Cachez cette main que je ne saurais voir !

Je continue en ce vendredi mon exploration de Maria Montessori et de son livre l’enfant dont j’avais déjà parlé ici et .

Aujourd’hui, je voudrais parler de la main. Maria Montessori nous dit : « L’organe moteur qui caractérise l’homme c’est la main au service de l’intelligence pour la réalisation d’un travail. »… « Il serait donc logique, pour juger du développement psychique de l’enfant, de considérer, dès son apparition, l’expression de son « mouvement intellectuel » : c’est à dire le langage et l’activité de sa main qui aspire au travail. »

Dans un premier temps, elle nous démontre donc la spécificité humaine que représente notre main comme outil de notre intellect.  Puis elle transpose cela à la situation des enfants. En effet, l’enfant poussé par un élan pour explorer le monde dirige sa main vers les objets qui l’entourent, et Maria Montessori le regrette, nous autres adultes passons notre temps à limiter cet élan, à le couper.

« Or l’homme a peur de ces petites mains tendues vers les objets sans valeur et sans importance qui l’entourent, et ce sont ces objets qu’il s’attache à défendre contre l’enfant. Son souci est de répéter « ne touche pas », comme il répète « ne bouge pas », ou « tais-toi !« 

Or comme nous le dit l’auteur, les enfants se construisent en emmagasinant des connaissances les permettant à terme d’imiter leur entourage social. Mais avant d’y arriver, ils agissent par étapes. « Il commence par agir avec des buts à lui, employant les objets de façon souvent inintelligible pour nous; et cela, le plus souvent, entre dix-huit mois et trois ans. »

L’auteur nous explique à travers quelques exemples combien il importe qu’une fois de plus l’adulte adapte l’environnement à son enfant pour que celui-ci explore avec ses mains, selon une logique qui lui est propre et qui nous échappe.

Elle insiste sur la nécessité de laisser faire, même lorsque la tentation d’aider son enfant est grande. « Tout en voulant laisser à l’enfant la liberté de toucher et d’épousseter les objets, l’adulte de ne peut résister à ses propres impulsions qui aboutissent à de la domination ».

J’avoue que toute cette réflexion tombe à pic pour moi, puisque mini capuchon rampant à longueur de journée, finit inévitablement par attraper tout ce qui est à sa portée. J’essaye au maximum de la laisser faire, je sais qu’elle est motivée par un besoin d’exploration que je n’aime pas freiner. Mais je vois tout de même deux soucis pour réussir à lâcher prise.

Tout d’abord, la peur que bébé casse tout. Cette peur est très critiquable dans l’esprit de Maria Montessori puisqu’elle place une fois de plus l’adulte en supérieur à l’enfant. Pour elle, c’est à l’adulte d’adapter l’environnement, non le contraire. J’avoue que dans ce cas précis, j’ai pour l’instant peu d’inquiètudes.  Certes, je ne laisse pas mini capuchon jouer avec un verre (et encore je l’ai déjà fait, assise à côté d’elle) mais j’ai peu souvent peur de la voir casser des objets. Je la laisse à peu près prendre tout du tapis de souris aux aimants du frigo. La seule différence avec des objets plus neutre comme ses jouets, ou des spatules de bois c’est que je vérifie qu’elle ne les mette pas dans la bouche.  Mais j’ai déjà perçu cette crainte chez barbe de 4 jours. Un exemple tout bête mais il ne supporte pas que mini capuchon touche son iphone. Alors oui cette crainte est légitime et oui il y a tout de même des limites à l’exploration, il ne s’agirait pas non plus de détruire tous nos biens. J’imagine que Maria Montessori proposerait seulement de se débrouiller pour que le dit portable ne soit jamais à portée de mini capuchon. Nous sommes les adultes, à nous de faire attention.

L’autre point qui pose davantage problème c’est la question de la sécurité. Les seules fois où je freine mini capuchon c’est quand sa sécurité est en jeu. Je ne la laisse pas jouer avec les prises (même si elles sont « pleines »), je ne la laisse pas aller dans la litière des chats (:D), je ne la laisse pas manger la peinture qu’elle gratte allègrement (oui on a découvert cela récemment …), je ne la laisse pas ramper près des coins de meubles, je ne la laisse pas fouiller dans le seau à couches lavables ou jouer avec ses tiroirs. Alors à part pour la prise électrique où j’assène ma fille d’un grand « Stop ! » (plutôt que d’un « non » comme conseillé dans J’ai tout essayé d’Isabelle Fillozat) pour le reste je me contente de la distraire de son objectif ou je la prends carrément dans mes bras ce qui j’avoue n’est pas très montessorien … Alors une fois de plus, il suffirait d’adapter l’environnement de ma fille pour que tout soit sécurisé. Mais malgré tout, quoi que l’on fasse des dangers subsisteront, et je trouve important de poser quelques limites sur ce point. Comment apprendre à ma fille à ne pas toucher les prises s’il n’y en a aucune de visible à la maison. Que se passera-t-il quand nous irons manger chez des amis ou chez mamie ? Bref, je suis totalement d’accord avec ce que dit Maria Montessori et je m’en veux de ne pas laisser davantage ma fille explorer, je me promets de mieux amménager notre environnement lorsque nous déménagerons mais je reste persuadée qu’il faut poser quelques limites quand il y a danger, les exprimer verbalement d’abord puis agir si cela ne suffit pas. Cela entrave l’action de l’enfant mais si cela se produit peu souvent (grâce à l’aménagement de l’environnement) je ne trouve pas cela très grave.

Pour finir, Maria Montessori évoque le matériel qu’elle a créé, notamment les encadrements comme moyens pour l’enfant de s’exercer à un mouvement (par exemple fermer, ouvrir un tiroir, jouer avec un capuchon …etc). Je compte m’en procurer quelques uns, si j’avais le temps je les fabriquerais. En voila des exemples ici. Je trouve dommage que ce type de matériel ne soit pas plus répandu.

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