Vouvoiement enfants-parents, une tradition qui se perd ?!

Suite à une émission que j’ai entendue à la télévision cette semaine, j’en suis venue à réfléchir sur le vouvoiement entre parents et enfants.

Dans « La Vie est un long fleuve tranquille », les enfants Le Quesnoy vouvoient leurs parents par exemple.

Même si aujourd’hui, c’est quelque chose qui se fait de plus en plus rare dans les familles, le fait est que jusqu’à la fin du 18ème siècle, il était d’usage que les enfants vouvoient leurs parents. Et ce serait Jean-Jacques Rousseau, grand philosophe du siècle des Lumières, qui serait l’instigateur du tutoiement au sein de la famille.

Les 20 000 familles qui perpétuent cette tradition encore aujourd’hui sont essentiellement de grandes familles bourgeoises, aristocratiques ou catholiques.

Vouvoyer ses parents, qu’est-ce que ça change ? A quoi ça sert ?

Si par nature, le fait de dire « vous » met automatiquement une barrière, une distance entre deux personnes (genre « on n’a pas élevé les cochons ensemble »), je pense qu’il faut le voir là uniquement comme une marque de respect et de bonne manière. C’est un principe d’éducation, une tradition familiale que l’on souhaite transmettre de génération en génération.

J’ai cherché des textes sur lesquels m’appuyer et j’ai d’abord trouvé de nombreux forums de discussion, preuve que c’est un sujet qui tient à coeur à ces familles.

Et puis j’ai trouvé cet article paru dans « Le Figaro » le 14/10/2007 (il y a tout juste 4 ans), écrit par Angélique Négroni, intitulé : « Le vouvoiement, un usage menacé d’extinction » :

ILS le disent tous : vouvoyer sa mère, son père, sa femme ou son mari n’altère en rien les rapports affectifs mais traduit une marque de respect. Combien sont-ils à glisser ce signe de déférence dans leurs échanges ? Le chiffre est difficile à appréhender mais de l’avis des spécialistes, le vouvoiement ou le voussoiement, encore bien ancré il y a quelques années dans certaines familles, est en perte de vitesse. Terrassé par un tutoiement galopant qui s’est répandu dans le monde des entreprises par imitation du modèle anglo-saxon et qui envahit aujourd’hui la sphère privée.
On serait même arrivé aujourd’hui à une étape clé où les nouvelles générations renoncent à transmettre cet héritage. Le plus souvent issus d’un milieu aristocratique, traditionnel et catholique, les nouveaux ou futurs parents qui vouvoient père et mère veulent se faire tutoyer par leurs enfants. C’est le cas d’Armelle, 32 ans. « Ma famille étant très ouverte, on a fréquenté des gens différents où le tutoiement dominait. Je ne me vois pas recourir au vouvoiement avec mes enfants. Ma mère a pu reproduire le schéma classique – je la vouvoie et elle me tutoie – car elle était cantonnée dans son milieu aristocratique de province. » Le brassage social aurait donc raison du vouvoiement. Mais pas seulement.
 Pour le linguiste Jacques Durand, la société tend aujourd’hui à se donner une vision d’égalité. « Pour gommer les différences, on renonce au vouvoiement, signe d’appartenance à un milieu, et on s’appelle par nos prénoms », dit-il.
« Le règne de la famille sentimentale »
 Jean-Pierre Le Goff, sociologue au CNRS, y voit, lui, le signe que les liens unissant les membres d’une famille ont changé. « Le vouvoiement marquait l’appartenance à une lignée. D’autres priorités guident aujourd’hui les gens. C’est l’affectif, ce besoin de fusionner dans un magma d’amour où le vous n’a plus sa place. C’est le règne de la famille sentimentale », dit-il.
 Bien qu’en perte de vitesse, le vouvoiement est indétrônable dans les familles issues de la haute noblesse et de la bourgeoisie fortunée. C’est-à-dire environ 20 000 familles, estime la sociologue Monique Pinçon-Charlot. Ce noyau dur vouvoie comme il respire, tout naturellement et sans concession. Les enfants vouvoient leurs parents qui font de même avec leurs enfants. Entre époux, le tutoiement a rarement droit à la parole. « On est dans un monde où les fortunes sont importantes. Tout le groupe est mobilisé par la transmission de l’héritage qui doit rester dans la même classe », explique Mme Pinçon-Charlot, auteur d’un ouvrage sur la sociologie de la bourgeoisie. Elle poursuit : « Pour atteindre ce but, chacun a sa place et les hiérarchies sont fortes. Le vouvoiement marque ces rapports sociaux. Ces familles vivent dans un rapport de distance mais aussi de proximité car, comme elles ont de grandes maisons, les rassem­blements des générations sont ­fréquents. »
 Ailleurs dans la société, lorsque le vouvoiement résiste à la contagion du tutoiement, il est bien difficile d’en définir les raisons. Car si certaines familles respectent en­core les figures imposées du vouvoiement, d’autres l’utilisent comme bon leur chantent. Quitte à créer parfois des situations un peu compliquées…
« L’enrichissement de la langue»
C’est le cas chez Caroline de La Soudière et Jean-Pierre Niaut, installés près de Chantilly (Oise). « Pour leur apprendre à être responsables », monsieur vouvoie les enfants. Madame les tutoie après les avoir vouvoyés : « Quand ils sont nés, leur apparition était presque divine, alors je les ai vouvoyés. Puis je les ai tutoyés pour leur faire plaisir quand ils ont eu le bac ! » La progéniture, quant à elle, tutoie les parents !
 Rares sont les jeunes couples qui, comme Amélie et Éric de Beaumont, la trentaine, ont instauré entre eux le vouvoiement. « On se connaissait depuis l’âge de 13 ans et on se tutoyait. On s’est vouvoyé lors des fiançailles pour singulariser notre relation. On utilise le tutoiement avec nos quatre enfants », explique la jeune femme. « Le vouvoiement est un enrichissement de la langue », plaide Sophie Lefort, catholique pratiquante, vouvoyée par ses cinq enfants. « Pour leur apprendre la règle, j’ai donné l’exemple en vouvoyant mes aînés », dit -elle.
Enfin, il existe cet autre vouvoiement souvent éphémère et qui caractérise les familles recomposées. Il est réservé au beau-père ou à la belle-mère, ces nouveaux venus que l’enfant met un point d’honneur à vouvoyer. « Il marque ainsi ses repères », indique Jean-Pierre Le Goff, en estimant cette attitude salutaire. C’est aussi l’une des rares fois, où l’enfant, dans la sphère familiale, pourra imposer son choix du tu ou du vous.

Nous voyons donc bien à travers cet article que c’est la société actuelle, le mode de vie d’aujourd’hui, le mélange des genres et des cultures, et cette envie d’égalité entre tous, qui font que cet usage tend à disparaître.

Je pense cependant qu’il est important, pour ceux qui le souhaitent, de conserver ces usages/modes d’éducation, sans avoir « peur » du ressenti des autres, car ils font quand même partie du patrimoine familial.

Maman Poussinou

12 réflexions sur “Vouvoiement enfants-parents, une tradition qui se perd ?!

  1. Merci de ta contribution!!! Et aussi d’avoir fait l’effort de particulariser ta contribution sur le blog collectif et celle sur ton blog perso…
    Personnellement, je suis pour la liberté de chacun.. vouvoiement ou tutoiement, ce n’est finalement qu’une habitude de langage…qui malheureusement n’a, selon moi, rien à voir avec le sentiment du respect (ça serait trop beau!!!)…
    Pour exemple: j’ai toujours vouvoyé mes instits même à la maternelle, parce que j’ai été élevée ainsi… contrairement à mes enfants qui les ont tutoyé jusque récemment (l’APA est en CM1…), je ne crois pas qu’ils respectaient moins leur instit que moi…
    Réciproquement, j’ai toujours refusé de tutoyer mes beaux parents alors qu’ils me l’ont plusieurs fois réclamé parce que je suis une sacré moqueuse et que je trouve beaucoup plus drôle de me moquer des gens avec le vous qu’avec le tu… ça me donne le sentiment d’être intouchable!!
    C’est donc selon moi, une coquetterie de langage!!
    Je ne pense donc pas que le seul vouvoiement soit générateur de crainte, d’autorité et encore ,moins de respect: lorsqu’un policier m’arrête pour un contrôle routier, il me donne du « madame » 300 fois par phrase et pourtant je trouve son ton orgueilleux et dédaigneux…cela n’a donc rien à voir…

  2. Coucou,
    On à faillit faire un doublon, mais j’ai pas eu le temps de faire mon article, on a dut voir la même émission qui nous a interpeller !!!
    Bel article,! c’est vrai qu’on en parle surtout sur les forums, et merci pour l’article du Figaro que je n’avais pas vue et que je trouve bien fait !!!
    Je file sur ton blog, voir ton avis plus perso sur la question !!!
    Bonne journée !!!

  3. En anglais, le « Vous » n’existe pas. Je trouve qu’on devrait faire pareil ;)
    Pendant mon séjour à NYC, j’étais étonnée de la façon dont les gens me parlaient, comme si on avait élevé les cochons ensemble ;) Mais finalement, c’est beaucoup plus convivial comme ça.
    Le « Vous » met des barrières. Quand je dis « Vous » à une personne,, c’est que je la pense supérieure à moi. J’aime pas ça.

  4. Ça me ferait tout drôle que mes enfants me vouvoient et que moi je vouvoie Mr Chéri…
    J’aime le « tu » et la proximité de mes proches, mais je pense que c’est plus une question d’habitude…

  5. Intéressant. Je ne pensais pas qu’il y avait encore tant de gens le pratiquant. Je comprends pourquoi l’un de mes « camarades » de prépa nous vouvoyait. On y voyait une coquetterie de langage pour se démarquer, en plus de son style vestimentaire un peu 19e siècle. Mais je crois avoir appris après coup qu’il vouvoyait effectivement ses parents. Et même quand on lui demandait de le faire, je crois qu’il avait du mal à nous tutoyer.
    Sinon, le commentaire de Mme Déjantée me fait réaliser que je vouvoie aussi mes beaux-parents bien sûr. C’est vrai que ça laisse une certaine distance pas trop mal venue finalement. Une fois, mon BP m’avait dit de le tutoyer mais dans la mesure où sa femme ne m’avait pas proposé de faire de même, je ne me voyais pas en tutoyer un et vouvoyer l’autre ! Et puis finalement, c’est pas plus mal comme ça…

  6. Pingback: Education d’hier et d’aujourd’hui (mini débriefing) « Les Vendredis Intellos

  7. mes petits enfants nous vouvoient mon épouse et moi ; il ne nous serait pas venu à l’idée de tutoyer nos beaux parents !

  8. Pingback: Te tutoyer, un choix délibéré : entre valeurs et proximité - Papa et patron

  9. Pingback: Vouvoie-t-on ses parents? - société vouvoiement - Apprendre la programmation, le blog

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