Nous transmettons (aussi) ce que nous avons reçu [mini-debrief]

On ne naît pas parent, on le devient. Et on le devient après avoir été soi-même l’enfant de deux parents. Ce que nos parents nous ont transmis, ils l’ont reçu de leurs parents, qui l’ont reçu de la génération précédente… mais qui, chaque fois, l’ont adapté sous l’influence de la culture et de l’environnement qui leur étaient contemporains. Ce que nous donnons nous-mêmes est alors forcément un mélange de ce que nous avons reçu de la génération qui nous précède (voire plus) et de ce qui nous influence au présent.

Nos choix reflètent ce qui nous a été transmis. Ce que nous transmettons nous-mêmes reflète notre passé. Nous inscrivons ainsi nos enfants dans notre histoire en leur transmettant, sciemment ou non, des éléments de ce que nous estimons important dans ce que nous avons reçu.

D’abord, un ou plusieurs enfants ? La famille fantasmée est toujours composée d’au moins deux enfants, les contes de fée parlent de « beaucoup » d’enfants mais, dans la réalité, comme le rappelle Maman poussinou, un enfant sur dix est enfant unique. Ces enfants uniques sont souvent regardés curieusement et jugés, à tort, plus gâtés et plus égoïstes que les autres. Pourtant, être enfant unique ou non ne change rien : les parents donnent une certaine éducation et le caractère fait le reste…

Qu’ils choisissent (ou pas) d’avoir un seul enfant ne change pas leur amour pour lui, leur volonté de lui donner telle ou telle éducation. Et si un couple choisit de n’avoir qu’un seul enfant, c’est bien que le fantasme de la fratrie d’au moins deux descendants n’est pas universel. Choisir d’avoir un ou plusieurs enfants, quand c’est réellement un choix, peut sans doute être en partie expliquée par son passé et son histoire familiale, mais ne change en rien ce que l’on transmet de nos valeurs, de notre histoire et de nos origines.

Et d’ailleurs, que transmet-on de notre passé ?

Avec Madame Zaza of Mars, on s’interroge : notre régime alimentaire est-il influencé par nos origines et permet-il, du même coup, de les transmettre à notre enfant ? Ceci dans la mesure où les goûts se forment très tôt et sont nécessairement influencés par la toute petite enfance. Premiers repas et petits pots bien entendu, mais aussi parfum du liquide amniotique pendant la grossesse et du lait maternel durant l’allaitement.

Ainsi, certaines cultures donnent le goût aux enfants de manger très relevé tout le temps. Certains parents, comme Madame Zaza en fait l’expérience, font découvrir les plats typiques de leur pays d’origine sans même en avoir réellement conscience. La cuisine fait toujours partie de notre culture, de notre histoire, et donner le goût aux enfants de la cuisine de leurs origines est sans doute une manière de leur montrer d’où ils viennent.

Au-delà même du goût, nous transmettons à nos enfants un certain rapport à la nourriture et des habitudes de comportement. Abondance voire surabondance, petite quantité, équilibre alimentaire ou pas vraiment, aimer manger ou non… Ce rapport peut être facilement abîmé ou exacerbé s’il est déjà conflictuel, sous l’influence des événements de la vie. Et les troubles qui apparaissent alors peuvent être dangereux. Le billet de Conseils éducatifs nous éclaire sur ceux-ci et sur les questions que nous pouvons nous poser sur notre réaction.

Si nos enfants sont malades, comment pouvons-nous le reconnaître ? Nous-mêmes, ne donnons-nous pas trop d’importance au corps, à notre poids, à ce pèse-personne inutile et effrayant qui trône en bonne place dans la salle d’eau ? Ne sommes-nous pas nous mêmes en guerre contre nos kilos ou, au contraire, ne mangeons-nous pas trop souvent mal ? En résumé : notre propre rapport à la nourriture est-il sain ? Question ô combien importante, puisque s’il est malsain, nous le transmettons quand même…

Mais puisque l’on parle langage de la nourriture, allons faire un tour chez Clem la matriochka, qui nous parle de langage tout court. Elle s’intéresse au bilinguisme et au défi qu’il représente. Éduquer son enfant dans deux langues, la maternelle et la « paternelle », celle du pays où l’on vit et celle du pays d’où l’on vient (en partie seulement, parfois). Une façon très efficace de donner à son enfant toutes les clés pour comprendre son histoire familiale car la langue n’est pas qu’une liste de mots mais aussi un mode de pensée. Une façon aussi d’assumer ses propres origines, d’en être fier, de transmettre cette fierté à son enfant puisqu’il parlera les deux langues.

Faire ce choix demande de l’assurance, car il y a fort à parier que les regards seront souvent interrogateurs. Alors l’enfant recevra en héritage deux langues, deux modes de pensées, une ouverture sur deux cultures, mais aussi la fierté d’avoir cette double-culture, la richesse qui accompagnera ses deux modes de pensée, le petit plus que créera sa maîtrise de deux langues.

Dans la même veine, Kawine réfléchit à la remise en cause des origines – et du sentiment d’appartenance – et à ses conséquences. Se sent-on appartenir au pays où l’on vit, à celui où l’on est né, à celui où nos parents sont nés ? Cela dépend bien entendu de notre éducation et de ce que nos parents nous ont transmis – la responsabilité des parents est donc plutôt grande dans ce cas. Appartenons-nous officiellement au pays où nous vivons, au pays où nous sommes nés ou au pays où nos parents sont nés ? Là, c’est la loi du pays en question qui le décide. Et les conséquences, ce sont des confusions entre le sentiment d’appartenance, l’identification, et l’appartenance réelle.

Car en matière d’origine et de « nationalité », nous sommes probablement bien plus sensibles à ce que nos parents nous transmettent qu’à ce que la loi du pays nous dicte.

Ainsi, nos choix, l’éducation que nous donnons, ce que nous voulons transmettre et ce que nous transmettons réellement, reflètent notre histoire familiale, que nous le sachions ou que cela soit totalement inconscient. Nos enfants reçoivent des clés pour s’inscrire dans la société mais aussi dans l’histoire de la famille. A nous d’harmoniser, à la société d’accepter la richesse des différences de chacun.

Cécilie

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3 réflexions sur “Nous transmettons (aussi) ce que nous avons reçu [mini-debrief]

  1. Pingback: Comment nos enfants héritent de notre passé | Histoires de nombril

  2. Bravo pour ce beau débrief!!!! De semaines en semaines j’ai l’impression que vous êtes les unes et les autres de plus en plus pertinentes, de plus en plus passionnantes, au point que je n’ai plus rien à dire dans mes débriefs généraux!!! Merci en tout cas sincèrement pour ta participation et ton engagement dans ce projet!!

  3. Pingback: Semaine 16: le débriefing de Mme Déjantée « Les Vendredis Intellos

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