Devenir élève, ça fait peur, non?!

Les parents dont les enfants vont entrer ou sont entrés à la maternelle vous diront peut-être:  « Nan, mais attends, tu connais pas le délire de la nouvelle instit’? Elle veut leur apprendre le métier d’élève. Ouais. Devenir élève, qu’elle dit. Paraitrait même que ça fait partie des  programmes. »

Alors, pourquoi ça fait peur? Bon, déjà, laisser nos ptit bouts d’choux aux derrières à peine propres, il faut avouer que  c’est flippant. On ne sait pas bien ce qui s’y trame là dedans, les gamins ne racontent rien en revenant, à part que Machin, il a piqué le doudou et qu’après il a essayé de me couper les cheveux avec ses ciseaux. Nan, mais purée, en vrai, c’est ça qu’il s’y passe, en classe???

Pas tout à fait. Enfin, si, ça, ça arrive aussi. La maîtresse new generation est donc pourvue de 4 yeux supplémentaires, qu’elle se colle un peu devant, un peu derrière, sitôt la porte refermée sur les derniers parents angoissés.

Mais quand, à la réunion de rentrée, son gros derrière à elle posé sur un petite chaise d’écolier (ça enlève toute crédibilité, hein?!) elle se targue de vouloir apprendre à nos ptits bambinous à devenir élèves, là, elle fait moins marrer. Bon, on a bien compris qu’ils n’étaient pas là pour s’inscrire aux coins jeux et faire de la peinture toute la journée. Mais crotte de flûte de zut, ce ne sont que des gosses, se dit-on, se remémorant encore la première fois, pas si lointaine, où ils ont tenu sur leurs petites jambes flageolantes, si fiers.

Et c’est un peu là le souci. En acceptant que notre petite progéniture puisse passer le cap de devenir élève, cette vilaine instit (au gros cul), elle nous les fait grandir un peu trop vite.

En plus, faut l’avouer. Dit comme ça, ça fait opération commando. DEVENIR ELEVE… le métier d’élève…

En réalité, l’Education Nationale utilise souvent des mots limite barbares, mais quand on décortique, tout de suite, c’est moins charnu (ouais, comme les crevettes.)

Sur le site d’Eduscol, site officiel estampillé par le ministère, on peut lire:

« L’enfant qui devient élève apprend les règles de la vie collective, les usages de l’école et plus largement les règles de la vie en société. Il commence à devenir autonome dans l’accomplissement des tâches quotidiennes en développant le goût d’apprendre. Il découvre ce qu’on attend de lui. Les actes et les postures d’apprenant qui en découlent font l’objet d’un enseignement explicite et progressif de la Petite section à la Grande section. »

Ah, c’est tout? Bon, revenons quand même sur une phrase: « Il découvre ce qu’on attend de lui. » Genre, « Petit, we need you. On a une mission, pour toi, si tu l’acceptes (ou pas, d’ailleurs) ».

En gros, qu’est ce qu’on « attend de lui »? Pas qu’il rentre dans le moule formaté spécial éducation nationale, non. Mais qu’il intègre, qu’en classe, il y a des règles qui ne sont pas forcément les mêmes qu’à la maison. Et qu’il faut les suivre, pour pouvoir découvrir et apprendre de nouvelles choses.

Bah ouais, on imagine bien que si chacun suivait les règles de la maisonnée, à 27 mioches dans une classe, ça le ferait moyen moyen. A la maison, on est le ptit poussin à sa môman/le ptit lapinou à son pôpa.

A l’école, on est UN, parmi les autres. On s’affirme, on se cherche, on se trouve. En tant qu’ élève.  En tant qu’être individuel, avec ses propres envies, goûts, dégoûts. Par rapport aux autres, mais surtout par rapport à soi.

Alors vient la question: Comment aider mon enfant à devenir élève?

– En le déposant sereinement à l’école. Souriant, parce qu’il va apprendre de nouvelles choses.

– En ne discréditant pas à tout bout de champ l’instit. Oui, je sais, des fois, c’est …grrrrrr…on n’est pas d’accord sur tout, quoi. Mais si on a un conflit avec elle, on va la voir, on en parle. On n’en parle pas derrière son dos.

– En ne résumant pas l’école à un lieu de garderie, ni même à un lieu d’apprentissages purement scolaires, tels l’écriture, le calcul, ou les puzzles (si, j’te jure, c’est à acquérir.) L’école, c’est aussi un lieu d’échanges, de débat, de discussions, d’apprentissages des règles de vie en société. C’est aussi là que se forge le caractère du petit chéri.

– En acceptant que Bibounet d’amour ne soit plus que le bébé à sa mamounette. Qu’il grandisse. Et qu’en devenant enfant, il devienne élève aussi…

 

PS: Ce thème est tellement large que j’aurais pu en mettre des couches, encore…J’en reparlerai sûrement, côté enfants, pour expliquer comment réellement, ça se passe en classe…ça vous dit?

Maman bavarde.

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18 réflexions sur “Devenir élève, ça fait peur, non?!

  1. Les Sciences de l’Éducation donnent lieu à des tas d’expressions barbares alors qu’en fait, pas grand chose ne change…Êtes-vous vous-même allé(e)s en maternelle pour apprendre autre chose que ce fameux « devenir élève » ? Et pourtant personne ne l’appelait comme ça.
    ;-)
    On se donne de l’importance, en inventant des « formules »…pas magiques ^^

    • Il est vrai que les diverses terminologies du style « référentiel bondissant » ou « outil scripteur » sont restées dans toutes les mémoires…
      Personnellement je m’interroge que l’impact de ce métalangage: une façon de crédibiliser l’enseignant et son savoir pratique en l’érigeant en discipline? et/ou une façon (volontaire ou non) de tenir à distance les parents par un pseudo-langage savant?

      • J’ai envie de dire que l’on fait de la « ridiculogie » en employant ce jargon…
        Exemples : » Aborder le Principe Alphabétique » (connaitre l’alphabet), « activités d’expression à visée artistique »(danse, mime, jeux)…
        Je ne sais pas si cela tient les parents à distance, en revanche cela peut à tort faire peur à certains parents et élèves, et pour les autres parents, …ben…on rigole bien, non ? ^^

  2. Je partage ton avis, mais je rage quand on me remet un bulletin d’évaluation où les trois quarts des items évalués sont du style « se met en rang », « s’assoit au regroupement » et quand je vois mon fils, de trois ans tout juste, stresser parce qu’il ne tient pas son crayon correctement. Quand aux échanges, débats et discussions dont tu parles, c’est en effet un des points forts de l’école, ce qui fait sa spécificité. N’oublions pas que nos bouts de choux sont des citoyens en puissance qui voteront dans 10 ou 15 ans…. Manque de bol, ce genre de compétences n’est pas vraiment valorisé dans les programmes et est mise à mal par des pratiques d’évaluation à tout va de compétences plus facilement « chiffrables ».

    • L’évaluation par compétences est un autre débat extrêmement intéressant… je pense qu’il faut qu’on fasse aussi une contribution sur ce thème dans les VI car c’est, sous des formes anodines, un tournant de société crucial (à mon sens, mais je ne suis pas seule à le penser)… et qui pose par ailleurs de nombreux soucis en pratique (comment reconnaît-on qu’une compétence est acquise? une compétence validée comme étant acquise un jour l’est-elle toujours le lendemain? la compétence acquise implique-t-elle la possibilité d’un transfert/généralisation à un ensemble de tâches?) Bref, si l’une des instits du groupe se sent d’en parler je peux chercher de la biblio sur le point!!!

      • Au sujet de la validation des « compétences », c’est le même « bazar » au collège. La grille de compétences à remplir sert principalement à faire perdre du temps en cours, à la correction, et à la préparation des sujets de contrôles, temps qui serait mieux employé à pouvoir s’occuper des élèves qui justement, ne valident pas les compétences ^^. Techniquement, si un élève n’a pas la moyenne sur un devoir, c’est probablement qu’il n’a pas validé les compétences. Cette grille représenterait-elle la pente savonneuse qui va faire glisser le système vers l’arrêt des notes ????

        • C’est pour ça que je pense qu’il faut en parler!!! Pendant ma thèse, j’ai pas mal bossé sur les histoires de socle commun, etc… l’évaluation par compétences était au coeur des préoccupations… Les contributions de profs sont donc les bienvenues!!!
          Sinon pour répondre à ta dernière question, honnêtement, je ne crois pas… Je pense plutôt que c’est une façon de faire entrer à l’école des pratiques issus des certifications en milieu professionnel (constituer en quelque sorte un référentiel de compétences de l’élève) pour le meilleur et pour le pire…

      • D’autre part, (et brièvement je crains d’être hors-sujet à force^^) on constate de plus en plus l’arrivée d’élèves au collège qui n’ont pas « intégré » les règles de la vie en société. Ils n’ont pas dû valider le « devenir élève » ni en maternelle, ni en primaire et pourtant, ils sont toujours dans le circuit sans qu’on réussisse à leur faire « valider cette compétence » -sans vouloir les formater, mais juste obtenir d’eux un respect élémentaire. Que faire de ces élèves, ultra-perturbateurs, et d’où vient « la faille » alors ?

        • Oula vaste question!!! Je n’ai aucune réponse là dessus… l’école n’est pas le seul lieu de socialisation, il ne faut pas l’oublier!!! « Qu’en faire? » est encore un bien plus vaste débat, je crains que la solution ne soit pas globale mais bien à étudier au cas par cas dans le respect de chacun…

  3. Je crains tout de même que le « ce qu’on attend de lui » soit de rentrer dans le « moule formaté spécial Éducation Nationale »… Et malheureusement, il faut un peu se battre (de l’intérieur du système) pour trouver du temps pour les débats, discussions et échanges. Mais bon, tout système est perfectible n’est-ce pas ? ;-) Merci pour ce billet !

  4. Trop de choses à dire, je ne pourrai qu’écrire des tartines !!! Il faut tout de même savoir que le devenir élève est une spécificité du système scolaire français. Dans d’autres écoles cela ne se passe pas ainsi, par exemple dans les classes Montessori, Freinet ou dans d’autres systèmes scolaires que le notre. Alors parents, arrêtez de vous dire que cela est normal, que c’est ainsi, que vous n’avez pas votre mots à dire, que vos enfants ont juste à subir, que la pauv’ maîtresse elle ne peut pas faire autrement, et que le mammouth qu’est l’éducation nationale peut pas bouger son gros derrière !! Je m’emballe mais c’est un sujet qui me fait fulminer !
    Je suis ok avec les commentaires laissés plus haut (formatage on entend souvent ce mot à propos de l’école…)

    • Je suis d’accord sur certains points que je reprendrai plus en détail dans mon commentaire général… le système éducatif français actuel est l’héritier de l’école de la IIIème république qui entendait éduquer les esprits autant que les coeurs… et exprimait comme il exprime encore en partie une forme de contrôle de l’état.. Ceci étant, le « contrat pédagogique » quelqu’il soit existe dans toutes formes d’approche pédagogique…car il est nécessaire à la communication…mais là aussi je vais essayer de développer…

  5. Je te remercie pour ta contribution, qui a permis entre autres choses de rouvrir le débat sur l’école et sa façon d’envisager la socialisation des jeunes enfants…
    Comme je disais plus haut, il me semble qu’il y a deux éléments importants, mais je ne suis pas spécialiste de la question donc je vais essayer d’être prudente…
    D’une part, il y a la socialisation telle qu’elle est envisagée à l’école en tant qu’acculturation (même si le terme est un peu fort il a été utilisé par d’autres sociologues). Je vous renvoie à la partie II de ce lien qui explique ce qu’est la socialisation et prend pour exemple l’école…http://supercdi.free.fr/ses/individu.htm En résumé, la socialisation est la transmission d’un ensemble de valeurs et de normes…
    Donc en ce sens, il est clair que l’éducation nationale cherche à inculquer à nos enfants cet ensemble de valeurs et de normes… certains s’y retrouvent, d’autres moins… en partie parce que ce système de valeurs/normes correspond à ceux d’une classe restreinte de la population (on arrive au phénomène de reproduction que décrit Bourdieu).
    Après comme je disais à Vert Citrouille, il y a la question du contrat pédagogique (équivalent du contrat didactique pour ceux qui ont déjà entendu le terme mais envisagé de façon plus générale), c’est à dire l’ensemble de règles de communication implicites auxquelles se conforment le maître et l’élève (on renvoie alors à l’idée de « ce qu’on attend de lui »). Ce contrat pédagogique existe quelque soit le système scolaire, car il est l’une des bases de la communication (pour vous dire il existe même lorsque l’on fait faire ses devoirs à son enfant)…
    Donc en définitive, ce qui est problématique ce n’est pas tant que l’éducation nationale procède à la transmission de valeurs et normes, ni même qu’elle familiarise les élèves à un contrat pédagogique empreint de ce système de valeurs/normes mais plutôt que celles-ci ne soient jamais ni explicitées ni discutées avec l’implicite que les valeurs/normes correspondant globalement à la classe bourgeoise sont un idéal socio-culturel souhaitable pour tous…
    Voilà, je ne sais pas si j’ai été claire, ni je n’ai pas fait trop d’impair du côté de la sociologie de l’éducation… je vais essayer de voir à trouver un guest sur le sujet car j’ai dans l’idée que cela permettrait à beaucoup d’entre nous de poursuivre leur cheminement de parent et/ou professionnel…

  6. J’ai lu ton article avant d’écrire le mien sur la leçon de démocratie de la pédagogie Freinet, que j’ai comparé (très rapidement et succinctement) aux pensées actuelles des ceux qui font l’école sur cette question. Mais je trouve que ta question de devenir élève résonne bien avec devenir citoyen. Mais je me demande si les élèvent ne porte-t-il pas en eux le potentiel d’ÊTRE des élèves et des citoyens (moi aussi je joue sur les mots ;)) Merci de ta contribution.

  7. Mon ainée vient de rentrer en petite section, en franchement le terme ne m’a pas plus interpellée que ça… C’est quand même relativement clair, enfin comparé à la moyenne des expressions pondues par le Ministère de l’Education Nationale. Et ça paraît un objectif assez réaliste à se fixer en maternelle (enfin, si c’est devenir élève de maternelle… pas devenir élève en math sup, on est d’accord).
    Après si je puis me permettre, je trouve que le ton de l’article fait un peu… instit (désolée si ce n’est pas le cas!). Genre les parents, forcément ils comprennent rien, forcément ils s’inquiètent pour pas grand chose, forcément ils voient toujours leur enfant comme un bébé, ils le laissent pas grandir… forcément, ça sonne un peu condescendant à la fin. C’est dommage, au début c’était plutôt sympa.
    Sinon j’attends aussi de pied ferme une contribution sur l’évaluation par compétences … (@mme déjantée, j’ai bien proposé à mon cher et tendre, mais bien que très loquace sur le sujet à la maison, il fait sa flemmasse, tant pis pour lui…)

  8. Pingback: Le rôle des parents : accompagner les enfants sur le chemin vers l’autonomie {mini-débrief} « Les Vendredis Intellos

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