82250_R_K_B_by_S.-Hofschlaeger_pixelio.de.jpgBon, d’accord, ce n’est pas facile de mener de front carrière et vie de famille en Allemagne (en France non plus d’ailleurs). Bon d’accord, il y a peu de places en crèches outre Rhin. Bon d’accord les femmes ne font souvent qu’un enfant parce qu’elles ne peuvent pas se permettre de sacrifier leur vie professionnelle. Bon d’accord, l’école primaire se termine tôt en début d’après-midi. Bon d’accord, les femmes sont souvent obligées de travailler à temps partiel. Bon d’accord vous détestiez votre prof d’allemand au collège. Bon tout ça c’est vrai…mais de là à caricaturer en faisant de l’Allemagne une terre hostile au sexe féminin et en érigeant la mère allemande en martyre de la maternité…il y a vraiment un monde.

Et là, j’ai un peu envie de les défendre, mes copines allemandes. Parce que j’aime bien me faire l’avocat du diable quand lors d’une discussion entre Français on égratigne ma chère Allemagne…et à l’inverse quand dans une discussion entre Allemands on casse du sucre sur le dos de ma mère patrie la France. Parce que je suis comme ça, entre les deux pays, pas tout à fait Allemande, plus complètement Française et parce que j’aime bien nuancer, comparer, creuser la question et ne pas m’arrêter aux priori.

Saviez-vous qu’en Allemagne, les mères peuvent prendre un congé parental d’un an (14 mois), rémunéré environ 70 % de leur salaire (les pères aussi d’ailleurs)…ça facilite quand même le retour à la vie professionnelle, de limiter ce congé parental à un an et non à trois ans comme en France. Et puis on vit un peu plus décemment avec environ 70% de son salaire qu’avec les 580 € de la CAF… Saviez-vous également que les pères peuvent prendre, en même temps que leur femme, pendant ces 14 mois, deux mois complets où ils touchent également 70% de leur salaire? Ce qui veut dire que pendant 2 mois, placés n’importe où dans la première année de l’enfant, la famille peut prendre ses marques et les pères s’investir pleinemnt dans leur rôle? Ils sont même nombreux à profiter ce ces 2 mois pour voyager en famille, pas mal non plus…Bon, il est toujours possible de raccourcir cette année pour les femmes qui souhaitent reprendre le travail plus tôt, mais là c’est assez difficile, d’une part pour faire garder son enfant car il n’existe quasiment pas de mode de garde pour les moins d’un an et d’autre part parce que la societé a du mal à comprendre pourquoi une mère souhaite si tôt confier son enfant pour retravailler. On met en avant des études scientifiques prouvant qu’il faut 12 à 18 mois pour qu’un lien se crée entre la mère et l’enfant et qu’avant cet âge, la place d’un enfant est auprès de ses parents. « La doxa psychologique a terriblement survalorisé le rôle de la mère: elle est l’indispensable pôle de la vie de l’enfant et la moindre de ses éclipses est soupçonnée de causer des dommages psychiques irréparables. Dans les faits, les pères allemands ne sont pas plus absents que les pères français. Mais c’est la place de la mère dans les représentations qui est surinvestie. »*

En France, on met en avant la femme et son droit à s’épanouir dans sa vie professionnelle en toute indépendance. En Allemagne, on met en avant le bien-être de l’enfant. Ce sont des points de vue différents qui ont chacun leur légitimité.

Saviez-vous qu’en Allemagne, il est très courant qu’un enfant porte le nom de sa mère et non de son père, même si ses parents sont mariés? Cela ne choque personne. « En France, l’enfant porte le nom de celui qui va le déclarer à la mairie (donc en général, le père).* »  De même, dans tous les formulaires que l’on remplit au sujet de l’enfant, c’est systématiquement les coordonnées de la mère qui sont à renseigner en premier. Et en second lieu seulement, du père. En France, tout formulaire d’inscription en crèche ou à l’école vous demandera en premier lieu le nom du père. Ben oui, LE grand CHEF de famille. Et ça, ça ne vous choque jamais? « En Allemagne, le matriocentrisme de la littérature parentale coïncide avec une législation qui se méfie des pères. »*

Saviez-vous qu’en Allemagne, les hommes sont assez bien représentés dans les métiers de la petite enfance. Connaissez-vous beaucoup d’assistants maternels ou d’EJE hommes en crèche? Ne seriez-vous pas surpris, voire gênés d’en croiser? Ici, c’est monnaie courante. Dans le jardin d’enfant de ma fille, 1/3 du personnel est masculin, y compris dans le groupe des tout-petits. Et ça ne choque personne. Après-tout, c’est vrai, pourquoi le monde de l’enfance serait un domaine uniquement dévolu aux femmes?

Saviez-vous qu’en Allemagne il existe dans chaque commune, dans chaque université, dans bon nombre de structures publiques une personne « chargée des femmes », c’est à dire dont la mission est de veiller à respecter l’égalité des droits entre hommes et femmes et à gérer les cas de discrimination?

Saviez-vous que nous, Françaises, sommes bien moins progressistes et féministes que nos conseurs allemandes quand nous nous attelons tous les soirs de la semaine, à la préparation d’un bon petit repas chaud pour notre chère petite famille et pour notre cher petit mari. Même si on le prépare rapidement et qu’une soupe, une quiche ou un gratin de courgettes ne sont pas des mets 4 étoiles, il n’en n’est pas moins vrai que tout mis bout à bout: préparation, vaisselle, courses etc., ce sacro-saint repas du soir nous prend un précieux temps que nous ne passons pas avec nos enfants ou à faire autre chose. Certes, vous pourrez arguer du fait que chez vous, c’est Monsieur qui cuisine. C’est le cas chez moi aussi. Mais les statistiques de la répartition des tâches ménagères en France montrent pourtant le contraire. Ici, les Allemand(e)s ne s’embêtent pas avec ça: un repas chaud le midi (et sans entrée / dessert et tout le tralala) et le soir, des tartines de pain complet avec du fromage, quelques crudités, un yaourt et basta. Quel temps précieux ainsi « économisé » !

Voilà, tout n’est pas rose ici, certes. Mais tout n’est pas noir non plus. L’Allemagne n’est pas si rétrograde que ça en matière de respect du droit des femmes. Et la France n’est d’ailleurs pas forcément hyper progressiste en la matière non plus…

* Extraits de Béatrice DURAND, Cousins par alliance. Les Allemands en notre miroir. Ed. Autrement, 2002.

C-Cilou

Photo: S. Hofschlager, pixelio.de