Les Serious Game et la science : un nouvel outil pédagogique ?

Lue dans le Monde Education hier, l’interview de Zoran Popovic, le directeur du Center for game Science de l’université de Washington me fait tiquer et notamment son titre : « Les jeux scientifiques vont révolutionner les apprentissages ». Je n’y comprends pas grand chose (c’est moi ou c’est traduit à la truelle rouillée ?), c’est pourquoi je le soumets aux autres neurones (voire à un futur Guest calé en sciences ?) qui pourraient peut-être éclairer ma lanterne ?

Il expose d’abord que son centre permet aux chercheurs de sortir de leur labo pour faire un travail collaboratif avec des « néophytes avertis », c’est-à dire instruit par le jeu en ligne Foldit, qui permet de plier des protéines en résolvant des puzzles (me demande pas comment ça marche, j’ai essayé d’aller sur le jeu, mais mon anglais exécrable, ainsi que ma nullité absolue en biologie me bloquent complètement pour saisir le but et les règles du jeu).

Ce que nous faisons avec Foldit, notre jeu scientifique collaboratif, démontre clairement qu’on peut non seulement transformer des jeunes et des moins jeunes en véritables experts, mais qu’en plus, cette nouvelle forme de collaboration entre le grand public et les scientifiques peut permettre de résoudre de vrais énigmes. Des questions que les scientifiques seuls dans leurs labos face à leurs ordinateurs ne parviennent pas à démêler.

Je crois que c’est vrai : je crois en effet qu’un regard vierge sur un sujet permet parfois de débloquer soudainement un point dur, car le chercheur, la tête dans le guidon, peut avoir du mal à prendre un nouvel axe de réflexion. Je pense d’ailleurs que c’est aussi vrai sur plein d’autres sujets, tiens, yaka voir quand tu fais des mots croisés, tu galères comme un chien depuis une demi heure sur ta grille à moitié remplie et là, y en a un qui jette un oeil par-dessus ton épaule, et  pof ! un mot lui apparaît limite comme par magie. Agaçant non ?

Bref, avec Foldit, au lieu de s’agacer, les scientifiques ont décidé de profiter de cette opportunité et ça marche, nous dit Wikipedia :

Bloqués depuis plus de 10 ans par la complexité de la protéase rétrovirale du virus M-PMV (Mason-Pfizer monkey virus), les chercheurs n’arrivaient pas à trouver sa structure tridimensionnelle. Cette structure est essentielle pour identifier des « sites » potentiels que pourraient cibler des protéines-médicament. Ils ont alors décidé de passer par Fold-it et au bout de 3 semaines seulement, la revue Nature Structural & Molecular Biology publie la structure 3D de l’enzyme, citant au passage les « joueurs » ayant participé à sa découverte comme co-auteurs. Maintenant les biologistes peuvent commencer à chercher des molécules (protéines) capables d’inhiber cette protéase. Si une telle molécule est trouvée, la reproduction du VIH serait empêchée et l’infection stoppée.

Bon, ça y est, je commence à bloquer : les joueurs sont devenus « co-auteurs ». Je suis pas chercheur, mais à leur place, ça me gonflerait un peu, un peu comme si un article en sociologie était co-signés des joueurs des Sims … En plus, j’avais cru comprendre que les parties des joueurs étaient analysées par les chercheurs afin de mieux comprendre les facultés du cerveau humain, et ainsi enrichir les logiciels d’analyse de structure de protéines. En gros, l’analyse de l’intelligence humaine permettait d’améliorer l’intelligence artificielle du logiciel, et les joueurs étaient des sortes de cobayes consentants (en échange, tu joues au puzzle, et si j’en crois Progéniture, ma fille de 3 ans, c’est plutot kiffant le puzzle), plutot que des co-auteurs. Je me dis donc que j’ai raté un truc. (A l’aiiiiiiiiiiiiide ! j’ai rien comprenduuu !)

Et puis le journaliste qui interviewe Zoran (oui je l’appelle par son prénom, il veut que je joue avec lui, le coquinou, alors je peux me permettre cette familiarité) s’emballe un peu :

Vous pensez que le jeu va remodeler le visage de l’école, contribuer à l’invention d’une école plus en phase avec la société?
Bien sûr que j’y crois. Je crois sincèrement que des connaissances passent par le jeu. Mais je suis aussi fermement convaincu qu’on arrive à une compréhension plus fine des concepts en résolvant des problèmes mathématiques ou scientifiques qu’en en restant à la théorie. Et puis je crois aussi que le développement des jeux scientifiques peut changer l’image des sciences. Ils donnent aux sciences une image « cool ». Et cela peut inciter à s’y lancer vraiment.

Remarquez déjà que Zoran répond pas exactement à la question « jeu=école plus en phase avec la société » mais renchérit « jeu=des connaissances » (pas toutes donc) et remarque qu’il faut surtout se frotter aux problèmes plutot que rester sur la théorie. Rien de nouveau à mon sens. Sa remarque sur le fait que le jeu peut rendre la science plus accessible au grand public est pertinente, mais encore faut-il avoir une appétence minimale pour le sujet pour avoir envie d’aller « plier des molécules sur un jeu en ligne », non ?

Alors c’est une nouvelle façon plus efficace d’apprendre ?
Rien que le fait de se plonger dans un jeu scientifique et donc de consacrer du temps aux sciences, est un fait positif. Et puis le jeu décale un peu la science. Il lui enlève son image de série de lois et de théorèmes pour montrer qu’elles sert à résoudre de vrais problèmes et permet de comprendre notre monde en profondeur. Cette compréhension presque conceptuelle permet ensuite aux étudiants d’appliquer leurs connaissances à d’autres problèmes. Et c’est là le sens même des apprentissages. Finalement, le côté abrupt des sciences est un peu effacé par cette approche.

Là encore, la question est bien orientée par le journaliste (tain, mais qu’on est cons, depuis le temps, on aurait du remplacer les cours par des parties de crapette, ça aurait été plus « efficace »), et Zoran reste plus mesuré (d’ailleurs, c’est quoi la mesure de l’efficacité d’un apprentissage : la rapidité d’acquisition ? le temps durant lequel on retient la connaissance ? l’utilité de cette connaissance pour le sachant ?) et préfère parler de transversalité des savoirs. J’aurai aimé que cette thèse soit développée : le jeu permettrait de mieux appliquer ses connaissances scientifiques dans d’autres matières. Je ne comprends pas quels mécanismes sont mis en oeuvre dans le jeu pour que ça marche, mais c’est vrai que la question de la transversalité des savoirs est primordiale et pour l’instant à mon sens extrêmement mal gérée dans notre système scolaire qui saucissonne les matières.

Vous imaginez un monde où les gens apprendraient à travers des jeux ? Que l’école traditionnelle laisserait place au jeu ?
Oui. C’est une évolution possible. Dans mon laboratoire, nous sommes en train de transformer entièrement les programmes de mathématiques de la première année d’enseignement à la 12ème. L’enfant apprendra et progressera en jouant. Et le jeu, sait exactement où vous en êtes dans vos apprentissages. Si bien qu’il n’y a même pas besoin de faire de tests, de contrôles. On travaille aussi à aider les enseignants à évaluer les compétences de leurs étudiants en les familiarisant avec une grille d’analyse des résultats obtenus dans les jeux. Mais je ne vois pas pour autant le jeu remplacer totalement l’école. L’intérêt de la formule c’est qu’elle peut très bien compléter un enseignement traditionnel. Et puis vous pouvez apprendre n’importe où n’importe quand, quelle avancée.

Là encore, je trouve Zoran bien plus mesuré que l’intervieweur  : le jeu complèterait utilement l’enseignement traditionnel sans le remplacer. Et là dessus, je suis absolument d’accord. En effet, à mon sens de vieille schnoque, je ne crois pas qu’un jeu permette d’apprendre une chose comme le goût de l’effort par exemple, et la satisfaction du travail accompli. Et au-dela de ces valeurs un peu surannées, l’humain restera indispensable pour adapter son enseignement à l’élève lorsqu’il ne comprendra pas une notion nouvelle : le jour où mon ordinateur saura détexter mon regard d’incompréhension et décider d’adapter le programme en cours d’exécution pour faire disparaitre cette incompréhension, ça va m’épater !

En conclusion, je pensais ne pas être d’accord avec M. Popovic, mais c’est plus l’orientation forcée du titre qui me fait bondir et il m’a fallu analyser en profondeur l’interview pour le comprendre (merci les Vendredis Intellos qui me permettent parfois de digérer une lecture au lieu de l’ingurgiter entre tant d’autres).

Néanmoins reste un gros point d’interrogation qui me passionne : comment ce jeu fonctionne-t-il pour permettre la collaboration entre chercheurs et joueurs ?

Et surtout surtout, reste une question en suspens : si je peux plier une molécule, puis-je aussi la repasser avec mon fer en position « SOIE&POLYESTER » ?? Peut-être résoudrais-je un jour cette question sur mon blog ? N’hésitez pas à venir me voir !

La Tellectuelle

Publicités

3 réflexions sur “Les Serious Game et la science : un nouvel outil pédagogique ?

  1. Merci beaucoup de cette contribution et pour ce sujet original… Je vais essayer de commenter sachant que je me sens les neurones tout ramollis en cette fin de journée donc n’hésite pas à me reprendre si j’ai raté une ligne…!!!
    D’abord, il est très très clair que cet article se situe dans un contexte d’une découverte scientifique très très très très médiatique… d’abord parce qu’elle touche au problème du SIDA et ensuite parce qu’elle a effectivement été établie d’une façon très originale..!!
    Ensuite, je n’ai strictement aucune idée de ce en quoi consistait ce fameux « jeu » et notamment, je n’ai aucune idée de s’il permettait un quelconque apprentissage aux joueurs. C’est à dire je ne sais pas dans quelle mesure la tâche qui était confiée aux joueurs avait un sens du point de vue de la connaissance ou n’était qu’une sorte de devinette abstraite tel un rubiscub ou un sudoku (intéressante pour exercer l’esprit mais non pour apprendre le fonctionnement des protéines impliquées dans le VIH). Donc, parler de mise en réseau des cerveaux par le truchement d’un jeu pour résoudre un problème pourquoi pas, parler d’apprentissage, on n’y est pas encore!!!
    Enfin, pour revenir sur la question de l’apprentissage à proprement parlé, cela fait très longtemps que des propositions éducatives basées sur la métaphore cerveau/ordinateur (sur laquelle repose les sciences cognitives) ont été proposées… Je peux te filer des extraits sur tout ce qui est apprentissage en autonomie assisté par ordinateur…Des intérêts ont été notés, aussi sûrement que des limites… mais il faudrait moi aussi que je m’y replonge sérieusement pour en parler de manière plus approfondie!!!

    • Eh ben on se pose les mêmes questions sur ce jeu !
      Au final, je trouve mon choix d’article peu judicieux, je l’ai trouvé d’assez piètre qualité et c’est plus le coté « recheche » que le coté « apprentissage » qui m’a intéressée : limite un hors sujet pour les VI donc !

  2. Pingback: L’enfant: un adulte à sa hauteur. [mini debrief] « Les Vendredis Intellos

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.