Parents informés, naissance respectée

En attendant de tomber enceinte, je commence tout doucement à me préparer, d’une façon bien différente que lors de ma première grossesse. Je ne vais plus vers l’inconnu, j’ai déjà vécu une grossesse et un accouchement : plus que tout, j’entrevois beaucoup mieux ce que je souhaite et ce qui existe. On peut dire qu’Internet, les blogs, les échanges qu’ils occasionnent y sont pour beaucoup dans cette réflexion (les écrits de la Poule, de l’incontournable 10 lunes pour ne citer qu’elles, que je me souviens avoir lues au tout début de mon questionnement).

En attendant donc d’avoir la grande joie de contacter ma sage-femme pour lui demander de bien vouloir m’accompagner globalement dans ma nouvelle (future) grossesse, je potasse un certain nombre de livres très intéressants, dont certains m’avaient été conseillés en commentaires de cet article.

Lors de l’arrivée de ma commande Amazon, j’ai choisi de commencer par le plus petit de ces livres, écrit par un auteur que je commence à connaître parce que je viens de lire 2 autres de ses livres dans la même collection Jouvence : Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, avec « Pour une naissance à visage humain« .

Ce petit ouvrage me paraît être l’outil idéal pour une base de réflexion sur ce qui se pratique et ce que l’on souhaite pour l’accouchement. Il n’est pas toujours très objectif à mon sens (on sent clairement pour quel type d’accouchement milite l’auteure !), donc à manier avec circonspection et esprit critique comme souvent, mais il offre la possibilité de bien se questionner sur de nombreux points.

Sa lecture est agréable, brève. On ne perd pas de temps, on aborde l’essentiel (je crois que je l’ai déjà dit, ça). De ce fait et étant donné mes précédentes lectures citées plus haut, ce livre a plutôt enfoncé des portes ouvertes pour moi… non pas parce qu’il est mal écrit mais parce que je suis déjà convaincue par ce qui y est énoncé ! Il y a aussi des infos que je considère comme « bien connues » maintenant (stats sur déclenchement, nécessité episio, effet des hormones naturelles si on les laisse agir et qu’on accompagne la parturiente, etc). Il y en a d’autres que j’ai trouvées surprenantes, notamment concernant les examens pendant la grossesse.

« Troisième exemple, le diabète gestationnel.

La plupart des professionnels de santé ne se rendent pas compte de l’impact nocif du terme « diabète gestationnel ». Quand on donne ce diagnostic à une femme enceinte, elle a évidemment tendance à confondre ce qui est la réponse transitoire de con corps aux besoins du foetus, avec une maladie chronique grave. Un tel terme transforme en un instant une femme enceinte heureuse en une malade, alors qu’il ne s’agit pas d’une maladie (un médecin a pu parler de « non-entité » à propos du diabète gestationnel, un autre a écrit qu’il s’agissait d’ « un diagnostic attendant toujours sa maladie »). Une étude portant sur l’ensemble de la population canadienne a montré que le dépistage systématique du diabète gestationnel n’améliore pas les statistiques périnatales. En effet, dans certaines parties de l’Ontario, on l’arrêta en 1989, alors qu’il continuait ailleurs dans l’Etat. On s’aperçut ainsi qu’il avait pour seul effet de dire à 2.7% des femmes enceintes qu’elles avaient un diabète gestationnel, sans que cela change quoi que ce soit aux taux de mortalité et morbidité périnatales.

Beaucoup pensent donc qu’on ne devrait plus faire systématiquement le test de tolérance au glucose (hyperglycémie provoquée) chez les femmes enceintes. D’autant qu’un tel diagnostic n’a aucune utilité puisqu’il amène généralement comme prescription que des recommandations qu’on devrait donner à toutes les femmes enceintes, du genre : préférez les sucres lents aux sucres rapides, mangez des fruits et des légumes, faites de l’exercice, etc. Il ne sert qu’à inquiéter la femme. »

Ce à quoi Papa Sioux me répondit : oui mais pour le pourcentage de femme pour qui cela aura un impact vital sur le bébé, ça vaut le coup de le dépister et de faire plus attention, non ? Principe de précaution quoi… Moi, il n’empêche que je me demande si je ferai ou pas cet examen la prochaine fois. Je pense que je demanderai aussi son avis à ma sage-femme.

« Les préparations à l’accouchement

[…]

Dans les années 70, l' »offre » en matière de préparation s’est énormément diversifiée : yoga, sophrologie, chant prénatal, danse prénatale, préparation en piscine, haptonomie, etc. Les femmes ne savaient parfois plus quoi choisir.

Actuellement, ces différentes méthodes existent toujours (notamment l’haptonomie), mais on peut dire que, depuis déjà pas mal d’années, la préparation à l’accouchement est en crise. Beaucoup pensent, même s’ils ne le disent pas tout haut, qu’une femme « sous péridurale » n’a pas besoin de se préparer (si ce n’est en discutant de ladite péridurale avec l’anesthésiste). Un taux élevé de péridurales, couplé à une pénurie de personnel, a fait que, dans beaucoup de maternités, les séances de préparation se sont réduites comme peau de chagrin et vidées dans leur sens.

Pourtant, avec ou sans péridurale, la grossesse et l’accouchement sont des évènements assez importants dans la vie d’une femme (et dans son corps) pour qu’il vaille la peine de s’y arrêter, d’en parler en couple, en groupe, etc. Aussi trouve-t-on de plus en plus de préparations à la naissance assurées par des sage-femmes libérales.

A chacun de voir ce qui lui convient le mieux parmi les différentes techniques proposées. »

Je peux vous dire que personnellement, sans trop réfléchir, j’ai suivi la préparation à l’accouchement de ma maternité et j’ai trouvé ça nul. Déjà, comme disait Papa Sioux à qui j’avais fait lire plein de passages présélectionnés de bouquins pendant la grossesse, on a pas appris grand-chose (et il était tout fier, quand il entendait des couples poser des questions, de déjà connaître la réponse !) mais surtout, les séances sur comment gérer les contractions et la poussée… hum hum ! C’est pas avec ça que j’aurais pu gérer sans péridurale ! Alors évidemment, comme j’ai pris la péridurale (a fortiori avec un accouchement déclenché), je peux vous le confirmer : c’est bien plus simple pour tout le monde et une fois anesthésiée, j’avais plus besoin de savoir quoi que ce soit de physiologique, à part piquer du nez en attendant la fin ! [d’ailleurs, là maintenant tout de suite, je réalise que le peu de positions qu’on nous avait conseillées pour gérer la douleur, j’ai absolument pas pensé à les essayer le jour J, quand j’attendais avec impatience ma piqure salvatrice !]

Il y a un petit encadré très intéressant sur l’accouchement à la maison, qui dit ce que j’ai déjà pas mal lu par ailleurs mais voici un extrait de la conclusion :

« Il peut y avoir moins de risques à domicile dans la mesure où sont évités des gestes pouvant être iatrogènes, où le professionnel présent n’est là que pour une femme et peut très vite s’apercevoir que les choses ne se déroulent pas normalement, et où, après la naissance, le nouveau-né n’est en contact qu’avec des microbes familiaux et familiers. »

[…]

« Le coaching de l’accouchement

Le « poussez ! poussez ! poussez ! », qu’on entend dans tant de films et de séries télé (et dans tant de salles de travail), devrait lui aussi disparaître, si l’on suit l’étude de chercheurs américains montrant que le « coaching » de la mère pendant la deuxième phase de l’accouchement n’a pas vraiment d’avantages et a quelques inconvénients : dans le groupe de femmes encouragées par la sage-femme à pousser, le bébé n’est arrivé  que treize minutes plus tôt que dans le groupe de celles à qui on avait dit de faire comme elles le sentaient ; et les mères « coachées » ont eu plus de problèmes urinaires par la suite… »

Ca n’est pas sans me rappeler ma propre poussée. Au moment où j’ai senti la tête de mon bébé arriver, où je le sentais lui-même pousser, j’avoue que la sensation m’a surprise et désorientée. J’ai appelé la sage-femme qui, après examen, m’a confirmé qu’effectivement, on touchait au but ! Avec le recul, je me dis que dans un système d’accompagnement global, ma sage-femme n’aurait déjà sûrement pas eu besoin de m’examiner une fois de plus, mais surtout, elle m’aurait expliqué comment continuer à écouter mon corps pour accompagner moi-même la descente de mon enfant, sans poussée inutile… J’ai vraiment la sensation que mon fils aurait pu sortir presque tout seul, tellement son cheminement semblait être naturel, aisé.

Un autre encadré nous rappelle qu’il n’est bien sûr pas question d’idéaliser l’ « avant » médicalisation, qui était bien sûr loin d’être rose, « d’où la question qu’on trouve si souvent dans les romans de l’époque : « Faut-il sauver la mère ou l’enfant ?« . On comprend dans ces conditions que les femmes aient été séduites par la promesse de sécurité que leur faisait le corps médical, sans se rendre compte que dans le même temps, elles y perdaient leur autonomie et leur liberté de manoeuvre« . Bon, OK, la fin de mon extrait revient quand même à dire que le corps médical en fait trop… enfin, l’idée reste que la médicalisation est évidemment un grand progrès pour la sécurité de la mère et de l’enfant, mais qu’elle devrait rester au second plan lorsque tout se passe bien (encore faut-il prendre le temps d’observer justement comme cela se passe, d’écouter la mère), comme un simple filet de sécurité, à distance.

Un autre petit paragraphe très clair qui m’a aussi frappée.

L’aspiration

Il faut s’arrêter sur l’aspiration (aspiration des voies aériennes et aspiration gastrique), un geste encore quasiment systématique dans les maternités françaises et dont bien peu de parents connaissent l’existence.

Pour le désobstruction des voies aériennes, il s’agit de débarrasser le nouveau-né des mucosités dont il se débarrasserait très bien tout seul, sauf problème particulier.

Pour l’aspiration gastrique, il s’agit d’introduire une sonde dans l’oesophage, et très souvent jusqu’à l’estomac, ce qui est une façon plutôt violente d’accueillir le nouveau-né : la première chose qu’on fait passer dans ses voies digestives, ce n’est pas le lait de sa mère, mais un tuyau de caoutchouc !

Pour une fois, contrairement à ce que dit l’auteure, je suis contente parce que j’avais connaissance de cette pratique avant d’accoucher, et du fait qu’elle n’était normalement pas pratiquée si pas de besoin particulier, dans ma maternité. Pti Tonique a donc pu crachouiller quelques glaires dans les heures suivant sa naissance, tendrement lové dans les bras de son père, qui lui tamponnait alors délicatement sa minuscule bouche avec une compresse.

Dans mon entourage, y compris pour des naissances à l’hôpital, j’ai aussi plutôt l’impression que l’aspiration n’est plus faite systématiquement, et ça me rassure.

Enfin, l’auteure finit par citer quelques textes « à connaître », notamment :

« Parmi ces textes « officiels », citons par exemple la résolution du Parlement européen du 8 juillet 1988 qui demande l’élaboration d’une Charte des droits de la parturiente garantissant entre autre « le libre choix de l’hôpital et des modalités (position) de l’accouchement, l’assistante appropriée lorsque la femme opte pour l’accouchement à domicile, […] l’accouchement naturel, sans que l’accouchement soit accéléré ou retardé, […] le droit pour la parturiente de décider conjointement avec le médecin, après avoir reçu une information détaillée à ce sujet, des thérapies et des traitements » (JOCE C 235 du 12 septembre 1988, page 183 et suivantes). »

La semaine prochaine, je citerai à nouveau quelques passages de ce livre, mêlés à une autre source pour aborder la question des premiers instants mère/enfant, le proto-regard et la théorie de l’attachement.

Maman Sioux

6 réflexions sur “Parents informés, naissance respectée

  1. Je dois dire que, autant pour Surprise, je n’avais pas de projet de naissance,( je ne savais même pas ce que c’était avant que le Doc ne m’en parle) autant pour le prochain, j’en aurai hein.
    Pas gravé dans le marbre, mais avec des points importants (présence du père (ça, c’était bon pour Surprise), peau à peau dès l’expulsion (ça aussi), pas de monitoring clouant au lit pendant des plombes et un maximum de sollicitation du bassin entre autre(ça par contre…))

  2. Il ne me semble pas avoir parler sur mon blog perso de mon projet de naissance et de sa (non) réalisation… dur dur de faire face à une équipe médicale, à un « professeur » qui te fait des sourires en consultation mais ne se souvient plus de ce que tu lui as dit au moment M…

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