Ce qui paraît fugace est essentiel…

Je te nomme, je ne te sais pas. Je te sens, je ne te vois pas. Je te vis, je ne te perds pas. Je t’éprouve, je ne t’entends pas. Je te palpe, je ne te mesure pas. Je te crois, je ne t’explique pas. Je te donne, je ne te dois pas. Je t’exprime, je ne suis plus moi. Je t’invite à puiser en moi et je m’ouvre à vivre avec toi.

Ouvrir la page… Avoir le désir soudain de transmettre ce moment. Peut-on raconter ce rien là? Ce qui paraît fugace est essentiel.

Il m’est arrivé récemment de ressentir une légère pointe de nostalgie lorsqu’une amie proche me faisait partager son bonheur d’attendre un heureux événement. Ce n’était absolument pas de la jalousie, j’étais bien trop heureuse de partager cette si belle nouvelle mais il est vrai que j’y ai pensé plusieurs fois durant la journée. Je ne pouvais pas m’empêcher de revivre intérieurement ce sentiment de plénitude qui m’habitait à chaque fois que j’ai moi-même eu la chance d’attendre. Je me remémorais ces moments intimes et précieux, tellement fugaces et pourtant inoubliables…

Lorsque j’ai commencé à lire Je porte un enfant et dans mes yeux l’étreinte sublime qui l’a conçu de Frédérique Deghelt (dont j’ai déjà parlé ICI), j’ai compris à quel point ces attentes avaient bouleversé ma façon de penser et même ma façon d’être. Toutes ces sensations sont encore tellement proches que c’est bien la crainte de ne plus avoir un jour la chance de les revivre qui me rend nostalgique. Comme le dit si bien Frédérique Deghelt, « Qui étais-je quand je n’étais qu’un corps vide? », c’est bien la maternité qui m’a permis de me sentir complète, pleine de toutes ces expériences qui m’ont été données de vivre.

Vous attendez un enfant?

Il faut dire oui… Le ventre en pointe nous trahit.

Mais je pense non. C’est avant, que je l’ai attendu. Pendant tous ces longs mois vides où rien ne se passait, oû chaque mois venait alourdir ma peine, me renvoyant encore à une solitude… Pas mère… Pas l’ombre d’une présence microscopique. Rien… L’angoisse… J’attendais un enfant, je tricotais du vide, je me faisais mon sang d’encre…

Maintenant, je ne l’attends plus, je le savoure. Je le couve en mon ventre devenu terre d’accueil… Je l’exhibe, croyant au transparent berceau de ma peau en voile… Je le roule dans ma poussette de chair, aux étoiles de mes yeux: il est déjà là…

J’ai vécu par deux fois cette attente là mais chacune d’entre elles a su m’offrir sa part de mystère et son lot d’émotions. J’ai aimé sentir mon corps se transformer pour mieux les protéger et voir mes courbes se dessiner pour mieux les porter. J’aurais parfois souhaité voir le temps s’arrêter pour mieux apprécier mais ces doux instants n’auraient peut-être pas aujourd’hui la même saveur…

Nulle perfection suspendue au fil de l’instant. Juste la vie qui passe, douce, sereine… La simplicité à portée de main sans désir de tendre le bras pour s’en saisir. Je vis une vraie joie intérieure. Est-ce si déraisonnable de la vouloir garder, d’en désirer l’éternité en la sachant impossible?

Une mère ordinaire

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Une réflexion sur “Ce qui paraît fugace est essentiel…

  1. Pingback: L’attente [mini débrief] « Les Vendredis Intellos

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