. De quoi toutes nous déculpabiliser :  » Il m’est arrivé de « la frapper » ou autrement dit de lui donner des fessées, alors que j’étais convaincue de leur nocivité. Mais la plupart du temps, je cherchais désespérément des solutions pour qu’elle comprenne enfin que certaines actions n’étaient pas les bienvenues. Ma voix devenait sèche, je culpabilisais. »


Elle nous déculpabilise d’avoir éventuellement eu les mauvais gestes, les mauvais comportements. Ce qui compte, c’est la volonté de revenir sur tout cela. Elle nous fait part de son cheminement. Elle comprend tout d’abord que « la question des limites est centrale dans le parentage », opinion que je partage. Et ajoute que nos enfants nous aiment et ne sont pas responsables de nos dysfonctionnements, que c’est à nous de faire le travail nécessaire pour les accompagner.

Le préalable à tout questionnement sur le sujet est de comprendre et de se convaincre d’une idée simple que nous expose l’auteur « vous êtes un adulte qui accompagne des enfants et, à ce titre, vous prendrez des décisions pour votre famille et pour vous-même. » Nous menons la barque, nous sommes les capitaines du navire, ça c’est dit !41KCQR3VMBL._SS500_
Partant de là, une réflexion sur les règles est à développer. Pour commencer l’auteur nous dit qu’elle a classé les règles en 3 catégories non exhaustives.

Les règles souples et négociables tout d’abord. « Elles sont fonction de l’environnement, de votre emploi du temps, et sont adaptables à vos ressources du moment. » Puis il existe les conventions et traditions familiales, nos valeurs. L’auteur nous rappelle « il n’y a rien d’obligatoire en ce qui concerne les règles familiales … le fait de se laver les mains avant le repas, par exemple n’est qu’une option. » Et enfin pour terminier il y a les lois écrites.

J’ai trouvé ces catégories très intéressantes. Jai déjà lu à maintes reprises qu’il fallait être au clair avec ce qui était négociable pour nous, et ce sur quoi on ne transigerait pas. Cela permet de beaucoup s’économiser car entrer dans un conflit d’opposition par simple entetement sur une règle qui n’a pas de sens à l’instant T ou dans un contexte particulier est à la fois couteux en énergie et peu porteur de sens pour notre enfant. Catherine Dumonteil-Kremer donne l’exemple tout simple de sa fille qui écoute de la musique assez fortement dans sa chambre. Le lundi soir, si elle rentre fatiguée du travail elle exige de sa fille qu’elle coupe la musique, le vendredi soir en revanche elle lui laisse cette liberté étant plus disposée et plus relaxée. Faire en fonction des besoins et nécessités du moment, voila une bonne règle à suivre ! J’imagine que pour que les choses restent claires dans l’esprit de nos enfants, il est nécessaire d’expliquer le pourquoi de la décision, dans le contexte précis, sans toutefois donner l’impression de se justifier.

La catégorie qui concerne nos traditions familiales, est très intéressante aussi, selon moi. Car elle met en avant le fait que chaque famille est unique et que certaines règles et habitudes nous appartiennent. On peut déjà pressentir ces règles, dans le quotidien d’un jeune couple, avant même l’arrivée de l’enfant. Nous avons tous nos façons de vivre et je trouve qu’il serait utile que tout le monde apprenne à le respecter. Car finalement beaucoup de nos façons de faire sont discutables, et complètement différentes d’une famille à l’autre. Je dirais que du moment que les parents ne sont pas hors la loi, que les enfants vont bien physiquement et moralement, la façon de vivre d’une famille la regarde !

La dernière catégorie, celle des règles écrites correspond à la loi, aux régléments intérieurs. Les règles établies, écrites et connues qui ne sont pas, pour le coup, négociables. L’auteur souligne le fait qu’elles ne sont pas immuables, qu’une réflexion peut être menée pour revenir dessus. Ces règles permetteront notamment de régler les litiges, en s’y référant. Cela permet l’exercice d’une autorité qui n’est pas liée à la personne mais à quelque chose de supérieur : la règle écrite. J’avoue, pour ma part, que mis à part les règles immuables de base comme ne pas faire de mal aux autres ou ne pas voler  qui appartiennent à la fois à la 2ème et à la 3ème catégorie, je ne sais pas encore comment établir les autres règles écrites, au sein d’une famille. Faire participer les enfants, les faire voter ou les imposer en tant que parent au nom de nos propres valeurs, ou celles de la société dans laquelle on vit.

Tout cela reste assez vague pour moi, et je compte bien continuer cette exploration de la parentalité, à travers cette question des limites ! La semaine prochaine, je vous donne les astuces de cet auteur pour poser les limites à un bébé qui sait se mouvoir et qui déborde d’énergie ! Moi ça me parle drôlement !

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4 réflexions sur “Poser des limites, la réflexion en amont

  1. La suite, tout de suite ! ;)
    Des jours c’est si facile, et d’autres c’est si dur ! Chaque jour devrait pouvoir être une fête, mais la vie s’en mêle… c’est là la gageure, non ? Vivre ensemble… et vivre heureux, malgré le quotidien ou grâce au quotidien !? ;)

  2. Merci pour ta contribution… on n’a pas fini de se poser des questions pour mettre en oeuvre ces limites dans cette perspective de bienveillance et non-violence…

  3. Oh oui la suite :) Moi aussi ton introduction me parle drôlement… A l’instant même, mon petit bonhomme explore le bureau ;)
    C’est vrai qu’il y a un gouffre entre la théorie et la pratique. Oui on veut une éducation non violente, non on ne souhaite pas reproduire certaines pratiques de nos parents, mais alors… on fait quoi ????

  4. Pingback: La construction de la parentalité (mini-débriefing) « Les Vendredis Intellos

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