Le monde à ma hauteur…

Je me souviens qu’en tant que jeune maman, à la naissance de ma fille, j’étais toute entière dédiée à la satisfaction de ses besoins, mon monde tournait autour d’elle, et je ne me voyais rien faire d’autre que de m’occuper d’elle. Je l’avais constamment près de moi, dans les bras le plus souvent ou dans l’écharpe lors de nos balades et quelquefois à la maison, mais relativement peu au départ. Et je me demandais comment c’était possible de s’occuper d’un nouveau-né quand on avait déjà un affreux voire plusieurs. Je me disais que petit dernier devait se sentir un peu délaissé quelques fois puisqu’il faut bien s’occuper de tout le monde. Mais je me disais aussi que l’écharpe devait être à ce moment là d’un grand secours puisqu’elle permettait de s’occuper des plus grands tout en ayant son petit contre soi, ce qui est, je le rappelle un besoin vital du petit homme. 

Nous faisons partie de ces mammifères qui naissent « prématurément » et qui avons besoin du corps de notre mère pour nous développer et nous apporter ce dont nous avons besoin, contact, toucher, chaleur, sentiment d’amour, enveloppement, sans parler de la proximité du sein nourricier. Déposer son enfant loin de soi, le mettre dans un lit loin de nous, dans une poussette, une coque, un transat et qui plus est sur de longues périodes, sont donc en soi des aberrations que la puériculture moderne (depuis les années 70), l’hygiénisme et le développement du féminisme (au mauvais sens du terme) nous ont apportés.

Mais il y a point de vue qui ne m’avait à vrai dire jamais vraiment effleuré l’esprit, et pourtant il tombe sous le sens… Il est extrait de « Porter Bébé – Avantages et bienfaits » de Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau. Vous l’aurez peut-être remarqué mais dans ma tête, ça tourne beaucoup autour du portage en ce moment. Bref, dans cet ouvrage de la collection Jouvence (des petits guides très pratiques et concis mais truffés de pépites), on y apprend que le bébé n’a pas tant besoin qu’on s’occupe de lui que de participer à NOS activités, il n’est pas LE centre, il est AU centre… lisez plutôt:

La beauté du portage, c’est qu’il permet au parent de remplir facilement ses deux tâches principales: répondre aux besoins de son enfant (en l’occurrence le besoin de chaleur et de contact) tout en l’ouvrant au monde. On a pu décrire l’enfant africain porté au dos présent dans toutes les situations de la vie quotidienne et constamment sollicité par les spectacles, les paroles, et les gestes de son entourage, préparation des repas, marchés, visites, corvées d’eau, travaux divers, palabres, bénéficiant ainsi de stimulations proprioceptives, tactiles, auditivo-verbales et visuelles très variées. »

Porter son enfant est en effet un merveilleux moyen de lui faire découvrir son environnement en toute sécurité, de l’introduire en-dehors, aux étrangers, au vaste monde, sans qu’il se sente menacé puisqu’il est tout contre papa ou maman. Etre porté, c’est découvrir le monde « à hauteur d’homme« . […] Le portage permet à l’enfant de participer au monde sans être au centre du monde. Comme l’explique Jean Liedloff en parlant des indiens yequanas, « il leur arrive certes de câliner leurs bébés, de leur faire « coucou » ou de chanter pour eux. Mais la personne qui s’occupe d’un bébé passe la plus grande partie de son temps à s’occuper… d’autre chose que du bébé! De même, les enfants qui s’occupent des bébés ne considèrent pas cela comme une activité en soi, et bien qu’ils les transportent partout, ils ne leur prêtent que rarement attention. Ce qui fait que les bébés yequenas sont sans cesse au milieu d’activités auxquelles ils participeront plus tard, à mesure qu’ils grandiront. Si au contraire, tout au long de la journée, on joue avec l’enfant, on lui parle, on l’admire, on le prive de cette phase dont il a besoin: être spectateur, porté dans les bras. Incapable de dire ce dont il a besoin, il va exprimer son mécontentement. Bien sûr, il essaie d’attirer l’attention de la personne qui s’occupe de lui, mais- et c’est là la cause d’un malentendu bien compréhensible – son but est de l’amener à changer d’attitude, à s’occuper de ses affaires avec confiance, sans paraître lui demander la permission […]. Dans la mesure où un bambin veut apprendre ce que font les adultes, il veut pouvoir centrer son attention sur un adulte lui-même centré sur ses activités d’adulte ».

Ce passage a eu beaucoup d’échos en moi. Même si je ne regrette absolument rien des trois premiers mois passés avec ma fille dans une fusion totale sans autre idée que celle de m’occuper d’elle (l’idée de reprendre le boulot aussi précocement n’aidant pas à lâcher prise à ce moment là); je me dis que les choses seront différentes avec mon prochain enfant. Premièrement parce qu’il faudra bien s’occuper de l’aînée, mais aussi parce que ma façon de penser a évolué au fil des mois et des années. Apprendre qu’un bébé n’a pas tant besoin qu’on s’occupe de lui, que de participer lui-même à nos propres activités, m’enlève un poids je dois dire et me fait envisager tout à fait différemment la façon que j’aurai de faire avec un prochain bébé.

Il y a beaucoup de choses que je ferai différemment, non pas parce que je pense avoir mal fait pour ma première mais parce que j’ai appris: appris à me faire confiance, appris à écouter les besoins de mon bébé et à faire confiance à la nature qui a tout prévu. 

J’ajouterai qu’on entend parfois qu’une mère qui porte son enfant le coupe du monde. Je suis persuadée que c’est le contraire qui se joue. Un enfant en poussette ne voit rien de ce qu’il se passe autour de lui, il entend des bruits, l’environnement ambiant mais ne voit pas grand chose de ce qui s’y passe. Un enfant porté, notamment sur le dos, aura tout le loisir de voir autour de lui et d’apprendre des gestes des autres. Je ne m’apesentirai pas ici sur tous les bienfaits du portage physiologique sur la santé de l’enfant, sa motricité, le développement de l’équilibre, etc, et je vous renvoie pour cela à la lecture du livre de Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau. Mais une chose est certaine, c’est qu’il permet d’amener bébé à appréhender le monde autour de lui, en douceur, tout contre une personne aimante…

Maman Nature

 
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2 réflexions sur “Le monde à ma hauteur…

  1. J’avais exactement les mêmes idées que toi… Très intéressant que le fait de juste faire participer l’enfant soit si important. Je prends du recul d’un coup !

  2. Je trouve ton article super. Même si nous sommes loin de l’éducation yéquéna, j’ai toujours emmené mes doux dans la plupart de mes activités. Ils apprécient la plupart du temps. Je les trouve sociables et ils arrivent assez bien à s’occuper tout seuls. Pour le second je confirme, le portage est une bonne façon de s’occuper des deux, le bébé apprécie de regarder les activités de son aîné et le grand se sent moins lésé (surtout quand bébé est dans le dos et libère les bras de maman).

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