Les mères, coupables d’être… mères [mini debrief]

La mère porte son enfant durant quelques mois puis l’élève durant des années. Le contrat qu’elle signe avec lui est un CDI à vie. Il comporte malheureusement une clause sur le regard des autres. Cette clause est la source de nombre de sentiments de culpabilité, qui nuisent au bon déroulement du contrat. Les jugements vont bon train face à des mères qui ne font pas comme nous, comme notre modèle, comme ce que nous estimons être l’idéal, comme ce que les derniers livres de puériculture que l’on a lus disent de faire. Le sentiment de culpabilité qui nous envahit détruit bien souvent un peu d’estime de soi que l’on a durement réussi, un jour ou l’autre, à conquérir en sentant que notre enfant était heureux avec nous.

Les mères sont culpabilisées pour tout et quoi qu’elles décident de faire. Pourtant, chaque mère bientraitante est la meilleure mère qui puisse exister pour ses enfants. Chacune de ces mères est la seule mère parfaite qui existe pour ses enfants.

Clem la matriochka aborde ce mythe de la mère parfaite. Celui qui est la cause de la plupart, si ce n’est toutes, les culpabilisations. Une mère n’assure pas à 3h19 du matin parce qu’elle a déjà passé toute la journée et une partie de la nuit à assurer seule ? C’est qu’elle est mal organisée, elle n’avait qu’à faire des siestes (mais comment faire si elle est salariée ou si son bébé n’en fait pas ?). Une mère a fait la sieste ce matin parce qu’elle avait mal dormi la nuit dernière ? Mais quelle honte, elle aurait mieux fait de faire le ménage / la lessive / le repassage / le repas du midi pour son mari qui, lui, a un emploi salarié. En fait, la mère parfaite ne devrait jamais se plaindre et, surtout, elle devrait faire tout ce qu’elle ne fait pas. Ou presque. Alors on l’accuse de ne pas savoir tout faire en moins de 24 heures sans être fatiguée. Elle s’accuse elle-même d’être mauvaise mère parce que les hurlements de son bébé qui durent depuis deux heures quarante deux lui tapent sur le système.

Ne faudrait-il pas plutôt en finir avec le mythe de la mère parfaite ? Ou bien le redéfinir : une mère parfaite est d’abord une mère qui aime son enfant et qui reste un être humain (elle est fatiguée, elle pleure, elle a besoin de dormir, elle est parfois énervée, elle ne peut pas tout faire). Une mère parfaite est tout sauf un robot. Donc tout sauf ce qu’on attend d’elle. Ou presque. Heureusement, comme le souligne Clem la matriochka, des livres, des voix s’élèvent aujourd’hui pour le dire.

Kiki the mum aborde la culpabilité que l’on peut ressentir avant même d’être officiellement propulsée mère. Quand nous, femmes enceintes, nous savons déjà que nous le sommes mais que la vie, en vrai, ne nous dit que « futures » mères. La culpabilité que l’on peut ressentir est pourtant déjà tellement là… sans doute parce que nous nous sentons déjà investies de nos missions de mères, de nos devoirs de mères, de notre devoir de sembler déjà si parfaites aux yeux de tous. Parfois, il y a le devoir d’être heureuse. Comme si la grossesse devait effacer tout ce qui ne nous rend pas heureuse. On culpabilise si on ressent une seule émotion négative, alors que l’on doit au contraire l’exprimer pour mieux la laisser passer et moins la laisser impacter notre relation au bébé qui grandit en nous.

Parfois, il y a le devoir de garder le bébé dans notre ventre. Ce devoir qui n’en est pas un. Car en la matière, seule la nature peut décider. Aucune mère ne peut être rendue responsable d’une fausse couche, d’un col raccourci voire ouvert avant le terme, d’un bébé né prématurément. Aucune mère n’en a envie. Pourquoi, combien se sentent coupables quand cela leur arrive ? Beaucoup trop. Cette culpabilité-là ronge de l’intérieur, alors même qu’elle ne doit pas exister. Quand la nature faillit à son devoir, quand la nature impose une douloureuse épreuve, les femmes, mères, doivent être soutenues et doivent entendre que rien n’est de leur faute.

Kawine s’est penchée sur l’autisme. Depuis toute petite, j’ai toujours entendu cette terrible idée reçue selon laquelle un enfant autiste l’est uniquement parce que sa mère – et seulement sa mère – s’est mal comportée avec lui depuis sa naissance. L’autisme serait une maladie, une névrose. Alors qu’ailleurs, souligne Kawine, il est établi depuis un moment que l’autisme est un handicap. C’est à dire que la mère ne peut pas en être la seule, l’unique et la grande responsable. Bien d’autres facteurs entrent en jeu. Dirions-nous d’un enfant né sourd qu’il l’est parce que sa mère a trop dormi sur le côté droit pendant la grossesse ? Pourquoi donc l’autisme, un autre handicap, trouverait son origine dans le comportement maternel ? Dans notre société, il est courant d’attribuer bien des maux de nos enfants aux comportements de leur mère. Pourtant, quoi qu’elles fassent, les mères ne font jamais assez bien. Alors, si c’était de leur faute, il y aurait depuis longtemps une solution toute trouvée pour qu’elles ne nuisent plus à leurs bébés, non ?

Vert Citrouille aborde la délicate question du sevrage de l’allaitement au sein. Délicate car qui ne se pose pas de question à ce sujet (à part les mères qui donnent le biberon, bien entendu) ? Délicate car qui n’a pas lu qu’un sevrage avant deux ans est un sevrage imposé par la mère ? Délicate car qui n’a pas de mal à se sevrer des tétées données à son enfant ? Délicate car qui ne s’interroge pas sur les signes qu’il faudra interpréter comme le moment où l’enfant ne veut plus téter ? L’allaitement au sein est souvent source de culpabilisation maternelle : au début on a peur de la prise de poids, ensuite de la croissance globale, parfois de la diversification, ensuite des tétées en public car l’enfant a plus de 6 mois (ou 3 mois selon les milieux), ensuite du sevrage.

Et de l’âge du sevrage. Mais alors pourquoi l’âge du sevrage est-il source d’autant de culpabilisations ? Trop tôt, trop tard, trop ceci et passe assez cela… Un sevrage doit intervenir idéalement quand les deux acteurs de l’allaitement sont prêts. Le souci étant bien celui d’identifier ce moment. Le bébé peut envoyer des signes que la mère ne sait pas interpréter car elle n’est pas prête. La mère peut vouloir sevrer quand le bébé ne veut pas. Cette dernière est-elle coupable de l’une ou l’autre situation ? Non, bien sûr. Quand le sevrage est subi, n’est-ce pas d’abord parce que la mère a le sentiment d’avoir échoué par rapport aux recommandations officielles ? C’est là que le soutien est important. Une mère culpabilise vite, très vite, trop vite. Alors, quel que soit le jour du sevrage, quelle que soit la raison du sevrage, il est important de lui dire qu’elle a fait le bon choix car il correspondait aux désirs de son enfant et/ou aux siens et qu’il fallait donc qu’elle écoute ces désirs.

Cécilie

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5 réflexions sur “Les mères, coupables d’être… mères [mini debrief]

  1. Pingback: De la culpabilisation des mères | Histoires de nombril

  2. Merci pour ce debrief, il est très chouette :)
    En effet, être mère, je dirai même carrément être une femme, ce n’est pas simple… Parfois on se met une pression d’enfer toute seule… J’en sais quelque chose …

  3. Bravo une fois encore pour ce joli débriefing!!!! A l’heure où on parle surmenage, burn out, respect des choix, communication non-violente, droits des femmes, le sujet de la culpabilité maternelle me semble un sujet capital…. car elle est aussi le résultat de décennies de violence symbolique faites aux femmes….
    Soyons fières de nous, nous le méritons!!!

  4. Rah j adore les vendredis qui sont intelligents :)
    Mon chéri, qui est psychologien de son état, me parle souvent du concept de « bienveillance » c’est celui là qui pour moi, porte la bientraitance. En résumé, ce sont nos qualités maternelle, nos merveilleux calins, nos agacements, nos échecs aussi qui font de nous des mamans bienveillantes, conscientes qui font des enfants sains et équilibrés… Allez, rock and roll les mamans :)
    Bisous bisous :)

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