L’égalité des sexes débute avec une meilleure articulation entre vie familiale et vie professionnelle

Le Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques a rendu le 15 décembre dernier, sur demande de l’Assemblée Nationale, un rapport d’information intéressant sur les politiques sociales à destination des familles en Europe. Cinq pays, choisis en fonction de leur proximité géographique, de leur politique familiale développée ou ralentie, ont ainsi été comparés à la France pour dégager les bonnes pratiques dont nous pourrions nous inspirer : l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède, le Portugal et le Royaume-Uni.

On y apprend tout d’abord que si la notion même de politique familiale ne figure pas dans le programme de tous ces gouvernements, tous mènent une politique en ce sens. Le Portugal n’y fait pas référence, alors qu’il s’agit d’un champ d’action publique à part entière en Suède. Etonnamment, l’Allemagne sort embellie de ce rapport : les pouvoirs publics ont développé une vraie politique en faveur dela parentalité. Partant de rien, il faudra du temps pour que ce soit visible mais les mesures sont intéressantes.

La France est le premier pays de l’OCDE dans la redistribution de la richesse nationale en faveur des familles. Cette première place est nuancée étant donné qu’il s’agit également du pays ayant une natalité proportionnellement plus élevée : plus de volume, plus de coûts, plus de dépenses, nécessairement.

L’Union Européenne lie très fortement l’égalité professionnelle à la conciliation entre le travail et la vie familiale. Cette approche est particulièrement intéressante : promouvoir l’équilibre entre ces deux parties du quotidien pour que les hommes et les femmes soient à situation égale, en utilisant comme indicateur principal le taux d’activité des mères.

Le rôle croissant de l’Europe, à travers notamment les orientations visant à accroître les taux d’activité ainsi que la qualité de l’emploi : si les politiques familiales relèvent en principe de la compétence des Etats membres, l’Europe exerce toutefois une influence croissante dans ce domaine, en particulier dans le champ de la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle. La signature du traité d’Amsterdam en 1997 a marqué un tournant dans les orientations communautaires. S’inscrivant dans cette lignée, la Stratégie européenne pour l’emploi (SEE) a été lancée par le Conseil européen en novembre 1997 afin d’accroître les taux d’activité, la cohésion sociale ; la compétitivité et la croissance des économies, ainsi que de consolider les systèmes de protections sociales. L’objectif fixé à 2020 ne pourra être atteint que s’il est conjugué avec une politique familiale permettant aux hommes et aux femmes d’élever le nombre d’enfants qu’ils souhaitent en travaillant. 

J’ai trouvé tout de même ce rapport très optimiste sur le poids de l’Europe, quand on sait le temps qu’il faut à notre système français pour transposer la moindre directive. Je guette toujours celle sur l’allongement de la durée du congé maternité…. Et les éléments cités datent de 1997 !

En synthèse, les recommandations du rapport sont les suivantes :

–         aller progressivement vers un congé parental plus court, de quatorze mois, en incluant « deux mois d’égalité » non transférables qui seraient réservés à celui des parents n’ayant pas pris de congé et mieux rémunérés qu’aujourd’hui, par exemple à 2/3 du salaire antérieur comme en Suède ou en Allemagne.

Personnellement, je n’ai pas souhaité prendre de congé parental pour la naissance de Miniglobetrotteur, ayant des conditions de travail intéressantes, pratiques et me permettant de préserver un bon équilibre. Mais ce type de mesure me semble trop rigide. Les deux parents n’ont pas toujours envie de prendre ce congé : les deux mois d’égalité sont contraignants (culpabilisant ?) pour le père (ou la mère si le père a pris le congé parental principal mais les chiffres d’aujourd’hui montrent bien que c’est une décision essentiellement féminine) car non pris par lui, ils seront perdus. La mère ne pourrait pas prendre plus de douze mois : j’entends bien, pour me l’appliquer, l’importance de ne pas s’éloigner trop longtemps de la vie professionnelle. Mais qu’en est-il du libre choix de chacun(e) ?

         poursuivre le développement de l’offre de garde de la petite enfance, en particulier en accueil collectif, très développé dans les pays nordiques et maintenir au moins au niveau actuel la scolarisation des enfants de moins de trois ans.

Oui au développement de l’accueil collectif ! La scolarisation des enfants de moins de trois ans, certes mais avec une bonne formation (professionnelle comme composition) de toute l’équipe pédagogique, ATSEM incluse. J’entends parfois des retours d’expérience de mes amis qui me font froid dans le dos : un instituteur génial, mais un ATSEM qui lors de l’accueil du matin préfère de loin balayer la classe que gérer les chagrins de la séparation du matin des tous petits.

–         favoriser le développement de la négociation collective et des bonnes pratiques en milieu professionnel.

Je reste dans l’expectative pour avoir dû gérer les seniors, les risques psychosociaux, la pénibilité, l’égalité avec une méthodologie et un calendrier dépourvus de sens. Que les décrets sortent déjà à peu près en même temps que les lois, et que les pratiques infantilisantes (pénalité ou fichage en rouge, orange ou vert des entreprises) soient revues permettraient en effet un meilleur dialogue social, à l’image de l’Allemagne.

Je regrette que ce rapport n’ait pas pris en compte  du tout l’enfant, son bien-être et son épanouissement.

Mais en guise de conclusion positive : il doit donc d’agir, dans un même mouvement, de donner aux hommes la possibilité de s’impliquer davantage dans la vie familiale, et aux femmes toutes les chances d’insertion et de réussite professionnelle, en tenant compte du fait que tous les parents n’ont pas les mêmes préférences, et ce faisant, en créant les conditions d’un réel « libre choix ».

 Alors, bonne année 2012 les parents !

Pour retrouver le rapport entier c’est ici.

Miniglobetrotteur

14 réflexions sur “L’égalité des sexes débute avec une meilleure articulation entre vie familiale et vie professionnelle

  1. Intéressant ton article.
    Moi, je n’aime pas du tout la proposition concernant le congès parentale, 12 mois, cela peut paraitre court pour certains parents qui veulent partager plus de temps avec leur enfant, et certains parents n’ont pas forcément envie de prendre un congé parental.
    J’ai été ATSEM et Je travaille en crêche, et concernant la scolarisation des moins de 3 ans, je pense que la pluspart des jeunes enfants ne sont pas prêt pour l’école si tôt, je ne parle pas d’intelligence, mais de rythme et de besoin affectif différent, ainsi qu’une autonomie moindre qu’à 3 ans. Pour nombre de parent, la balance penche souvent en faveur de l’école mais c’est seulement parce que cette dernière est gratuite et qui si il y a frère ou soeur, tout le monde est au même endroit !!!
    Bonne journée !!!

    • Je te rejoins complètement sur les moins de trois ans à l’école et les besoins différents de ceux des plus de trois ans, développer les structures adaptées plutôt que renvoyer à l’école serait le plus adapté. Mais ce rapport ne se penche décidément pas sur le bien-être des enfants…

      • Laetibidule je te rejoins complètement sur les deux points abordés. Pourquoi un congé parentale de 12 mois ? Pourquoi ne pas laissé le choix aux parents : 12 mois ou 3 ans avec des niveaux de rémunérations différents (comme c’est le cas actuellement à partir du 3ème enfant).

        Pour la scolarisation avant 3 ans (ce qui est déjà pratiqué dans certaines écoles, scolarité dès 2ans), il faut savoir que l’école,comme tu l’as dit, n’est pas adaptée (rythmes et besoins affectifs). Il est déjà parfois très difficile pour certains enfants de vivre une journée de classe à 3 ans alors à 2 ans ? Selon Maria Montessori, l’âge de la rupture (rupture avec le cocon familial) serait à 4ans ?
        Je crois qu’en France, l’état et les parents aiment la collectivité, elle les rassure. L’état (peut-être ici une vision paternaliste) a le sentiment de pouvoir gérer, surveiller, remédier. Les parents quant à eux pensent que leur enfant a besoin d’être sociabiliser (sociabilisation uniquement par un contact avec ses pairs, entendez enfant du même âge, peut-on réellement, alors, parler de sociabilisation ?), que ses apprentissages et ses progrès seront bien plus importants dans ce genre de structure…
        Je pensais ainsi à la naissance de mon aînée et au vu de mes expériences, j’ai changé d’avis. Le tout-petit a besoin d’amour et d’attention pour bien grandir, pour s’épanouir, pour expérimenter, pour se sentir libre, il n’a pas besoin d’être entouré de 15, 20, 30 enfants de son âge, où il sera noyé dans la masse. Cette prise de conscience venue doucement nous a amené à faire certains choix éducatifs, entre autre prendre un congé parentale de 3 ans. Si je ne l’avais pas fait, j’aurai cherché une nounou au lieu de me tourner vers la crèche comme nous l’avions fait pour notre grande, car finalement quel est le mode de garde le plus semblable à papa et maman et bien la nourrice ! Il est vrai qu’il faut trouver la bonne nourrice, mais ne nous voilons pas la face, en crèche il s’en passe aussi des vertes et des pas mures et toutes n’ont pas la fibre maternelle!

  2. En effet, la crèche est aussi une épreuve pour les petits et il ne faut pas en attendre de la sociabilisation puisque comme tu le dis, les enfants ne sont pas prêts pour cela. Je suis moins d’accord sur l’éventuel manque de proximité versus la nounou, mais peut-être sommes-nous particulièrement bien tombés pour la crèche de Miniglobetrotteur, qui est dans un petit groupe. L’équipe est formidable, très formée aux pédagogies qui ressemble à nos souhaits d’éducation et aux petits soins. J’ai vu mon fils tout petit porté des journées entière par une éducatrice qui avait apporté son écharpe spécialement pour lui.
    Je ne m’explique pas le choix des 12 mois… Le rapport a choisi la solution déjà retenue dans d’autres pays et encore une fois ne s’est pas posé la question de l’éducation de l’enfant mais a raisonné à partir du taux d’activité des femmes.

  3. Merci beaucoup de ta contribution qui a le mérite de reprendre énormément de points qui nous ont déjà questionné sur les VI…
    Tout d’abord, serait-il possible que tu nous mettes le lien vers ce rapport car j’aurais bien envie de voir exactement de qui il émane, qui s’en est chargé et dans quel contexte…
    Ce rapport pointe les difficultés à effectuer des comparaisons entre pays et c’est un élément extrêmement juste… il faut être très vigilant sur les comparaisons souvent effectuées à la hâte et qui ne reposent en réalité pas sur des indicateurs comparables ou qui recouvrent sous des terminologies identiques des réalités bien différentes. Bref, les comparaisons sont difficiles mais pas forcément inutiles (si tant est qu’elles ne sont pas utilisées à des fins de manipulations politiciennes!)…
    Pour revenir aux différentes propositions, j’ai le sentiment que dire que l’amélioration de la conciliation vie familiale/vie professionnelle conduit à une plus grande égalité entre les sexes est une façon d’enfoncer des portes ouvertes…ceci étant ce qui est présenté comme une conséquence naturelle de ce constat me semble pour le moins discutable… en ce sens: le maintient de la femme la plus proche possible du monde de l’emploi (maintient du salaire, réduction du congé parental à un an et pourquoi pas possibilité de télétravail pendant ce temps…) est-elle l’unique solution de conciliation vie familiale vie professionnelle? Cela pourra-t-il s’adapter au plus grand nombre (taille de la famille, capacité financière, projets individuels)? Cela fera-t-il réellement évoluer les mentalités sur l’emploi des jeunes femmes (parce que tout de même cela fera toujours grossesse et congé inclus, plusieurs mois d’absence, de « trous » sur nos CV)?? Sur les évolutions de carrière? Et qu’en sera-t-il des cotisations retraites (sur lesquelles les femmes sont lourdement pénalisées)?
    Bref, ce que je veux dire c’est que ces propositions à l’intention déclarée louable (améliorer l’égalité homme/femme) semblent porter d’abord sur des enjeux financiers actuels, à savoir, minimiser le nombre d’inactifs…
    Quant aux propositions concernant la « scolarisation » des moins de 3 ans, je crois que ça mériterait une autre contribution des VI… J’ai vu passer des études qui disaient que les résultats en seraient dramatiques, d’autres indiquant à quelles conditions cela ne serait pas le cas (notamment en orientant vers un système beaucoup plus proche des crèches que des écoles)…bref, il y a matière à réfléchir et à discuter!!!

    • Lien ajouté, bonne lecture !
      Sur l’égalité professionnelle, cette approche, même si finalement elle n’est pas d’une logique novatrice, axée sur la conciliation des deux sphères me semble davantage intéressante que la sempiternelle égalité salariale. Je crois que si les trous dans les CV sont encore mal vus pour les femmes, il est difficile à un homme d’annoncer son désir de prendre un congé parental… Je me demande donc si parler davantage du père n’aidera pas à changer les mentalités sur la jeune mère…

      • Effectivement, l’approche par le père semble intéressante… même si je ne sais pas jusqu’où il pourrait être bon de pousser la logique nordique d’obligation de congé minimal pour le père…

  4. La piste du père est, pour moi, celle à creuser pour faire bouger les mentalités et arriver à une égalité : l’arrivée d’un enfant concerne les deux parents, alors pourquoi les « trous » dans le cv seraient-ils toujours dans celui des femmes? Je trouve ton article très pertinent et propre à de nouvelles pistes de réflexions! merci

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