Vivre est le métier que je veux lui apprendre*

Cet été je me suis replongée dans mes grands classiques, et ce en commençant par Emile, ou de l’éducation de Rousseau.

Il traite des fondements même de l’éducation naturelle et moderne.

Ce livre, tout comme le Contrat social dont on m’avait imposé la lecture au lycée, je l’avais trouvé absolument utopique à l’époque. Je réalise, aujourd’hui mère, ô combien il est source de réflexion et combien il était visionnaire. Cette oeuvre est incroyablement d’actualité.

Il donne à l’enfant, la place qui est réellement la sienne : celle de l’enfant.

Oui, l’Emile c’est un recueil, un livre de chevet, un livre qui suscite bien des questions pour cette personne, cette mère que je suis devenue.

***

Hier soir, j’ai eu envie de mettre par écrit les passages qui m’avaient le plus interpellé, je les avais annoté, surligné, commenté, discuté.

Me revoilà plongée dans des notes proches de celles des commentaires de texte que je me suis vue imposés durant mes études. Me voilà à bûcher sans aucun plaisir sur une littérature qui pourtant m’interesse. Aucun plaisir, alors que la (re)lecture m’a vraiment interpellé.

Hop hop hop on oublie l’analyse, on oublie la structure, on oublie de réfléchir et juste on s’interroge sur soi même…

***

C’est bien de lire des théories sur l’enfance, sur la pédagogie, l’éducation. Que ce soit l’Emile ou d’autres… mais concrètement comment est-ce que je fonctionne moi en tant que mère ? Si je devais écrire « mon Emile » qu’est-ce que je surlignerai dans mes propres théories ? (en réalité il y aurait surtout beaucoup de ratures). 

D’ailleurs est-ce que j’ai moi même une théorie de l’éducation à apporter à mon enfant ? A vrai dire depuis sa naissance je fais au fil du temps, jour après jour nous nous éduquons toutes les deux. Elle fait de moi une mère et moi je fais d’elle mon enfant.

Justement, qu’est-ce que je souhaite apporter à mon enfant ? Comment m’y prendre ? Qu’est-ce qui est le mieux pour lui ? Et comme le l’y aider ?

***

L’éducation ? vaste programme !

Quand je pense éducation, spontanément je pense à transmettre des règles, des compétences, un savoir. De ce fait je transmets MON éducation, dès le plus jeune âge je me rends compte de mon influence sur ma fille. J’aime la musique, je suis moi même musicienne, à 7 mois, elle sait déjà où gratter sur la guitare pour ainsi faire des sons (et non pas « font font font les petites marionnettes »). Je sens qu’elle y prend plaisir, et au fond je crois que je suis la plus heureuse des deux. Car inconsciemment je voudrais lui faire faire les mêmes activités que moi, la pousser dans mon domaine afin qu’elle y excelle, qu’elle me dépasse et que je sois fière d’elle.

Entendons nous bien, je n’ai pas besoin d’un chef d’orchestre à la maison pour être fière d’elle. Le simple fait qu’elle arrive à tenir debout me fait déjà gagatiser.

Mais alors pourquoi est-ce que je m’obstine (déjà) à vouloir lui apprendre certaines choses ? La musique est un point, mais ce n’est pas tout… Je me surprend parfois à lui parler en anglais afin de la familiariser avec une autre langue ; depuis toute petite je signe avec elle (Langue des signes adaptée aux tout petits) ; dès qu’elle est à mes côtés je lui explique TOUT ce que je fais (y compris comment faire des macarons) ; je tente également de lui inculquer des valeurs morales, etc.

Loin d’être des choses essentielles, je l’encourage pourtant à s’ouvrir à certains domaines qui me sont chers. Je voudrais développer chez elle une fibre artistique. Mais est-ce qu’avec tout ça je n’oublie pas l’essentiel ? A savoir l’aider à devenir elle même ?

Est-ce que je veux préparer ma fille au monde, ou est-ce que je veux en faire un « mini moi » encore mieux que moi ?! (oui parce que quand même… n’oublions pas que j’ai le melon).

Alors bien sûr, aujourd’hui elle est encore trop petite pour lui demander son avis. Mais est-ce que lorsqu’elle sera en âge, elle me communiquera ses désirs, ou ceux que je lui ai moi même exprimé depuis sa naissance ?

***

Un des préceptes de l’Emile est de respecter la nature et la liberté de l’enfant. C’est bien là que je me demande, est-ce possible ?

Toute la contradiction entre l’envie de voir évoluer un petit être à l’état naturel, encore vierge de toute influence, et l’envie de lui transmettre ce que l’on est déjà. Ce qui n’est pas foncièrement mauvais. Toutefois je conditionne ma fille dans son environnement social, dans notre environnement social.

« L’homme vraiment libre ne veut que ce qu’il peut, et fait ce qu’il lui plaît. Voilà ma maxime fondamentale. Il ne s’agit que de l’appliquer à l’enfance, et toutes les règles de l’éducation vont en découler . »

Aura-t-elle la chance de devenir autre chose que ce à quoi je la destine ?

Et si en me posant cette question, c’était déjà une ouverture ?

***

J’évoquais ci-dessus les loisirs, mais ça vaut aussi pour les valeurs humaines. Je lui sers de référant. Je lui indique ce qui est bon ou mauvais, j’ai toujours cru que mon rôle était de lui apprendre à distinguer le bien du mal. Finalement en lisant Rousseau je me demande si ce n’est pas à elle de le faire.

Bien entendu, l’idée n’est pas de la mettre « dans la gueule du loup » pour se rendre compte du danger. Mais du moins essayer de ne pas (trop) l’influencer.

***

Rousseau, revenons y justement…

 » Le but ultime de l’éducation est de former un homme libre « 

Je ne me lance pas dans un débat philosophique, j’en suis incapable (syndrome du neurone unique oublié sur la table d’accouchement). Mais j’ai quand même envie/besoin de m’interroger autour de cette (non)liberté.

L’homme libre, ou plutôt mon enfant libre… concrètement ce n’est pas possible. J’en suis bien consciente. Elle a trop besoin d’être entourée et protégée.

Mon influence, l’influence de son environnement, elle le subira quoiqu’il arrive. En revanche, mon rôle de mère, tend à laisser libre jeu à la nature. Qu’elle soit en interaction constante avec l’environnement. On parle alors de participation active à sa propre formation (mais là c’est encore un VAAAAAAAAAAAASTE sujet). Je vais essayer de l’accompagner et non la limiter. Tenter d’écarter les obstacles de la vie pour lui permettre sereinement son bon développement, qu’elle fasse elle même ses propres expériences (et non seulement celles que je lui soumets).

Rousseau met (notamment) en avant l’idée même de laisser grandir nos enfants sans préjugés, sans habitude, sans connaissance. Conserver la spontanéité et éloigner tout ce qui peut l’empêcher de s’épanouir.

***

Et si finalement mon devoir de mère était tout simplement de l’aider à grandir ? Elle sera bonne (ou pas) à l’école, aimera plus ou moins le sport, les arts, la lecture. Selon son caractère, son tempérament, elle sera plus ou moins altruiste, aura un tempérament de leader ou au contraire sera plus discrète. Est-ce qu’elle sera sensible ou forte ? Est-ce qu’elle sera manuelle, intellectuelle, les deux ou rien de tout ça ?

Tout ce que je sais, c’est que je veillerai à ce qu’elle soit toujours elle. Elle, cet enfant, cette personne à part entière qui prend déjà tant de place dans notre vie, SA place.

***

 » Dans l’ordre naturel, les hommes étant tous égaux, leur vocation commune est l’état d’homme; et quiconque est bien élevé pour celui-là ne peut mal remplir ceux qui s’y rapportent. Qu’on destine mon élève à l’épée, à l’église, au barreau, peu m’importe. Avant la vocation des parents, la nature l’appelle à la vie humaine. Vivre est le métier que je lui veux apprendre. En sortant de mes mains, il ne sera, j’en conviens, ni magistrat, ni soldat, ni prêtre; il sera premièrement homme: tout ce qu’un homme doit être, il saura l’être au besoin tout aussi bien que qui que ce soit; et la fortune aura beau le faire changer de place, il sera toujours à la sienne « 

***

* Extraits de Emile ou De l’éducation de Rousseau

***

Et sinon, Jean-Jacques Rousseau, c’est aussi l’adresse d’une des boutiques Louboutin… Un jour je les aurai ! 

(c’était le petit commentaire inutile, mais qui me ressemble tellement)

CaroLaCheChe

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2 réflexions sur “Vivre est le métier que je veux lui apprendre*

  1. Tres beau texte. Cela correspond à mes interrogations du moment donc merci, je vais sûrement me replonger dans ce bouquin.
    J’aime bien comparer ces deux mots importants pour nous parents: ÉDUQUER et/ou ACCOMPAGNER.
    Je ne veux pas que mon enfant soit docile, je veux que mon enfant vive.

  2. Pingback: Hoanvu | Pearltrees

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