Un heureux événement ?

Je voudrais évoquer quelques pensées que m’ont inspirées le livre d’Eliette Abécassis. Ce roman est dur et anticonformiste. Il aborde la maternité sous un angle plutôt pessimiste : la narratrice évoque les difficultés, les écueils, la souffrance. On a parfois l’impression qu’elle veut démonter un à un le cliché : « La maternité ? Que du bonheur ! ».

Faire un enfant est à la portée de tous, et pourtant peu de futurs parents connaissent la vérité, c’est la fin de la vie.

Même si certains passages m’ont semblé durs, voire caricaturaux, j’ai apprécié que des tabous soient abordés et que certaines choses douloureuses soient dites. Accrochez-vous, voici quelques extraits !

On parle beaucoup de la grossesse, un peu de l’accouchement mais pas (ou presque) des jours qui suivent. Or, c’est un moment très particulier, avec des (très) hauts et des (très) bas. Je crois qu’il serait bon d’y être préparée.

Nicolas est parti car les visites sont interdites après 22 heures. J’étais seule. Seule avec mon épisiotomie, mon globe vésical et mon bébé. (…) Avec ce bébé dans une chambre d’hôpital, je sentis tout le poids du désespoir s’abattre sur moi. Comme un découragement à l’idée de ce qui allait suivre, une tristesse abyssale.

Malheureusement, je vois ce qu’elle veut dire. Étrangement, j’ai plus ressenti ça après la naissance de mon deuxième…

Elle insiste beaucoup sur la difficulté pour le couple de survivre à la naissance d’un enfant. Personnellement, je n’ai pas connu de grandes difficultés à ce niveau-là mais j’ai senti quelques changements et j’ai compris comment on pouvait en venir à se séparer. Avant d’avoir des enfants, je ne comprenais pas. Cela dit, dans le roman, c’est très fort : ils ne communiquent plus, n’arrivent plus à passer des moments ensemble et s’énervent rapidement et ne semblent plus avoir de respect l’un pour l’autre. C’est terrible.

Mais pourquoi nous a-t-on inculqué depuis le début que l’amour devait être spirituel ? Que l’amour c’est Venise au bord de l’eau et non pas le père, la mère, l’enfant. Comment aimer toujours si l’on nous dit que l’amour est sacré mais la famille est sale ?

L’amour au début est ardent et passionnel, schizophrène et maniaco-dépressif comme le bébé, puis il grandit et il devient mûr, solide, réfléchi, il se pose, s’élève alors, mais nous ne le savons pas, nous disons tout simplement qu’il cesse.

Il y a l’amour des premiers temps et l’amour de la maturité, celui d’après, celui auquel personne ne songe, et pourtant, l’amour de la première rencontre n’est qu’une niaiserie à côté de l’amour conjugal.

 

J’ai beaucoup aimé la réflexion autour de la naissance d’une mère, de ces changements que l’on vit au plus profond de notre être et de ce que notre enfant nous apprend.

Mais comment faire alors que je naissais autant qu’elle ? J’étais sa mère et elle était la mienne. Je naissais à elle, je naissais au monde par elle, elle m’avait accouchée et j’en étais douloureuse, bouleversée, cabossée. Je naissais de la naissance de ma fille, éprouvée d’elle. C’était une aventure et nous allions la partager, nous étions condamnées à la vivre ensemble désormais.

C’est vrai : elle a bouleversé ma vie. Et pourtant, elle n’était qu’un bébé. Elle m’a poussée dans mes retranchements, elle m’a fait dépasser toutes mes limites, elle m’a confrontée à l’absolu : de l’abandon, de la tendresse, du sacrifice. Elle m’a disloquée, et elle m’a enfantée. J’étais sa fille. J’étais sa créature, désormais.

Il me semble que ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains. Mais je salue le courage de dire tout haut ce que beaucoup ressentent. C’est un appel à la réflexion, au partage de ce qui peut être difficile. J’ai volontairement choisi des extraits qui vont dans ce sens. La narratrice aime son enfant, cela ne fait aucun doute, elle s’investit complètement dans son rôle de mère. Certaines passages abordent aussi le côté exaltant d’avoir un enfant. En revanche, elle n’aime pas sa vie. Si j’avais cette femme en face de moi, voici ce que je lui dirais (c’est un peu à moi-même que je m’adresse aussi) :

Tu te sens seule mais tu ne l’es pas. Appuie-toi sur les autres, appelle à l’aide, n’hésite pas à dire quand ça ne va pas. Parfois, tu n’auras pas de réponse mais d’autres fois, tu seras soutenue, accompagnée et tu découvriras que tu n’es pas la seule à vivre ça. (Il n’y a qu’à voir les blogs de mamans !)

La vie de couple change mais cette nouvelle aventure peut être magnifique. Le secret : communiquer, parler et s’écouter. On ne vit pas les choses de la même manière, c’est certain, on n’a pas besoin des mêmes choses mais on s’aime et c’est là-dessus qu’il faut s’appuyer. Il faut absolument se ménager des moments à deux, sortir pour retrouver un peu la vie d’avant.

Prends soin de toi, ne t’oublie surtout pas. Ton enfant te regarde et il aime te voir heureuse. Cela lui donne confiance en la vie, en lui-même. Mais ne culpabilise pas dès que tu échoues, car tu feras beaucoup d’erreur. Rien n’est irrémédiable. Vis, profite et grandis avec ton enfant ! Aime-toi comme tu l’aimes, prends soin de toi comme tu prends soin de lui.

Tu es la meilleure mère pour lui, la seule et unique.

Clem la matriochka

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5 réflexions sur “Un heureux événement ?

  1. Merci de nous avoir encore une fois ouvert ton coeur… je ne me reconnais pas trop dans les paroles de la narratrice… probablement parce que j’ai vécu ma première grossesse sur le mode guerrier de celle qui devait survivre parce que tous la donnait perdante…du coup, j’ai tellement foncé que je ne me suis pas laissée le temps de penser à ce que j’abandonnais…
    Ceci étant, tu l’as dit… on n’est pas préparée à tout ça!!! Je pense profondément que la grossesse et la maternité comportent leur part de deuil et de cela personne ne parle jamais: il y a le deuil du corps (qui sans être forcément « moins » bien en sera toujours différent…), le saut d’une génération (qui nous renvoie aussi inéluctablement à notre propre finitude), le deuil de l’insouciance (celui là a été le plus difficile pour moi..) qui fait place au souci quasi permanent, le deuil de l’égocentrisme de l’enfance aussi….
    Aujourd’hui, je me rends compte que je vis ces « petites morts » moins tragiquement que les premières fois… parce que je sais qu’on finit toujours par renaître!!!
    Garde bien ta dernière phrase en tête, tu le vaux…

  2. Pingback: La solitude de la mère naturellement imparfaite « Les Vendredis Intellos

  3. Pingback: Lorsque l’enfant paraît* [mini-débrief] | Les Vendredis Intellos

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