Je continue mon compte-rendu du livre de Barbara Abdelilah-Bauer Le Défi des enfants bilinguesPrécédemment, j’ai surtout évoqué les préjugés face au bilinguisme.
Aujourd’hui, je voudrais vous commenter quelques extraits sur l’éducation d’un enfant bilingue au quotidien. L’auteur nous prévient : c’est « une entreprise longue qui demande vigilance et effort ». Voilà, ça, c’est dit. Découragée moi ? Non point. J’aime ce défi.

Une éducation bilingue est toujours un défi lancé au parent parlant la langue minoritaire ou faible (celle qui n’est pas parlée par la majorité, ni par le partenaire), car il s’agira d’aménager son emploi du temps pour investir suffisamment de temps dans la présence active auprès de l’enfant. (…) Notons que le bilinguisme « prend » mieux dans des familles où le conjoint apprend la langue minoritaire, la valorise et la parle devant ou à l’enfant.

Comme j’ai appris le russe, langue maternelle du chef de mon coeur, je participe donc activement à l’éducation bilingue de nos enfants. Nous leur parlons donc russe. En revanche, nous parlons plutôt français entre nous parce que je n’ai pas encore un assez bon niveau pour tenir toute une conversation entre adultes (j’espère y arriver). Ils comprennent donc très bien le français.

Voici quelques conseils glanés au cours de ma lecture :

  • Assumer le bilinguisme

Etre étranger, être différent nécessite une certaine assurance pour ne pas interpréter les regards curieux des autres comme hostiles.

Il ne faut donc pas se laisser influencer par les préjugés et certaines peurs qui n’ont pas lieu d’être. L’auteur insiste sur deux d’entre elles : la confusion des langues et le retard de langage.

Ce n’est que depuis peu que de nombreuses études concluent que les enfants très jeunes sont capables de séparer les deux systèmes linguistiques. La preuve en serait l’utilisation de deux mots (un dans chaque langue) pour un seul contenu dès le début de l’acquisition du langage.

Plutôt que de voir dans le changement des langues une confusion mentale, il convient de considérer celui-ci sous l’aspect de la compétence communicative. De nombreux témoignages prouvent que les enfants sont capables très tôt de choisir la langue adaptée à leur interlocuteur.

Quand on compare le vocabulaire des enfants bilingues à celui des monolingues de même âge, la différence est évidente : évalué séparément dans l’une ou l’autre langue, il ne correspond pas en nombre à celui des enfants monolingues. L’enfant bilingue atteindra le stade des cinquante mots (la première étape importante) vers 18 mois, tout comme l’enfant monolingue, avec cette particularité que son répertoire sera composé des deux langues.

L’auteur évoque également la difficulté de maintenir le bilinguisme quand la langue est méprisée. Oui, il y a des langues « chouchoutées » comme l’anglais ou l’espagnol et des langues dépréciés comme l’arabe ou le polonais, par exemple.

Ce qui va davantage influencer l’attitude de l’enfant vis-à-vis de la nouvelle langue et le devenir de son bilinguisme, c’est l’image de sa langue d’origine que lui renvoie la société.

  • S’entourer 

L’érosion progressive de la langue maternelle est une évolution naturelle contre laquelle il est difficile de lutter seul. La solution réside dans le réseau d’amis de même origine linguistique qu’on aura pris soin de construire. C’est une réalité : sans l’aide de locuteurs de la même langue, extérieurs à la famille, il est impossible de maintenir un bilinguisme à long terme.

Pourquoi apprend-on une nouvelle langue ? Pour communiquer. Si la langue ne sert à « rien », l’enfant la laissera donc tomber, ce qui est normal. En revanche, si elle lui sert à communiquer, il aura envie de progresser.

Un moyen infaillible de développer chaque langue par elle-même est le contact avec des personnes réellement monolingues que l’enfant connaît bien.

Des voyages dans le pays concerné seraient également bénéfiques. Mais ce n’est pas toujours possible financièrement. L’auteur conseille aussi de faire regarder des DVD ou des émissions aux enfants.

  • Persévérer

Non, ce n’est pas facile d’éduquer un enfant dans le bilinguisme, cela demande des efforts. Ce serait dommage d’arrêter en cours de route.

Plus un enfant est jeune quand sa première langue s’affaiblit, plus l’oubli de cette langue sera rapide et irréversible.

Apparemment, ce serait même embêtant pour l’enfant :

Si l’acquisition de la langue maternelle est interrompue à un moment où son développement n’est pas terminé, notamment au niveau de la formation des concepts, la seconde langue ne trouve pas de base suffisamement solide pour s’installer. Autrement dit, si des parents décident d’arrêter brutalement l’utilisation de la langue maternelle avec leur enfant, par souci de lui faciliter l’apprentissage du français, ils risquent d’entraver justement la progression du français.

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Si vous donnez – ou le souhaitez – une éducation bilingue à vos enfants, je vous conseille de lire cet ouvrage. Il est passionnant, réconfortant et stimulant. Personnellement, ça me conforte dans mon choix. Je saurai maintenant quoi répondre aux critiques et aux remarques à ce sujet.

Vous pouvez trouver des informations sur le site de l’auteur : http://www.enfantsbilingues.com/

Clem la matriochka