Donner la même chose, c’est donner moins

Aujourd’hui cher lecteur, je te parle de la suite de l’extrait commenté ici.

Étant donné l’état actuel de mon cerveau, je suis à même de te dire que si tu veux de la lecture facile ET passionnante, Faber & Mazlich, c’est fait pour toi.

Lecture triplement passionnante car tu peux lire :

– en pensant à ton enfance avec ta fratrie ;

– en pensant à la fratrie que tu as fabriquée made in toi et ton conjoint ;

– en pensant à rien, juste paske c’est plaisant et instructif ;

– en mangeant des chips.

Alors donc, à la fin de l’autre extrait, je t’avais laissé en plan en te disant qu’il ne fallait pas traiter tes enfants de la même manière. Et tu t’es dit, « ben mince alors !? C’est ce que je me tue à faire !! Et je fais quoi alors du coup ? Saleté de Vaallos, j’veux la suiiiiteuh ! »

Calme-toi, on y va, on y va.

Cette fois-ci je ne peux pas te presque tout citer comme la dernière fois car ce serait trop long, mais le tri est rude. Commençons par une mise en situation, je choisis celle qui m’a le plus parlé.

Dans ma famille, c’était moi qui avais les beaux cheveux, et ma mère était celle qui voulait de l’égalité à tout prix. Elle était déterminée à ce que ma sœur et moi soyons traitées de la même façon afin qu’il n’y ait aucune cause de jalousie entre nous.

Un jour, elle décida que puisque ma sœur n’avait pas les cheveux bouclés, je n’y avais pas droit non plus. Elle m’a emmenée chez le coiffeur pour qu’il coupe toutes mes boucles. Je ressemblais à un poulet plumé. J’ai passé toute la journée à pleurer, encore et encore, sans vouloir adresser la parole à quiconque. Encore maintenant j’ai de la peine à pardonner son geste à ma mère.

Et un papa de conclure :

Je vois bien qu’en voulant traiter tout le monde avec égalité, on est amené à des actions complètement absurdes (…)

Là c’est le moment de faire une première pause dans la lecture avant d’enchaîner sur le problème que ce même papa va poser dans la suite de sa phrase.

Le moment de penser à toutes les situations où nos parents ont tenté d’être justes, ou nous tentons d’être justes avec nos enfants, de penser à toutes ces situations où, en voulant traiter de manière égale, on a fait, on a observé faire, des trucs stupides. Et en fait, ça ne fonctionne pas que pour les fratries, ça fonctionne aussi dans d’autres systèmes. Dans une équipe en entreprise par exemple (même si évidemment, les rapports affectifs n’ont rien à voir, je trouve que la réflexion peut s’y transposer).

Passons à la suite :

(…) mais que faire quand les enfants se mettent à utiliser des moyens de pression ?

(…)

Quand ils se mettent à avoir mal au ventre parce qu’ « on n’est pas juste », ou qu’ « on lui a donné plus, à elle », ou qu’ « on l’aime plus fort, lui » ?

Réponse :

Vous savez bien vous-même, répondis-je, que même s’ils paraissent vouloir exactement la même chose, en réalité ce n’est pas vrai.

(…)

Être aimé pareillement, poursuivis-je, c’est en quelque sorte être aimé moins. Être aimé de façon unique – pour soi-même – c’est être aimé autant que l’on a besoin d’être aimé.

Je vais essayer de te résumer les petites bandes dessinées qui illustrent le propos :

– Au lieu de vous soucier de donner exactement la même quantité, cherchez quels sont les besoins individuels de chaque enfant (veulent-ils vraiment le même nombre de crêpes, ou l’un deux a-t-il simplement plus faim que l’autre ?)

– Au lieu de proclamer que vous les aimez tous de la même façon, montrez à vos enfants que vous les aimez chacun de façon unique  (« Chacun de vous est spécial pour moi. Tu es ma seule Robin. Dans tout l’univers il n’y en a pas d’autre comme toi. Personne n’a les mêmes pensées que toi, les mêmes sentiments, le même sourire. Je suis si contente que tu sois ma fille. »)

– « Aussi longtemps » peut être ressenti comme « moins longtemps », accordez à chacun le temps dont il a besoin (« Tu as raison. J’ai passé beaucoup de temps avec [ta soeur] (…) Je sais que ce n’est pas facile d’attendre. Quand j’aurai fini tu me diras tout ce que tu veux – avec tous les détails. »)

J’espère, dis-je, que mes paroles ne donnent à personne l’impression que jamais il ne faut faire la même chose pour chaque enfant. Il y a des occasions où c’est de toute évidence la bonne méthode. Tout ce que je désire souligner, c’est que si vous décidez de ne pas donner pareil, pour quelque raison que ce soit, c’est aussi bien. Les enfants qui ne recevront rien survivront. La façon dont vous comprendrez et dont vous accepterez leur déception les aidera à supporter les inégalités de la vie.

Vient le moment le plus délicat de cette lecture, celui de la préférence, de la préférence réelle, la préférence inavouable. Le fait qu’un de nos enfants nous fasse plus craquer que les autres. Une préférence qui peut être cruelle, pour les autres enfants, pour les parents. Mais qui est aussi, il faut le dire, humaine. Nos enfants sont des êtres à part entière, avec leurs qualités, leurs défauts, leur charme propre.

Est-ce que cela vous aiderait si vous vous disiez qu’il n’est pas nécessaire de manifester la même affection à l’égard de chaque enfant, et qu’il est tout à fait normal et naturel d’éprouver des sentiments différents envers des enfants différents ? La seule chose qui est impérative, c’est d’accorder un nouveau regard à l’enfant le moins favorisé, c’est de rechercher ce qu’il a de spécial, et ensuite de lui faire sentir le plaisir que nous cause cette particularité. C’est tout ce que nous pouvons exiger de nous-mêmes, et tout ce dont les enfants ont besoin. Apprécier l’individualité de chaque enfant, le prendre tel qu’il est, c’est faire en sorte que chaque enfant se sente le premier.

Ces passages sont extraits de Jalousies et rivalités entre frères et sœurs, de Faber & Mazlich.

Vaallos

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20 réflexions sur “Donner la même chose, c’est donner moins

  1. J’ai trouvé cette remise en question d’un traitement « égalitaire » (et censé être juste) entre les enfants très intéressante. Je suis en plein dans une série d’ateliers Faber & Mazlich sur ce thème, et j’avoue que mes neurones bouillonnent avec ca…
    J’ai eu à la maison une bonne illustration de « donner la même chose, c’est donner moins ». Peu de temps après la naissance de mon petit garcon, j’ai acheté deux poupées identiques, une pour lui (ben oui, les p’tits gars ont bien le droit de materner aussi…) et une pour ma fille (3 ans à l’époque). On les a même choisies ensemble, ma fille et moi. J’en ai donné une à ma fille sur le moment, et rangé l’autre pour mon garcon pour plus tard. Quand vers les 6 mois de mon garcon, j’ai ressorti la 2eme poupée, ma fille a littéralement foudu en larmes. C’etait trop dur, pour elle, qu’une poupée, son objet de prédilection, soit offerte à son petit frère, qui n’était pas plus intéressé que ca à l’époque [maintenant, à 18 mois, il est fan!]. Devant la détresse de ma fille, j’ai fini par lui céder la 2eme poupée, ca lui faisait des jumeaux… Et je lui ai proposé de choisir un jeu à donner à son frère: il s’est tout à fait satisfait d’un ballon en peluche. C’est clair que j’ai découvert à ce moment-là que ce qui compte, c’est de répondre au besoin spécifique de chaque enfant.

    • Ça paraît évident quand on le lit, ou quand on l’observe ailleurs, ou quand on participe à un atelier, mais quand on a la tête dans le guidon ce n’est jamais aussi simple. On croit bien faire sur le coup, et puis si on arrive à prendre un peu de recul… C’est une difficulté récurrente de notre métier de parent, n’est-ce pas ?

  2. J’aime cet article !!!
    Et de plus par leur différence d’âge, on ne peut pas toujours donner la même chose aux enfants, ne serai se que par rapport à l’alimentation : quantité en fonction de l’âge et des introductions !!!
    De plus, je pense que faire pareil pour tout les enfants, c’est défavoriser le grand car il n’a plus les privilèges de son âge si son cadet peut faire pareil, par exemple pour l’heure du coucher, mais j’avoue quand tant que parent cela peut être aussi une facilité car il n’aura pas à gérer la frustration du cadet et à lui expliquer pourquoi son aîné et pas lui !!!
    Bonne soirée et merci pour cet article !!!

  3. Merci beaucoup de ta contribution!! et ravie que l’extrait t’aie plu!!! J’ai eu depuis de très nombreuses occasions de le mettre en pratique.. en fait, c’est tellement libérateur pour le parent de pouvoir répondre à l’enfant qui dit « elle en a eu plus que moi » -> « tu as donc encore faim?? ».
    Depuis ça, lorsque je fais des courses de vêtements notamment, je n’achète plus forcément 1 truc par enfant, je leur dis: « aujourd’hui tu as besoin de chaussettes, nous allons trouver de supers chaussettes, ta soeur a besoin d’un manteau et d’un jogging, je veux que vous receviez ce dont vous avez besoin » et ça me fait un bien fou… eux ne cherchent plus à évaluer mon amour dans des choses matérielles et moi je n’ai plus l’impression de les flouer!!!

  4. Expérience perso : quand j’étais gamine (collège et lycée quoi), ma mère avait la facheuse habitude de comparer mes notes avec celle qu’avait eu mon frère au même âge. C’est juste horrible. Pourtant, elle n’a jamais voulu le faire dans un but de comparaison des deux, mais juste pour avoir une référence…
    Je sais déjà que ça, je ne le ferais pas…
    (bon j’ai le temps avant d’en être là…)
    Sinon, je pense que tout le monde fait pareil : « de son mieux ». ^^
    Ce qui me stresse aussi, c’est quand Surprise devra nous « partager » avec un frère ou une soeur… Peur qu’il soit jaloux, qu’il se sente délaissé… (bon c’est pas encore prévu le numéro deux donc on a le temps…relaaax la farfa! ^^)

    • Ah mais on ne peut pas s’empêcher de penser à tout ça et d’anticiper… Je me pose plein de questions alors que je ne sais même pas si on pourra faire un numéro 2 !! :D

  5. Oui difficile d’être juste.
    Je retiens surtout : « Être aimé de façon unique – pour soi-même – c’est être aimé autant que l’on a besoin d’être aimé »
    J’aime beaucoup ton article.

  6. En tant que parents il est très difficile d’être juste et souvent, à cause de la fatigue, du stress des journées qui débordent, nous pouvons arriver à dire des mots sans réfléchir… Je me souviendrai toujours d’un soir où ma mère était particulièrement fatiguée et qu’avec mes frères et soeurs nous étions en train de jouer dans le salon avant de dîner. Ma mère avait laissé son tricot sur un fauteuil et mon frère en jouant avait défait tout son travail… Nous avons tous été punis, envoyés au lit sans repas car elle n’avait pas pu savoir qui avait fait la bêtise. Ce soir là c’était mon anniversaire et même si elle a voulu avoir le même comportement envers tous, c’était une bien mauvaise solution…

    • Oui comme je le disais plus haut, si ça nous paraît évident quand on le lit ou qu’on observe une autre famille (ou son enfance), ça n’est pas facile d’avoir les bonnes réactions au quotidien. Il faudrait pouvoir avoir un petit double de soi qui garde toujours des distances et qui a donc assez de recul pour nous dire hé ho ! ça ne va pas ça !!
      Mais bon… on n’est pas parfaits, heureusement, et nos enfants grandissent et se construisent aussi avec nos défauts !

  7. Ton article est trés intéressant. Décidemment, il va falloir que j’investisse dans Faber et Mazlich. En effet, on ne peut donner la même chose à tous, pour que le don soit apprécié, il faut donner en fonction des besoins de chacun. Cela me fait penser finalement à la justice distributive définie par Aristote, on n’invente rien… Encore faut-il décoder les besoins de chacun et, ça, ce n’est pas évident.

    • Non… Il faut arriver à s’arrêter pour se poser (et poser) les bonnes questions… c’est pas simple dans la furia du quotidien… J’ai commandé un F&M et j’attends avec grande impatience de le dévorer… Et de vous en parler aussi ^^

  8. C’est passionnant !
    Je me pose beaucoup cette question des « besoins » dans la société en général. Et bien sûr, la thématique de la fratrie est particulièrement touchée par cette question.
    Je me note ce livre pour une lecture de prochaine grossesse (j’en ai trop en attente)
    Merci :)

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