L’Histoire de l’Allaitement

Chose promise, chose due.

La semaine précédente je t’avais fait un petit compte rendu sur l’allaitement et ses bienfaits. C’était pas fameux, comme tu as pû le constater…

Cette semaine, j’ai quémander de l’aide via des groupes d’allaitement et de maternage sur FB. Comme je suis over-bookée de ces temps-ci par une Sauterelle Babycolle qui (comme son nom l’indique) ne m’a que très rarement lâchée de la semaine, j’ai malgré moi, loupé ce que je voulais faire : des remerciements pour ces mamans qui m’ont aiguillées sur quelques sites plutôt bien foutu.

Comme tous parlaient plus ou moins de la même chose, j’ai juste isolé celui qui me plaisait le mieux. Je te donnerais TOUT les liens en fin de billet, si jamais tu veux avoir d’autres infos, et infos complémentaires à mon billet.

J’ai particulièrement aimé cette phrase dans l’intro :

« A l’origine des temps, c’est la mère qui allaite son enfant, c’est une simple question de survie. »

Ceci n’est pas un énième billet pour faire chier les biberonneuses qui se sentiraient visées par la promo de l’allaitement. Non, chacun ses choix, mais même pour celles qui ont voulu donner le biberon directement, ce billet peut être intéressant, ne serait-ce pour nous cultiver un peu. Soyons Aware.

Je dirais même plus : l’allaitement, c’est la vie.

Voici son histoire.

(…) Paléolithique : la femme donne la vie, assure la survie. Ère du matriarcat : les hommes sont occupés hors du clan à la chasse et à la pêche. L’allaitement dure 2 à 3 ans ; les femmes sont les chefs de clan. (…)

Dans l’ancienne Égypte : l’allaitement est le mode normal d’alimentation du nouveau-né. La déesse Isis est souvent représentée allaitant Osiris et Horus. Sur un papyrus du musée du Louvre, on peut lire : « ta mère t’a conçu en 10 mois, elle t’a nourri en 3 ans. » (…)

En Grèce et à Rome : comme en Égypte, la coutume établie est que chaque mère allaite son enfant. Ensuite, du IIIème au Vème siècle avant Jésus-Christ, les femmes riches se libèrent de l’allaitement et le nombre de nourrices se multiplie. On voit apparaître des recettes pour interrompre la lactation dans les traités de médecine. A cette époque, on ne connaissait pas les avantages médicaux pour l’enfant du lait de sa propre mère, d’où la mortalité infantile est élevée. Le recrutement des nourrices est de plus en plus sévère : moins de 30 ans, 2 ou 3 enfants à elle, en bonne santé et bonne condition physique, belle, ressemblant le plus possible à la mère et tout le long de sa fonction, elle devra être de bonne moralité et d’abstinence sexuelle.

Au Moyen âge occidental : avec le christianisme, l’allaitement maternel retrouve un regain pratiquement universel. Mais on connaît son action sur le contrôle des naissances et, dans les familles seigneuriales, un grand nombre d’enfants à naître est la promesse de nombreux garçons et donc de futurs chevaliers. Le nouveau-né est donc confié à une nourrice pour que la mère s’apprête plus vite à une nouvelle conception. (…)

La Renaissance (XVème et XVIème) : l’Église impose de plus en plus sa morale, notamment au sein du couple et de la famille. La doctrine de Saint-Thomas (1225-1273) énonce l’infériorité des femmes ; l’enfant est le symbole de la force du mal, un être imparfait accablé sous le poids du pêché originel. Certains, comme Ambroise PARE (1509-1590), pensent que le lait provient de la cuisson du sang qui afflue aux seins après l’accouchement.

(…)  Cela permet à la morale chrétienne d’intervenir dans la vie intime des couples : les rapports sexuels, accusés de gâcher le lait, sont interdits.

(…)  Le choix des femmes commence à se faire difficile : L’enfant ou le mari ? Que faire du plaisir ressenti en allaitant puisqu’il est coupable ? Le recours à une nourrice mercenaire se développe ; selon sa fortune, on la fait venir à domicile ou on lui envoie son enfant.

XVIIème siècle, l’époque classique :  (…) A cette époque,l’allaitement se décrivait ainsi : nourrir est une charge pour les femmes qui veulent conserver leur beauté, l’enfant est ressenti comme une gêne pour le père auquel il prend sa femme, nourrir est un moyen de gagner de l’argent pour les femmes pauvres.

(…) Les croyances sont les mêmes que dans l’antiquité sur le choix des nourrices car on pense toujours que l’enfant, en suçant le lait (=sang bouillie de l’allaitante), prend des traits du caractère de la nourrice. 

XVIIIème siècle – fondement des bases de la puériculture moderneA la fin du XVIIème, on estime les chances de survie des enfants suffisantes pour justifier de leurs parents un investissement affectif.

(…) Début XVIIIème, la mise en nourrice s’étend dans toutes les couches de la société urbaine. Certaines mères sont obligées de travailler pour vivre (comme les épouses des ouvriers de la soie à Lyon) et le manque de bonnes nourrices en ville les pousse à envoyer leurs enfants à la campagne, chez les nourrices rurales. Ce transport à la campagne est un véritable »massacre des innocents ».

(…) Fin XVIIIème, les médecins, inquiets de la situation catastrophique du nouveau-né, engagent une campagne pour l’allaitement maternel. Parallèlement, les savants s’intéressent de plus en plus à l’alimentation artificielle à base de lait d’animaux. On envisage une approche scientifique de la nutrition. 

Le 28 Juin 1793, la Convention de la loi décrète « l’allaitement obligatoire »

XIXème siècle : les scientifiques commencent à faire parler les statistiques de mortalité infantile ; elle est de 71.5% mais seulement de 15% pour les enfants nourris au sein de leur propre mère. Ces chiffres sont éloquents quant aux bienfaits de l’allaitement maternel.

(…) On reconnaît les bienfaits du colostrum, de l’allaitement précoce et de l’allaitement libre. Pour la plupart des médecins, le lait de femme doit rester l’aliment exclusif pendant la première année et force est de constater que le risque de mortalité baisse. La composition du lait est étudiée ; GUILLOT découvre en 1852 que la pesée de l’enfant permet d’apprécier la quantité de lait bu et donc de surveiller sa croissance et son état de santé.

(…) En 1873, la moitié des enfants sont allaités par la mère. Des facteurs économiques et sociaux deviennent évidents : là où les femmes ont des métiers plus lucratifs, le nombre de nourrices augmente. Dans les milieux ruraux, où persistent la famille et les mœurs traditionnelles, l’enfant est nourri au sein dès qu’il pleure, pendant 1 à 2 ans.

(…) 1893, DUFOUR fonde à Fécamp la première « goutte de lait » qui distribue du lait de femme, aseptisé, pour les mères qui travaillent. Ceci durera jusqu’en 1946 et sera remplacé par le premier lactarium français en 1947 à l’école de Puériculture de Paris.

XXème siècle, l’enfant va acquérir le statut d’une véritable personne avec la considération que lui apportent de nombreuses structures sociales, familiales, médicales, scolaires. C’est le siècle qui voit naître la P.M.I. (Protection Maternelle et Infantile, 1945), la Sécurité Sociale (1945).
La femme va obtenir le droit de vote (1944), créer le M.L.F. (Mouvement de Libération de la Femme), entrer à Polytechnique.

(…) Parallèlement, la puériculture (née en 1866) se définit comme « la science d’élever hygiéniquement et physiologiquement les enfants ».

(…) Les traités de puériculture expliquent l’utilité des règles aux mères :

*1902 : Traité de l’allaitement et de l’alimentation des enfants du 1er âge :

« les femmes de la campagne allaitent leurs petits en ne s’inspirant d’aucune règle et en suivant leur instinct. Cependant,
l’allaitement maternel lui aussi a besoin d’une direction. C’est tout un art, difficile, exigeant des connaissances multiples, que d’élever un enfant. »

 *1908 Traité de l’hygiène de l’enfant :

« si l’animal ne boit jamais sans soif, il n’en est pas de même pour l’homme. Le nouveau-né est dans une situation inférieure à celle de beaucoup d’animaux, non seulement parce qu’il naît nu, mais parce que son instinct ne le défend pas contre l’absorption d’aliments qui, par leur quantité ou leur qualité, peuvent lui nuire. »

*1950, grâce aux progrès scientifiques, l’alimentation artificielle est très facilement accessible à toutes les mères. Les années 1950 à 1970 voient la médicalisation de naissance avec le passage de l’accouchement à domicile à celui à l’hôpital entouré des spécialistes qui « savent ». Quand il le faut, ils prescrivent l’allaitement au sein, comme ils ordonnent un médicament. 

Le biberon qui peut être donné par le père devient un symbole de libération de la femme. Ainsi, le taux d’allaitement au sein baisse en dessous de 30% en 1950.

La mère considère que l’allaitement est une perte de temps ; le lait artificiel convient parfaitement au nourrisson.

Les grandes découvertes ont tellement fasciné que le lait maternel en a été oublié. La régression de l’allaitement maternel va modifier la symbolique du sein : le sein perdant sa fonction physiologique envahit l’imaginaire d’une autre façon ; il devient le sein esthétique, érotique, médiatique, médical ou publicitaire ou enfin maternel ; phénomène amplifié par le courant dit de « libération sexuelle ».

(…) L’allaitement maternel est recommandé par l’ensemble des  psychanalystes du XXème siècle. 

Mais les mères ne savent plus allaiter : elles n’ont presque jamais vu d’autres femmes le faire ; allaiter en public paraît indécent tant le sein est investi sexuellement ; les femmes ont peur d’abîmer leur poitrine.

(…) Or, l’important est que ce désir d’allaiter correspond chez les femmes à un besoin réel. 

Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’un besoin vital mais d’un désir qui peut s’accompagner d’un grand plaisir. Dans les maternités traditionnelles, les règles rigides de la puériculture ont souvent mis ces mères en situation d’échec. 

Allaiter n’est plus inné, c’est un geste compliqué.

(…) Plus personne ne comprend pourquoi un phénomène naturel, physiologique, ne veut plus fonctionner même quand la femme le désire. Certains auteurs évoquent des facteurs psycho-sociaux.

(…) Certaines équipes de maternité étudient, à la fin des années 70, la responsabilité de l’équipe soignante dans l’allaitement maternel et modifient leur fonctionnement. Les résultats sont concluants.

Des associations bénévoles de mères ayant allaité se forment : la « leche league », née en 1956 aux
États-unis, apparaît en France en 1975.  A partir de 1981, des associations régionales de développent un peu partout, véritables chaînes de solidarité entre les mères.

Voilà notre histoire, car il s’agit bien de ça. L’histoire de l’allaitement correspond en parallèle à l’Histoire de la place de la femme dans la société. On le voit, pendant longtemps, les femmes ont été endoctrinée dans leurs faits et gestes, ensuite vint leur libération.

En 2011, on s’indigne de voir que certains enfants n’ont pas encore la place qu’ils méritent d’avoir dans certaines familles. Le tout est de penser non seulement à l’enfant qui est là, mais aussi à la femme qui le nourrit.

Je me disais il y a peu de temps de cela, que lorsqu’un enfant nait dans une famille, on fait plus attention au nouveau venu, qu’à la femme qui lui a donné la vie. Or, pour qu’une relation de confiance débute pour cette femme, il faut qu’elle soit entourée dès le départ, et pas seulement en ce qui concerne l’allaitement (si elle souhaite allaiter), mais pour qu’elle retrouve confiance en elle, et donc qu’elle apprenne à faire confiance à son enfant, et si elle a choisit d’allaiter, elle ne doutera pas de ses capacités à le faire.

Seulement dans ces conditions, cet apprentissage qui est à faire en duo, physiquement parlant, mais en famille , moralement parlant, cet apprentissage donc aura des résultats plus qu’encourageants.

A nous, femme des années 2000, de prouver au monde qu’allaitement rime bien avec féminité.

A nous, allaitantes des années 2000, de faire en sorte que l’allaitement devienne la norme, reste un choix, certes, mais que les mamans ont pû faire ce choix en connaissance de cause, en ayant été correctement informées auparavant, guidées et entourées.

Nichonnement vôtre,

Maman Sauterelle.

 

Sources :

http://www.lait-tendre.com/

http://www.co-naitre.net/wp-content/uploads/2016/04/histoireallaitementCRmai2006.pdf

http://lelienlacte.com/

https://www.infor-allaitement.be/

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3 réflexions sur “L’Histoire de l’Allaitement

  1. Merci beaucoup de cet article très bien documenté… la revue Co-naître est une véritable mine en la matière!!! Je ne commente pas plus longuement même si j’aurais des tas de choses à dire… parce que je suis déjà très très très en retard pour le relais des contributions et le plan des mini-débriefs!!! Je peux juste te dire que j’ai en préparation un billet Guest qui devrait nous instruire toutes et tous sur les liens entre féminisme et allaitement…!

  2. Pingback: Quand Maternité rime avec Respect… « Les Vendredis Intellos

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