Si les élèves étaient des animaux…

Si un bon élève était un animal, quel animal serait-il ?

Si un mauvais élève était un animal, quel animal serait-il ?

Ce sont les deux questions que je vous ai posées via Facebook et Hellocoton.

Ces deux questions ont également été posées à 63 élèves de CM2 par Marie-Anne Mallet (Psychologue, docteur en sciences de l’éducation, chargée d’enseignement à l’université de Nîmes) dans le cadre de sa thèse de doctorat en sciences de l’éducation (Statut scolaire et image de soi en fin de primaire-Etude clinique de la représentation par l’enfant de son niveau et de ses interférences sur sa scolarité. (2004)) dont une partie des résultats a été publiée dans le numéro 36  de la revue « Le journal des Professionnels de l’Enfance » (septembre octobre 2005)

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La volonté de Marie-Anne Mallet est de s’intéresser aux « représentations enfantines relatives aux différents statuts scolaires si présents dans chaque classe« .

En effet, dans chaque classe traditionnelle, on peut voir émerger 3 groupes d’élève: les « bons », les « moyens », les « mauvais ».

Ces catégorisations ne sont pas toujours explicites mais existent pourtant réellement dans l’esprit des enseignants, des parents, mais aussi des enfants eux-mêmes.

Marie-Anne Mallet a ainsi demandé à des enfants de dessiner des bons et mauvais élèves sous forme d’animaux, créant ainsi un bestiaire scolaire.

 

Afin de mieux analyser les réponses des élèves, l’ensemble des animaux cités par les élèves ont été classés en 7 catégories:

  • animaux féroces
  • animaux de compagnie
  • animaux de la ferme
  • animaux aquatiques
  • oiseaux
  • animaux exotiques
  • autres (mollusques, insectes, rongeurs, crustacés)

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Du côté des bons élèves …

 

Les élèves plébiscitent les animaux féroces ( lion, léopard, aigle, crocodile, puma, panthère, renard ) comme représentant les bons élèves.

« Les animaux féroces sont seulement cités en association avec l’image d’un bon élève. Ces animaux renvoient une image de puissance et de force. A la fois facteurs de prestige et de crainte, ils ont des qualités viriles qui expriment la puissance et l’agressivité. Les enfants ressentent donc une certaine ambiguïté vis-à-vis de ces animaux, ce qui fait qu’ils sont à la fois attirés vers eux (voire fascinés) et les appréhendent tout autant. Nous pouvons rapprocher cette ambiguïté de l’ambivalence que suscite aussi souvent l’idée de réussite. »

Les deux animaux les plus cités par les enfants sont le lion et le chat qui, d’après une étude de R. Zazzo en 1969, sont « les deux animaux qui ont le plus de notoriété chez les enfants ».

Les enfants choisissent donc un animal aimé pour représenter le bon élève, probablement parce que l’élève souhaite s’identifier au bon élève.

Le bon élève est aussi représenté par un animal intelligent (singe, chat, orque, cheval, hibou,..)

 

Le bon élève, selon les élèves eux-mêmes, serait donc un animal aimé, intelligent, mais aussi redouté.

 

L’aspect compétitif semble avoir une grande importance, ce qui finalement n’est pas si étonnant si l’on pense à toutes ces évaluations dans le système scolaire traditionnel. Je serais d’ailleurs bien intéressée de connaître les réponses d’élèves issus d’écoles Montessori (où l’enfant progresse à son rythme, sans compétition avec les autres). Cela pourrait être une étude intéressante…

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Du côté des mauvais élèves

 

Au rang des mauvais élèves, on trouve principalement les animaux de la ferme, le plus cité étant l’âne (et oui, le bonnêt d’âne d’autrefois est toujours ancré dans les esprits…)

Le mauvais élève est ici considéré comme bête, fainéant et entêté.

On retrouve également, parmi ces mauvais élèves, des animaux considérés comme sales, lents (cochon, mouton, vache,…)

L’auteur souligne un point important: selon le statut scolaire de l’élève (‘bon » ou « mauvais » élève), le choix de l’animal va être différent. 

En effet, si la majorité des élèves citent l’âne, « les élèves en difficulté font (…) plutôt référence à des animaux réputés pour leur lenteur ou leur saleté, alors que l’âne, souvent associé à la paresse et à la bêtise dans l’imaginaire collectif, n’est pas un animal auquel ils souhaitent s’identifier. Le symbolisme est très certainement trop puissant et trop stigmatisant du fait qu’il représente une caractéristique intrinsèque à l’être humain qu’il leur est difficile de contrôler: l’intelligence. »

 

Le mauvais élève serait donc un animal avant tout bête, mais aussi sale et lent.

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Qu’en est-il de vos réponses ?

 

J’ai trouvé amusant de vous poser aussi la question, afin d’illustrer cet article.

Voici vos réponses dans ce tableau:

 

bon élève

 

mauvais élève

animaux féroces

Lion

Hyène

animaux de compagnie

 

Chien (X2)

Chat

animaux de la ferme

/

Âne (X2)

animaux aquatiques

Dauphin

poisson rouge, carpe

Oiseaux

/

/

animaux exotiques

singe, caméléon, éléphant

Singe

autres (mollusques, insectes, rongeurs,

crustacés…)

rat, raton laveur, écureuil

Marmotte, limace

Vos bons élèves:

Je dirais qu’on peut dégager 2 types de réponses:

 

-les réponses spontanées, où l’on répond en pensant à l’enfant que l’on a été.

Ainsi, on peut trouver des réponses similaires au groupe d’enfants interrogé.

C’est ainsi que l’on retrouve le lion parmi les bons élèves.

On retrouve également le critère d’intelligence: dauphin, singe, éléphant

Certaines réponses sont influencées par certaines expressions: « mémoire d’éléphant », »rat de bibliothèque »

Une mention spéciale pour le raton laveur, bon élève car les lunettes lui vont bien ! J’avoue qu’il m’a bien fait rire celui là ! ;-)

 

-la deuxième catégorie de réponse résulte d’une réflexion plus élaborée, où l’on ne raisonne plus en tant qu’enfant, mais en tant qu’adulte qui s’interroge sur ce que l’on attend d’un bon élève.

Ainsi, deux nouvelles caractéristiques apparaissent:

la curiosité (écureuil), et la capacité d’adaptation (caméléon)

 

Votre champion: le chien, pour sa facilité d’apprentissage et son obéissance.

(A noter que les enfants ont placés le chien à la fois dans les bons et mauvais élèves, avec une proportion plus grande du côté des « mauvais élèves »)

J’avoue que j’aurais moi-aussi pensé au chien, qui semble être l’animal le plus adapté à rentrer dans le « moule scolaire ».

On peut s’interroger ici sur la définition d’un « bon élève » et sur la pertinence des  attentes vis à vis des élèves. « Rentrer dans le moule » prépare-t-il réellement au mieux  à la vie d’adulte ? 

 

Vos mauvais élèves:

 

Comme dans les réponses d’enfants, on retrouve parmi les mauvais élèves, les animaux jugés bêtes et fainéants (âne, poisson rouge, carpe, marmotte) ou lents (limace)

Certains animaux peuvent être jugés à la fois comme bons ou mauvais élève. C’est le cas du singe, que l’on retrouve chez les mauvais élèves à cause de son manque de sérieux et c’est aussi le cas du chat, ici chez les mauvais élèves alors que les enfants le plaçaient majoritairement du côté des bons élèves. Le chat se retrouve chez les mauvais élèves à  cause de son indépendance et le fait qu’il n’écoute que lui même, tandis que l’incapacité du mouton à réfléchir par lui même le place lui aussi dans cette même catégorie.

La notion du bon/mauvais élève ne semble pas si évidente..

Au delà de la bêtise, un mauvais élève est aussi un élève qui peut souffrir de sa mauvaise réputation, l’entraînant ainsi dans une spirale d’échec. C’est le cas de la hyène, seul animal féroce que l’on retrouve du côté des mauvais élèves. 

En revanche, l’âne reste le cancre le plus cité.

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Et si…

Et si les ânes pouvaient eux-aussi être de bons élèves ?

Je ne peux pas m’empêcher ici de penser à l’effet Pygmalion, et je suis persuadée que ce principe s’applique au delà du processus d’apprentissage… Je vous en reparlerai probablement plus tard .

Merci à laetibidule, madame déjantéemaman bavardelycya, marie 3 en 2, miss planning, notre petit bout et madame frimousse pour leur participation ;-)

 

Mardy et Lustucru

 
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4 réflexions sur “Si les élèves étaient des animaux…

  1. J’avais raté ton questionnaire. C’est intéressant comme réflexion.
    J’avoue que moi, dans les animaux représentant les mauvais élèves, j’aurai mis la poule ou le mouton. Dans les bons élèves, je ne sais pas trop… le dauphin peut être. (j’adore les chats mais c’est des feignasses égoïstes, ils représentent donc mal les bons élèves pour moi… snif… malgré leur grande intelligence : y a qu’à voir comme ils arrivent à nous dresser! XD)
    Par contre, je m’insurge contre le traitement fait à l’âne! ;)
    C’est trop ninjuste m’dame! Un âne, c’est intelligent (mais têtu^^) plus qu’un cheval même!.

  2. Bon, la suite de mon commentaire donc… qui me donne l’occasion de te féliciter encore pour cette idée d’article vraiment originale…!!
    Alors ce qui me questionne le plus dans ces résultats c’est qu’on peine à différencier les représentations des élèves à propos d’une part de ce que signifie « réussir » (le propre du « bon » élève) ou échouer (le propre du « mauvais » élève) et d’autre part les représentations sur ce que cela signifie dans la hiérarchie sociale de la classe être « bon » ou « mauvais » élève…
    Je m’explique si un élève dit: « un mauvais élève est représenté par un âne parce qu’il est bête » on peut entendre « l’intelligence est une qualité requise pour réussir » alors que si un élève dit « un mauvais élève est représenté par un cochon, il est sale », on peut entendre « un mauvais élève est mis au ban de la classe, on ne souhaite pas l’approcher, c’est un exclu qui figure tout en bas de la hiérarchie sociale de la classe »… Je trouve très difficile à différencier ce qui relève de l’un et de l’autre…mais sans doute faudrait-il que je me lise la thèse en entier…!!!

    • Merci ;-)
      Justement, je trouve que le questionnement soulevé par cet article est intéressant: Qu’est-ce qu’un bon élève ? Celui qui réussit ? Celui qui est bien vu par l’enseignant ?
      Selon la perception que l’on a de ce qu’est un bon élève, notre comportement peut être différent. Ainsi, l’enfant peut souhaiter être bon élève pour lui même, ou bien pour les autres, pour ne pas être rejeté.
      Je trouve d’ailleurs que cet article soulève beaucoup de questionnements. Il y a d’autres points que je n’ai pas mentionné, comme par exemple l’ambivalence du bon élève: à la fois envié et rejeté par les jaloux.

  3. Très intéressant ton article. Il donne vraiment à réfléchir sur la définition de « bon » et « mauvais » élève. Ainsi que sur l’image que les enfants peuvent avoir d’eux même !!!
    C’est intéressant de voir que les animaux sont globalement jugée que sur un seul trait de caractère, et par conséquence l’élève aussi, alors qu’ils ont plusieurs caractères
    Bonne soirée !!!

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